REVUE
DES
ÉTUDES JUIVES
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES
TOME SOIXANTE-QUINZIÈME
PARIS
A LA LIBRAIRIE DURLACHER
142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS
1922
Digitized by the Internet Archive
in 2012 with funding from
Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries
http://archive.org/details/revuedestudesjui75soci
LA CRÉATION DE L'HOMME
D'APRÈS LES ANCIENS INTERPRÈTES
I. — A QUELLE IMAGE L'HOMME A-T-IL ÉTÉ CRÉÉ?
Ibn Ezra, commentant Genèse, i, 26, cite au nom de « certains »
l'explication suivante : « Dieu créa l'homme à l'image de celui-ci,
à limage Dieu créa l'homme » *. Dans son Commentaire fragmen-
taire 2, la première partie de l'explication est citée au nom de
Yechoua, c'est-à-dire du caraïte Yechoua ben Yehouda Abou-1-Fa-
radj 3, la seconde au nom de certains « autres », qui « viennent en
aide » à Yechoua4. Ibn Ezra repousse catégoriquement cette
explication, en faisant ressortir les difficultés du style auxquelles
elle se heurte, et il ajoute ironiquement : « en outre, celui qui
donne cette explication taxe d'erreur 1 auteur des accents, qui a
rattaché obsn à ûTiba*, tandis qu'il aurait dû le pourvoir d'un zakef
gadol ou d'un autre accent semblable (c'est-à-dire disjonctif) » 5.
Mais, en dépit du style et en dépit de l'accent, cette explication a
trouvé beaucoup de partisans. Quelques-uns remarquent bien
qu'elle est contraire à l'accentuation, sans se croire obligés pour
cela de l'abandonner; d'autres encore ne tiennent pas compte de
l'accent et n'en disent rien. Ainsi les Tossafot Hadar Zekénim,
sur ix, 6 (5 a), commentent : « Le sens est : d'après une certaine
i. Comp. Aaron b. Elie, Kéthev Tora, I, 18 a.
2. Friedlaender, Essmjs, IV, 31.
3. C'est aussi celle de Rachi, sur i, 27 (« dans la forme préparée pour lui ») et
celle de Bekhor-Chor, sur i, 26 (Jellinek, p. 7). Cf. Lékah Tob, ad loc, et plus bas.
4. Abravanel, dans son Commentaire, sur i, 26, et dans ses « Réponses aux
questions de R. Saùl lia-Cohen » (12 b), croit qu'lbn Ezra vise le Targoum. Nous
voyons que c'est une erreur; cela ressort même du texte du Commentaire vulgaire.
5. Cette remarque ne se lit que dans le texte publié par Friedlaender.
T. LXXV, n° 149. 1
2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
image que Dieu avait préparée, il créa l'homme. D'autres expliquent:
d'après une image unique Dieu créa l'homme. Mais l'accentuation
ne paraît pas conforme à cette interprétation. » Au contraire, le
Hizkouni, sur i, 26, donne cette explication sans autre remarque :
« il faut intervertir les mots : Dieu le créa à l'image ».
Mais voici une remarque importante, qui se trouve dans le
Commentaire d'Abot attribué à Rachi, sur m, 4 : « Dieu a aimé
l'homme d'une affectiou particulière en le créant sous une forme
particulière, ainsi qu'il est dit : [car d'après l'image Dieu créa
l'homme]. Mais celui qui divague et interprète le verset d'une autre
manière, à savoir : car à l'image [de Dieu], etc., celui-là est entaché
d'hérésie. »
Jacob b. Simson est plus explicite dans son Commentaire
manuscrit sur Abot : « Dieu a manifesté son amour à l'homme en le
créant sous une forme particulière, non sous la forme des animaux
et des oiseaux. Mais celui qui dit que l'homme a été créé à l'image
de son créateur est suspect d'hérésie1. » Une glose postérieure
ajoute : « D'autant plus que, dans certains textes du Targoum,
dbita est traduit par « à l'image Dieu créa » et non « à l'image
de Dieu ». Quant à l'hébreu, le zakef gadol sur le s de û^n
indique une séparation ; il y a, en effet, db&a » 2.
Ces explications se rattachent à la sentence de R. Akiba ou,
d'après une autre source, de R. Méir 3 : « Aimé est l'homme, car il
a été créé à l'image; un amour particulier lui a été reconnu en ce
qu'il a été créé à l'image, comme il est dit dans Genèse, ix, 6 4. » Ce
texte semble favoriser, en effet, l'explication de Pseudo-Rachi et de
Jacob b. Simson et le verset allégué ne peut être compris que de
cette manière : « car à l'image Dieu créa l'homme5». Ce qui la
favoriserait encore, c'est que cette interprétation des versets en
question avait des partisans parmi les docteurs juifs. Symmaque
1. Cité par Berliner dans ses Additions à l'Introduction de Hurwitz au Mahzor
Vitry, p. 192.
2. Mahzor Vitry, p. 514. (tipiïl ne désigne pas, comme le croit l'éditeur, l'accent
que nous appelons C]pT, mais est une corruption de ce mot.)
3. R. Akiba, dans Abot, m, 14; R. Méir, d'après Abot R. N., Rec. I, chap. xxxix,
i. f. Anonyme dans la Rec. II, 62 6 Schechter.
4. J'ai traduit n^!T3 comme Meïri. Voir aussi Abot R. N., éd. Schechter, p. 124
en haut, et la note de l'éditeur. Cf. Geiger, Nachgelassene Schriften, IV, 341,
passage que vise sans doute Neumark, Geschichte (1er judischen Philosophie, I, 84,
n. 1, mais ce qu'il objecte à Geiger ne tient pas.
5. Ainsi comprennent Geiger, l. c, et Kebouçat Maamarim, éd. Poznanski, I, 103;
Levy, Neuhebr. Wb., IV, 193 6; Strack, Pirqè Abot, p. 20.
LA CRÉATION DE L'HOMME 3
traduit, en effet, Genèse, ni, 27, par : « Et Dieu créa l'homme dans
une image distinguée, il le créa debout 4. »
Néanmoins, ce sont les autres commentateurs, R. Yona, Meïri,
Heller, etc., qui ont raison en expliquant la sentence de R. Akiba
comme si elle parlait de l'image de Dieu2. « A l'image » n'est qu'une
abréviation de « à l'image de Dieu 3 », comme il résulte clairement
d'autres maximes de R. Akiba et de ses contemporains. Ainsi
R. Akiba dit, en citant Genèse, ix, 6 : « celui qui verse le sang est
comme s'il diminuait l'image4 ». Et son disciple Aquila traduit les
versets en question, conformément à l'accentuation massorétique,
par « à limage de Dieu 3 ». Si la sentence est de R. Méir, il est
encore plus certain qu'elle doit être entendue en ce sens. Voici, en
effet, de ce docteur, un enseignement qui fait clairement ressortir
son interprétation du verset Genèse, i, 26. Pour expliquer les mots
du Deutéronome, xxi, 23, « un pendu est une injure à Dieu », il a
recours à la comparaison suivante : « deux frères jumeaux se
ressemblent; l'un devient roi, l'autre brigand. Au bout de quelque
temps, celui-ci est pris et mis en croix. Les passants disent : on
dirait que le roi est crucifié. Alors le roi fait enlever le supplicié6 ».
Un autre midrach, anonyme celui-là, favorise la même interpré-
tation : « Les êtres d'en haut sont créés à l'image, mais ne se repro-
duisent pas; ceux d'en bas se reproduisent, mais ne sont pas créés
à l'image. C'est pourquoi, dit Dieu, je veux créer l'homme à l'image
comme les êtres d'en haut et avec la faculté de reproduction,
1. Voir Geiger, Jiid. Zeitschr., I, 40-41 ; Urschrift, p. 323 ; Keb. Maam., I, 101—
102. La station debout est indiquée dans la littérature rabbinique comme une des
propriétés de l'homme, qu'elle fait ressembler aux anges {Abot R. iV., I, ch. xxxvn ;
Haguiga, 16 a; Genèse rabba, vin, 11 ; xiv, 2).
2. Certains textes ont même O^nbî* Db^3 N12DU3 et cette leçon est supposée
par le Mahzor Vitry. C'est aussi celle des Abot R. N., ch. xxxix, mais voir la
remarque de Schechter, 59 6, n. 7.
3. Cf. Luzatto, Oçar Nehmad, IV, 53; Ginzberg, apud Geiger, Keb. Maam.,
IV, 396.
4. T. Yebamot, vin i. f.\ Yeb., 63 b (3p3^ est une faute d'impression); Gen. r.,
xxxiv ». f.\ Mekhilta sur Ex., xx, 17 (éd. Friedmann, 70 6); Mekh. de R. Simon,
éd. Hoffmann, p. 113. Cf. Gen. r., vin, 11 (voir plus loin dans le texte). Geiger
connaît le texte de la Tossefta, mais l'explique dans le sens de son interprétation. Le
texte de la Mekhilta et celui de Gen. r. montrent qu'il a tort. — Neumark, op. cit.,
p. 95, n. 1. trouve dans le passage de la Mekhilta la théorie platonicienne des idées;
c'est une erreur.
5. Voir Field, Hexapla, I, 10 6.
6. j. Sanhédrin, ix, 7; Babli, 46 6. Dans un autre dire de R. Méir, r)V2l est
expliqué comme 'n TDD m?3"I [Midrach Tehillim, xc, § 8 ; ibid., xxiv i. /"., et
Nombres r., xiv, 3 : mnDb).
4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
comme les êtres d'en bas *. » Ici les mots « à l'image » [ntràl ùbira)
ne peuvent pas avoir d'autre sens que celui de « à l'image de Dieu ».
Philon comprend aussi « à l'image de Dieu 2 ».
On s'explique maintenant pourquoi Onkelos n'a pas traduit les
mots û-'î-iba ûbirn dans Genèse, i, 27 et ix, 6, ni les mots tr>nba rvrcna
dans Genèse, v, \ , mais les a reproduits sous leur forme hébraïque 3.
Plus tard, on a, suivant l'usage constant du Targoum, changé
trnba en '•« ou 'n; c'est la leçon du Mahzor Vitry *. Puis ** a été,
conformément à l'accent, changé en '«T. Inversement, quelque
hyper-philosophe a changé l'accent d'après Onkelos et accentué la
phrase comme dans le Mahzor Vitry.
II. — l'homme souverain de la nature.
Saadia traduit Genèse, i, 27 et ix, 6 : « Dieu l'a créé dans sa
forme, dans une forme élevée, comme souverain 5»; de même
1. Gen. r., vm, 11. — L'idée que les anges sont créés à l'image de Dieu ne repa-
rait pas dans la littérature rabbinique et ne semble pas avoir été répandue parmi les
Juifs. On comprend ainsi que saint Basile réfute l'opinion des Juifs qui, dans Genèse,
i, 26, font parler Dieu aux anges : il fait ressortir que cette opinion a pour consé-
quence de donner aux anges la même image qu'à Dieu. Tel est aussi le sentiment de
Sévérian de Gabala : « Ni l'hérétique, ni le juif n'ose affirmer que les anges ont la
même image que Dieu (In Hexaëtneron, IX, 6; P. M., XXIX, 205; Zellinger, Die
GenesishomiUen des Bischofs Severian von Gabala, p. 93). Cette conception reparaît
plus tard chez Rachi, sur Gen , i, 26 et 27. Sur le second verset, Kimhi (9 a en haut)
dit que l'image des anges est la même que celle de Dieu. De même on lit dans Exode
r., xxx, 16, que l'homme a été créé à l'image des anges. L'explication de DbstD
Û^îlbN par « à l'image des anges » est donnée aussi par Juda Halévi, Kozari, IV, m
(éd. Cassel, lre éd., p. 322; éd. Hirschfeld, p. 246), ainsi que par lbn Ezra dans le
Commentaire courant et dans celui qu'a publié Friedlaender, Essays, IV, 32.
2. De opificio mundi, § 6 (éd. Mangey, I, 5 ; éd. L. Colin, I, 7; Die Schriften der
judiscli-hellenislischen Literatur in deutscher Uebevsetzung, I, 25 ; comp. la
note 2 du traducteur).
3. Voir Geiger, Keb.Maam., I, 104; Levy, Chald. Wb., II, 327 6; Neuhebr. Wb.,
IV, 193 a; Berliner, Targum Onkelos, I, 216. Comp. Abravanel sur Gen., i, 26.
4. Ainsi que d'autres textes cités par Levy et Geiger.
5. 1,27 : npbs suboB wiffl misa rtrmata; v, 1 : Nubora nï-mw
FïJMfcï ix, 6 : ny}^ Nttbo73 ns^nttî rmim. Telle est la leçon de l'éd.
Derenbourg et de l'éd. de Jérusalem (v. la note de Pozuanski sur Geiger, l. c, I, 105).
Mais il faut lire nn^l^a *'t nnD1I53 avec suffixes, comme il résulte de Emounot,
II, ix (éd. Landauer, p. 94). Comp. Ibn Ezra sur i, 26 dans le Commentaire courant et
du us Friedlaender, IV, 32. — La traduction de ni73T31 ûbiSia au verset 26 par
« d'après l'image et d'après la ressemblance » est citée comme une hérésie gnostique
par saint Irénée, Adv. Uaer., I, xxiv, 1 (Migne, P. G., VII, 674).
LA CREATION DE L'HOMME 5
dans v, 1 : « dans sa forme, comme souveraine ». Saadia explique
donc la ressemblance de l'homme à Dieu en ce sens que l'homme
a reçu la souveraineté de la nature, par où il ressemble à
Dieu'.
Cette interprétation se retrouve tout au long chez un contempo-
rain de Saadia, chez Sabbataï Donnolo, dans son Commentaire de
la Genèse, i, 26. Nous en citerons le texte plus loin, en môme
temps qu'une troisième explication de ce verset.
Joseph Bekhor-Chor donne la même explication dans son Com-
mentaire 2, en faisant observer qu'elle ressort du contenu de la
seconde partie du verset3. Il n'est pas nécessaire de chercher une
source à Bekhor-Chor, qui n'est pas précisément un compilateur.
Mais en admettant qu'il ait puisé ailleurs, ce ne serait probable-
ment pas chez Saadia, comme l'affirme Geiger \ mais bien plutôt
chez Donnolo, attendu que les ouvrages de Saadia n'étaient vrai-
semblablement pas connus dans le nord de la France s? tandis que
les auteurs de ce pays citent le Commentaire du Se fer Yecira par
Donnolo6.
Mais cette explication est plus vieille que Saadia et Donnolo. Elle
se rencontre pour la première fois chez saint Ephrem, le Père de
l'Église syrien, qui dit : « Moïse fait comprendre en quoi nous
sommes l'image de Dieu en ajoutant : « afin qu'il domine les
poissons de la mer, les oiseaux, les animaux et toute la terre ».
Ainsi, par la puissance et la souveraineté qu'il a reçues sur la terre
et toutes les choses du globe, il est l'image de Dieu, qui domine
1. Geiger, Jùd. Zeitschr., V, 296 et l. c, croit que Saadia traduit û'WN ûbttS
par « à l'image d'un souverain ». Cette interprétation est contredite par la traduction
de v, 1, où Saadia remplace D^Ï15N par le suffixe de Î1Ï131253. Le gaon ne traduit
pas la deuxième partie du verset, il la commente : à l'image de Dieu, en faisant de
l'homme un souverain. Ce qui prouve que NUbO?2 est une addition explicative, c'est
la traduction du verset 26 : NaboH N3î13tZJ!3 N3mi3£D, où le dernier mot n'a pas
d'équivalent hébreu.
2. Ed. Jellinek, p. 5-6. Bekhor-Chor a été suivi par le Hizkouni. La même expli-
cation se trouve encore chez le caraïte Aaron b. Elie, Eç Haytjim, éd. Delitzsch, p. 50.
Bekhor-Chor explique aussi DVlbtf au v. 27 6 dans le sens de « juge ».
3. Au contraire, Ibn Ezra allègue la seconde partie du verset pour repousser l'expli-
cation de Saadia, v. Friedlaender, IV, 32. Dillmann et Delitzsch donnent le même
argument.
4. Parschandatha, p. 50, et Z. D. M. G., XV, 155.
5. Voir Poznanski, l. c, I, 105, et Introduction au Commentaire d'Eliézer de Beau-
gency, p. xlvi, n. 1. [Voir maintenant Poznanski, dans Revue, LXXII, 113 ]
6. Voir Rachi sur Eroubin, 56 a, et Be'ça, 33a ; Joseph Kara dans son Commen-
taire de Job, Kérem Hémed, VII, 61. Comp. Zunz, Zur Geschichle, 62, 68; Gross,
Gallia Judaica, 215.
6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
tout ce qui est sur et sous la terre'. » Saint Ephrem est suivi
d'autres Pères de l'Église d'Antioche, Diodore de Tarse2, Chrysos-
tome3et Sévérian deGabala*. Il est possible que saint Ephrem, qui
a si souvent utilisé des explications et des traditions juives, en ait
reproduit une ici aussi, bien que celle-ci ne se soit pas conservée
dans la littérature agadique. Ce n'était pas en tout cas l'interpré-
tation ordinaire chez les Juifs.
III. — A l'image des Cosmos.
Contre ceux qui séparent ûbitn de ûvib», Ibn Ezra remarque, à la
fin de sa polémique : « Même si nous voulions faire abstraction de
toutes ces raisons, que font-ils de ces mots d'Ezéchiel : «et une
forme comme l'apparence d'un homme en haut» (i, 26)? Car
l'homme est un petit monde ou le monde est un homme grand 3. »
Ibn Ezra trouve donc que l'homme ressemble à Dieu en ce qu'il
est un microcosme. Il s'exprime plus clairement dans le Commen-
taire ordinaire : « Parce que l'âme de l'homme, qui vient d'en haut,
est immortelle, elle est comparée quant à sa vie à Dieu; de plus,
elle n'est pas un corps, mais remplit le corps tout entier. Quant au
corps de l'homme, il est comme un petit monde. . . Aussi le pro-
phète dit-il qu'il a vu la gloire de Dieu comme l'apparence d'un
homme6. »
Le fond de cette remarque est emprunté à un développement de
Juda Halévi : « Ne t'étonne pas que l'homme soit comparé à Dieu...
Quand nous pensons aux attributs qu'on est obligé d'admettre,
que ce soit au figuré ou au propre, tels que : vivant, pouvant,
voulant, connaissant, ordonnant, donnant à chacun ce qui lui
convient, jugeant équitablement, nous ne trouvons dans ce que
nous pouvons apercevoir aucune comparaison plus proche que
i. Opéra, I, 18 EF; Saemmlliche Werke der Kirchen-Vaeter aus dem Urtext
ins Teutsche uebersetzt (Kempten, 1842), XXVIII, 116.
2. Voir I. Deconinck, Essai sur la chaîne de VOctateuque, p. 96.
3. Rom., vm, 3, et ix, 2 (Migne, P. G., LUI, 72, 78).
4. Voir Zellinger, op. cit., p. 94.
5. Friedlaender, Essays, IV, 31.
6. Comparer encore ce qu'Ibn Ezra dit dans son Commentaire sur Exode, xxvi, 1
(introduction). — Cassel, Kozari, III, iv, lre éd., p. 322, n. 1, s'est mépris sur le
sens des mots « elle le remplit (le corps) tout entier » ("ib"D ÏTNbtt NTn). C'est la
phrase agadique Epttl *D HNbtt ïltttt» S|N ûbT^n b^ Nbtt n"3pH 17)2
{Berakhoth, 10a; Lévit. r., iv, 8 ; Deut. r., n, 37; cf. Gen. r.,xiv, 9).
LÀ CRÉATION DE L'HOMME 7
celle de l'âme raisonnable, c'est-à-dire de l'homme parfait. . . Les
philosophes ont comparé le monde à un homme grand et l'homme
à un petit monde. Mais s'il en est ainsi, comme Dieu est l'esprit du
monde, son âme, sa raison et sa vie — aussi est-il appelé « la vie
du monde » (Daniel, xn, 7), — la comparaison s'éclaire au point de
vue de la raison { ». Maïmonide s'est également inspiré de l'auteur
du Kozari : « C'est par cette chose que se perpétue l'existence de
la sphère et de chacune de ses parties; et cette chose, c'est Dieu
(que son nom soit exalté 1). C'est dans ce sens seulement que
l'homme en particulier a été appelé microcosme, [c'est-à-dire]
parce qu'il y a en lui un [principe qui gouverne son ensemble; et
c'est à cause de cette idée que Dieu a été appelé, dans notre langue,
la vie du monde et qu'il a été dit : Et il jura par la vie du monde 2. »
Pour en revenir à Ibn Ezra, il justifie aussi la comparaison de
l'homme avec Dieu, tandis que Juda Halévi ne justifiait que celle de
Dieu avec l'homme. C'est Abravanel qui expose le plus clairement
l'explication à laquelle Ibn Ezra fait allusion : « L'homme a été
créé à l'image de Dieu en ce sens encore qu'il y a en lui une ana-
logie avec le monde dans sa totalité et dans ses parties, qui sont
émanées de l'ordonnance et de la création divine. . . Et de même
que toutes les parties du monde se réunissent dans la forme
suprême — Dieu — qui les garde et les réunit, de même dans
l'homme, l'âme raisonnable garde et rattache tous ses membres
et toutes ses facultés, de sorte qu'à ce point de vue l'homme est
appelé un petit monde, comme le disent les Anciens et comme
Maïmonide l'a écrit 3. »
Cette explication n'a pas été imaginée par Abravanel, qui n'a fait
que la développer. Nous la trouvons en toutes lettres chez Joseph
Ibn Saddik. Celui-ci expose que l'homme a pour devoir de cultiver
1. Kozari, III, m, p. 321 Cassel, p. 241 Hirschfeld.
2. Guide, I, 72, d'après la traduction de Munit, I, p. 371. Comp. Saadia, Commen-
taire du Se'fer Yecira, IV, i, éd. Lambert, p. 70, trad. française, p. 91 ; en hébreu
dans Juda ben Barzilaï, Commentaire du Se'fer Yecira, éd. Halberstam, p. 177, et
dans les notes de Kaufmann, ibid., p. 340, ainsi que dans Oçar Nehmad, III, 66.
Voir aussi Kaufmann, Geschichte der Attributenlehre, p. 210, n. 188.
3. Commentaire sur Gen., i, 26. L'allusion à Maïmonide se rapporte au passage
cité plus haut (note 2). — La notion que l'âme unit les membres et les forces du
corps se trouve dans le Tanhouma, Hayyé Sara, § 3; Midr. Ps., cm, § 4. Kimlii,
dans son Commentaire, sur Gen., i, 26 (5 6), cite une agada : littb^a TU' T172KT
Dbun ba na bmo nm ît: ,,, mina ton qa iiïtj niïi n^ lamEis
Cpsn 23 PN nbaiO &TH 5|N- Cette agada ne se trouve pas sous cette forme
dans les sources que nous connaissons ; les éléments s'en retrouvent dans les textes
précités et dans ceux indiqués plus haut, p. 6, n. 6.
8 REVUE DES ETUDES JUIVES
et (le développer la partie intelligente qui est en lui, de manière à
se distinguer de l'animal, auquel il ressemble par son corps. C'est
pourquoi, remarque-t-il ensuite, l'homme a été créé à l'image [de
Dieul, c'est-à-dire qu'il y a en lui de tout ce que le Créateur a créé.
De là vient qu'il est appelé microcosme *.
Mais Ibn Saddik lui-même semble avoir puisé à une source anté-
rieure et cette source doit être le Commentaire de Sabbataï Donnolo
sur Genèse, i, 26 2. Voici, en effet, ce que nous y lisons: * L'expli-
cation des mots « faisons un homme à notre image, selon notre
ressemblance » est la suivante. Après que Dieu eut créé tout
l'univers, les cieux avec tous les êtres supérieurs et la terre avec
tout ce qu'elle porte, il dit à son univers : « Faisons un homme à
notre image, selon notre ressemblance », à mon image et à ton
image, selon ma ressemblance et selon ta ressemblance... Mais
cette image et cette ressemblance dont Dieu a parlé à son univers
ne sont pas la ressemblance de la figure, mais la ressemblance
avec les œuvres de Dieu et avec les œuvres de l'homme. De même
que Dieu est le souverain maître des hommes et de tout l'univers
ici-bas et là-haut, de même l'homme est tel quand il a fait la
volonté de Dieu. Quant à la ressemblance de l'homme avec l'uni-
vers, elle consiste en ce que son corps correspond en tout à l'uni-
vers... De même que Dieu remplit tout l'univers de sa gloire, de
même l'âme dej'homme, qui est comme un petit univers, remplit
tout le corps, des pieds à la tête, d'une extrémité à l'autre,
jusqu'aux ongles des mains et des pieds... C'est pourquoi l'écriture
dit : « quiconque verse le sang d'un homme, que son sang soit
versé par l'homme, [car à l'image de Dieu il a créé l'homme] »
1. Der Mikrokosmos des José f lbn Saddik, éd. Horovitz, p. 42 : N-QD *p b^l
'rr »nan arma nn ban na «to nttib imn ,[D^nba] ûbsa cnan
*Jl3P Obi? N"lp3 p bj"|. Le texte porte D5U5 Db2t3. Horovitz en a conclu
qu'lbn Saddik lisait dans Genèse, ix, 6 : ùb£3 séparé de D^ttbtf {Die Psychologie
bei den jiidischen Religionsphilosophen des Mittelallers, II [Jahresbericht des
judisch-theologischen Seminars zu Breslau, 1906], p. 161, n. 42J. Mais les mots
NTinn NISC montrent que l'auteur explique le mot D^Hb:* de la manière sui-
vante : « à l'image de ce qui a été créé par Dieu ». Notre correction est aussi con-
firmée par Abravanel.
2. ISttbtta dlN' Î-HZ3*3 tBVPD, éd. Jellinek, Leipzig, 1854; ^jaûn, éd.
Gastelli, Florence. 1880, p. 1-30; réimprimé dans le Séfer Yecira, éd. Varsovie, 1884.
Je cite d'après F éd. Castelli, p. 15, 16, 19, 25. — On pourrait peut-être montrer par
d'autres rapprochements qu'lbn Saddik a utilisé le Commentaire de Donnolo ; p. ex.,
Ibn Saddik, p. 24, 1. 24-25, ressemble à Donnolo, p. 19-20, et Ibn Saddik, p. 19, 1. 31,
et p. 24, 1. 33, à Donnolo, p. 23, 1. 15 (mais cette comparaison se trouve aussi dans
d'autres sources. Cf. Horovitz, Die Psychologie. . ., II, 162, n. 45).
LÀ CRÉATION DE L'HOftME 9
(Genèse ix, 6), pour Rapprendre que celui qui tue un homme est
comme s'il détruisait tout l'univers1, parce que l'homme est
comparé à la création de l'univers et à l'image de Dieu. »
Le fond de cette explication de Genèse, i, 26, remonte à un
amora, R. Josué b. Lévi. Répondant à la question « à qui Dieu
s'est-il adressé en disant : créons un homme? » il explique que
« Dieu s'est concerté avec les créatures du ciel et de la terre 2 ». En
d'autres termes, Dieu dit au Cosmos: créons un homme à notre
image, selon notre ressemblance.
L'interprétation de Donnolo a une vague analogie avec l'explica-
tion donnée par plusieurs commentateurs du moyen âge : Dieu dit
à la terre ou aux éléments : « créons un homme à notre image, selon
notre ressemblance », le corps de l'homme étant pris à la terre et
composé d'éléments, tandis que son esprit vient d'en-haut, à
l'image des anges. Ainsi Abraham bar Hiyya explique : Dieu parla
à la terre3. Joseph Kimhi et Nahmanide : aux éléments4. Mais ces
explications n'ont qu'une [ressemblance éloignée avec celle de
Donnolo. Aussi Jellinek a-t-il tort d'affirmer que celle-ci a été
adoptée dans ses traits essentiels par Abraham b. Hiyya, Ibn Ezra,
les deux Kimhi et Nahmanide5. Chez Ibn Ezra, aucune trace de
l'interprétation de Donnolo: pour lui Dieu parle aux anges6.
Gastelli, qui corrige Jellinek en ce qui concerne Ibn Ezra, le
croit pour le reste : « Donnolo, dit-il, a été suivi par quelques-uns
des plus illustres commentateurs de l'Écriture 7 ». C'est inexact. Le
seul auteur connu qui cite l'explication de Donnolo et en nomme
l'auteur, est Eléazar ben Juda, l'auteur de Rokéah 8.
Quoi qu'il en soit, cette autre explication, qui remonte, dans la
mesure où les sources juives nous renseignent, à Abraham bar
Hiyya, est fort ancienne : elle se trouve chez Justin. Celui-ci l'attri-
1. V. Michna. Sanhédrin, 37 a ; Abot R. N., I, lre recension, chap. xxxi ; 2e recen-
Bion, chap. xxxvi, éd. Schechter, 45 a.
2. Gen. r., vm, 3 : *p?33 V^Nl D^TD rO&0733. Bâcher, Ag. pal. Amor.,
I, 184 ri., a déjà fait remarquer que l'auteur de cette opinion est R. Josué ben Lévi et
non Lévi. L'éd. Theodor (p. 58) a "nb "p 3H231ÏT '"|. — R. Samuel b. Nahmani
explique de même ^bj33 DVT DT> bD ^^733 (Gen. r., I. c).
3. Voir Ha- Yona, I, 75.
i. Voir David Kimhi, ad loc, éd. Ginzburg, ia. — Nahmanide accepte cette expli-
cation, ad loc; voir aussi En Salomon Astruc, Midreché ha-Tora, éd. Eppenstein,
p. 3. De même les Caraïtes, voir Mibhar, ad loc, et Kéter Tora, I, 18 a.
'■>■ A. c, p. xn.
6. Cf. Friedlaender, Essays, IV, 32.
7. L. c, p. 41, n. 3.
8. V. Geiger, Parschandatha, p. 50-51.
10 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES
bue aux docteurs juifs, qui expliquent que Dieu parla à lui-même
« ou bien aux éléments, c'est-à-dire à la terre et aux autres (élé-
ments) dont l'homme, d'après notre opinion, est sorti H ». Ginzberg
identifie cette interprétation prêtée par Justin aux Juifs avec celle
de R. Josué b. Lévi 2. Mais la première, qui ne songe qu'à la terre
ou aux éléments, ne se comprend pas avec la seconde, qui parle
des créatures du ciel et de la terre, c'est-à-dire de l'univers, du
macrocosme, comme dit Donnolo.
IV. — Les anges et la création de l'homme.
Nous venons de voir que plusieurs commentateurs expliquent le
pluriel de « faisons l'homme » en admettant que Dieu a parlé
aux anges. Telle est l'explication de Rachi, de Juda Halévi3, d'Ibn
Ezra\ de Rekhor-Ghor3 et d'autres encore6. Semblablement
TAgada dit que Dieu s'est concerté avec les anges 7. Saint Basile 8,
Saint Jean Chrysostome9 et Sévérian de Gabala10 sont d'accord
pour affirmer que, d'après les Juifs, Dieu a dit aux anges qui l'en-
touraient : « faisons un homme ».
Par contre, Théodoret cite cette explication comme l'opinion de
« certains hérétiques abhorrés H ». De même saint Justin, après
avoir réfuté les opinions des « docteurs » des Juifs, dit : « Je ne
1. Dialogue avec Tryphon, ch. lxii (Justini Marlyris Opéra, éd. Otto, II, 206).
2. Die Haggada bei den Kirchenvàtern, p. 20. De même, avant lui, Goldfahn,
Monatsschrift, 1873, p. 145, et déjà Graetz, Monatsschrifl, 1854, p. 313. A vrai dire,
le rapprochement est déjà chez D. Kimhi, qui, à propos de l'explication de son père,
renvoie à l'agada.
3. Kozari, IV, 3 ; éd. Gassel, lre éd., p. 322 ; éd. Hirschfeld, p. 243.
4. Dans le Commentaire ordinaire, ad loc., et dans celui édité par Friedlaender,
Essays, IV, 32.
5. Ed. Jellinek, p. 6-7.
6. Voir Kimhi, éd. Ginzburg, 4 6, et Abravanel, ad loc.; tout au long chez le
caraïte Aron ben Elie, Kéter Tora, I, 18 6.
7. T. Sota, vi, 5 ; Sanh., 38 6; Gen. r., vin, 4; xvn, 4; Pesikla, éd. Buber, 34a,
150 6 ; Pesikla rabb., xiv (59 6 Friedmann) ; Lévit. r., xxix, 1 ; Tanliouma, Chemini,
§6, éd. Buber, § 13; id., Iloukkat, § 6, éd. Buber, § 12; Eccl. r., sur vu, 23;
Nombres r., xix, 3; Midr. Ps., vu, §2; xcn, § 3 (cf. vm, § 7) ; Pirké R. Eliézer, xi;
Jonathan sur Gen., i, 26.
8. In Ilexaemeron, ix, 6 (Migne, P. Gr., XXIX, 205).
9. In Gen. Eom., vm, 2 (Migne, LUI, 71).
10. Or., iv, 5. Voir Zellinger, Die Genesishomilien des Bischofs Severian von
Gabala, p. 93.
11. Commentaire, ad loc.
LA CRÉATION DE L'ilOMME 11
peux pas non plus confirmer l'opinion qu'enseigne ce que vous
appelez la secte et que les docteurs de cette (secte) ne peuvent pas
démontrer, à savoir que Dieu a parlé aux anges ou que le corps
humain est l'œuvre des anges '. »
Gomment concilier celte indication avec le fait que l'opinion en
question était enseignée et répandue, comme le montre l'Agada,
par les docteurs autorisés du judaïsme? On ne doit pas songer à
une altération volontaire de la part de Justin, car il importait peu
à son but que l'opinion repoussée par lui eût été émise par celui ci
ou celui-là. On comprendrait que, pour contrarier ses adversaires
juifs, il leur attribuât une opinion d'hérétiques, mais non l'inverse.
D'autre part, l'indication de Justin ne repose pas non plus sur un
défaut de précision, car l'opinion voisine est, nous le savons, d'ori-
gine hérétique. L'exactitude de l'indication de Justin ne peut donc
pas être contestée. Nous avons ainsi deux faits dont l'un s'oppose à
l'autre. La contradiction ne peut être levée que si nous admettons
que l'opinion en question était d'abord enseignée par des héré-
tiques, mais que par la suite elle a été adoptée par les représen-
tants officiels du judaïsme.
Le caractère hérétique de cette opinion réside dans sa consé-
quence nécessaire, qui est que les anges ont collaboré à la création
de l'homme, et surtout dans la manière dont cette collaboration
est motivée. C'est Philon, en effet, qui est l'auteur de l'explication
d'après laquelle le discours « faisons un homme » fut adressé aux
anges. Voici ce qu'il écrit à ce sujet : « On pourrait demander avec
raison pourquoi Moïse attribue la création de l'homme, non à un
seul créateur, comme tout le reste, mais pour ainsi dire à plusieurs.
Il fait, en effet, dire à Dieu : « Faisons un homme à notre image
et à notre ressemblance... » La cause véritable n'est évidemment
connue que de Dieu; mais ce qui, d'après une hypothèse vraisembla-
1. Dial. avec Tryph., lxii (Opéra, éd. Otto, II, 206-7) : Où yotp, Ôrcep yj uap' 0(xtv
).6yo[xévyj aïpsffiç ôoyjjiaTiÇei, x. t. X. Graetz, Monatssclirift, 1854, 313, cite le texte de
Justin de telle manière que cette opinion parait appartenir à à oî 8i§âaxa).oi û[xwv
Xéyouaiv, qui précède. C'est là une négligence qui peut induire en erreur. Mais ce qui
est incompréhensible, c'est que M. Ginzberg, Die Haggada bei tien Kirchenvâtern,
p. 20, n. 1, puisse affirmer : « la oupeTi; de Justin s'applique seulement à l'assertion
que l'homme est l'œuvre des anges, tandis que la délibération de Dieu avec les anges
est mentionnée avec les mots oi ôiûà^xaÀoi 0(jlc5v Uyouaiv. » M. Ginzberg veut démon-
trer par là l'exactitude de la leçon 7:ap' y]|xc5v. On voit que la preuve est sans valeur.
Ce qu'il dit précédemment n'est pas compréhensible non plus. Sur cette question, voir
Otto, l. c, n. 10, et Goldfahn, Monatsschrift, 1813, p. 146. — En fait, uap' 0(xa>v
est aussi bon que 7tap' ^jjlwv : ce peut avoir été une hérésie gnostique à la fois juive
et chrétienne.
12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
ble, paraît être la cause croyable et naturelle, ne doit pas être dissi-
mulé. C'est la suivante : Parmi les êtres, il en est d'abord qui n'ont
rien de commun ni avec la vertu, ni avec la méchanceté, comme les
plantes et les animaux dépourvus de raison. . . Il en est d'autres
qui ne possèdent que la vertu et qui ne participent d'aucune
méchanceté, comme les astres... Il y a, enfin, des êtres de nature
mixte, comme l'homme, qui réunit en lui tous les contraires :
intelligence et inintelligence, moralité et dérèglement, bravoure et
lâcheté, justice et injustice, bref le bien et le mal, le beau et le
laid, la vertu et le vice. Or, il convenait bien à Dieu, le père univer-
sel, de créer lui-même et tout seul les êtres vertueux, parce qu'ils
lui sont apparentés. La création des choses indifférentes ne lui
messeyait pas non plus, car elles n'ont aucune part à la méchanceté
qu'il abhorre. Par contre, la création des êtres mixtes était, pour
lui, en partie convenable et en partie inconvenante ; convenable à
cause de l'idée meilleure qui est mêlée à eux, inconvenante à
cause de l'idée plus mauvaise, son opposée. Aussi est-ce seule-
ment à propos de la création de l'homme que le texte fait dire par
Dieu « faisons », ce qui indique l'intervention d'autres comme
collaborateurs, afin que, pour les décisions et actions irréprochables
de l'homme agissant justement, Dieu, le Maître de toutes choses,
apparût comme l'auteur, et d'autres êtres, ses subordonnés, pour les
actes contraires. Car le père ne devait pas être l'auteur du mal
pour ses enfants; or, le mal, c'est le vice et les actions entachées
de vice ' ».
Dans sa traduction allemande de Philon, Cohn remarque sur
notre texte : « Le principe d'après lequel le bien seul peut émaner
de Dieu et non le mal se trouve aussi dans le Midrach » ; à l'appui
de cette observation, il cite Genèse Rabba, ni (sur i, 5), où R.
Eléazar dit : « Dieu n'unit jamais son nom au mal, mais seulement
au bien » (cf. Echa r., n) 2. Mais R. Eléazar— ou, d'après les autres
1. De opif. mundi, § 24 (éd. Mangey, I, 16; éd. L. Cohn, I, 24-25, § 72-75;
trad. allemande dans les Schriften der jiidisch-hellenistisclien Literalur in
deutscher Uebei'setzung, éd. L. Cohn, I, 52-3). Cf. De confus, ling., §§ 33, 35 (éd.
Mangey, 1, 556) : De mut. nominum, § 4 (I, 583) ; De agricultura, § 29 (éd. Mangey,
I, 319 i. f.\ éd. L. Cohn, II, 120-1, § 127-8). Les subordonnés de Dieu dans le texte
traduit sont les « puissances divines » (0eï<xi Suvàfxeiç) dans les autres textes, c'est-à-
dire les anges de la Bible, comme Philon le dit explicitement, De Gigantibus, § 2
(éd. Mangey, I, 263 ; éd. Cohn, II, 43, § 6) ; De sotnn., I, 22 (éd. Mangey, I, 641-2) ;
v. Siegfried, Philo von Alexandrien, p. 206, 211, 218 ; L. Cohn, dans les Mélanges
Hermann Cohen, p. 318.
2. Freudenthal avait déjà fait la même observation, Hellenistische Studien, II, 70;
de même Theodor, sur le passage cité de Gen. r.
LA CREATION DE L'HOMME 13
sources, R. Yolianan — ne dit pas que Dieu ne peut pas créer le mal ;
il dit que son nom n'est pas directement mentionné à côté du mal,
parce qu'il ne le fait pas volontiers (ainsi qu'il résulte des textes
allégués) '. R. Yolianan dit de même : « Devant Dieii se tiennent
seulement les anges de la paix et les anges de la miséricorde, mais
les anges de la colère sont loin de lui, comme il est dit dans Isaïe,
xni, 5» 2. L'opinion de Philon présente une grande analogie, mais
extérieure seulement, avec cet autre dire de R. Yohanan, à propos
d'Ezéch., ix, 2 et x, 2 : « Dieu ne voulait pas causer le mal par lui-
même, mais par ses anges 3. » Ici encore Dieu n'a pas voulu.
Treitel, qui a étudié la théorie alexandrine des êtres intermédiaires,
a pu conclure que « la doctrine de Philon sur les puissances divines
n'a, nulle part et jamais, trouvé d'écho en Palestine, ni à l'époque
de la Michna, ni à celle du Talmud 4 ». C'est qu'aussi bien cette
doctrine est hérétique ; elle contredit la conception biblique,
nettement et vigoureusement formulée par le prophète : « Je suis
Dieu et nul autre, Celui qui forme la lumière et qui crée les ténèbres,
qui produis la paix et qui crée le mal, — c'est moi, Dieu, qui, fais
toutes ces choses » (Isaïe, xlv, 7).
Philon dit bien que les collaborateurs de Dieu dans la création
de l'homme sont ses subordonnés et n'ont agi que sur son ordre;
mais de cette doctrine à l'idée que les anges ont créé le corps de
l'homme de leur propre gré, il n'y a qu'un pas et ce pas devait être
nécessairement franchi. Car s'il est dans l'essence de Dieu qu'il
n'ait pu créer seul l'homme à cause du mal qui est en celui-ci, il est
plus logique d'admettre que Dieu n'a aucune part, même indirecte,
à la création du corps humain, qui, fait de matière, est la source
du mal 5, et que ce corps est l'œuvre des anges agissant spontané-
ment et indépendamment, comme l'affirme la seconde des opinions
hérétiques mentionnées par Justin. C'est la doctrine de plusieurs
systèmes gnostiques 6. Elle a été exposée le plus clairement par
Saturnin : «L'homme est l'œuvre des anges, qui... se sont exhortés
eux-mêmes en disant : faisons l'homme d'après l'image et la
1. Voir encore Tanhouma, Tazria, § 9; éd. Buber, § 9 et 11-13.
2. Tanhouma, l. c, éd. Buber, § 11.
3. Ibid., éd. Buber, § 12 i. f.
4. Mélanges Hennann Cohen, 177 et s. Cf. L. Colin, ibid., p. 316-7.
5. V. Siegfried, Philo von Alexandrien, p. 232, 334-5.
6. Voir saint Hippolyte, Refut. omn. haer., V, 7, éd. Duncker, p. 218; saint
Irénée, Libri V adv. Haereses, éd. Harvey, I, 28, p. 228; Tertullien, De resurrec-
tione camis, ch. v ; De anima, cb. xxm [Opéra, éd. Leopold, IV, 97, 199) ; Wol%ang
Schulz, Dokumente der Gnosis, 24, 53, 44.
14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
ressemblance. Et quand il fut fait et que le corps ne put être dressé,
à cause de la faiblesse des anges, mais rampa comme un ver, la
force supérieure eut pitié de lui et... envoya l'étincelle de vie, qui
dressa l'homme, le rendit mobile et vivant '. »
C'est à cause de ces doctrines hérétiques que les docteurs du
judaïsme rejetèrent l'explication qui s'y rattachait et d'après
laquelle Dieu se serait adressé aux anges en disant « faisons
l'homme ». Aussi saint Justin la donne-t-il comme une opinion
des hérétiques. Mais l'idée que les anges agissent sur l'ordre de
Dieu est celle de la Bible et elle était familière au peuple. L'expli-
cation qui correspondait à cette idée devait donc trouver accès
auprès du peuple et les docteurs ne pouvaient pas l'empêcher de
se faire jour à la longue. Ils devaient ainsi être amenés à enlever
à cette conception ce qu'elle avait de dangereux, à la neutraliser
pour ainsi dire. Voici comme ils s'y prirent. L'interprétation en
question, inoffensive par elle-même, n'était dangereuse que par la
manière dont elle était motivée et les conséquences qu'on pouvait
en tirer; ils en détachèrent l'idée principale, à savoir que Dieu a
parlé aux anges ; seulement ils ajoutèrent que ce n'était pas pour
les inviter à collaborer avec lui, mais pour les amener à donner
leur avis sur la valeur de la nouvelle créature. Dieu voulait ainsi
montrer par son exemple aux générations futures que même le
grand ne doit pas dédaigner le conseil d'un plus petit2. Mais les
anges, poursuit l'Àgada inventive, dissuadèrent Dieu de créer
l'homme, comme d'un malheur3. D'après une autre Agada, les
anges se divisèrent en deux camps, les uns opinant pour la création
de l'homme, les autres contre. Pendant qu'ils discutaient ainsi,
Dieu créa l'homme. « C'est fait, le débat est clos », leur dit-il à
leur grande surprise '*. Mais les anges, ajoute une autre agada
ancienne, n'ayant pu empêcher la création d'Adam, voulurent se
venger en brûlant la nouvelle créature ou en la détruisant d'une
autre manière b. Toutes ces imaginations ont pour but de prévenir
ou d'écarter l'idée que les anges ont collaboré avec Dieu à la créa-
tion de l'homme.
Cette interprétation agadique, fondée sur la conception que Dieu
1. Saint Irénée, op. ci7., i, 24 ; Tertullien, De anima, l. c.
2. Gen. i\, vin, 8.
3. Voir les textes énumérés plus haut, p. 10, n. 7.
4. Gen. r., vin, 5-6.
5. Aboi H. Natan, Rec. I, chap. f, i.f. ; Rec. II, ch. vm (éd. Schechter, 126 en
haut). Cf. Pirké R. Eliézer, ch. xm.
LÀ CRÉATION DE L'HOMME 15
ne fait rien sans se concerter avec l'armée céleste (ou avec le
tribunal céleste) et que partout où l'Ecriture dit « et Dieu », il faut
entendre : Dieu et son tribunal ', est combattue par saint Jean
Chrysostome, d'après qui il n'appartient pas aux anges de participer
aux décisions de Dieu, mais d'être présents et d'accomplir leur
service 2. Il a seulement oublié que cette idée de l'Agada est
empruntée à la Bible.
Rachi et Bekbor-Chor, qui suivent l'interprétation de l'Agada,
se réfèrent à cette conception biblique et ont soin de faire remar-
quer que les anges n'ont pas pris part à la création de l'homme.
Au contraire Ibn Ezra, conformément à la forme primitive de
l'explication, admet la collaboration des anges.
Vienne, août 1920.
V. Aptowitzer.
1. Sa?ih., 38 6; J. Sanh., i, 1 (18 a) ; Gen. r., li, 2; Lév. ?'., xxiv, 2; Canl. r.,
sur i, 9 ; Tanhouma, Vaéra, § 16, éd. Buber, § 21 ; Tanhouma, éd. Buber, Vayéra,
§19, 34; Bô, § 17; Pesikta r., cb. xlii (éd. Friedmann, 175 6); Ex. r., xn, 4;
Nombres >•., m, 4. R. Eléazar de Modim parle déjà du tribunal céleste ; v. Mekhilta
sur Ex., xvn, 7 (cf. Bacber, Agada der Tan , I, 207, n. 2); Mekhilta, éd. Hoffmann,
p. 81 ; Tanhouma, Bechallah, § 22. L'expression se trouve aussi dans Deut. r., xi, 10,
et dans Beth ha Midrach, éd. Jellinek, I, 121. Conf. Racbi sur Gen., xi, 7, et
Midrach ha-Gadol, éd. Schechter, p. 185 ; enfin, Lév. r., i, 3, — Ibn Ezra et Kimhi,
sur Gen., xi, 7, expliquent : Dieu parla aux anges. Cl*. Pirké R. Eliézev, cb. xxiv, et
le Targoum Jonatban, ad loc.
2. Hom., VIII, 2 (Migne, Patrol. g>\, LUI, 71).
LE TROIS CENTIEME CYCLE
DE L'ÈRE DU MONDE
Le culte astral des peuples sémitiques de l'antiquité avait incité
les prêtres chaldéens à observer régulièrement les mouvements
des corps célestes et à suivre systématiquement le déplacement
des astres par rapport aux positions des étoiles fixes. Ce sont sur-
tout les différentes phases de la lune, sa disparition totale pendant
une ou deux nuits à la fin de chaque mois et sa réapparition dans
le crépuscule du soir sous la forme d'une fine faucille qui avaient
capté l'attention de ces primitifs contemplateurs du ciel, lesquels
avaient ouvert ainsi la voie à l'astronomie. L'observation de la
néoménie avait, dans l'antiquité, un caractère religieux, et elle
était accompagnée de cérémonies rituelles; c'était la fête de la
nouvelle lune et le commencement du nouveau mois. Même au
bout de nombreux siècles, alors que l'astronomie chaldéenne avait
atteint son apogée et que les initiés savaient déterminer avec
précision l'instant où la lune entrait en conjonction avec le soleil,
ils continuaient néanmoins à compter les jours du mois à partir
du soir de l'apparition du croissant, dont ils calculaient la date à
l'avance, sans doute à cause de l'importance rituelle de ce phé-
nomène.
Or, les inscriptions cunéiformes contenant des tables lunaires
démontrent nettement que, pour la latitude de Babylone, l'inter-
valle de temps entre la conjonction astronomique et l'apparition
de la faucille varie entre dix-huit et cinquante-deux heures, et
qu'en moyenne la nouvelle lune apparaît au soir du lendemain de
la conjonction.
A l'instar de tous les peuples de l'ancien Orient, les Hébreux
LE TROIS CENTIEME CYCLE DE L'ERE DU MONDE 17
comptaient leurs mois à partir du soir de l'apparition de la faucille
lunaire, dont on faisait régulièrement l'observation. Toutefois,
une tradition ancienne rapportée par l'astronome arabe Al-Biruni
nous apprend que, vers Vannée 200 de l'ère des Séleucides
(111 avant J.-C.), le Sanhédrin de Jérusalem avait adopté le calcul
astronomique de la date de l'apparition de la nouvelle lune,
confirmée ensuite par l'observation directe. Les astronomes juifs
de l'époque avaient, sans doute, eu connaissance de la méthode
chaldéenne, laquelle s'appliquait aussi bien à la Palestine, la
latitude de Jérusalem étant presque la même que celle de Babylone.
Or, cette méthode, dont nous connaissons aujourd'hui les prin-
cipes, exige le calcul préalable de la conjonction astronomique.
On continuait, néanmoins, à compter le mois à partir de la néo-
ménie visible, bien que le terme hébreu hodesch (renouvellement)
s'applique plutôt à la conjonction astronomique, et qu'il n'y eût
aucune raison sérieuse d'ajouter au mois écoulé l'intervalle de
temps compris entre la conjonction et l'apparition du croissant.
Cette façon de supputer les temps, et surtout la proclamation des
néoménies juives aux mêmes dates que celles des payens,
paraissent bien étranges. C'est sans doute la difficulté de changer
brusquement les usages séculaires qui en fut la cause.
Toutefois, nous avons des raisons de croire qu'à une certaine
époque de l'histoire juive, peut-être au temps de R. Yehouda
Ha-Naçi (fin du 11e siècle après J.-C), le Sanhédrin avait, pour la
consécration des néoménies, substitué la conjonction astrono-
mique à l'apparition de la faucille. En effet, un passage talmudique
[Erachin, 9 b) raconte : V'ttp an anb mna na ana '-i Vn
rrmfi d"? unpb rriïtt Ywa abi « R. Ada b. Ahaba dit à Rab :
« on nous enseigne que ce n'est point un précepte religieux de
« consacrer les néoménies d'après l'observation de la faucille... »
Dans ces conditions, ie nouveau mois commençait le soir même
du jour de la conjonction, en comptant au mois écoulé seulement
la fraction de jour postérieure à l'instant de cette syzygie, suivant
le principe talmudique (Meguilla, 5 a) : û^nnb nrarra iina ûw
triainb nvia niarra nn« -wi « on compte les jours du mois, mais
non les heures ».
11 est même possible que, dans le but de rendre cette réforme
moins brusque, on comptait pour le lendemain toute conjonction
arrivée passé midi (à la manière des astronomes), principe conservé
dans le système du calendrier moderne sous la dénomination de
Mo lad zaken.
T. LXXV, n" 149. 2 -
18
REVUE DES ETUDES JUIVES
ANNÉES
CONJONCTION MOYENNE
H
z
w
a
< i
DATE
du
300e ,
sycle
MOLAD
DATE, HEURES ET MINUTES
•4J
"fi
ROSCH-HASCIIANA
I
5682
1-9-989
2 oct. 1921, 3 h. 55 m.
II
3 oct. 1921
2a
II
5683
5-18-785
21 sept. 1922, 12 h. 44 m.
I, 11
23 sept. 1922
7d|
III
5684
3-3-581
10 sept. 1923, 21 h. 32 m.
»
11 sept. 1923
3R
IV
5685
2-1-90
28 sept. 1924, 19 h. 5 m.
»
29 sept 1924
2 a
V
5686
6-9-966
18 sept 1925, 3 h. 54 m.
II
19 sept. 1925
7 a
VI
5687
3-18-762
7 sept 1926, 12 h. 42 m.
I
9 sept. 1926
5 D
VII
5688
2-16-271
26 sept. 1927, 10 h. 15 m.
IV
27 sept. 1927
3 r
VIII
5689
7-1-67
14 sept. 1928, 19 h. 4 m.
))
15 sept. 1928
7 A
IX
5690
5-22-656
3 oct. 1929, 16 h. 35 m.
1,11
5 oct. 1929
7 d
X
5691
3-7-452
23 sept. 1930, 1 h. 25 m.
»
23 sept. 1930
3 r
XI
5692
7-16-348
12 sept. 1931, 10 h. 19 m.
»
12 sept. 1931
7A
XII
5693
6-13-837
30 sept. 1932, 7 h. 47 m.
II
1er oct. 1932
7 a
XIII
5694
3-22-633
19 sept. 1933, 16 h. 35 m
1,11
21 sept. 1933
5 r
XIV
5695
1-7-429
9 sept 1934, 1 h. 24 m.
II
10 sept. 1934
2D
XV
5696
7-4-1018
27 sept. 1935, 22 h. 57 m.
))
28 sept 1935
7 a
XVI
5697
4-13-814
16 sept 1936, 7 h. 45 m.
II
17 sept. 1936
5 r
XVII
5698
1-22-610
5 sept 1937, 16 h. 34 m.
II
6 sept. 1937
2 A
XVIII
5699
7-20-119
24 sept. 1938, 14 h. 6 m.
I, II
26 sept. 1938
2d
XIX
5700
5-4-995
13 sept. 1939, 22 h. 55 m.
))
14 sept. 1939
:; \
247e c
ycle
VIII
4682
4-11-932
5 sept. 921, 5 h. 52 m.
II
6 sept. 921
5 À
IX
4683
3-9-441
24 sept 922, 3 h 25 m
III
26 sept 922
.1 i'
X
4684
7-18-327
13 sept. 923, 12 li. 13 m.
I, II
13 sept. 923
2<l
LE TROIS CENTIÈME CYCLE DE L'ÈKE DU MONDE
19
CONJONCTION VRAIE ASTRONOMIQUE
(à Jérusalem)
APPARITION
de la
FAUCILLE LUNA1R]
le soir du
LE ROSCH -HASCHANA
est en avance ( — )
ou en retard (+)
SUR LE LENDF.MAiiv nw
ATE, HEURES ET MINUTES
DISTANCE
du
PÉRIGÉU
LATITUDE
de la
LUNE
: la
conjonctior
astro-
nomique
1 apparition
de la
faucille
oct. 1921, 14 h. 21 m
+ 51°
— 0°53'
2 oct. 1921
+ 1
0
sept. 1922, G h. 40 m.
+ 1°
— 0°16'
22 sept. 1922
+ 1
0
sept. 1923, 22 h. 45 m.
— 50°
+ 0°27'
12 sept. 1923
0
— 2
sept. 1924, 22 h. 2 m.
— 74°
+ 3°38'
30 sept. 1924
0
— 2
sept. 1925, 4 h. 11 m.
— 124°
+ 4°6'
19 sept. 1925
0
— 1
sept. 192G, 6 h. 6 m.
— 175°
+ 4°27'
8 sept. 1926
+ 1
0
sept. 1927, 0 h. 25 m.
+ 161°
+ 5°5'
27 sept. 1927
0
— 1
sept. 1928. 3 h. 47 m.
+ 112°
+ 4°55'
15 sept. 1928
0
— 1
oct. 1929, 0 h. 54 m.
+ 87°
-f 2°52'
4 oct. 1929
+ 1
0
sept. 1930, 13 h. 52 m.
+ 37°
-f 2°20'
23 sept. 1930
0
— 1
sept. 1931, 8 h. 50 m.
— 13°
+ 1°35*
13 sept. 1931
— 1
— 2
sept. 1932, 7 h. 9 m.
— 38°
— 1°45"
1er oct. 1932
0
— 1
sept. 1933, 20 h. 6 m.
— 88°
— 2°25'
21 sept 1933
0
— 1
sept 1934, 2 h. 50 m.
— 138°
— 3°6'
30 sept. 1934
0
— 1
sept. 1935, 20 h. 7 m.
— 163°
— 4°58'
29 sept. 1935
0
— 2
sept. 1936, 20 h. 6 m.
+ 147°
— 5°6'
17 sept. 1936
0
— 1
sept. 1937, 1 h. 10 m.
+ 96°
— 5°9'
6 sept. 1937
0
— 1
23 sept. 1938, 23 h.
-f 72°
— 3°56'
25 sept. 1938
+ 1
0
•ept. 1939, 13 h. 24 m.
+ 22°
— 3°30'
14 sept. 1939
0
— 1
ept. 921, 21 h. 22 m.
+ 43°
+ 4°42'
5 sept. 921
0
0
-«•pi- 923, 22 h 48 m.
+ 19°
+ :•
24 sept. 922
+ 1
+ <
;epl. 924, 12 h. 58 m.
— 32°
+ 4°46'
14 sept. 923
+ 1
0
20 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES
L'impénétrable mystère qui avait enveloppé les délibérations de
la Commission synhédriale du Calendrier [Sod Ha-lbour) et les
allusions qui y sont faites dans le Talmud démontrent nettement
qu'on tenait alors à cacher soigneusement au public les règles qui
servaient de base à la fixation des néoménies et des fêtes reli-
gieuses. L'une de ces règles fut sans doute la conjonction astro-
nomique, remplacée plus tard parla conjonction moyenne (Molad),
base du calendrier moderne. L'écart entre les deux conjonctions
peut atteindre quatorze heures, selon que le Molad arrive avant ou
après la conjonction vraie astronomique. Du reste, on procède
d'abord au calcul de la conjonction moyenne, en supposant inva-
riable la durée d'une lunaison. On recherche ensuite l'influence
produite par les mouvements anomalistiques du soleil et de la
lune pour trouver l'instant de leur commune longitude. Le com-
mencement d'un mois peut différer d'un jour, suivant qu'on adopte
l'une ou l'autre des deux conjonctions comme base du comput;
la différence atteindra plusieurs jours entre le calendrier juif
moderne et l'ancien système fondé sur l'observation de la faucille
lunaire. Le passage direct de cet ancien système au comput actuel
est donc improbable. Il a dû y avoir, entre les deux, un système
intermédiaire, fondé sur la conjonction astronomique.
A défaut d'une preuve directe, notre hypothèse trouvera sa
démonstration dans les règles d'ajournement dont est surchargé
le calendrier juif moderne ; nous allons en rappeler brièvement les
principaux éléments :
Le mois de tichri (premier mois de l'année) commence par le
jour dans lequel tombe la conjonction moyenne, à l'exception des
quatre cas suivants, où le commencement du mois est ajourné au
lendemain (et quelquefois au surlendemain) :
I. (ipT iVie). Lorsque la conjonction arrive à midi ou passé
midi ;
II. (Y/éin). Lorsque la conjonction tombe le dimanche, le mer-
credi ou le vendredi ;
III. (nff"iïtt), Lorsqu'en une année ordinaire la conjonction
tombe le mardi, à 9 heures et 204 scrupules (l'heure étant divisée
en 1080 scrupules ; chaque scrupule = 3 i/3 de seconde) ;
IV. (a"Dpn Van). Lorsqu'en une année ordinaire succédant à
LE TROIS CENTIÈME CYCLE DE L'ÈRE DU MONDE 21
une année embolismique (de treize mois), la conjonction tombe le
lundi, à 15 heures et 589 scrupules '.
L'institution du système des ajournements avait évidemment
pour but de rapprocher pratiquement le comput moderne, pro-
clamé par Hillel II en l'année 359, de celui qui était usité aupa-
ravant. G;est du moins l'opinion émise par la plupart des savants
qui se sont occupés de la question 2. Or, comme nous allons voir
par les résultats des calculs appliqués aux dix-neuf années du
trois centième cycle de l'ère du monde, celui qui vient de com-
mencer le 3 octobre 1921, l'effet produit par les ajournements,
c'est de rapprocher les dates du premier tichri de celles indiquées
par les conjonctions astronomiques, en s'écartant davantage de
celles que donne l'apparition de la faucille lunaire.
Dans le tableau ci-contre sont disposées dans les colonnes verti-
cales les années du trois centième cycle (5682 à 5700], les con-
jonctions moyennes, les cas d'ajournement, les dates du Roch-
Hachana (premier tichri) ainsi que les caractères3 des années
(suivant les formules adoptées dans le comput juif moderne).
Viennent ensuite les conjonctions astronomiques, les distances du
périgée et les latitudes de la lune, éléments servant à calculer
l'apparition de la faucille lunaire, dont les dates sont indiquées
dans la colonne suivante. Les deux dernières colonnes donnent
les différences des dates résultant soit de la conjonction astrono-
mique, soit de l'apparition de la faucille lunaire. Un simple coup
d'oeil démontre que le calendrier moderne, avec ses cas d'ajour-
nement, s'accorde bien mieux avec les dates de la conjonction
astronomique qu'avec celles de l'apparition du croissant, ce qui
prouve le bien-fondé de notre thèse.
Dans le bas de notre tableau, nous avons ajouté les trois années
du deux cent quarante-septième cycle (4682 à 4684), celles qui
furent, il y a un millier d'années, l'objet de la célèbre polémique
i. Ce quatrième cas d'ajournement (^"Dpn VUS), très rare, se présentera en 1927
(septième de notre tableau) pour la dixième fois depuis l'institution du comput juif
moderne. Les neuf cas précédents sont les années juives 4179 (418), 4257 (496), 4506
(745), 4602 (841), 4849 (1188), 5096 (1335), 51*94 (1433), 5441 (1680) et 5519 (1758).
2. V. Dr Adolf Scbwarz, Der judische Kalender, Breslau, 1872, p. 54-61, où les
différentes opinions sont résumées et critiquées.
3. Le caractère d'une année, exprimée par une brève formule composée d'un
chiffre et d'une lettre minuscule (année commune) ou majuscule (année embolis-
mique) désigne sa longueur et la férié par laquelle elle commence ; par ex. :
2 a = année abondante (355 jours) commençant par un lundi ; S r = année régu-
lière (354 jours) commençant par un mardi ; 7 d = année déficiente (353 jours),
qui débute par un samedi. L'année embolismique compte 30 jours de plus.
22 REVUE DES ETUDES JUIVES
entre R. Saadia et Ben Mélr au sujet de l'application de l'une
des règles d'ajournement '.
En résumé, nous estimons que le comput juif avait subi succes-
sivement différentes modifications en ce qui concerne le principe
de fixer les néoménies, en passant par les trois phases suivantes :
1° Observation de la faucille] lunaire dans l'antiquité et calcul
astronomique de ce phénomène dans la suite;
2° Remplacement de ce système (d'origine payenne) par la
conjonction astronomique ;
3° Substitution de la conjonction moyenne (Molad) à la conjonc-
tion astronomique, avec application des règles d'ajournement.
D. Sidersky.
1. V. Revue des Éludes juives, XLII, 178-9.
DEUX FRAGMENTS
D UN
GLOSSAIRE HEBREU-FRANCAIS
DU XIIIe SIÈCLE
Les fragments publiés dans cet article ont été découverts par
moi dans la reliure de deux recueils de documents divers conservés
aux Archives de la Ville de Bologne. Au moyen âge on avait l'habi-
tude de relier les livres et les manuscrits avec des feuilles de
parchemin provenant de manuscrits dont on ne se servait plus
ou que l'on croyait dépourvus de toute valeur. On en trouve
dans toutes les bibliothèques et surtout dans les archives, et bien
des fois, en les étudiant avec soin, on a eu la bonne fortune de
découvrir des fragments historiques ou littéraires du plus haut
intérêt.
Dans les archives de Bologne mon attention s'est fixée seulement
sur les fragments des manuscrits hébraïques. Ayant obtenu du
conservateur, l'aimable Cav. Livi, la permission de les détacher,
je les fis nettoyer, les cataloguai et en donnai une description
sommaire. Outre les deux qui forment le sujet de cette étude, la
collection conserve des fragments de manuscrits bibliques et de
manuscrits contenant le commentaire de Raschi sur le Penta-
teuque, l'un des ouvrages qu'on trouve le plus fréquemment dans
les bibliothèques ; en outre un morceau d'ouvrage rituel et un
fragment du Ta'srif de Zahrawi dans la traduction de Ghem-Tob
de Tortose*.
L'importance des glossaires hébreu-français, soit pour l'histoire
de l'exégèse biblique au moyen âge, soit pour l'histoire de la
1. Cf. M. Steinschneider, Die hebràischen Uebersetzungen des Mittelalters, etc.,
p. 740 et s.
24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
langue française et de ses dialectes, a été démontrée depuis long-
temps ; il serait inutile d'y insister encore. On en connaît sept qui
ont été conservés dans leur intégrité ou à peu près : deux à Paris,
deux à Parme, un à Bâle, un à Londres et un à Leipzig. Le glos-
saire de Turin a été détruit, parmi bien d'autres manuscrits, dans
l'incendie de 1904. Un seul de ces glossaires a été publié intégrale-
ment, à savoir le n° 302 de la Bibliothèque Nationale '; celui de
Leipzig l'a été seulement en partie2. Tous ces glossaires ont été
étudiés et décrits depuis longtemps par Arsène Darmesteter3. Plus
tard ont été publiés deux fragments de glossaires, l'un par M. E. N.
Adler \ l'autre par M. Porges 5.
Le fragment de Bologne comprend quatre feuillets de parche-
min in-4°. Les deux premiers (fragment n° 1, Isaïe, xlviii, 13 à
liv, 4) sont assez bien,conservés,les deux derniers (fragment n° 2:
Job, vu, 6 à xi, 20) ont été mutilés dans les marges comme il arrive
souvent et sont en très mauvais état. Ils fournissent par consé-
quent un matériel linguistique bien moindre et en tout cas moins
sûr. Dans les deux fragments, les points-voyelles, très importants
dans ce genre de glossaire et, en général, dans n'importe quelle
transcription de ûn^ib, sont très souvent illisibles, là où le parclie-
min a été usé par le frottement ; quelquefois les lettres mêmes
ont pâli sensiblement. Toutefois, la phonologie et le système de
1. V. Mayer Lambert et L. Brandin, Glossaire hébreu-français du XIIIe siècle,
Paris, Leroux, 1905.
2. Dr. Arnold Aron, Das hebràisch-altfranzosiche Glossar der Leipziger Univer-
sitàls-Bibliolek (Ms. 102), zutn ersten Mal ausfiihrlich besprochen, Erlangen, 1907. Sur
le glossaire d'Oxford, v. A. Neubauer dans les Romanische Sludien de Bôhmer, t. I,
p. 165 suiv., et D. S. Blondheim, Le Glossaire d'Oxford, R.E.J., t. LVII, p. 1-18.
3. V. Archives des missions scientifiques et littéraires, 1878, 383-442 ; Gloses et
glossaires hébreux-français du moyen âge dans Roma?iia, t. I, p. 146-176. Ces arti-
cles et les autres sur le même sujet furent plus tard réunis dans les Reliques scienti-
fiques, t. I, p. 107-307, sous le titre d'Etudes judéo- françaises. V. du même auteur :
Les Gloses françaises de Raschi dans la Bible, Paris, 1909 (T. à p. de la R.E.J.,
années 1907-1908) ; D. S. Blondheim, Contribution à la lexicographie française
d'après les sources rabbiniques [Romania, 1910) et J. Oesterreicher, Beitrâge zur
Geschichte der jiidiscli-franzosischen Sprache und Lilteralur in Mitlelalter, Czer-
nowitz, 1896.
4. R.E.J., t. L, p. 197 et suiv.
5. Ibid., t. LXVI1, p. 183 et suiv. M. Israël Lévi suggère que les fragments décou-
verts par moi pourraient provenir du même glossaire auquel appartenaient autrefois
les fragments découverts par MM. Adler et Porgès (est-ce que ces deux fragments
appartiennent au même glossaire ?j. Cette possibilité est exclue à mon avis parles
divergences dans la transcription et la vocalisation. V. plus loin le texte. M. D.-S.
Blondheim a eu l'obligeance de lire mon article et de me suggérer plusieurs rectifica-
tions, ce dont je le remercie vivement.
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 25
transcription ayant été établis, on peut toujours restituer les
points-voyelles sans trop de difficulté. L'écriture carrée du type
franco-allemand et la qualité du parchemin suggèrent comme
l'époque la plus probable du manuscrit la fin du xme siècle •. La
disposition des matières est telle qu'on la rencontre dans la plupart
de ces glossaires, c'est-à-dire que le mot ou le passage biblique est
suivi de la traduction française en transcription ; suivent encore
la citation d'un passage biblique afférent et l'explication du mot
même, généralement au moyen d'un synonyme. Quelquefois la
troisième ou la quatrième partie manque 2. On observera que dans
le fragment n° 1 la citation du passage topique est presque toujours
introduite par l'abréviation 'a = 1733 et l'explication par l'abrévia-
tion 'b =ïw3b, tandis que dans le fragment n° 3 a lieu le contraire.
Cette circonstance peut faire penser que les deux fragments,
quoique appartenant vraisemblablement au même glossaire, n'ont
pas été transcrits par le même écrivain. Une telle supposition
expliquerait aussi certaines différences dans la transcription et
dans la vocalisation.
Les particularités de la langue représentée dans ces fragments
me semblent être celles du français du Nord-Est (Lorraine, Cham-
pagne) au xiii9 (xive ?) siècle ; je n'ose toutefois prononcer un
jugement définitif, n'étant pas compétent en cette matière. Un tel
jugement doit être fondé avant tout sur la prononciation des sons
vocaliques, telle qu'on la déduit de la transcription des mots fran-
çais, lesquels doivent être, par conséquent, reproduits avec la
plus grande exactitude. A ce propos, il convient d'observer qu'il
n'existe pas de correspondance parfaite entre deux glossaires.
Ainsi, par exemple, le fragment Adler, tout en ayant, comme
M. Lévi l'ajustement relevé3, plusieurs points de contact avec le
glossaire n° 301 de Paris, en diffère sous certains aspects : la ter-
minaison de la troisième personne du pluriel du futur, entre
autres, y est écrite constamment : -tint, tandis que le glossaire
de Paris a dans ce cas : -ontk. Le fragment Porgès, qui s'ac-
1. L'écriture fournit un indice presque toujours sûr de la provenance mais non de
l'époque des mss. hébraïques. Dans notre cas, l'étude du matériel phonologique et
grammatical peut aider les connaisseurs à établir un jugement plus arrêté.
2. Comme dans le fragm. Porgès; dans le fragm. Adler, la citation biblique
manque toujours.
3. V. R.E.J., t.L, p. 198.
4. M. Blondheim me rappelle toutefois que le texte du ms. n° 301 de Paris n'a de
points-voyelles qu'exceptionnellement et qu'on ne doit pas, par conséquent, attribuer
une grande valeur à la vocalisation des mots français, due sans doute aux éditeurs
plutôt qu'au glossateur.
26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
corde avec le fragment Adler dans la terminaison : -tint, a tou-
tefois les possessifs : -mnn, tun, sun au lieu de mon, ton, son,
comme dans le fragment de Bologne et dans le glossaire de Paris.
Le fragment de Bologne s'accorde avec le fragment Porgès dans
la terminaison : -ant et dans la préposition an (Paris et Adler :
-ent, en) mais s'en éloigne dans la terminaison : -ont et dans
les possessifs : -mon, ton, son. Il serait facile d'accroître le
nombre des exemples; je me suis limité à quelques-uns, mon
intention n'étant pas de dresser une table analytique du maté-
riel contenu dans ces glossaires. M. Lévi a dit justement { : «Pour
l'histoire de la langue française ces glossaires seront surtout ins-
tructifs quand ils auront tous vu le jour et auront pu être replacés
dans la province et le temps où ils ont été composés. » Je pense
qu'un travail compréhensif et conclusif comme celui que souhaite
M. Lévi pourrait être rendu plus aisé, si, à chaque publication,
même d'un fragment, on avait l'habitude de joindre une table des
formes grammaticales, terminaisons, groupes de voyelles et de
consonnes, etc., selon la prononciation attestée dans le glossaire
ou fragment de glossaire, en ayant soin d'y ajouter la graphie cor-
respondante du français moderne 2. De telle manière, le savant
qui entreprendrait de réunir et de classer tout ce vaste matériel
n'aurait pas besoin de se le procurer en analysant tous les glos-
saires et les fragments existants, puisqu'il le trouverait au moins
en partie déjà réuni et arrangé. La valeur des signes vocaliques
est à peu près la même dans les divers glossaires, qui sont tous
d'origine franco-allemande. Nous avons en effet : n = a ; n = e ;
s et ^ = é, è (ai) ; n et i» = i ; i = o; *i = u. Les signes
composés avec le Schewa et le Qibbouz ne se rencontrent jamais.
Le Qamez («) est assez rare et se rencontre seulement dans cer-
tains glossaires 3, généralement pour exprimer la voyelle dans la
terminaison : -ant (français moderne : -ent) ex. : Bajp'pWT =
debrizemant (ont). J'ignore si la prononciation du Qamez en France,
à l'époque où ces glossaires ont été rédigés, est tout à fait assurée.
Qu'il me soit permis en tout cas d'observer que l'usage du Qamez
1. Art. cit., p. 198.
2. Cette habitude n'est malheureusement pas toujours suivie par les éditeurs. Tout
à fait déplorable est le système adopté par M. Porgès {R.E.J., LXVII, p. 185 et suiv.)
qui s'est borné à reproduire dans son article le teite hébraïque, sans plus, ce qui rend
sa publication inutile pour tous les romanistes qui n'ont pas la connaissance de l'hébreu,
et c'est, je crois, le cas de la plupart.
3. Paris, n° 302, Leipzig, Parme, ne 60 et d'autres.
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 27
au lieu du Patachdans ces cas particuliers, exclut apriorila. possibi-
lité que les deux signes représentent le même son vocalique. Or, puis-
que il est établi que le Patach correspond au son a, il s'ensuit que le
Qamez aura été employé pour exprimer un son vocalique différent,
probablement Yo môme ou un son intermédiaire entre a et o, ce qui
pourrait s'accorder avec le fait qu'à la syllabe an (ant) du français
correspond assez souvent on (ont) dans les dialectes de la France
orientale. Quelques-uns parmi ces glossaires présentent, en dehors
des diversités dans la transcription et la vocalisation, des particu-
larités dignes d'observation. Telle est, dans les fragments de Bolo-
gne, la permutation de / et r dans certains mots où ces deux
consonnes sont précédées ou suivies, par une autre consonne,
exemple : clachat [crachat) ; croront (cloront) ; corpors (coul-
peurs) etc. Intéressant aussi est Yu dans prumier (premier) et la
forme è cracha (écrasa). Dans la table ci-jointe je n'ai tenu compte
que du seul matériel phonétique en laissant de côté tout ce qui
concerne les formes grammaticales, mes connaissances en cette
matière ne me permettant pas d'approfondir l'analyse sous cet
aspect. Dans la transcription j'ai suivi soigneusement la graphie
du texte hébraïque sans tenir aucun compte de celle du français
moderne, dont j'ai donné toutefois, çà et là, la forme correspon-
dante entre parenthèses, surtout quand il s'agissait d'éviter la
confusion entre des sons ou des terminaisons diverses transcrites
de la même manière '. Dans un seul cas je me suis éloigné de cette
règle, c'est dans la transcription de a avec v dans les cas où cette
lettre ne correspond, en réalité, pas à la consonne b, mais bien à la
consonne v, pour laquelle on n'emploie généralement pas le Waio
dans la transcription hébraïque. La vocalisation des passages
bibliques cités ou expliqués dans les fragments de Bologne est,
comme toujours dans ces glossaires, incorrecte au dernier degré,
le Qamez, le Schoureq, le Ségol et toutes les voyelles composées
faisant complètement défaut. La vocalisation correcte est tout à
fait exceptionnelle et ne se rencontre que dans les passages cités.
Or, comme ces passages ne sont généralement pas pourvus de
points-voyelles, il est extrêmement probable que ces derniers y ont
été ajoutés plus tard. Je n'ai pas restitué les points-voyelles là où
ils manquent, ni là où ils sont devenus illisibles. Une ligne brisée
1. Le lecteur, qui n'est pas en état de contrôler la traduction française sur le texte
hébraïque, peut facilement hésiter entre le participe passé en é et la première personne
du singulier du passé en ai transcrite également avec é (Çèrê) ; entre la terminaison
du pluriel -ans et la terminaison -ances, etc.
28 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES
indique toujours une lacune plus ou moins étendue dans le texte,
causée généralement par une coupure ou une déchirure dans le
parchemin. Au point de vue exégétique, quoique un jugement
définitif soit encore prématuré, l'influence prédominante deRaschi,
reconnue déjà par Darmesteter », me semble incontestable. Elle
ressort particulièrement en ces parties de la Bible, comme le livre
d'Isaïe, le livre de Job, etc., où l'obscurité du texte rendait possi-
ble une plus grande variété dans l'interprétation. On rencontre
toutefois des passages dans lesquels le glossateur n'a pas suivi
l'interprétation de Raschi; quelquefois môme il en a donné une
meilleure. Certaines explications semblent dérivées d'une lecture
différente de la lecture massorétique et présentent naturellement
un certain intérêt. Le glossateur a toujours donné une traduction
littérale, c'est pourquoi il n'a pas tenu compte dans les formes
verbales des relations syntaxiques qui en déterminent ou en modi-
fient le sens. Ainsi le parfait est toujours rendu par le temps passé,
là même où il a valeur de futur (cf. Isaïe, lui, 81, etc.), tandis que
l'imparfait est rendu par le futur, là même où il a valeur de passé
(cf. Isaïe, lui, 42). Je n'ai donné que très peu de notes, me limitant
à ce qui était indispensable pour l'intelligence du texte : j'ai cru
toutefois devoir ajouter entre parenthèses l'indication de tous les
passages bibliques cités.
ALPHABET DE TRANSCRIPTION
DANS LES FRAGMENTS DU GLOSSAIRE DE BOLOGNE
CONSONNES
ALEPH. Se trouve constamment au commencement des mots pour repré-
senter la syllabe initiale a (N), é ("W) et o (IN). Dans le
corps du mot, seulement quand il y a double a, ex. : u;?:ND
= paames (paumes), cf. TB'vaB = pâmés. A la fin du mot,
on le trouve toujours après Ye muet, ex. : NpTl = roche.
BETH. Correspond non seulement au b, mais aussi auv (cf. supra, p. 4).
GHIMEL. Correspond soit an g (orgoil), soit au j (jostize). Dans ce dernier
cas toutefois, il est marqué d'un petit trait vertical tel qu'on
l'emploie pour indiquer le gîm arabe.
1. Cf. Romania, t. I, p. 176.
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 29
DALETH = d.
HE. Au commencement du mot représente l'aspiration, ex. "&n
= hâté. Au milieu du mot je l'ai rencontré une seule fois
(Isaïe, li, 3). Il suit quelquefois l'aleph à la fin du mot dans
le part. pass. fém. (cf. Is., xlix, 21).
WAW. N'a jamais valeur de consonne, le v étant toujours représenté
par le 3.
ZAYIN. Correspond généralement à Ys faible du français moderne, ex. :
U-PH = dêzert {désert). Mais on le trouve aussi dans les
mots comme jostize, etc., qui, dans le fr. mod., ont la
sifflante forte (c, ç). Puisque, dans d'autres mots à sifflante
forte comme froncer, etc., on trouve employé le Çadé
(v. infra), on serait tenté de croire que, dans jostize, etc., le
zayin représente réellement la sifflante faible.
HETH, KAPH et 'AYIN ne se rencontrent jamais, les sons correspondants
n'existant pas en français.
TETH. Correspond toujours au t, à l'exclusion du taw qui n'est jamais
employé.
YOD. N'a jamais valeur de consonne. Pour le j, v. supra à la lettre
ghimel.
LAMED = /. Le lamed précédé ou suivi d'un (double) yod correspond à
17 mouillé, ex. : 'p'ôu"! == retaliez (retaillés); Vïb^i'p
= cheviles (chevilles).
MEM = m.
NOUN = n. Le noun précédé ou suivi du yod correspond à Y h (n
palatal). La notation en est toutefois assez irrégulière, ex. :
U5fcn3","nû3',N = étreineras ; aWD'nîû'H := détreniemani ;
n3ED"n"H = direinemant.
SAMEKH ne se rencontre jamais, Ys étant toujours représenté par le sin
(cf. toutefois infra à l'article Çade).
PE. Représente indifféremment Yf, ex. : U3D3N = anfant et le p,
ex. : Np-PD = perche.
ÇADE. Ne se rencontre jamais au commencement des mots, Ys initial
étant toujours représenté par le sin. Au milieu du mot on
le trouve souvent employé pour la sifflante forte dentale
(fr. mod. : c, ç), ex. : C333t3ina = fronçant ; ta^THSN
= andurcit. A la fin du mot on le rencontre après Yi, Yu et
l'e sonore, là où le français moderne écrit 1'*, ex. : "pb-p^
= merléz ; )"nnj^ = tanduz; quelquefois môme à la fin du
part. pass. m. sing., ex. : y^m^N "nu^N = é seré énoréz (et
serai honoré). Assez fréquent est le çade à la fin du part,
prés., ex. : ysiOSiN = ocianz.
30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
QOPH. Correspond soit au c, soit au ch. Dans ce dernier cas., elle est
marquée avec un petit trait vertical, ex. : U5*mp = cordes;
wb^np = cheviles.
RESCH = r.
SIN. Représente toujours la sifflante dentale [s), jamais la sifflante
linguale ou cérébrale (sch).
TAW. Ne se rencontre jamais (v. supra à l'article Teth).
VOYELLES
PATAH. Représente Va tant bref que long, à l'exclusion du qamez qui
n'est jamais employé (pour les autres glossaires, v. supra,
p. 3).
ÇÈRÊ. Tant seul que suivi du yod représente Ye sonore fermé, ex. :
yma^N = énoréz, et ouvert, ex. : t3"pn = dézert, et cor-
respond aussi à l'ai du fr. mod , ex. : -nbp = clèr (clair).
HIREQ Toujours suivi du yod= i.
SCHOUREQ. Représente Yu tant long que bref, à l'exclusion du qibbouz
qu'on ne rencontre jamais, ex. : ■»?¥! = rusé ; ttîttîiD = fûtes.
HOLEM. Représente Yo, tant bref que long, ex. : "PTip = corir; anùia
= votre. Correspond aussi à l'au du fr. mod. lorsque ce son
est bref, ex. : ")ip = chod [chaud). Au est généralement
représenté par le double a (N_), ex. : Nttiojnn = royaume
(royaume). A Yeu du fr. mod. correspond toujours o, ex. :
UJ-nrD"H — dêfézors ; unitf'nD = pretors. A eu -f- i corres-
pond oi, ex. : b^iJniN = orgoil (cf. infra, p. 8, n° 3).
La plupart des observations qui précèdent concernant l'emploi
et la correspondance des divers signes et sons du français et de
l'hébreu peuvent s'appliquer à presque tous les glossaires connus
jusqu'ici. On constate, en revanche, quelques diversités entre les
différents glossaires dans la graphie et par conséquent dans la
prononciation de certaines formes grammaticales très fréquentes.
Les particularités de ce genre devraient être toujours soigneuse-
ment notées parce qu'elles peuvent fournir un matériel très impor-
tai! I pour la classification des glossaires mômes, selon les diverses
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU FRANÇAIS 31
époques et régions ', et surtout lorsqu'il s'agit de fragments, dans
lesquelles manquent nécessairement les indications concernant la
localité dans laquelle ils ont été composés ou écrits2. Ci-après j'ai
noté seulement les particularités des fragments de Bologne com-
parativement avec les matériaux fournis par les principaux glos-
saires. Le soin de dresser une table complète est naturellement
réservé à celui qui entreprendra l'analyse comparative de tout le
matériel linguistique contenu dans ces glossaires.
1° A la terminaison : -ent du français moderne correspond
constamment : -ant (û3. — ), quelquefois : -anz ("p-— ) comme
dans les fragments Porgès et autres. Le fragment Adler a toujours:
-ent (ai.— ). Le glossaire de Paris n° 302 et celui de Leipzig ont
dans ce cas le Qâmez (g3t— ) transcrit par les éditeurs avec o,
exemple : desibemont. Je ne sais si la transcription du Qamez par
o dans ce cas est tout à fait justifiée; en tout état de cause il
est certain qu'on peut distinguer trois notations et partant trois
prononciations différentes: -ent (Adl.) ; -ant (Bol.); -ont? (Par.).
Pour ce qui concerne le préfixe en et la préposition en les
variantes sont au nombre de deux, c'est-à-dire : en (Adl.) et an
(Par. Porg. Bol.) cf. Isaïe, li, 2 ; 12 etc.
2° La terminaison de la troisième personne du pluriel du futur
est toujours écrite : -ont (taai — ) comme dans les glossaires de
Paris, dans celui de Parme, etc. Les fragments Adler et Porgès ont :
-ant (ott — ). Ce dernier écrit avec u même les possessifs : mun,
tun, sun, le fragment Adler a : mon, ton, son, comme celui de
Bologne et les autres déjà mentionnés. Le fragment Porgès pré-
sente aussi les formes : faun, foisun, etc., au lieu de faon,
foison, etc.
3° Au français moderne : -neil correspond dans notre fragment:
-oil De môme dans les glossaires de Paris. D'autres, comme le
fragment Adler, ont : -uil, exemple : b">"WiN = orgail (orgueil).
4° On rencontre quelquefois dans notre fragment la permutation
1. M. Hrandin (v. l'article R.E.J ., LU, p. 61 et suiv.) a dressé une table de l'alphabet
de transcription qui me semble pourtant insuffisante, surtout pour ce qui regarde les
voyelles. En outre, il n'y est pas tenu compte des différences entre les divers glossaires.
2. De telles indications se rencontrent entre autres dans les glossaires de Paris (n° 302),
de Parme (n° 60), de Leipzig.
32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
de / et r, là où ces deux consonnes liquides sont précédées ou sui-
vies d'une autre consonne, exemple : clachat {crachat), croront
[cloront) etc. De même dans d'autres glossaires (Oxford, Parme).
L'assimilation et dissimilation de / et r est un phénomène assez
fréquent tant dans les langues indo-européennes que dans les
langues sémitiques ; on sait d'ailleurs que les consonnes liquides
se remplacent assez souvent les unes les autres.
FRAGMENT N° 1 (Isaïe, xlviii, 12 — liv, 11).
Twvr 'b (Nomb... i, 16) m^n ■w'np 's . œaiEtûaiB ^-np?a n*m, 12 î
p3N 'b (Gen.,xxv, 23) ^pJtt '3 . «,1û?5,»Ç»»1p WlJÏÏD — 19 2
mnm» 'd tiTvrss mmna — 21 3
.inam» 'd Tnip epb «feiTj b^asn -nattt — — 4
(Ps. lxxviii, 20) a"1» imn mat mn 'd ta-r-iip"^ mm — — 5
(Lam.,m,12)inBtt)N ^3 '3 b^ll^ip3itt53N inett?N3 "pbp THa xlix, 2 6
(Jér., xxxix, 5) d^asttî» ina nari 'd y,atts/^-riïû,,33 ^d©7: — 47
■V,9"Tte"!S 231U3b .1133 'D y*>ni3^^ni25^N 133ÊO — 5 8
û5»p,«»^« nrab — 7 9
srian 'b -îan 's "nu \snp^ épatai — 8 10
1 xlviii, 12 non semons.
2 — 19 comme ses vantres. Dans le mot ses, l'écrivain a omis
Ys final, ce qui lui arrive assez souvent.
3 — 21 an dézert.
4 — — de roche fit corir.
5 — — é corirt (courirent).
6 xlix, 2 clèr. an son coivril. VI à la fin de ce dernier mot ne
se trouve dans aucun des mss. consultés par Dar-
mesteter pour les gloses de Raschi, auquel l'expli-
cation appartient, cf. R.E.J., LIV, p 213 et aussi
le frag. Adler dans R.E.J., L, p. 202.
7 — 4 mes déreinemanz.
8 — 5 é serè énoréz. a retorner.
9 — Ta déspitemant.
10 — 8 é créé toi. Points-voyelles illisibles. Le mot *patN in-
terprété par erreur comme dérivé du verbe nar.
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 33
œ^ûalcwb ^ia?a .Din *b nip d-nu
(is., li, 18) brisa "pa 'D ©lana» dbnr
-i-n^sn uni»
UJ73NND D^Dd
^nppn 'd ^u^çibp ^npin
■ppm 'd tai« ujn — û^ÇÉpN d"ntfjpm
(Lam., ii, 2) b^n «bi dtt)M *ba *b ranirrryi^an ^"ybntt
nsnanita^ itvioi
(job, m, 7) mttba mm mn rtb^bn 'd abiu: mraba
(Ex., xvii, 15) lo^a DUJn 'd NpmsNîg ^a
D^D 'b »U5NS d^DN
nwNibn'b(HRois,iv,i) nnpb N3 ïwwm 'd iBniB"nEP5s ^izns»
mnrra) 'b(Ps., xxxvm, i) ir©bn mp ûvn bd 'd "wa m-np
n* 'b(Lév.,xvi,2i) ni3^n t? id^n Td 'd msaûsa rwb
chod. les fonteines.
manera os (mènera eux).
devèr darom (ûiTi). Une glose mêlée de français et
d'hébreu dérivant sans doute de la note de Raschi
ad loc. qui s'accorde avec la traduction araméenne
= Ntti-n y-)N73.
XLIX,
10
11
—
10
12
—
12
13
-
15
1
2
3
4
5
-
16
—
18
—
19
6
7
8
—
21
—
—
9
-
22
10
—
23
11
L,
1
12
—
3
13
4
14
11
XLIX,
10
12
—
10
13
—
12
1
—
15
son anfant.
2
—
—
de péter (piéter?). Points-voyelles illisibles.
3
—
16
paames (paumes).
4
—
—
clofichi toi.
5
—
18
é aféteras os (?).
C
—
19
étrèineras.
7
—
—
de tes défézors.
8
—
21
é tornée.
9
sole. La plupart des mss. de Raschi lisent : NUbiUJ.
La citation du livre de Job est incorrecte, le texte
ayant : fconnjtbibn.
10
—
22
ma perche.
11
-
23
faa(se) (face).
12
L,
1
mes pretors.
13
—
3
neirté.
14
—
4
a atançer. Cf. Raschi ad loc.
T.
LXXV, y
' 14!». 3
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
'b (Jos.,i,i8) ^d na m?r 'a -^"n ^n^a l, 5 15
(is., xlii, 17) mrtN 13103 'o w '■mvioa — — 16
ibiji 'b unip ai» ">na — 6 17
(jos., xvi, 10) vinb -)Dn 'd tBï^iaiz^a&PK "«nbi - — 18
tiî-iipibDN tin "an û^pinab 'o unissi-ma n">pni7ab — — 8
(Lév., xv, 8) 3TH piT '3 Bpbp'W P*m — — 9
ybo'b (Ps.,cxiv,8) û^3 ■'a^yttb îiî^bn'D Npt-ittip uî^bns — 7 10
3>b"in *î7p — — — — — — r^tna us* — 9 11
-fian "d y^-iip^ û^ion — io 12
(Deut., xxxii, 32) idN3 ttmp 'D y^^SN Wp — H 1
D^pnn ■ynrifc 'b "«i rcb'iWEp'ï y-irns nip-n "ntara — — 2
(i Sam., xx, 34) -m 3^*3 '3 ytiipa ïia^yab .iD^npin ûduîn — — 3
(I Rois, 1, 6) V38 3£* Nb 'b ]
DTh33 '3 y^ai tûttts ûnnisin u, 1 4
(Pesahim, 8 6) niBtt5N3 npiïï blM^n '3 y^3p U5îû*B ûmpIS — — 5
ïrr^ 'b (y)tt)"»^-iiaiD3N anaia osbbinn — 2 6
15 l, 5 révélé (rebellai).
16 — — rasé.
17 — 6 mon cors (corps).
18 — — é a mes joizes (joues).
8 — — a dironpors. L'abréviation N's (tmEIN 1Z5^) suivie de
sa traduction française : à dire introduit une
deuxième interprétation : a plomors.
9 — — é clachat (crachat). Cf. supra, p. 8 et suiv.
corne roche,
artuize.
écuretéz (obscurités).
10
—
7
11
—
9
12
—
10
1
2
—
11
3
4
LI,
1
5
—
—
afranbéz (enflammés).
fozinos d'étèncèles (d'étincelles).
votre fo (feu). A coroz (à courroux).
fûtes retaliéz (retaillés).
fûtes chevés. La seule glose dans ces fragments qui
contienne une citation talmudique. Les éditions
ont toutefois : ^nbiJûnn.
6—2 votre anpartorirés(z?).
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 35
!»Ym 'a D3jaw»n5n ttrin — — 8
pçar» DN573 o»bi 'b vnsb» *a «çan^ln ï1»« wabq — 4 9
(Gen., xxv, 23)]
1«i-no^ bw "pn 'ibD Biinpûiûia vjdu^ — s 10
nsnTort 'b (Gen., vm, 12) ri* brr«i 'a Mimas» "pbm — — 11
btnrj 'b (Eimxvi,4) nnb^n ab nbfcin 'b 'pb'vïa crus inb7û3 — 6 1
a-n*» 'a (is., 1, 22) a^n]
*b"in "p? rro? ^ • 3>bin'a "pa 00
(Deut., vi, H) a^aisn mmai '3 VT^TP. nasrran
omasi 'b]
— — — — — — — — 'b maa 'a b^isnia am
mn 'b (Nomb., xix, 16) mn bbna 'a yaçrxlM nbbin»
(is., vm, 22) npiiii ma 'a ■Yfarwuab'i -pwn
— — — — 'b nsan 'a y-'p'nBWiia^N "pia
pi^n rnrnja 'a Eft^w» ^tttMB ïisnas nn»
(Gen., xxiv, 32) û^bmn nns'n 'a ypçlWÇN DflBïib
Dsaa^np^M nmab
(job, vu, 5) oa«ri mi -n-cn 'a dmmIib sun _ -
7 li, 3 é sa planore.
8 — — réjehisemant. Seul exemple d'un h au milieu du mot.
é mon roiaame (royaume),
jostizeront. Cf. Ilaschi ad loc.
atandront.
furt merléz.
vèr. artuizis. Cf. la glose au v. l, 9.
qi détalianz.
orgoil.
oçianz.
de l'angoisor.
et aprétéz (est apprêté).
é creisiz (craignis).
fu hâté évuidet. Sur l'interprétation de ÏWlSfc. Cf. Baschi
ad loc. et sur Jér., xlviii, 12.
a être lâchez,
a désibemant.
fronçant. Cf. Raschi ad loc.
8
2
9
3
—
4
—
5
13
6
—
7
12
8
14
9
—
10
—
11
15
12
9
—
4
10
11
—
5
1
5
2
—
8
3
4
—
9
5
6
7
8
—
13
—
12
9
—
14
10
11
—
—
12
—
15
17
1
—
2
—
3
19
4
20
5
6
36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
N^V'VpiDb n*mp li,
(Lév.,ix, 12) l^riN ^3 lBPat50"n '3 . ©ûiaWN n">£ÏÏ1 —
(Deut., xxin, il) n^b mp» 'a îa-na^N^a Tmmp —
sniK» 'b]
TDnaç a'nnD ïisbny —
piajûïp^ttip n"i .îwnbrç 1 «ia N»ip ittsa ana —
uyyn'-tt]
titube ■'atD'p ^a i:n7aa 'a ^nibi-ip^^ç: ^paira — 23 7
(Ex., xv, 14, 15)
(Prov., h, 18) rin^a m» b« tinuî ^a 'a Kia^aH *>nuj — — 8
nNii N»ip">N ynriDT . ^sna 'a iinip fia "fia — — 9
ïiaa» bvs)l viyami 'a ^pip\*ip^;ntf; n^nn ni, 2 10
(Job, xxxvm, 13)]
(Nomb., xxi, 1) ï3U3 "idïï?: auri 'a 'pa-^p^b ïmiû — — 11
la fondrilie.
de l'entomismant. Cf. Raschi ad loc.
é égotas. Cf. Raschi ad loc.
tes avantures.
furet (furent) pâmés. Cf. Rachi ad loc.
La deuxième interprétation : corne éstanboc de rois (?)
reproduit la note de Rachi au mot npN (Deut., xiv,
5). La première n'est pas tout à fait sûre, le texte
étant en cet endroit peu lisible. Il est toutefois
probable qu'on doit lire, suivant l'explication tra-
ditionnelle (Targ. Nbamn, cf. Raschi ad loc. ,), corne
boe an salvage.
7 — 23 tes écrolors. Dans la citation, le glossateur a confondu
entre eux les deux versets cités. Dans la marge,
une main différente a ajouté : U5:mtû"n:rr: Épnn,
tes tritorans.
8 — — abèse (abaisse). Le second mot illisible est probable-
ment : toi ("nsa).
9 — — ton cors. Cf. l. 6, é come roe (rue).
10 lu, 2 soi ésicos (secoué). Cf. Raschi ad loc.
11 — — lé qétivéz (captivés). Cette glose est intéressante puis-
qu'elle semble dérivée d'une lecture différente,
probablement: ni^V (?).
1
2
LI,
17
3
4
- —
19
5
—
20
6
—
20
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 37
(Gen., xlvii, 15, 16) tpD ODN 'D OENa lu, 4 1
OJO'b (Jér., xiv, 21) ^73U5 "|*t)b y&On b« 'S 'imip VN372 — — 3
DINE 'b Th)l3N «*•»]
tibia» 'b (Gen., xxx, 37) pbn tpiûn» '^ ■nmp'n qran
(Gen., xxxv, 2) nBnbwn nnuri '3 y^^loww»» toarr
pithm 'b robb iittsna '5 Npttj» yissm
*&3 mn 'b nabb lo-im o Kçninsaara noiawai — — 8
(Gen., xiv, 10)]
inan Sn uî-w irrom 'r> BT^rnwa i»»ia — 14 9
rnan 'b (Gen., xliii, 33)]
(Lé?., xxn, 25) ûi-n tonnuto '3 lawiw nnuiE — — 10
'a an^cwi^N inNim — — h
mbittt 'b «rnias bw< — 13 12
10
4
11
5
12
6
_
7
rwo-' 'b (Deut., xv, 7) *pi n« ycpn «b '3 caai-iinp. istBp^
— 15
1
2
3
lu,
4
4
10
5
—
11
6
—
12
7
—
—
Glose en grande partie illisible.
ses potors forvanteront.
corocé (courroucé). Interprétation assez singulière.
Le glossateur a ajouté toutefois : avo(v)ir, expres-
sion de mépris.
décovri (découvrit).
séés nétoiéz. Le passage cité ne contient pas le mot
expliquerais une forme de son équivalent : *|Ï1J3.
an hâte.
é de votre amasemant. Le glossateur a, par erreur,
interprété le mot E|ONtt comme s'il était composé
de la particule \12 et du subst. SpOK.
8 — — é an fuite.
9 — 11 émervélière(n)t.
10 — — fu désibé.
11 — — é sa féiture.
12 — 13 favorira. b^DiD* traduit littéralement (= mbir»). D'au-
tres glossaires donnent : ansajera, qui me semble
une traduction moins bonne.
1 — 15 croront (cloront). Cf. supra, p. 8 suiv.
38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
D^VTN 'b — D^3N 'a ©3tt1« Û"MZ^8 lui, 3 2
(mois, x, 2i) !-wiN7:b auîna 'a ^b lawrnB lia ïirwaarçri «b — — 3
fiaian 'b ^b ttîîaûain yia^N ^nwaipn wnsai — 4 4
anna 'b (Nomb., xix, îe) nnn bbna 'd «latlfiMê bbnntt — s 5
waibian 'b aattWônaia'i ua^rrnp-Hb wrçjlbrç nora — — 6
(Ex., xxi, 25) rman nnn rnian 'a Nn^anaïaaerN in-narm _ — 7
nb^Dn 'b a"-» "iwn 'a Tnaaipaçra s^aïi — 6 s
nrm 'b usina 'a y^-na-n-is u^a — 7 9
- — 'a ■pbpjTtow na^a — — 10
mat* 'b (Gen., xx, 18) naw n'ity ^a 'a Batt^en'i natiy» — s 11
•p-no-i bus jvj 'iba «rausivrai aauîtttti — — 12
nai-^ 'b (Ps., cxix, 48) ^ppna nrruîN 'a anbng nm^ — s 1
ûip?aa 'a NibaN nnn — 12 2
ûpn 'b (Gen., xxiv, 20) ma n*m 'a «"i^a^ rnyn _ _ 3
a^an Tia*ai 'b kwjd unisnip nis^N s^sn a^usabi — — 4
bbsn^]
(Gen., xii, 8) ibriN a*n 'a y^naa aai-iu; sia** liv, 2 5
yatta 'b naum ^a 'a ttn-nlavj ■oumn — — 6
2 lui, 3 onmes (hommes).
3 — — non prizèmes lui.
4 — 4 é noz hontames lui.
5 — 5 fu oçis. Un des rares exemples de vocalisation correcte.
6 — — le détrèniemant de notre réndemant.
7 — — é an sa graniture.
8 — 6 fit ancontrer. Raschi a ici : espriad (cf. R.E.J., LIV,
214). L'interprétation donnée par notre glossateur
me semble meilleure.
9—7 fu détréiniz.
10 — — fu sorpaléz.
11—8 de reteinemant (retienemant?).
12 — — é de jostize.
1—8 parlera.
2 — 12 an lo (en lieu).
3 — — évuida.
4 — — é por corpors prira (et pour coulpeurs priera).
5 liv, 2 seront tanduz.
6 — — dévoieras.
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 39
uniip^B ^ryrçj liv, 2 7
(Ex., xxxvin, 31) swm m^r b^ 'a »b**app,,ia',M ^"«ninn^i — — 8
pTnn 'b (Gen., xxvm, 14) rna1* nrnci 'a «maie^N wieri — 3 9
niais 'b (is., xxiv, 23) nsabn msn 'a ran^iaiin "H^wrin — 4 10
Vn^b (i Sam., xvii, 56) abyrr ïit ^ p 'a ©aMwa^ca "pttib^ — — 11
FRAGMENT No 2 (Job, vu, 6 — xi, 20).
— nlt:i2T an» ^12 vu,
U35 'b (Job, xxxiii, 27) Qitt)3N bV -W> 'b ->17Û &n*nVl ^ 11113 D —
pim 'a (Job, xli, 7) nir Dnin 'b ta^lnça» nsa —
— mn 'b ajba 11^7 ^nVi —
wp 's D*^ nmuj 'b -m^bs^ip ïimiDK —
ùi^a^bôîaip ii»3N wroa . Nnissiio au)1; —
d^t» niDa 'b ■nMiB'ipb wifr iisnïTia rr^ian T^ajaip ïifca —
upbp li» "«ibM^j ^pin rjba —
[ s^D-n 'b aniasipaKN yasab -
■na U3TÎ?TN ^rnmai —
7 liv, — te(s) cordes.
8 — — é tes chevilles. Cf. Raschi ad loc.
9 — 3 é forceras.
10—4 hontoieras.
11 — — tes anfans (enfances).
1 Job, vu, 6 de navète (navette).
2 — 8 regardera moi.
3 — 11 an étroit.
4 — — de mon talant.
5 — — conpleindrè (complaindrai).
6 — 13 sufrera. An mon compleiniemant.
7 — 19 combien, torneras, lâcheras moi. V. une interpréta-
tion différente dans Raschi ad loc, cf. R. Ê. /.,
LVI, p. 82.
8 — — qe angloti mon clachat, cf. supra à Is., l, 6.
9 — 20 a ancontre.
10 — 21 é reqiras moi.
6
1
8
2
11
3
—
4
—
5
13
6
19
7
—
8
20
9
21
10
40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
■"bç-iiu: uaa^N maa mm vm, 2 1
(î)B,3FvHp?H?S mî Dbizn — 6 2
}-\w\ 'b tww i*nzm — 8 3
11
4
—
5
17
6
21
7
4
8
—
9
5
10
6
H
y-m-itt "pu: nsra tôa . anûyin^rç ttrem —
(Job, xii, 23) ûi-iab n^^uîw 'b »nt3^i"iîP awiir —
(Gen., xxii, 13) vnpa *poa 'a V^TMbpSK U31«5 "DaiCP —
ymia rwr]
Nbw 'b K*>bs5ip3K ania abïF —
(Gen.. xlii, 7) mizip dpn wn 'a mup 'b trannsai mapn ix,
mbro 'b ^bynwtw"'» ùbwi —
(Job, xvni, 4) lEïputt mat pn:m 'b p.pamp pTtfttn —
nriD 'a mstbs 'a V^sd^ ïaainia ftfcbBrn —
uît:^ 'a (Juges, xiv, 18) no-inïi Na-> anaa 'b b^biiûK onnb — 7 î
(Job, ii, 4) mr i3>a m* 'b KntttipSÈpH ijai — — 2
ûnmn l?3"1*1 mbî» muai» nwoi b^a iûj - 9 3
nam 'a (Gant., n, il) t]bn ûtzMm 'b ynrçs^N Bpbrm — h 4
é vant sorpali, cf. swjora Isaïe, lui, 7.
é anterinerat. Les lettres ont sensiblement pâli.
prumier (premier).
si croitra, sanz marois (marais), cf. Raschi ad loc
croîtra.
sont anclanchiiz, voiraz.
sera anconplie. Glose intéressante due probablement
à une lection nbfài (Niphal). Laleph dans NbïF
appartient au manuscrit,
andurçit.
é fu apéziblé.
qi détachanz.
seront épantéz (épouvantés). Le ms. Adler présente
une forme semblable : épentèmes (épouvantes) au
mot imra. Ps., lxxxvhi, 17, v. R. É. J., L, p. 209.
1 — 7 a soleil.
2 — — é ancontre.
3 — 9 de darom (DTV7), cf. la glose à Isaïe, xlix, 12.
4 — 11 é paseraz.
1
VIII,
2
2
—
6
3
—
8
4
5
6
—
11
17
7
—
21
8
9
0
IX,
4
5
1
—
6
12
5
13
6
17
7
18
8
19
9
—
10
23
11
21
12
27
13
28
1
—
2
30
3
—
4
31
5
—
6
7
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS
bw» 'a (Ps., x, 9) la* Bptanb 'b irvrla spnrr ix
'a (Prov.,n,i8) DV2 ba nrnz: *o 'b crp^aN innu:
yW2 'D (Gen., m, 15) ©En ^Dl^i NIH 'b v|?3 pSpN i3D*l\Li
'33T:n 'a (Nomb., xxi, 23) "pi-no ";n3 «b 'b ii?3 tn^b i33ni ab
(Jér., xxxix, 5) Û1UDU372 ma wn 'b ù3»3,nv7*? usiûfcb
il» N^inibçN *ïr*r
(Job, v, 21) *pU5b C3"lUi3 'b NS-pa t31M3
(Ex., xxiii, 12) ^nttN p U3D3"n 'b tfîisn "p73 i\DD3
*un bu: tT3D 'b unirai» ns
«m 'a 'b in-n^i
a&o 'a ^mass* 'b ©.nlblrong vnaxj
TliTÎ3 '3 Ï13T '3 *JT 'b (?)"W»12B3K TVanïm
-ninïaa na 'b tptapN ma a
(Prov., xxm, 27) npitt* rima 'b WDis3N nraa
ïiaann 'b ^Taûmm'nara maym
iûn;TÇi» imttbffl
C31123 'b ÊWmafiW? iumï5 — 34 8
ix, 12 todra. D'autres glossaires ont feyra, traduction moins
bonne à mon avis,
abéseirt (abaissèrent),
écracha moi (écrasa moi\
lésera moi. Le glossateur a omis la particule négative,
a direinemant.
aplédoia moi.
verge,
mon repos. La même interprétation du mot 12JD3 se
trouve dans le glossaire de Paris n° 302.
13 — 27 mes aires (cf. l'italien : ira?).
1 — 28 La glose est en grande partie illisible.
2 — — mes dolors.
3. — 30 Les points-voyelles sont illisibles. Il faudra lire pro-
bablement : é nétoiè (et nettoyai).
4 — — a nèteté.
5 — 31 an fose (fosse).
6 — — é avoriret moi.
7 — — mes dras (draps).
8 — 34 sa verge.
6
—
13
7
—
17
8
—
18
9
—
19
10
—
—
11
—
23
12
—
21
42 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES
nrmî 'b (Deut., xxxm, 2) -in?: s^sin 'b ttJi^nsnB'i rUBIfi x, 3 9
oïDT 'a att*n 'b vie uTnams ^lax* — 8 10
(Lam., ir, 2) bttn Nbn ûuîn yba 'b -ntt ffiWB'nK ^ybam — — il
(ii Rois, xxn, 9] cpan ris wmn 'a "nn ferrnlBviinp wnr — io 12
— — — n^bpwsnç ^WDpn — — 13
ïwpbw* ■jmnpBi — 12 14
(Jér., xlvi, 12) *]3ibp d-na iN-n 'a «"«aljnw biNia "pbp yara — 15 1
astt^ins^M ■papy» ^y n&rn — — 2
bn:n 'a 'b Èna-pln^» rrau-n — 16 3
_____ 1-153 un^a *:m"uin — — 4
D173* 'a (Gen., xxxiv, 30) nBOtt ^n?2 'b y4 Û^ntt xi, 3 5
D-npui 'a o^ra 'b »Mlat55tp"»g ^na — — 6
np^nra 'a (Gen., xxxiv, 5) apyi fflnnm 'b Kpo» w^ffi — — 7
mu:bn 'a na mron 'b ^taba^is** mamb — 6 8
n»a 'a (Gen., xliv, 12) riba ppai 'b opnyiibMMb mban — 7 9
fcrwttNiû m» _ 9 10
refranbèses (?).
formèrt moi (?) (formèrent moi),
é defiis. Dans la citation le mot DUîïi a été substitué
au mot ■rç'iN .
T -:
fiis fondre moi.
fiis calier (callier).
é ta balie (baille).
saoul de vergonie. Dans le passage cité la variante
ifcm au lieu de ijeiû.
é véanz de éfroiemant.
é croitra.
baniras moi.
janz (gens).
tes mançonges.
atéiza.
a foibleté.
le anploiemant.
sa mezure.
9
x,
3
10
—
8
11
—
—
12
10
13
—
—
14
—
12
1
—
15
2
3
4
5
6
—
16
XI,
3
7
8
—
6
9
—
7
10
—
9
DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 43
rtb^bn 'a (Ex., xxxn, ii) nw brn 'b cwiTnBN ibTn xi, 19 11
11 xi, 19 é priront (prieront).
12 — 20 de os (eux), é fuite.
Livourne, septembre 1922.
Carlo Bernheimer.
ARRETES
DU DIRECTOIRE DU DÉPARTEMENT DU HAUT-RHIN
RELATIFS AUX JUIFS
[1er septembre 1790 — 19 brumaire an VIII)
Au début de la Révolution, les griefs de l'opinion à l'égard des
intendants avaient fait admettre par l'Assemblée constituante un
système d'administration qui dépouillait le pouvoir central de tout
représentant direct près du département. La loi du 22 décembre
1789 créa dans chaque département un Conseil de trente-six
membres, qui tenait une session tous les ans et nommait, pour le
remplacer dans l'intervalle, un Directoire de huit membres pris
dans son sein. En outre, un Procureur général syndic, élu comme
le Conseil, assistait avec voix consultative à toutes les séances,
soit du Conseil, soit du Directoire, et était chargé de suivre les
affaires et d'exécuter les décisions prises.
Les Directoires de départements furent remplacés par les préfets,
comme les Directoires de districts par les sous-préfets, créés, les
uns et les autres, le 28 pluviôse an VHP.
Le regretté P. Hildenfinger a publié, dans cette Revue (années
1910-1911), les Actes du district de Strasbourg relatifs aux Juifs.
Dans les pages suivantes, nous reproduirons les arrêtés du Direc-
toire du département du Haut-Rhin qui se rapportent aux Juifs.
Ces arrêtés sont conservés aux Archives départementales du
Haut-Rhin à Colmar, dans une série non cotée de vingt-sept
registres in-folio. Quatre volumes, également in-folio, contiennent
des répertoires, mais le troisième volume manque depuis plusieurs
dizaines d'années.
1. Voir Boursin (E.) et Gliallamel (A.), Dictionnaire de la Révolution française,
Paris, 1893, p. 193 et 194, et Poullet (P.), Les Institutions françaises de 1795 à 1814,
Paris, 1907, p. 157 et ss., 750 et ss.
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 45
Nous donnons ci-après le texte des arrêtés relatifs aux Juifs
avec des numéros d'ordre, en indiquant entre parenthèses les
numéros qu'ils portent dans les registres, et avec la date des
séances. Pour faciliter les recherches, nous avons ajouté un Index.
Strasbourg, mars 1922.
M. GlNSBURGER.
1 (326). — 1er septembre 1790.
Vu la demande formée par Lazare Weyl, Juif de Ribeauvillé, à la suite
d'un inventaire d'effets collationné et signé parle greffier; lad. demande
tendante à la remise des mêmes effets à faire au suppliant, moyennant la
somme de cent livres payable en deux termes ; ensemble l'avis du Direc-
toire du district de Colmar du jour d'hier, procès-verbal 41, arr. 302.
Ouï M. Waetterlé pour M. Mùg nommé pour remplacer.
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a arrêté qu'il serait mis néant sur
la demande.
2 (329). — 1er septembre 1790.
Vu la requête présentée par Hirsch David, Juif de Rosheim, receveur
principal des impôts de sa nation dans les départements du Haut et Bas-
Rhin, tendante à obtenir que les nommés Lazare Meyer, receveur parti-
culier résident à Durmenach, et CoschelBloch, faisant les mêmes fonctions
à Wintzenheim, soyent contraints par toutes voyes dues et raisonnables,
même par corps, au payement des sommes dont ils sont en retard envers
la Caisse générale pour les années 1788 et 1789, avec contenu des répar-
titions faites, ensemble toutes les autres pièces jointes, ouï M. Mùeg,
nommé, etc.
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin, vu les contraintes décernées par
M. l'Intendant, les 8 octobre 1789 et 1er février dernier, a arrêté qu'icelles
seront exécutées suivant leur forme et teneur, même par corps, à ren-
contre desdits Lazare Meyer et Coschel Bloch et contribuables et les a,
en outre, condamnés au remboursement des frais desdites contraintes
sur le pied de la taxe qui en sera faite par les Directoires des districts
respectifs de la résidence des débiteurs redevables.
3 (397). — 11 septembre 1790.
Vu la requête présentée par Aron et Paul Lévy, Juifs de Zillisheim, qui
demandent à être admis à la résidence de la ville de Thann, aux offres
de se conformer aux Lois du Royaume, aux Règlements de police et aux
autres usages du lieu et de payer 400 livres; l'agrément de la municipalité
40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
dudit Thann du 31 août dernier et le Placet mis ensuite ; ensemble l'avis
du Directoire du district de Belfort du 1er de ce mois; ouï M. Mueg,
nommé, etc.
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a approuvé et homologué la per-
mission accordée auxdits Aron et Paul Lévy de s'établir en la ville de
Thann, par la municipalité dudit lieu, aux offres portées dans ladite
requête.
4 (405). — 13 septembre 1790.
Vu la requête présentée par Goschcl Wolff-Bloch, receveur des deniers
royaux de la nation juive, établi à Wintzenheim, tendante à ce qu'il plaise
au Département lui accorder un sursis d'un mois pour le payement de la
somme de 2.459 1. 23 s. 7 d. portée en la contrainte par corps décernée
contre lui le 1er du courant, aux offres par lui faites de donner bonne et
suffisante caution. Et à ce qu'en outre il lui soit permis de faire con-
traindre par toutes voyes dues et raisonnables, et même par corps, les
différens receveurs particuliers établis dans les communautés juives et
dénommés dans l'Etat par lui certifié véritable le 7 du présent mois, formé
sur celui qui lui a été envoyé de Strasbourg le 1er février dernier, qui
sont en retard de lui livrer les impositions pour les 3/4 des six mois
de l'année dernière 1789, montant suivant ledit Etat à la somme de
2.687 1. 12 s. 6 d. Etat du 4 janvier et l'arrêté du 1er février dernier la
contrainte par corps décernée contre le suppliant le 1er du courant; les
poursuites faites en conséquence ; la quittance donnée au suppliant par
l'huissier Haffner le 3 aussi de ce mois portant 1.200 1., ensemble ledit
Etat fourni par le suppliant le 7 du présent mois ; ouï M. Mueg nommé
pour remplacer le Procureur général syndic,
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin permet au suppliant de faire con-
traindre les redevables par toutes voyes dues et raisonnables, même par
corps, et avant que de statuer sur le sursis demandé par le suppliant, a
arrêté que la requête sera communiquée à David Hirsch, Juif de Rosheim,
caissier général de la nation juive, pour y répondre dans la huitaine.
5 (412). — U septembre 1790.
Vu la requête des Juifs des communautés d'Ober. et Niederhaguenthal,
Bouschwiller et autres, formant l'arrondissement de la Recette du
recouvrement de laquelle est chargé Lazare Meyer, receveur particulier,
résident à Durmenach, à l'effet d'être reçus opposants à l'exécution de la
contrainte décernée le 1er de ce mois de septembre contre ledit Lazare
Meyer, ayant égard à l'opposition et y faisant droit, ordonner le rapport
de ladite contrainte, ce faisant les suppliants déchargés du payement des
sommes y énoncées, pour cette fois seulement et sans tirer, à consé-
ARRETES DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 47
quence, ensemble de toute contribution, jusques et y compris cette
année courante 1790, les pièces jointes ; ouï M. Mueg nommé, etc.
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a ordonné que la requête sera
communiquée aux Préposés de la nation juive à Uffholtz pour y répondre
dans la quinzaine et indiquer le cas échéant sur quel arrondissement
pourrait être répartie la remise d'imposition fpoiir les suppliants, et
arrêté néanmoins que jusque-là il sera sursis aux poursuites contre
Lazare Meyer, receveur particulier, demeurant à Durmenach.
6 (483). — 27 septembre 1790.
Vu la requête de Jacques Wolff, fils de Salomon Wolff, Juif d'Obcr-
steinbrunn, aux fins d'obtenir la permission de se marier avec Anne
Beyle, fille de Joseph Einstein, Juif de Hagenbach, et de s'élablir à
Obersteinbrunn, où demeure son père; l'avis du Directoire du district
d'Altkirch du 19 du courant n° 72, ouï M. Mueg, etc.
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a autorisé le mariage du suppliant
suivant le rite de sa religion et n'empêche qu'il s'établisse à Oberstein-
brunn, où demeure son père.
7 (495 bis). — 29 septembre 1790.
Vu la requête présentée par Wolft' Netter, Juif de Wintzenheim, et
consorts, tendante à ce qu'il soit enjoint aux députés de la communauté
des Juifs de Wintzenheim de lever le ban des suppliants sous peine de
désobéissance ; sauf auxdits députés à se pourvoir contre les suppliants
par les voyes légales pour raison de l'impôt dont s'agit en ladite requête
où et ainsi qu'il appartiendra s'ils s'y croient fondés, et sauf aux suppliants
leurs défenses au contraire; le soit communiqué aux dits députés en
tête de ladite requête décernée en l'assemblée du District de Golmar du
27 du courant à eux signiffié le même jour, la réponse fournie en consé-
quence, sans date, jointe à ladite requête, ensemble l'avis dudit District
du 28 dudit mois, n° 518, et ouï M. Mueg nommé, etc.
Soit communiqué aux municipalités des villes de Golmar et Wintzen-
heim pour répondre dans trois jours.
8 (524). — Lundi 18 octobre 1790.
Vu la requête présentée par Moyse Lévy, Juif de Blotzheim, actuelle-
ment prisonnier èz prisons civiles de la ville de Huningue, tendante à ce
qu'après vérification faite de l'exposé de sa requête, il plaise recevoir le
suppliant appelant comme de nullité du procès-verbal de capture et
emprisonnement de sa personne du 2 du présent mois d'octobre, conver-
tissant l'appel en opposition et y faisant droit, déclarer le tout nul,
48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
injurieux et vexatoire, lui en donner mainlevée, condamner Salomon
Brunschwig, prévôt des Juifs de Blotzheim, en 300 1. de dommages et
intérêts et aux dépens ; et cependant par provision ordonner que le
suppliant sera élargi à sa caution juratoire. Le renvoi en tête de ladite
requête à M. Lochmann du 6, le procès-verbal de l'assemblée de la com-
munauté juive conformément aux ordres de M. le Commissaire du 11,
plusieurs certificats de différents particuliers de la ville de Bâle dudit
jour 11, le procès-verbal dressé par ledit S. Commissaire du 8, son avis du
12 de ce mois et différentes autres pièces jointes; ensemble l'avis du
Directoire du District d'Altkirch du 13, n° 140, ouï M. Mueg pour rem-
placer le Procureur Général syndic,
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a arrêté qu'il sera donné mainlevée
au suppliant de sa personne, à charge par lui d'affirmer que les deniers
pour lesquels il a été recherché lui ont été effectivement volés et enlevés
lors du pillage exercé sur les Juifs dudit Blotzheim, sans qu'il n'en ait
rien sauvé, laquelle affirmation il sera tenu de prêter selon le rite et la
forme la plus solennelle de la loi judaïque par devant le maire de la
commune de Huningue, et en son absence ou empêchement par devant
le premier membre de la municipalité présent, que le Directoire a
commis à cet effet, arrêté en outre qu'à la diligence du Procureur Général
syndic la requête et pièces cy devant rappelées seront communiquées aux
Préposés de la Nation juive, pour par eux donner leur avis le plus promp-
tement possible sur les moyens les plus convenables à l'effet de parvenir
aux répartition et recouvrement de la partie des impositions dont la
communauté juive de Blotzheim est en retard, et qui a fait l'objet de la
contestation ainsi que des frais de vérification suivant la taxe qui en
sera faite par le Directoire du District.
9 (532). — 21 octobre 1790.
Vu la requête de Gùttel Weyl, fille de Salomon Weyl, Juif deRiedwihr,
aux fins qu'il soit désigné à la suppliante un rabin autorisé à décider la
contestation élevée entre elle et le nommé Joseph Bigert relativement
à une promesse de mariage qui lui a été faite par ce dernier et ce attendu
le décès du rabin de Ribeauvillé qui avait été nommé pour décider
des difficultés de la nature de celle dont est question; l'avis sur la
requête du Directoire du district de Colmar du jour d'hier ; ouï M. Mueg
nommé,
Le Directoire du département du Haut-Rhin a commis provisoirement le
nommé Jacques Meyer, commis rabin à Rixheim, pour faire les fonctions
dont avait été chargé le rabin de Ribeauvillé, jusqu'à ce qu'il en soit
autrement ordonné. Arrêté en outre qu'il sera escrit à l'Assemblée Natio-
nale pour la prier de déterminer le mode de nomination aux places de
rabins dans ce Département.
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-R111N RELATIFS AUX JUIFS 49
10 (544). — 22 octobre 1190.
Vu la requête présentée par Feislel Marx, Juif de Hattstatt, tendante à
être déchargé pour quelques années de toutes impositions et deniers
royaux, en considération de la perte qu'il a faite le 22 juin dernier dans
l'incendie de la maison de son voisin dans lequel il a été enveloppé, aux
offres qu'il fait de les acquitter exactement après le délai de son exécu-
tion expiré; le soit communiqué en tête de ladite requête à la munici-
palité du lieu du 17 septembre aussi dernier, la réponse de ladite municipa-
lité au bas du 19, ensemble l'avis du District du 21 du même mois, n° 462,
et ouï M. Mueg nommé pour remplacer le Procureur Général syndic,
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a arrêté que le suppliant sera
exempté de toutes impositions pour trois années.
11 (667). — il novembre il 90.
Vu la requête de David Meyer, Juif natif de Bolsenheim, département
du Bas-Rhin, aux fins d'être reçu à s'établir à Habsheim avec sa femme
d'après la permission qu'il a obtenu du seigneur de Landser ; l'avis du
Directoire du district d'Altkirch du 8 de ce mois n° 241 et pièces y men-
tionnées. Ouï M. Waetterlé,
Le Conseil Général du département du Haut-Rhin autorise le suppliant
à s'établir avec sa femme à Habsheim à charge par lui d'acquitter les
charges et impositions accoutumées; sans que le présent arrêté puisse
tirer à conséquence.
12 (715). — 24 novembre 4190.
Vu la requête de Raphaël Ziffy, Juif de Mùhlheim, aux fins d'être
autorisé à demeurer au village de Biesheim ; le Brevet du Roi, qui
permet au suppliant de se marier ; le certificat de bonne conduite de la
municipalité de Durmenach; l'avis du Directoire du district de Colmar,
de cejourdhui n* 852. Ouï M. Mueg nommé, etc.
Le Conseil Général du département du Haut-Rhin a arrêté que le sup-
pliant sera toléré dans le lieu de Biesheim jusqu'à ce qu'il ait été pro-
noncé par le Corps législatif sur le sort des Juifs de la Province d'Alsace;
a fait en conséquence défense à la municipalité de le troubler ; sauf à elle
à se pourvoir, si elle s'y croit fondée.
13 (717). — 24 novembre 4190.
Vu la requête présentée par Leib Lévy, Juif de Wintzenheim, en qualité
de fermier des revenus patrimoniaux de la ville de Turckheim, aux fins
T. LXXV, n° 149. 4
5S0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
d'obtenir contrainte contre les dénommés en l'état joint à ladite requête,
et ce pour les années 1787-1788 et 1789 ensemble les pièces y annexées;
le soit communiqué de la requête à la municipalité de ladite ville, pour
y répondre, du 19 août 1790, la réponse de la commune du 25 en tête de
laquelle est encore un soit communiqué au suppliant, en date du lende-
main 26, la réplique de ce dernier, du 1er septembre dernier, et l'avis du
Directoire du district de Golmar du 16 de ce mois n° 791. Ouï M, Mùeg
nommé, etc.
Le Conseil Général du dép. du Haut-Rhin, sous le mérite des déclara-
tions retenues en la réplique du 1er septembre 1790, permet au suppliant
de faire contraindre, par les voies de droit, les particuliers redevables
dénommés en l'état du 12 avril 1790 chacun en droit soi, au payement
des extances y portées.
14 (750). — 30 novembre 4790.
Vu la requête présentée par Samuel Lévy, Juif de Bollwiller, aux fins
qu'il soit sursis, en ce qui le concerne, à l'arrêté du Conseil Général du
département du 8 novembre dernier; en conséquence, qu'il lui soit
permis de poursuivre ses débiteurs chrétiens par les voies ordinaires de
la justice, tant pour le principal qu'intérêts et dépens, et ce conformé-
ment à l'arrêt de règlement de 1787 ou autres loix qui pourroient être
faites par les Tribunaux; subsidiairement qu'il soit ordonné que le sup-
pliant jouira du sursis et bénéfice accordé à ses débiteurs par le susdit
arrêté; en conséquence défenses faites à ses créanciers, notamment au
sieur Villemain de le poursuivre autrement que pour les intérêts, jusqu'à
ce que le suppliant puisse lui-même poursuivre ses débiteurs pour le
capital, aux offres qu'il fait de donner en payement des titres de créance
avec garantie jusqu'à concurrence de son dû; ensemble l'avis du Direc-
toire du district deColmar,de ce jourdhui n° 895. Ouï M.Mûeg nommé, etc.
Le Conseil Général du département du Haut-Rhin renvoyé le suppliant
à se pourvoir conformément à l'arrêté du 8 de ce mois et ainsi qu'il
avisera bon être.
15 (852).
Vu l'arrêté de la ci-devant Commission intermédiaire provinciale
d'Alsace du 13 juin 1789 et les pièces y rappelées; le bail des Revenus
patrimoniaux de la ville de Soulz, passé au profit de Lehmann Lévy, le
26 juin 1788 ; la requête présentée par ce dernier, aux fins d'indemnité à
raison de l'augmentation survenue au prix du sel ; le renvoi de cette
requête au Directoire du district de Colmar du 30 novembre dernier ;
l'avis dudit Directoire de District, en date du 28 octobre précédent, par
forme de seconde expédition ; ouï M. Miïeg, nommé, etc.
Le Directoire du département du Haut-Rhin a ordonné que les parties
se pourvoiront en justice ordinaire.
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 51
10 (963). — 24 décembre 1190.
Vu la requête présentée par Joseph Meyer-Lévy, Juif de Wintzcnheim,
tendante à ce que l'arrêté 'provisoire de l'ancien Bureau intermédiaire du
district de Golmar, du 4 janvier dernier, soit exécuté suivant sa forme et
teneur; en conséquence, le suppliant déchargé des impositions confor-
mément audit arrêté; ladite requête sous n° 468. L'arrêté dudit Bureau
intermédiaire, du 4 janvier dernier, ensemble l'avis du Conseil Général
du district de Golmar, du 21 septembre dernier, n° 468. Ouï M. Miieg,
nommé, etc.
Le Directoire du département du Haut-Rhin a arrêté qu'il n'y a pas lieu
à délibérer quant à présent.
17 (981). - 28 décembre 1790.
Vu la requête présentée par les héritiers de Félix Leyser, Juif de
Niderhagenthal, tendante à être autorisé de retenir par leurs mains les
sommes qu'ils doivent en vertu de la répartition du 29 avril 1782, à compte
de la somme de 600 1. que leur auteur a avancé à la caisse des Impositions
de la Nation juive, et à ce qu'en outre il soit ordonné que le surplus de
ladite somme leur sera payé incessamment par Hirsch David, receveur,
qui sera tenu de rendre compte de sa gestion; à quoi faire il sera
contraint par les voies de droit, et qu'en attendant il soit sursis à toutes
poursuites contre les supplians ; vu aussi le translat de ladite répartition,
ensemble l'avis du Conseil Général du district de Colmar du 4 octobre
dernier n° 536 signifié à partie par exploit du 8 dudit mois, et ouï
ML Miïeg, nommé, etc.
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin ayant aucunement égard à la
requête et y faisant droit, a arrêté que la somme de six cents livres dont
il s'agit sera remboursé aux supplians dans six ans de termes par la
répartition qui sera faite sur les Juifs pour lesquels l'auteur des supplians
a fait lesdites avances, à raison et sur le pied de 100 1. par an et pour
chaque terme ; a autorisé et autorise les supplians à retenir pour la
présente année par devers eux et jusqu'à la concurrence de ladite somme
de 100 1. les impositions pour lesquelles ils se trouveront eux-mêmes
cottisés, pour en inspecter et compenser le montant sur le produit de ce
terme de la présente année ; a arrêté, en outre, que les collecteurs et
préposés aux recouv remens se conformeront ponctuellement aux dispo-
sitions du présent arrêté, sous peine d'être personnellement tenus des
frais que leur contravention pourrait occasionner.
52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
18 (1162). — 14 janvier 1191. .
Vu la requête présentée par Samuel Lévy, Samuel Wurmser et consors,
au nom de la majeure partie de la communauté juive de Bollwiller,
tendante à ce qu'il plaise les autoriser à s'assembler pour procéder à
l'élection d'un préposé des juifs de ladite communauté, conformément
aux articles 21 et 23 des Lettres-Patentes du 10 juillet 1784, ensemble
l'avis du Directoire du district de Colmar du jourd'hui n° 172. Ouï
M. Ricklin faisant fonctions, etc.
Le Directoire du dép. du Haut-Rhin, avant faire droit, arrête que la
requête sera communiquée tant à la municipalité de Bollwiller qu'au
nommé Hirtz Blum, préposé actuel, pour fournir leurs réponses et
observations par écrit dans la quinzaine pour, ce fait et rapporté, être
statué sur ce qu'il appartiendra.
19 (1598). — 22 février 1791.
Vu la requête présentée par Samuel Lévy et consorts, composant la
majeure partie de la communauté juive de Bollwiller, dont le sommaire
de l'exposé est que, par Lettres-patentes du 10 juillet 1784, il a été réglé
que les Préposés juifs seraient élus par les communautés des juifs, que
Hirtz Blum, Prévôt de Bollwiller, avait été nommé en 1783 par le Sei-
gneur, et qu'abusant de son autorité, les juifs de cette commune enten-
daient profiter de la disposition des Lettres-patentes susdites, et procéder
à l'élection d'un préposé ; ladite requête tendante à ce qu'il plaise
autoriser la communauté juive de Bollwiller de s'assembler pour pro-
céder à l'élection d'un préposé des juifs de ladite communauté, confor-
mément aux articles 21 et 23 des Lettres-patentes du 10 juillet 1784, faire
défenses à tous autres qu'à celui qui sera élu à la pluralité des voix de
s'ingérer auxdites fonctions de préposé à l'avenir ; l'arrêté préparatoire,
n° 1662, la réponse de la municipalité de Bollwiller, contenant que Hirtz
Blum a rempli ses fonctions de préposé, sans qu'il y ait le moindre
reproche à lui faire, et qu'on espérait qu'il y avait continué ; la réponse
de Hirtz Blum, portant que c'est par l'effet de la vengeance et de la
récrimination qu'on a formé la demande d'élire un autre préposé ; que
cette demande est prématurée, puisque l'Assemblée Nationale doit inces-
samment statuer sur l'organisation civile de la Nation juive, et qu'enfin
il ne peut être destitué que pour cause de forfaiture. Le Jugement sur
requête du Tribunal du district de Colmar, du 24 décembre dernier ; les
provisions de Hirtz Bluem, du 30 décembre 1783; l'acte de prestation de
son serment, du 27 janvier 1784 ; ensemble l'avis du Directoire du district
de Colmar, du 7 du courant, n° 583, par lequel il estime qu'il y a lieu de
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 53
prendre en considération le témoignage avantageux que la Municipalité a
fourni en faveur de Hirtz Bluem, et vu ses provisions, considérant que
l'Assemblée Nationale n'a point encore prononcé sur la nation juive et
son organisation politique, il échet de soumettre le tout à la prudence
de l'Administration supérieure, pour décider de la conservation de Hirtz
Bluem, qui paraît mériter sa protection ; ouï le Procureur Général syndic,
Le Directoire du département du Haut-Rhin a arrêté qu'il n'y a lieu à
délibérer sur la requête de Samuel Lévy et consors ; ce faisant maintient
et conserve Hirtz Bluem dans ses fonctions de préposé de la Communauté
juive de Bollwiller, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné.
20 (1604). — 22 février 1791.
Vu la requête présentée par Meyer Dreyfus, fils d'Elie Dreyfus, Juif
d'Uffheim, tendante à ce qu'il plaise permettre au suppliant de contracter
mariage avec une fille juive et suivant le rit judaïque ; ce faisant, faire
défenses à la municipalité d'Uffheim d'y former aucun empêchement,
sous telles peines que de droit, ni de le molester sur son droit de
tolérance dans ledit lieu, jusqu'à ce qu'il ait été prononcé par le corps
législatif sur le sort des juifs de la Province d'Alsace ; vu aussi copie du
délibéré de la municipalité d'Uffheim, du 12 avril 1790, ensemble l'avis
du Directoire du district d'Altkirch, du 1er de ce mois, n° 682. Ouï le
Procureur-Général-Syndic,
Le Directoire du département du Haut-Rhin, sans s'arrêter au délibéré
de la municipalité d'Uffheim, signifié le 12 avril 1790, a permis et permet
au suppliant de contracter mariage avec une jeune fille juive, suivant le
rit judaïque.
21 (1762). — 2 mars 1791.
Vu la requête présentée par David Meyer, Juif natif de Bolsenheim au
Département du Bas-Rhin, tendante à ce que, vu l'arrêté du Directoire du
Département du Haut-Rhin, du 17 novembre dernier, ensemble l'exposé
en ladite requête, il plaise ordonner que par tel Commissaire du District
d'Altkirch, qui sera à ce nommé, il serait informé des faits retenus en
ladite requête-; pour ce fait communiqué au Procureur-Général-Syndic et
rapporté, être ordonné ce qu'il appartiendrait; Et cependant par provi-
sion, enjoindre aux Maire et officiers municipaux de Habsheim de prêter
au suppliant et à sa femme tout secours et assistance, à peine de répondre
en leurs propres et privés noms de tous événemens fâcheux; vu aussi
ledit arrêté du 17 novembre dernier n° 667. Ouï le Procureur-Généra1
Syndic' . u'Altkirch,
La dite requête a été renvoyée au Directoire du Dis»*-
54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
pour vérifier et donner son avis incessamment ; et cependant arrêté que
la Municipalité de Habsheim veillera à la sûreté de la personne et des
biens du suppliant, à peine d'en répondre.
22 (1767) — 3 mars 1791.
Vu la requête présentée par les préposés juifs d'Oberhagenthal, dont le
sommaire de l'exposé est, qu'une nouvelle insurrection se tramait
contr'eux ; que Ton ne se contentait point de rendre derechef leurs
maisons inhabitables ; mais que Ton avait même résolu de les terrasser;
concluent en conséquence à ce qu'il plaise réquérir M. le Commandant
d'Huningue d'établir dans le lieu d'Oberhagenthal un détachement de
dix hommes de la garnison d'Huningue,aux offres que font les suppliants
de le loger, lui fournir son chauffage, pourvoir au transport du pain et
de lui donner le supplément ordonné et usité ; ensemble l'avis du Direc-
toire du District d'Altkirch, du 23 février dernier, n° 751, par lequel il
estime, qu'il n'y a lieu quant à présent de faire droit sur la demande ;
d'enjoindre néanmoins à la Municipalité d'Oberhagenthal, chargée par
les Décrets de veiller à la sûreté et tranquilité publique, de tenir la main
à ce que les supplians et la nation juive ne soit inquiété en manière
quelconque, à peine par la dite Municipalité de répondre en leur propre
et privé nom des dommages qui pourraient résulter de sa négligence;
ouï le Procureur-Général-syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin requiert M. le Comman-
dant d'Huningue d'établir dans le lieu d'Oberhagenthal un détachement
de dix hommes de la garnison dudit Huningue, aux risques, péril et
fortune des supplians, et à charge par ceux-ci de les loger, leur fournir
le chauffage, pourvoir au transport du pain et de leur donner le supplé-
ment ordonné et usité.
23 (1787). — 3 mars 1791.
Vu la requête présentée par Hana Weyl, veuve d'Isaac Meyer, agent de
la Nation juive, dont l'exposé est, que la Nation juive a accordé à la
suppliante une pension annuelle de 300 1. dont elle devait jouir pendant
trois ans depuis la mort de son mari, à cause des services qu'il a rendus
à la nation ; que n'ayant été payé de cette pension que pour 18 mois, il
lui était actuellement dû une somme de 150 1. pour les 6 derniers mois
écoulés; que ne pouvant en obtenir le payement, qui doit être fait
quartier par quartier, elle demande à ce qu'il fût enjoint aux préposés
de ladite nation de lui payer ladite somme et de continuer à l'avenir
a Lui acquitter ladite pension quartier par quartier; ouï le Procureur-
Général-syadic,
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS S5
Le Directoire du Département du Haut-Rhin a arrêté, que ladite requête
sera communiquée aux Préposés de la Nation juive de la ci-devant haute
Alsace, pour y fournir leurs réponses dans la huitaine; pour ce fait et
rapporté, être statué ce qu'il appartiendra.
24 (1790). — 3 mars 4194.
Vu la requête présentée par Marc Dreyfus, fils de Meyer, juif d'Uffheim,
de lui autorisé, tendante à ce qu'il plaise ordonner que, sans s'arrêter à
la défense émanée de la commune dudit Uffheim, il sera passé outre à la
célébration de son mariage avec Bluemen Rueff, que défenses soient
faites à la dite commune de troubler ni molester le suppliant ; le soit
communiqué, du il octobre dernier; la signification du 8 novembre
suivant, ensemble l'avis du Directoire du District d'Altkirch, du 17 dé-
cembre dernier, n° 462. Ouï le Procureur-Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin, sans s'arrêter au délibéré
de la Municipalité d'Uffheim, signifié le 12 avril 1790, a permis et permet
au suppliant de contracter mariage avec une fille juive suivant le rit
judaïque.
25 (1791). — 3 mars 4794.
Vu la requête présentée par Marc Dreyfus et Isché Veyler, députés de
la communauté juive de Hattstatt, dont le sommaire de l'exposé est, que
dans les communautés juives il a toujours été d'usage d'entretenir leurs
pauvres qui viennent à passer ; que cet usage, fondé sur leurs loix et sur
celle de l'humanité, s'est constamment pratiqué d'une manière propor-
tionnée à la fortune de chaque particulier juif, sans obstacle et sans
réclamation; que cependant depuis quelque temps des esprits contradic-
teurs refusent de s'y conformer, et ainsi font retomber les pauvres à la
charge de ceux qui observent charitablement ce droit d'hospitalité ; qu'il
importait en conséquence d'arrêter ce désordre ; ladite requête tendante
à ce qu'il plaise ordonner par forme de règlement, que l'usage dont s'agit
continuera d'avoir lieu dans la communauté juive de Hatstatt comme du
passé, ordonner que tous et un chacun seront tenus de s'y conformer,
faute de quoi autoriser les supplians de faire contraindre les refusans
au payement de leurs cotes par enlèvement et vente d'un meuble que le
Weibel de la Municipalité sera autorisé de faire en la forme usitée pour
le recouvrement des impositions royales ; vu aussi l'avis du Directoire du
District de Colmar, du 28 février dernier n° 904 par lequel il a estimé
qu'il y a lieu d'accorder aux supplians les fins de leur demande ; ouï le
Procureur-Géneral-Syndic,
Le Directoir du Département du Haut-Rhin a arrêté, que l'usage hospi-
talier pratiqué parmi la Nation juive, continuera d'avoir lieu dans la
communauté juive de Hatstatt, comme du passé, et ce jusquà ce que
56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
l'Assemblée Nationale ait statué sur le sort des juifs du Département,
ordonne à tous et chacun de s'y conformer, et en cas de refus autorise
les supplians de faire contraindre les rénitens au payement de leurs
cottes, par les voies et en la forme usitées pour le recouvrement des
impositions royales.
26 (1900). — 12 mars 1791.
Vu la requête présentée par les juifs de Wintzenheim, dont le som-
maire de l'exposé est, que le Seigneur du lieu, qui était en droit de leur
donner un prévôt avait nommé en dernier lieu Jacob Meyer Levy ; ce
prévôt s'étant arrogé trop d'autorité, il fût décidé par jugement arbitral
du 5 Mars 1764 qu'il lui serait donné trois adjoints avec la qualité de
préposés, ce qui a toujours eu lieu depuis ; que cependant ledit Prévôt
étant venu à décéder l'année dernière, et les trois préposés ses adjoints
ayant déjà exercé au delà des trois années fixées à leurs fonctions, il
importe de procéder à un nouveau choix ; ladite requête tendante à ce
qu'il plaise autoriser les supplians de s'assembler en la manière accou-
tumée, pour procéder à l'élection de trois préposés solvables qui seront
pris dans la communauté juive de Wintzenheim, lesquels préposés
rempliront les mêmes fonctions et jouiront des mêmes privilèges et
autorités que le défunt prévôt et ses adjoints, de laquelle élection sera
dressé procès-verbal, pour icelui rapporté et ratifié, être exécuté selon
sa forme et teneur ; vu aussi le jugement arbitral du 5 mars 1764
approuvé et ratifié par le S. Intendant de la ci-devant province d'Alsace,
le 13 du même mois, ensemble l'avis du Directoire du District de Colmar,
du 8 février dernier, n° 1057 par lequel il a estimé qu'il y a lieu d'au-
toriser les supplians à nommer en la manière usitée leurs trois pré-
posés qui jouiront de la même autorité dont le défunt prévôt des juifs
audit lieu et ses adjoints devaient jouir, après que lesdits préposés auront
présenté le procès-verbal de leur élection, et qu'il aura été ratifié par le
Département; ouï le Procureur-Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin autorise les supplians à
s'assembler en la manière accoutumée pour procéder à l'élection de trois
préposés solvables dans la communauté juive de Wintzenheim ; à charge
par eux de donner connaissance à la Municipalité du lieu des jour, lieu
et heure auxquels ils s'assembleront ; arrête le Directoire que ces pré-
posés rempliront les fonctions attribuées aux ci-devant Prévôt et ses
adjoints, en rapportant par eux le procès-verbal de leur élection, pour
être approuvé et ratifié, et ce jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné.
27 (2044). — 18 mars 1191.
Vu la requête présentée par Abraham et Emanuel Bloch, Juifs de
Soultz, les deux en qualité de fermiers, le premier du droit de corvées et
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 57
le second de celui de lods et ventes audit Soultz et à Wuenheim, et ce
pour les années 1785, 86, 87, 88, 89 et 90 la dite requête tendante à ce
que la Municipalité soit autorisée d'annoncer publiquement aux contri-
buables de payer chacun leur cotte-part, savoir : à Abraham ce qui lui
est dû pour le droit des corvées jusqu'au 20 novembre 1789 et à Emanuel
pour celui de lods et ventes jusqu'à la fin de son bail, les expéditions de
leurs baux dûment en règle, et l'avis du Directoire du District de Colmar
du 13 décembre dernier n° 984. Ouï le Procureur-Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin a renvoyé les parties à se
pourvoir en justice ordinaire.
28 (2081). — 21 mars 1791.
Vu la requête présentée par Lipmann Schuster, juif de Ribeauvillé,
aux fins d'être reçu appelant de deux décrets décernés contre lui par le
ci-devant Bailli du Comté de Ribeaupierre les 19 avril et 24 septembre
dernier et de la saisie mobiliaire qui s'en est suivie, en conséquence lui
être permis de faire assigner David Levy, juif dudit Ribeauvillé, en sa
qualité de receveur de la communauté juive du même lieu pour plaider
sur ledit appel, sauf à prendre telles conclusions qu'il appartiendra et
être ordonné que les choses resteront en état jusqu'enfin de cause ; vu
aussi les dits décrets et exploit de saisie et pièces jointes; ensemble l'avis
du Directoire du District de Colmar du 15 janvier dernier n" 238. Ouï le
Procureur-Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin renvoyé le suppliant à se
pourvoir en justice ordinaire, au sujet de la prestation du Stattgeld et
Grundzins dont s'agit.
29 (2434). - 11 mars 1791.
Vu derechef la requête présentée par la communauté juive de Wint-
zenheim, l'arrêté du Directoire du Département du Haut-Rhin, du
28 mars dernier, n° 1900, le procès-verbal d'élection des préposés de la
communauté juive de Wintzenheim, du 30 du même mois, ensemble
l'avis du Directoire du District de Colmar, du 5 du courant, n° 1707 par
lequel il a estimé que ladite élection peut être ratifiée et homologuée,
en conséquence les nommés Wolff Alexandre Bloch, David Wormser et
Wolff Moyse Bloch reconnus comme préposés de la Commune de Wint-
zenheim ; ouï le Procureur-Général Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin a approuvé et ratifié
l'élection faite de trois préposés par la communauté juive de Wint-
zenheim, le 30 Mars dernier ; ordonne en conséquence que le procès-
verbal qui en a été dressé sera exécuté selon sa forme et teneur.
58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
30 (2459). — 12 avril 1791.
Vu la requête présentée par David Meyer, Juif natif de Bolsenheim,
dont le sommaire de l'exposé est, qu'en exécution de l'arrêté du Direc-
toire du 17 novembre dernier, n° 667 il se serait mis en devoir de se
domicilier à Habsheim et y aurait à cet effet fait transporter une partie
de ses meubles, mais que cette circonstance a donné lieu à un attroupe-
ment de la part des jeunes garçons de ladite commune, qui paraît avoir
été la suite d'instigations secrettes ; ladite requête tendante à ce qu'il
plaise ordonner que par tel commissaire du District d'Altkirch, qui sera
à ce nommé, il sera informé des faits retenus en la présente requête,
pour ce fait communiqué au Procureur-Général-Syndic et rapporté être
ordonné ce qu'il appartiendra, et cependant par provision enjoindre aux
Maire et Officiers municipaux dudit lieu de Habsbeim de prêter au sup-
pliant et à sa femme tout secours et assistance, à peine de répondre en
leurs propres et privés noms de tous évènemens fâcheux ; les renvois des
2 et 11 mars derniers; le procès-verbal de vérification du S. Lochmann,
commissaire nommé, du 17 du même mois; l'avis du même, joint; vu
aussi l'arrêté du Directoire du 17 novembre dernier n° 851, ensemble
l'avis du Directoire du District d'Altkirch, du 18 Mars dernier, par lequel
il a adhéré à l'avis du commissaire ; ouï le Procureur-Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin ordonne que l'arrêté du
17 novembre dernier sera exécuté selon sa forme et teneur, en consé-
quence fait frès-expresse injonction à la Municipalité de Habsheim d'y
tenir la main à peine d'en demeurer personnellement responsable ; ce
faisant, arrête, qu'à la diligence du Maire de Habsheim, ou en son
absence, du premier officier municipal, les nommés Fortunat ïrapp, fils
de Henry Trapp, le plus jeune des fils de Jean Adam Sidler, le fils de
Fridolin Kammerer, Adrian Husshaab, Sébastien Nidergang et le fils
aîné de Thiebaut Munck, procureur de la Commune, tous de Habsheim,
seront appréhendés au corps, et traduits en prison pour y rester l'espace
de 24 heures; leur fait défenses de récidiver sous plus grosse peine et
les condamne solidairement aux frais de vérification, après qu'ils auront
été taxés par le Directoire du District d'Altkirch. Arrête, en outre, le
Directoire que le Maire de Habsheim certifiera dans la huitaine le Procu-
reur-Syndic du District de l'exécution du présent arrêté.
31 (2578). — 18. avril 1791.
Vu la requête présentée par Isaac Aron Pfaltzbourg, juif de Moutzig,
dont le sommaire de l'exposé est, qu'après le décès de Sussel Ennesch,
dernier rabin, il a été élu en cette place pour le Département du Haut-
Khin, le 14 mai 1790, et ses affaires domestiques ne lui permettant pas de
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU IIAUT-RIIIN RELATIFS AUX JUIFS 59
qui Iter son domicile et de prendre ses fonctions jusqu'à présent, le
commis rabin de Rixheim a été provisionnellement autorisé à faire les
fonctions de rabin ; maintenant il se voit à même de les remplir et de
transporter son domicile dans le département du Haut-llhin ; la dite
requête tendante à ce qu'il plaise ordonner que le procès-verbal d'élec-
tion du suppliant à la place de Rabin du Département du Haut-Rhin sera
exécuté selon sa forme et teneur ; en conséquence l'autoriser à en faire
les fonctions, avec défenses à tous et un chacun d'y porter empêchement;
aux offres que fait le suppliant de transporter son domicile dans le
Département du Haut-Rhin et de prêter le serment en pareil cas requis
et où il appartiendra. Vu aussi le procès-verbal d'élection faite à Stras-
bourg le 14 Mai 1790 par laquelle il conste que le suppliant a été
nommé rabin du Département du Haut-Rhin, ensemble l'avis du Direc-
toire du District de Golmar, du 8 du courant, n° 1801, par lequel il
estime qu'il y a lieu de ratifier ladite élection, pour être provisoirement
exécutée jusqu'à ce que par la législature il ait été statué sur le sort et
le gouvernement de la nation juive, qu'il y a lieu d'ordonner au sup-
pliant de se présenter à l'administration majeure pour se faire recon-
naître et prêter ensuite le serment requis en sa qualité de fonctionnaire
public, et de lui enjoindre de fixer sa demeure dans le Département;
ouï le Procureur-Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin, sous le mérite des offres
retenues es conclusions de la requête du suppliant, arrête que jusqu'à ce
qu'il soit par le corps législatif fait un règlement sur le sort et le
gouvernement de la nation juive, le procès-verbal d'élection d'Isaac Aron
Pfaltzbourg à la place de rabin du Département sera exécuté selon sa
forme et teneur, défend à tous et un chacun d'y porter empêchement, à
charge par le suppliant de prêter le serment requis en sa qualité de
fonctionnaire public pardevant la Municipalité du lieu où il fixera sa
résidence.
32 (2773). — 13 mai 1791.
Vu la requête présentée par Jacob Meyer, sous-rabin de la nation juive
de la Haute Alsace, demeurant à Rixheim, dont le sommaire de l'exposé
est, qu'il est commis sous-rabin de la Nation juive depuis 1768 et qu'en
cette qualité les préposés de ladite nation lui faisaient payer annuelle-
ment une somme de 1000 1. de celle de 1200 1. de traitement du rabin
en chef, à charge par lui de rendre compte des sommes qu'il touche des
coûts de sentences qu'il rend et autres. Le suppliant a été maintenu
dans son emploi et ses appointemens lors de l'assemblée des préposés
juifs de la haute Alsace, et il percevait annuellement la somme de 1000 1.
Mais le rabin en chef étant décédé, le suppliant n'a d'autre voye que de
s'adresser au nommé Aron Lévy demeurant à Thann, et à Joseph Brun-
schwïg demeurant à Uffholz, les deux préposés de la nation juive qui
60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
étaient chargés de faire la répartition des 1200 1. de salaires du rabin en
chef, desquels le suppliant commis sous-rabin percevait ses 1000 1. et
que faute de la part des dits préposés d'en avoir fait la répartition et le
recouvrement, il n'a rien touché depuis deux ans et demi ; ladite
requête tendante à ce qu'il plaise ordonner aux dits Aron Lévy et Joseph
Brunschwig, les deux préposés de la nation juive de la haute Alsace, de
faire dans le mois la répartition dont s'agit et de faire payer au suppliant
ses salaires de deux ans et demi, aux offres qu'il fait de leur tenir
compte des coûts de sentences et autres objets qu'il a perçus ; le renvoi
en tète de la dite requête aux préposés juifs pour y répondre, du 21 jan-
vier dernier ; les réponses par eux fournies; l'avis du District de Belfort,
du 30 Mars aussi dernier, par lequel le Directoire du District considérant
que la réclamation du suppliant est l'effet d'une convention qui ne peut
être que du ressort de la justice, estime que c'est le cas de renvoyer le
suppliant aux juges qui en doivent connaître ; ouï le Procureur-Général-
Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin considérant que la récla-
mation du suppliant a pour objet une convention particulière, qui est du
ressort de la justice ordinaire, a renvoyé le suppliant à se pourvoir
pardevant les juges qui en doivent connaître.
33 (3004). — 16 mai 4191.
Vu la requête de Samuel Hirsch Manheimer, Juif d'Uffholtz, dont le
sommaire de l'exposé est, que suivant traité fait avec Jean-Baptiste
Haegi, sous-fermier d'une partie des revenus patrimoniaux de la ville
de Turckheim, le 28 décembre 1786 il s'est chargé de lui livrer le sel
nécessaire pour son débit, aux prix et condition convenus ; que par
décompte passé devant Notaire, le 26 Août 1790, il lui redevait encore la
somme de 4037 1. 16 s. sauf à déduire les reçus, si aucuns y a; la dite
requête à en être payé, ensemble des intérêts, à dater du 4 juin de la
même année ; les pièces y jointes et l'avis du District de Colmar, du
.16 Avril dernier, N° 1946 par lequel le Directoire dudit District estime
qu'il y a lieu de renvoyer le suppliant à se pourvoir par devant le juge ;
ouï le Procureur-Général syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin a renvoyé le suppliant à
se pourvoir pardevant le juge compétent.
34 (3048). — 48 mai 4791.
Vu la requête de Jacques Ditisheim et Joseph Schwob, les deux veufs,
juifs de Heguenheim, aux fins qu'il leur soit permis de se marier et de
continuer à demeurer audit Heguenheim, aux offres qu'ils font de conti-
nuer à acquitter les charges et impositions à l'instar d'autres juifs du
ARRETES DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 61
lieu ; l'avis du Directoire du District d'Altkirch, du 11 novembre dernier,
N* 264. Ouï le Procureur-Général syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin autorise les supplians à
contracter mariage suivant le rit judaïque et à continuer leur demeure
dans le lieu de Heguenheim ; fait défenses à tous et chacun de les y
troubler, à charge par eux de contribuer dans la proportion établie aux
charges publiques.
35 (3225). — 31 mai 1791.
Vu la requête présentée par les Maire et Officiers municipaux de
Durmenach, tendante à ce qu'il plaise ordonner aux juifs qui y sont
domiciliés, de leur payer la somme de 246 1. 12 s. par forme de soulage-
ment dû à la dite communauté, et ce pour l'année dernière 1790, le soit
communiqué aux préposés des dits juifs, du 17 janvier dernier; la
réponse par eux fournie ; l'extrait du rôle de supplément des privilégiés
des 6 derniers mois 1789 montant à 29 1. 8 s. ensemble l'avis du Direc-
toire du District d'Altkirch, du 1er février dernier, N° 705. Ouï le Procu-
reur-Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin a arrêté que les juifs
domiciliés à Durmenach seront tenus de payer entre les mains du
receveur de la dite communauté la somme de 246 1. 12 s. à laquelle ils
ont été cottisés comme du passé pour leur contribution aux charges
communales pour l'année 1790 à peine d'y être contraints par toutes les
voies dues et raisonnables, et quant à ce qui concerne la somme de
29 1. 8 s. pour laquelle lesdits juifs ont été imposés dans le rôle de
supplément des ci-devant privilégiés pour les 6 derniers mois de 1789
considérant que les juifs de Durmenach se trouvent déjà imposés dans
un rôle particulier, a arrêté qu'ils seront déchargés de la dite somme de
29 1. 8 s. et que le montant dudit rôle sera diminué pour l'objet de la
dite somme.
36 (3228). — 31 mai 1191.
Vu la requête présentée par les juifs domiciliés à Isenheim, dans
laquelle ils exposent que le Maire du dit lieu a voulu leur défendre, de
tuer comme du passé le bétail dont ils ont besoin, sans avoir pu y
réussir; que malgré cela il exige, sans en avoir le droit, les langues du
gros bétail ; qu'il s'avise outre cela de prononcer contre eux verbalement
des amendes arbitraires, sans cause légitime, au payement desquelles il
les force par emprisonnement; qu'il envoyé chés eux des gardes qui les
forcent à éteindre leurs lumières et à se coucher malgré eux; qu'il veut
astreindre leur nation à fournir journellement un homme pour la garde
et délivrer un fusil de la commune, malgré les offres qu'ils ont faites de
62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
fournir un homme à leur tour de garde. Ladite requête tendante à ce
qu'il plaise au Département déclarer que les supplians sont sous la
sauve-garde de la Loi, défendre en conséquence au Maire et officiers
municipaux d'Isenheim de prononcer contre les supplians des amendes
arbitraires, ni de les contraindre au payement d'icelles par voie d'empri-
sonnement, de leur défendre en outre d'exiger d'eux les langues du gros
bétail qu'ils tueront, et qu'ils fournissent chaque jour un homme à la
garde, et un fusil pour la commune ; le soit communiqué à la Munici-
palité d'Isenheim ; la réponse de ladite Municipalité, sans date; une
nouvelle requête présentée par Beretz Wurmser, juif dudit Isenheim,
dans laquelle il expose que s'étant refusé à donner au Maire la langue du
gros bétail qu'il tuait, il a été emprisonné par ses ordres. La dite requête
tendante à ce qu'il plaise au Département ordonner que le suppliant
sera élargi des prisons, faire défenses au Maire d'Isenheim de rien
innover au préjudice de la litisprudence, comme aussi d'attenter à la
liberté du suppliant, sauf son action en dommages intérêts, ainsi qu'il
appartiendra; vu aussi l'avis du Directoire du District de Golmar du
27 de ce mois, N° 2653 par lequel il estime que la Municipalité d'Isenheim
est incompétente pour faire un règlement qui défend aux juifs de tuer
plus d'une pièce de bétail par semaine, la nouvelle constitution permet-
tant à tous et un chacun de se nourrir et de gagner sa vie de telle
manière qu'il croit le pouvoir, pourvu que ce soit par des moyens non
réprouvés par les loix, à charge par les Juifs de se soumettre aux loix
relatives à l'exploitation des métiers en prenant des patentes, et de se
soumettre pareillement aux réglemens concernant l'assurance des appro-
visionnemens des viandes pour la consommation de la communauté.
Estime que le Maire n'a aucun droit d'exiger les langues des bestiaux
tués, puisque le Maire n'est point inspecteur des viandes, et que cette
partie de la police est déléguée à d'autres officiers municipaux déjà
rétribués pour cette fonction. Estime que nul ne doit être emprisonné,
si ce n'est dans le cas de sédition ou surpris en flagrant délit et pour
manque de soumission ou de respect aux loix. Estime, en outre, qu'il
échet d'ordonner que les juifs montent la garde en proportion du
nombre des pères de famille qui se trouvent dans l'endroit, sans que les
deux cricurs de nuit puissent être envisagés comme des gardes qui sont
à la décharge des chrétiens, sauf à la Municipalité à faire contribuer les
juifs pour la rétribution fixée aux crieurs, proportionnellement aux
autres citoyens de l'endroit; et quant aux plaintes énoncées contre
Lipmann Bloch à la fin de la réponse de la Municipalité d'Isenheim, le
Directoire estime qu'il y a lieu de renvoyer Richard Thuet devant le
juge ordinaire, pour, après informations préalablement prises, être
statué ce qu'au cas appartiendra; que les termes employés dans la
réponse de la Municipalité d'Isenheim contre une nation malheureuse
méritent rimprobation de l'administration majeure, qui ne peut tolérer
des expressions aussi inconsidérées que criminelles et capables de
ARRÊTES DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 63
fomenter des troubles publics. Estime finalement le Directoire qu'il y a
lieu d'ordonner sur la plainte de Berentz Wurmser, que le procureur de
la commune d'Isenheim fera élargir sur les ordres qui interviendront
le dit Wormser ; qu'il sera fait défenses au Maire et à tous autres de plus
à l'avenir se rendre justice dans leur propre cause, si ce n'est en cas de
manque de respect ou de soumission à la Loi, et de respecter la liberté
individuelle de tous et un chacun, sauf audit Wurmser à se pourvoir en
dommages intérêts par devant qui il appartiendra; ouï le Procureur-
Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin, considérant que d'après
la Loi il est libre à chaque individu d'exercer telle profession que bon
lui semblera, en se munissant de patentes et se conformant aux règle-
ments qui ont été faits par les Municipalités, a arrêté que les juifs
d'Isenheim ne peuvent être inquiétés dans le métier de boucher, s'ils ont
satisfait à la Loi, défend au Maire dudit lieu d'exiger les langues des
bestiaux; arrête que les juifs domiciliés à Isenheim seront tenus de
monter la garde à leur tour ou de la faire monter à prix d'argent à
l'instar des autres habitans du lieu, sans que les deux crieurs de nuit
puissent être envisagés comme des gardes qui sont à la décharge des
chrétiens; sauf à la Municipalité de faire contribuer les juifs pour la
rétribution fixée aux crieurs, proportionnellement aux autres habitans
de l'endroit. Renvoyé Richard Thuet devant le juge compétent pour
raison de l'insulte qu'il prétend lui avoir été faite et à sa patrouille dans
la nuit du 14 courant, par Isaac Wahl, Juif dudit Isenheim ; renvoyé
finalement Berentz Wurmser, Juif dudit Isenheim, à se pourvoir en
justice ordinaire pour raison de son emprisonnement, s'il s'y croit
fondé.
37 (3397). — M juin 1791.
Vu la requête présentée par Abraham Ulmo, juif demeurant à Ober-
steinbrunn, dont le sommaire de l'exposé est, qu'il est né à Sierentz,
mais qu'il a été élevé chés son grand père à Obersteinbrunn, que s'étant
depuis marié, il a voulu retourner dans son lieu natal, à quoi la Munici-
palité résiste. Ladite requête tendante à ce qu'il plaise enjoindre à la
Municiplaité de Sierentz de se conformer à la Loi, qui permet à tout
citoyen de s'établir où bon lui semble, en conséquence faire défenses
aux officiers municipaux, ainsi qu'à tous autres, de porter aucun empê-
chement à l'établissement du suppliant à Sierentz, le soit communiqué à
la Municipalité de Sierentz, du 2 Mai dernier; la réponse de la Munici-
palité, du 4 du même mois, ensemble l'avis du Directoire du District
d'Altkirch, du 8 du courant, par lequel considérant que le village de
Sierentz est le lieu natal du suppliant; que la demeure qu'il a faite à
Obersleinbronn n'a été qu'accidentelle et précaire, il a estimé qu'il y a
64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
lieu d'ordonner aux officiers municipaux de Sierentz de recevoir le sup-
pliant dans le lieu de sa naissance, et de lui accorder tout secours et
protection, sous peine de demeurer personnellement responsables de
tous événemens, frais, dépens, dommages et intérêts ; ouï le Procureur-
Général-Syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin a permis et permet au
suppliant de s'établir et de fixer sa demeure dans le lieu de Sierentz ;
fait défenses à la Municipalité du lieu et à tous autres d'y porter empê-
chement ou de troubler le suppliant dans l'exécution du présent arrêté,
à peine d'en répondre en leur propre et privé nom, à charge par le
suppliant de supporter à l'instar des autres juifs du lieu les charges
et contributions publiques.
38 (11.207). — Du vendredi o avril 1793.
Vu la pétition présentée par Joseph Kahn, Juif domicilié à Horbourg,
dans laquelle etc. (Incapacité de servir la patrie) Avis du district de
Colmar dujourd'hui, N' 7514. Ouï le procureur général syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin considérant que les agens
militaires étant chargés par l'instruction du commissaire supérieur du
Conseil exécutif de la réception des hommes destinés au recrutement de
l'armée, et qu'ils sont autorisés à réformer ceux que des défauts de
conformation ou d'autres infirmités rendraient incapables de servir en
faisant pourvoir à leur remplacement par les municipalités qui les ont
fournis, dit qu'il n'y a pas lieu à délibérer quant à présent sur les fins
de la dite pétition.
39 (11.319). — Du 11 avril 1793.
Vu la pétition présentée par Gerschel Moyses, Juif de Herlisheim, par
laquelle etc. (Exemption de servir) Avis du District de Colmar du 10 du
courant ; ouï le procureur-général syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin dit qu'il n'y a pas lieu à
délibérer.
40 (12.608). — Du 3 juillet 1793.
Vu la pétition présentée par Raphaël Félix, Juif de Ribeauvillé, par
laquelle etc. (Mainlevée d'une arrestation faite à Neufbrisack de numé-
raire) Avis du District de Colmar du 7 juin dernier, N° 8541. Ouï le
Procureur-Général syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin dit qu'il n'y a pas lieu à
délibérer, sauf au pétitionnaire à se pourvoir pardevant qui il appar-
tiendra.
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 65
41 (13.129). — Du 6 août 1793.
Vu la pétition de Goschel Marx Lcvy, citoyen de Wintzenheim, expo-
sitive etc. (Contrainte pour le recouvrement de 393 1. 15 s. à répartir sur
les Juifs) Avis du District de Colmar du 26 juillet dernier, N« 9456. Ouï
le Procureur-Général syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin autorise l'exposant de
faire contraindre par toutes voies dues et raisonnables les préposés de
chacune des communautés juives mentionnées en l'état de répartition
arrêté le 2 octobre 1791 au payement de la somme à laquelle elles ont
été cottisées dans ledit état ; le tout conformément et en exécution de
l'arrêté du 29 Juillet 1791. N° 4259.
42 (13.251). — Du vendredi 16 août 1793.
Vu l'arrêté pris le 1er juillet dernier, sous N° 4343, par le Directoire du
Département du Haut-Rhin, relatif à la liquidation générale de la Nation
Juive de la ci devant province d'Alsace etc. Ouï le Procureur-Général
syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin, après l'examen et vérifi-
cation des pièces à l'appui de la liquidation dont s'agit, approuve et
ratifie l'arrêté pris à ce sujet le lcf Juillet dernier par le Directoire du
Département du Bas-Rhin, arrête en conséquence qu'il sera exécuté
dans sa forme et teneur pour tout ce qui a rapport au Département du
Haut-Rhin, de la même manière qu'il est consenti par celui du Bas Rhin,
pour être mis à exécution.
43 (18.183). — Du 13 vendémiaire an III.
Vu la pétition présentée par Wolf Alexandre Bloch, Juif de Wintzenheim ,
aux fins etc. (Procès relatif à une rente collongère) Avis du District de
Colmar du 17 Juillet 1792. N" 3548.
L'Administration du Département du Haut-Rhin considérant que par
l'art. 1er de la Loi du 17 Juillet 1793 N° 2937 toutes redevances ci-devant
seigneuriales, droits féodaux, usuels, fixes et casuels, ont été supprimés ;
que l'art. 3 de la même Loi porte : Les procès civils et criminels intentés,
soit sur le fond, soit sur les arrérages des droits supprimés par l'art. 1er
sont éteints sans répétition de frais de la part d'aucune des parties :
déclare qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur la demande dudit Bloch.
44 (20.878). — Du 2â germinal an III.
Vu la pétition présentée par Emanuel Bloch citoyen de la commune de
Soultz (Demande en résiliation d'une adjudication au rabbais d'une four-.
T. LXXV, n° 149. 5
66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
niture de 600 quintaux de sel) Avis du Directoire du District de Colmar
du 24 du courant N° 3690 etc.
L'Administration du Département du Haut-Rhin d'après les motifs
insérés aux observations de la municipalité de Soultz du 21 du courant
déclare qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur la pétition sauf au pétitionnaire
à se pourvoir pardevant le juge ordinaire s'il se croit fondé.
45 (21.677).
Vu la pétition présentée par Samuel Levi, Michel Schwob, Jacques
Brunschwig, Leib Brunschwig et consors de Habsheim, tendante à rentrer
en jouissance d'une maison servant de synagogue, et de placer le magazin
des fou rages dans un autre emplacement etc. Avis du Directoire du
District d'Altkirch du 12 courant N° 6759, etc.
Ouï le procureur général syndic,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin, considérant qu'il résulte
de la loi du 11 courant, que les citoiens des communes auront provisoi-
rement le libre usage des édifices nationaux non aliénés, destinés origi-
nairement aux exercices d'un ou plusieurs cultes, et dont ils étaient en
possession le 1er jour de l'an 2 de la république, qu'ils pourront s'en
servir sous la surveillance des autorités constituées tant pour les
assemblées ordonnées par la loi, que pour l'exercice des cultes, et que
ces édifices seront remis à l'usage des citoiens dans l'état où ils se
trouvent, à la charge de les entretenir et les réparer, considérant que les
pétitionnaires sont propriétaires depuis nombre d'années d'une maison
et dépendances qui a toujours servi de synagogue pour l'exercice de leur
culte et qu'ils en ont constamment joui jusqu'il y a environ six mois,
qu'elle a été mise en réquisition pour servir de magazin de fourages
militaires. Arrête que les pétitionnaires rentreront provisoirement dans
la possession et libre jouissance des bàtimens dont s'agit : à charge par
eux de se conformer à la loi du 11 présent mois. A quel effet lesd.
bàtimens seront incessament vuidés et pourvu à un autre emplace-
ment pour y placer les fourages, le tout à la diligence tant de la Munici-
palité que du garde Magazin chargé de la surveillance desd. fourages ;
ce fesant rapporte quant à ce son arrêté du 9 Thermidor dernier,
N° 17480.
46 (23.499). — 25 vendémiaire an IV.
Vu la pétition présentée par Joseph Brunschwig d'Uffholtz, dont le
sommaire etc. (Vente de forêts). Avis du District de Belfort du 20 du
courrant ; ouï le Procureur-Général-Syndic substitué,
Le Directoir du département du Haut-Rhin prenant en considération
l'avis du District et considérant en outre, que l'adjudication faite séparé-
ARRETES DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 67
mont le 16 du courrant des deux coupes dont s'agit, par le Commissaire
du District, a été faite on règle ; qu'elle est revêtue de toutes les forma-
lités requises ; considérant que les forets où lesdites deux coupes ont été
marquées, font dépendances, l'une des biens de l'émigré Landenberg,
l'autre des biens de la ci-devant abbaye de Murbach, que par conséquent
les deniers en provenant doivent faire deux masses distinctes; c'est
contre toutes les règles que le Commissaire a, après l'adjudication faite
séparément, joint lesdites deux coupes et fait procéder ensuite à une
adjudication en bloc, de manière qu'il serait impossible de distinguer le
prix relatif à chacune, d'où il suit que l'adjudication en bloc ne peut
subsister. Considérant que, quoiqu'il existe une différence de prix énorme
entre l'adjudication faite séparément et celle en bloc, il n'est cependant
pas au pouvoir de l'administration d'annuller la première dès qu'elle a
été faite légalement, et qu'elle n'est entachée d'aucun vice, attendu
qu'aucune lésion n'est admissible suivant la Loi, et qu'il ne peut y avoir
lieu ni au doublement ni au tiercement, considérant en outre, que toute
adjudication faite légalement, repose sur la foi publique, il serait d'un
dangereux exemple d'y donner la moindre atteinte pour quelque cause
que ce soit : casse et annulle l'adjudication faite en bloc et arrête que
les deux adjudications faites séparément des deux petites coupes dont
s'agit au profit du pétitionnaire, seront exécutées suivant leur forme et
teneur.
47 (23.578). — o brumaire an IV.
Vu le projet de liquidation faite au Directoire du District de Belfort,
des créanciers de l'émigré Louis Joseph Klinglin d'Essert, notamment les
titres de créance d'Anne Weyl, veuve d'Isaac Meyer, Félix Meyer, son
tils, Abraham et Simon Weyl fils, etc., Juifs de Ribeauvillé, tendant à
être liquidés de leur créance de 45.000 1., etc. Ouï le Procureur-Général-
Syndic substitué,
Le Directoire du Département du Haut-Rhin considérant que les
réclamans ont fait la déclaration de leur créance et le dépôt de leurs
titres au Secrétariat du District de Belfort à tems utile, mais qu'au
moment où fut rendu la Loi du 25 Juillet 1793 vieux style, la cause était
pendante au Tribunal du District dudit Belfort; considérant que par
l'art. 13 § 2 section 5 do ladite Loi, il est dit que, toute procédure contre
les émigrés pour raison de leurs dettes passives ou de droits à exercer
sur leurs biens, demeure éteinte: Arrête avant faire droit sur la demande
en liquidation, que conformément à l'art. 32 sect. 2 de la Loi du
Ier floréal an 3 la contestation pendante à cet égard sera décidée par
deux arbitres, dont l'un sera nommé par l'administration du Départe-
mont et l'autre par les réclamans, et dans le cas de non accord, lesdits
arbitres s'adjoindront un tiers pour fixer la décision : à quel effet, le
Département nomme pour son arbitre le citoyen Thannberger père,
68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
homme de Loi de la Commune de Golmar ; pour la dite décision rap-
portée être ultérieurement statué ce qu'il appartiendra.
{Signatures.)
48 (27.247). — 28 brumaire an V.
Vu les pétitions présentées l'une par Samuel Schmoll, citoyen de
Seppois-le-Bas, et Dina Hausser veuve de feu Schmeyen Block dudit lieu
tant en son nom qu'en qualité de tutrice naturelle de Jacques Bloch son
fils par laquelle etc. (Suspension de l'agent municipal), vu un extrait du
Greffe du tribunal correctionnel de l'arrondissement d'Altkirch du
23 Messidor dernier etc. les avis de l'administration municipale d'Hir-
singue du 1er Brumaire par lequel etc.
Oui le commissaire du Directoire exécutif,
L'Administration départementale du Haut-Rhin considérant que les
dispositions des témoins contenus aux deux procès-verbaux d'information
constatent 1° que le citoyen Frittig agent municipal de la commune de
Seppois-le-Bas est contrevenu formellement à l'article 359 de la Consti-
tution en violant nuitamment et à force armée l'azile d'une citoyenne,
2° qu'il a détourné les citoyens de la commune de faire un service mili-
taire, 3^ qu'il a fait procéder à la vente d'objets appartenants à la com-
mune sans y être autorisé, 4° qu'il a arbitrairement prélevé une taxe
pour l'enregistrement des naissances et mariages, 5° qu'il a tenu des
propos tendants à entraver l'exécution des loix et des ordres des autorités
supérieures pour leur exécution tendante à faire jouir tous les citoyens
indistinctement des mêmes droits, 6* qu'il a induement forcé des citoyens
de payer à des gendarmes des sommes qui ne leur étaient point légale-
ment allouées et s'est qualifié de titres qui dénottent un Etat de démence,
que cette conduite est à tous égards indigne d'un fonctionnaire public
qui doit être l'ami de ses concitoyens,
Arrête en conséquence de l'article 194 de la constitution que le citoyen
Frittig est suspendu provisoirement des fonctions d'agent municipal en
la commune de Seppois-le-Bas,
Arrête que l'administration municipale du canton d'Hirsingue s'ad-
joindra un administrateur temporaire en remplacement dudit Frittig
conformément à l'article 188,
Arrête en outre que les frais de vérification taxés à 60 1. seront sup-
portés par le dit Frittig,
Arrête finalement qu'expédition du présent arrêté avec toutes les
pièces y jointes seront adressées au Directoire exécutif pour par lui être
prononcé définitivement sur la suspension dudit agent municipal et être
statué sur son renvoy devant les tribunaux conformément à l'article 196
de la Constitution.
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 69
49 (31.529).
Pétition présentée par Meyer Hirsch ci-devant habitant de Rixheim,
étiquetée : demande à établir domicile à Mulhouse. Il y a un arrêté qui
autorise le pétitionnaire à s'établir audit Mulhausen à charge par lui de
payer dans la commune de Rixheim tant et aussi longtemps que celle de
Mulhausen en sera exempte les contributions réelles et personnelles et
toutes les réquisitions auxquelles les citoyens français sont assujettis à
quel effet sera copie des présentes adressée à l'agent dudit Rixheim.
12 prairéal 6.
50 (31.594).
Pétition présentée par Leyser Bigert, citoyen de Hartmannswiller.
Ettiquetée : Demande en rétablissement d'une fontaine existante dans
l'enclos du château de Hartmannsweiller bien national. Il y a eu arrêté
qui autorise le pétitionnaire à faire faire les réparations à la fontaine
dont s'agit, retenues au procès-verbal du citoyen Ritter du 26 ventôse
dernier d'après une adjudication au rabais qui en sera faite devant un
commissaire qui pour cet effet sera nommé par l'administration muni-
cipale du Canton de Soultz en présence du receveur des domaines natio-
naux de l'arrondissement ; ce faisant autorise ledit Receveur à tenir
compte au pétitionnaire du montant desdites réparations moyennant
quoi il en sera pour autant duement déchargé; arrête en outre qu'expé-
dition du présent sera transmise au directeur de la régie.
24 prairéal 6.
51 (31.761). — 11 messidor an VL
Vu les procès- verbaux d'arrestation des nommés Freno Guntzburger,
citoyenne d'Uffheim, et Joseph Schwob, de Feldbach, les 3 et 6 messidor
courant arrêtés à la rive gauche du Rhin venant de la rive droite sans
passeport conformément à la Loi.
Ouï le commissaire du Directoire exécutif.
L'administration centrale du Haut-Rhin arrête que les nommés Freno
Guntzburger et Joseph Schwob seront mis en liberté et envoyés dans
leur commune pour y être sous la surveillance des agens municipaux,
lesquels sont chargés de prendre des informations et renseignements
sur la conduite et les opinions politiques des dénommés au présent et
sur l'époque de leur sortie, de tout quoi ils rendront compte sur le
champ à l'administration centrale pour être pris ensuite tel parti
qu'il appartiendra.
Arrête en outre que copies du présent arrêté et du procès-verbal de la
Gendarmerie seront dressées au Ministère de la Police Générale.
70 REVUE DES ETUDES JUIVES
52 (32.787). — 29 frimaire an VIL
Pétition présentée par Salomon Geismar et consors de Grussenheim
étiquetée (: part aux Bons communaux), il y a eu arrêté qui déclare qu'il
n'y a pas lieu à délibérer sur le 1er chef de la demande et sur le 2e arrête
que l'agent de la commune de Grussenheim fera délivrer à chacun des
pétitionnaires une portion de bois de chauffage égale à celle des autres
citoyens de la dite commune.
53 (34.899). — 18 brumaire an VIII.
Pétition présentée par Meyer Levy, pauvre colporteur domicilié à
Colmar. Etiquetée : Rapport d'arrêté. Il y a eu arrêté qui rapporte celui
du 26 fructidor dernier N° 34.592 pour rester sans effet et arrête que le
pétitionnaire porté sur le rôle de la contribution personnelle de la
commune de Colmar pour l'an 5
à la somme de 35 fr. 00 ce.
et pour l'an 6 à 29 17
sera réduit et fixé pour l'an 5 à 7 64
et pour l'an 6 à 6 37
en conséquence déchargé pour l'an 5 de 27 36
et pour l'an 6 de 22 80
à quel effet il sera délivré au pétitionnaire des ordonnances de décharge
pour chacune desdites années, lesquelles seront reçues pour comptant et
pour autant par le percepteur et le receveur général du Département.
54 (34.922). — 18 brumaire an VIII.
Pétition présentée par Wolfï* Netter demeurant à Colmar. Etiquetée :
Réduction de contribution personnelle et mobiliaire des années 5 et 6.
11 y a eu arrêté qui rapporte celui du 26 fructidor dernier N° 34592 pour
demeurer sans effets, et ordonne que le pétitionnaire porté sur le rôle de
la contribution personnelle de la commune de Colmar
pour l'an 5 à 58 fr. 76 c.
sera réduit et fixé pour Tan 5 à 48 90
et pour l'an 6 à 19 68
en conséquence déchargé pour l'an 5 de 39 07
et pour l'an 6 de 32 50
pour lesquelles sommes de décharge il 'sera délivré au pétitionnaire des
ordonnances de décharge lesquelles seront reçues pour comptant et pour
autant par le percepteur et le receveur général du Département.
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 71
55 (34.944). — 19 brumaire an VIII.
Pétition présentée par Marx Gochel Lévy de Golmar. Etiquetée :
Décharge de surtaxée imposition. Il y a eu arrêté qui ordonne que le
pétitionnaire porté sur le rôle de la contribution personnelle de la
commune de Golmar savoir
pour Tan 5 à 54 fr. 38 c.
et pour Tan 6 à 45 32
sera réduit et fixé pour l'an 5 à 11 86
et pour l'an 6 à 9 89
en conséquence déchargé pour l'an 5 à 42 52
et pour l'an 6 à 35 43
à quel effet il sera délivré au pétitionnaire des ordonnances de décharge,
lesquelles seront reçues pour comptant et pour autant par le percepteur
et le receveur général du Département.
INDEX
Autorisation de mariage, G, 20, 24, 34.
Ban, 7.
Biesheim, 12.
Bigert (Joseph), 9.
Bigert (Leyser), de Hartmanswiller, 50.
Blocli (Abraham), de Soultz, 27.
Bloch (Coschel), de Wintzenheim, 2, 4.
Bloch (Emanuel), de Soultz, 27, 44.
Bloch-Wolff (Alexandre), de Wintzenheim,,
29, 43.
Bloch-Wolff (Moyse), de Wintzenheim, 29.
Block (Jacques), de Seppois-le-Bas, 48.
Block-Schmeyen, de Seppois-le-Bas, 48.
Blotzheim, 8.
Blum-Hirtz, préposé de Bollwiller, 18, 19.
Bullwiller (communauté de), 18, 19.
Bolsenheim, 11, 21.
Bouschwiller, 5.
Brunschwig (Jacques), de Habsheim, 45.
Brunschwig (Joseph), d'Uffholz, 32, 46.
Brunschwig-Leib, de Habsheim, 45.
Brunschwig (Salomon), prévôt des Juifs
de Blotzheim, 8.
Caisse des impositions
juive, 17.
Colmar, 7.
de la Nation
Défense de tuer le bétail selon le rite
juif, 36.
Ditisheim (Jacques), de Héguenheim, 34.
Dreyfus (Elie), d'Uffheim, 20.
— (Marc), de Hattstatt, 25.
— (Marc), d'Uffheim, 24.
— (Meyer), d'Uffheim, 20, 24.
Droit d'établissement, 3, 11, 12, 21, 30,
37, 49.
Durmenach, 35.
Einstein (Joseph), de Hagenbach, 6.
Election de préposés, 18, 19, 29.
Ennesch Sussel, rabbin de la Haute-Al-
sace, 31.
Entretien des pauvres de passage, 25.
Exemption de service, 38,
Exemption d'impôts, 10.
39.
Feistel (Marx), de Hattstatt, 10.
Félix (Leyser), de Niederhagenthal, 17.
Félix (Raphaël), de Ribeauvillé, 40.
Geismar (Salomon), de Grussenheim, 52.
Guntzburger-Freno, d'Uffheim, 51.
Habsheim, 11, 21, 30, 45.
Hartmannswiller, 50.
Hauser-Dina, de Seppois-le-Bas, 48.
Hirsch-David, de Rosheim, 2, 4, 17.
Hirsch-Meyer, de Rixheim, 49.
Impôts de la Nation juive, 2, 4, 5, 41.
Insurrection à Oberhagenthal, 22.
Isenheim, 36.
Kahn (Joseph), de Horbourg, 38.
Lévi (Samuel), de Habsheim, 45.
Lévy (Aron), de Thann, 32.
Lévy (Aron), de Zillisheim, 3.
Lévy-Goschel (Marx), de Wintzenheim, 41.
Lévy (David), de Ribeauvillé, 28.
Lévy (Jacob Meyer), de Wintzenheim, 26.
Lévy-Lehmann, de Soultz, 15.
Lévy-Leïb, de Wintzenheim, 13.
Lévy (Marx Coschel), de Colmar, 55.
Lévy (Meyer), de Colmar, 53.
Lévy (Meyer-Joseph), de Wintzenheim, 16.
Lévy (Moyse), de Blotzheim, 8.
Lévy (Paul1, de Zillisheim, 3.
Lévy (Samuel), de Bollwiller, 14, 18, 19.
Liquidation de la Nation juive, 42.
Manheimer (Samuel Hirsch), d'Uffholz, 33.
Meyer (David), de Bolsenheim, 11,21,30.
Meyer (Félix), de Ribeauvillé, 47.
Meyer (Isaac), de Ribeauvillé, 23, 47.
Meyer (Jacob), sous-rabbin à Rixheim,
9, 32.
Meyer (Lazare), de Durmenach, 2, 5.
ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS
73
Moyse-Gerschel, de Herlisheim, 39.
Mulhouse, i(.>.
Mullheim, 12.
Netter-Wolf, de Colmar, 54.
Netter-Wolf, de Wintzenheim, 7.
Niederhagenthal, 5, 17.
Nomination de rabbins, 9.
Oberhagenthal, 5.
Oberhagenthal (préposés juifs d'), 22.
Obersteinbrunn, 6.
Pfaltzbourg (Isaac-Aron), de Moutzig, 31 .
Pillage des Juifs de Blotzbeim, 8.
Préposés de la Nation juive, 5, 8, 23.
Rabbin du Haut-Rbin, 31.
Remise d'effets (volés?), 1.
Ribeauvillé, 9, 28.
— receveur de la communauté
juive, 28.
— (rabbin de), 9.
Rixheim, 9.
— (commis-rabbin de), 31, 32.
Rueff-Bluemen, 24.
Schuster-Lippmann, de Ribeauvillé, 28.
Schmoll (Samuel), de Seppois-le-Bas, 48.
Schwob (Joseph), de Feldbach, 51.
Schwob (Joseph), de Héguenheim, 34.
Schwob (Michel), de Habsheim, 45.
Serment morejudaico, 8.
Sierentz, 37.
Synagogue de Habsheim, 45.
Thann, 3.
Turckheim,
3.
Uftheim, 20.
Uffholtz, 5.
Ulmo (Abraham), d'Obersteinbrunn, 37.
Veyler (Isché), de Hattstatt, 25.
Wahl (Isaac), d'Isenheim, 36.
Weyl (Abraham), de Ribeauvillé, 47.
Weyl (Anne ou Hanna), de Ribeauvillé,
23, 47.
Weyl-Guttel, de Riedwihr, 9.
Weyl (Lazare), de Ribeauvillé, 1.
Weyl (Salomon), de Riedwihr, 9.
Weyl (Simon), de Ribeauvillé, 47.
Wintzenheim, 13, 16, 26, 29.
— (préposés de), 26.
— (députés de la commu-
nauté), 7.
Wolff (Anne-Beyle), d'Obersteinbrunn, 6.
Wolff (Jacques), d'Obersteinbrunn, 6.
Wolff (Salomon), d'Obersteinbrunn, 6.
Wormser (David), de Wintzenheim, 29.
Wurmser (Berentz), d'Isenheim, 36.
Wurmser (Samuel), de Bollwiller, 18.
Ziffy (Raphaël), de Mullheim, 12.
Zillisheim, 3.
LE COLLOQUE DE TORTOSE
ET DE SAN MATEO
(7 FÉVRIER 1413 — 43 NOVEMRRE 1414)
(suite *)
La même lettre fut adressée :
2° Au rabbin David Abenpinac, juif de la aljama de la ville
de Huesca;
3° A Perfet Bonsenyor, juif de la aljama de Castellon de
Ampurias, diocèse de Gérone ;
4° A Salomon Albala, juif de la ville de Montalban, diocèse de
Saragosse ;
o° A Astruc Cohen, juif de la aljama de la ville de Barbastro,
diocèse de Huesca;
6° A Ysach Comparât, juif de la aljama de la ville de Barbastro,
diocèse de Huesca;
7° A Bonastruch Dezmaestre, juif de la aljama de la ville de
Gérone 2 (ici un délai de quinze jours est donné au contumace).
Ces sept noms sont donc à utiliser pour la liste de présence au
colloque.
B. — Dans le procès-verbal lui-même figurent huit orateurs
principaux, que les Anales de Aragon mentionnent également :
1° Rabbi Ferrer. — C'est le premier orateur du côté juif dans la
1. Voir Revue des Études juives, t. LXXIV, p. 17 et 160.
2. C'est lui que le pape, clans sa lettre de convocation du 26 novembre 1412,
demandait spécialement.
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 75
seconde séance, du 8 février 1413 (Ms. Vatic, fol. 11); il parla
ensuite dans la quatrième séance, du 10 février (fol. 12), dans la
septième, du 15 février (fol. 14 v° et suiv.). Dans la quarante-
huitième séance, du 8 janvier 1414, il est au nombre des trois
rabbins qui se déclarèrent prêts à continuer la discussion (fol. 131
et suiv.). Dans la cinquante-neuvième séance, du 16 mars 1414,
il présenta en réponse à Jérôme une série de points (fol. 172 et
suiv.). Dans la soixante-quatrième séance, du 7 juillet 1414, et
dans la soixante-septième, du 10 novembre 1414, dans laquelle
les délégués juifs présentèrent une cèdule sur le Talmud, il prit
avec R. Joseph Albo la défense de cet ouvrage (fol. 189 v° et 198).
2a Maître Salomon Ysach parla dès la seconde séance, le 8 fé-
vrier 1413, aussitôt après R. Ferrer, puis dans la troisième séance,
du 9 février 1413 (fol. M v° et 12 v°) et dans la soixante-cinquième
séance, du 20 septembre 1414, en faveur du Talmud (fol. 192).
3° Rabbi Astruch Lévi, d'Alcaniz, prit la parole le troisième
dans la seconde séance, du 8 février 1413, dans la quatrième, du
10 février 1413, dans la sixième, du 13 février 1413 (fol. 11, 12,
13 v°, 14). Dans la huitième séance, du 17 février 1413, Jérôme
l'appela « Rabi Astruch de Alcanicio » (Alcaniz) (fol. 16). Dans la
quarante-huitième séance, du 8 janvier 1414, il fit connaître sa
résolution de continuer à discuter en compagnie de R. Ferrer et
de R. Matatias. Néanmoins il s'enfuit de Tortose et, s'il reparut
au colloque (fol. 134, 134 v°), ce fut sans doute après avoir été
rappelé par une lettre du pape. Dans la cinquante-troisième
séance, du 15 février 1414, Jérôme le désigna en toutes lettres
sous le nom de « Rabi Astruch Levi de Alcanicio » (fol. 143 v°).
Dans la cinquante-huitième séance, du 2 mars 1414 (fol. 171,
171 v°), il déclara ne pas vouloir continuer à parler. Dans la
soixante-septième séance, du 10 novembre 1414, il présenta un
second document contre le Talmud (fol. 198).
4° Rabbi Joseph Albo, le célèbre auteur des Ikkarim, de Daroça,
ainsi qu'il est expressément nommé dans le procès-verbal (fol. 134),
prit la parole avec une grande animation, et cela contre le pape
Renoît lui-même, dans la troisième séance, du 9 février 1413
« Alors, avec une sorte de rage, Rabbi Joseph Albo s'écria : Même
s'il m'était démontré que le Messie est déjà venu, je ne croirais
pas pour cela devoir cesser d'être juif. » Il reprit la parole dans
1 . Posito Messiam mihi probari jam venisse, non putarem deterior esse Judaeus
(fol. 11 v°).
76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
la môme séance (fol. 12). Dans la quatrième séance, du 10 février
4413, il fit une courte observation (fol. 12 v°). Dans la quarante-
huitième séance, du 8 janvier 1414, il déclara que, pour quelques-
uns qui discutaient encore, les autres ne devaient pas être retenus
plus longtemps (fol. 133 V). Dans la soixante-quatrième séance,
du 7 juillet 1414, il prit fermement parti, avec Rabbi Ferrer, pour
la défense du Talmud (fol. 198 v°) et, avec le même, ne céda même
pas sur ce point dans la soixante-septième séance, du 10 novembre
1414 (ibid.).
5° Rabbi Matatias, de Saragosse, se leva dès la quatrième
séance, le 10 février 1413, pour une courte observation (fol. 12 v°);
dans la cinquième séance, du 11 février.1413, il tint un plus long
discours (fol. 13). Dans la neuvième séance, du 17 février 1413, il
contredit R. Joseph Albo (fol. 17) ; il y est désigné sous le nom de
« Rabi Mathatias Caesaraugustanus » (de Saragosse). Dans la qua-
rante-huitième séance, du 8 janvier 1414, il se déclara prêt, avec
R. Ferrer et R. Astruch d'Alcaniz, à continuer la discussion
(fol. 134 r° et v°) et il la continua, en effet, avec Rabbi Ferrer
(fol. 136 et suiv.). Finalement il aurait cédé sur le chapitre du
Talmud (fol. 191 v°, 198 v°).
6° Maître Todrôs ne parla qu'une seule fois, dans la quatrième
séance, du 10 février 1413 (fol. 12 v°).
7° Bonastruch Dezmaestre, de Gérone, dont le pape, dans sa
convocation, réclamait expressément la présence, ne parla aussi
qu'une fois, dans la septième séance, le 15 février 1413 : « Un
certain juif de Gérone, du nom de Ronastruch Dezmaestre, répon-
dit » (fol. 14).
8° Rabbi Moïse Abenhavec sollicita, dans la neuvième séance,
du 17 février 1413, pour lui et ses compagnons, une audience
privée du pape, qu'il obtint, sans que le sujet de l'entretien soit
mentionné; il doit s'être agi de la suppression du colloque
(fol 15 v°). Dans la même séance, le général des Dominicains, dans
un discours véhément, ayant insisté pour obtenir une soumission
ou une réponse, Rabbi Moïse Abenhavec déclara que les réponses
précédemment faites à Jérôme suffisaient et qu'il n'était pas
nécessaire d'en faire d'autres (fol. 17 v°).
C. — Dans sa lettre d'envoi à Gérone, qu'Ibn Verga reproduit
dans son Chébet Yehouda, cbap. xl (éd. Hanovre, p. 68), Aben
DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 77
suivante des Juifs qui ont pris part au
R. Zerahia ha-Lévi ;
Don Vidal Benveniste ;
R. Matatia ha-Yitzhari.
Le Nassi Don Samuel ha-Lévi ;
R. Moïse ibn Moussa (txvvi p).
Don Todros al-Costantin.
Don Joseph ibn Ardout ;
Don Meïr Halgioah (nwiftrt).
Don Astruc ha-Lévi.
R. Joseph Albo.
Don Joseph ha-Lévi;
R. Yomtob Carcosa tïrmpnp).
Abou Gandah (s-nw isa).
Don Joseph A Ibalag ;
Bongoah (îiawn).
R. Todros ibn Yahya.
D. — Le Vikouah Tortosa, relation fragmentaire d'un savant
qui était manifestement présent à Tortose, parle de vingt-deux
délégués des communautés d'Aragon et de Catalogne, au nombre
desquels lui-même se comptait.
Dans la relation elle-même figurent six orateurs, dont cinq font
partie de la précédente liste. L'auteur désigne exactement, et
conformément au procès-verbal, Josepb Albo comme étant de
Daroça et Astruc ha-Lévi comme étant d'Alcaniz; il ajoute pour
Tortose, ce qui paraît naturel, Maestre Salomon Maïmon. Voici
donc sa liste :
1° Don Todros ibn Yahya ;
2° R. Zerahya ha-Lévi ;
3° R. Joseph Albo, de Daroça ;
4° R. Astruc ha-Lévi, d'Alcaniz;
5° R. Matatia ha-Yitzhari ;
6° Maestre Salomon Maïmon, de Tortose.
LE COLLOQUE
DE TOI
Astruc a
donné la liste
suiva
colloque :
I. -
De Saragosse
: 1°
2°
3°
II. —
De Galatayud
: 4°
5°
III. -
De Huesca :
6°
IV. -
D'Alcaniz :
7°
8°
V. -
De Daroça :
9°
VI. —
De Monréal :
10*
VII -
De Monzôn :
Mo
12°
VIII. —
De Montalban
: 13°
IX. -
De Belchite :
14°
15°
X. —
De Gérone :
16°
78 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES
La relation du Chébet Yehouda (qui se présente aussi comme
un fragment1), de même que le texte fragmentaire du Vikouah,
ne s'étendent pas au delà de sept séances. Intervinrent alors
comme orateurs, d'après Ibn Verga :
1° Don Vidal, dans la seconde séance (8 février 1413), dans la
troisième (9 février), dans la quatrième (10 février), dans la cin-
quième (11 lévrier) et dans la septième (15 février).
2° Don Samuel ha-Lévi, dans la deuxième séance seulement;
3° R. Zerahya ha-Lévi, dans la troisième séance seulement;
4° R. Joseph Albo, dans les troisième et quatrième séances ;
5° R. Matatia, seulement dans la quatrième séance ;
6° Don Todros, dans la même séance seulement;
7° Don Astruc ha-Lévi, dans la sixième séance, du sabbat
« Zachor » (12 février), et dans la septième (15 février).
Dans le Vikouah figurent :
1° Don Todros ibn Yahya, dès le 7 février;
2° R. Zerahya ha-Lévi, le 8 février;
3° R. Matatia Yitzhari, le 9 et le 10 février ;
4° R. Joseph Albo, seulement le 9 février;
5° R. Astruc ha-Lévi, d'Alcaniz, le 10 février et à la séance du
sabbat « Zachor » ;
6° Maestre Salomon Maïnion, de Tortose, le 10 février.
Il manque ainsi dans ces deux sources : R. Ferrer, et dans le
procès-verbal latin : Don Vidal et R. Zerahya ha-Lévi. Graetz et
Isidore Loeb ont cru pouvoir admettre des combinaisons entre les
1. Après l'avoir reproduite, Ibn Verga dit : 3"irO ^nNlttt T.ND *I^.
2. De Castro, Biblioteca, I, 206, a bien cru lire encore d'autres noms d'orateurs
dans le procès-verbal, mais une étude plus attentive de ce document fait apparaître
ces noms comme dus à des erreurs. Le rabbin de Gérone cité aux feuillets 13, 17 et 32
n'est autre que Moïse Nabmanide, dont les sources juives rapportent aussi la citation
de la controverse de 1263 à Barcelone (Chébel Yehouda, p. 7ï ; Vikouah Torlosa,
p. 49 et p. 53).
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 79
V. — Les séances du colloque de Tortose.
Après que Jérôme et le pape Benoît, se basant sur le Sépher
ha-Pikkourim, se furent mis d'accord sur le sujet de la contro-
verse, le pape adressa sa lettre de convocation aux communautés
juives du royaume d'Aragon dans le courant du mois d'août 1412.
Attendu que, dans un sentiment de charité, (Benoît XIII) désirant vous
détourner de la voie de l'erreur et de la vénéneuse perfidie que vous
entretenez, non point à votre insu, mais spontanément, non pas en vous
faisant violence, mais en persistant après mûre réflexion dans votre
propre détermination, de véridiques et suffisantes raisons ayant été
reconnues pour vous et concédées, il a voulu vous convoquer à ce céleste
et salutaire rendez-vous, le mois d'août dernier étant par conséquent
écoulé, à cette fin il a fait exposer devant vous, dans les termes suivants
soigneusement résumés et d'une manière générale, les choses qui vous
tiennent détournés de la vraie conclusion \
Dès le 1er janvier 1413 arrivèrent à Tortose des délégués des
communautés, en particulier ceux des communautés d'Aragon,
que Lorqui avait prié spécialement d'arriver les premiers {Chébet
Yehouda).
Don Vidal de Saragosse, manifestement R. Ferrer, qui, d'après
le procès-verbal, fut le principal orateur des Juifs, fut choisi, en
raison de la connaissance qu'il possédait du latin, pour prononcer
une harangue devant le pape. Dans une audience qui eut lieu le
6 février, les délégués juifs indiquèrent pour le procès-verbal
leurs noms et leur lieu d'origine. Le pape les mit au courant des
intentions de Jérôme, en leur assurant qu'il leur voulait garantir
la liberté de parole. Le Chébet Yehouda rapporte ainsi ses
paroles : « Maître Jérôme a dit qu'il veut démontrer que le Messie
est venu et cela par le Talmud qui est devant nous. On verra s'il a
dit la vérité ou s'il a rêvé. Quant à vous, n'ayez pas peur de lui,
car, en ce qui concerne la controverse, le droit est égal pour tous. »
1. Quia caritatis affectu vos a via errons et venenosae perfidiae quam colitis cupiem
(Benedictus XI II) revocare non invitos sed spontaneos, non violentos sed multa deli-
beratione in vestro mera liberalitate permanentes, veris ac efficacibus rationibus per
vos cognitis atque concessis, ad huiusmodi cœleste atrium salutiferum voluit evocare,
proinde mense Augusti proximo elapso retrabentia vos a vera conclusione praefata sub
his verbis comatice compendiose et in génère sequentibus proponi fecit coram vobis.
80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
1. — L'ouverture du colloque fut faite le 7 février 4413 en
grande pompe par le pape lui-même, en présence de toute sa curie,
« avec toutes les formalités requises auxquelles il est coutume de
se conformer dans des cas semblables et avec la solennité que
réclamait l'importance du sujet ».
Les Juifs étaient tout à fait fascinés et éblouis par l'éclat déployé
pour la cérémonie. Voici en quels termes ils s'exprimèrent dans le
rapport qu'ils firent à Gérone : « Nous comparûmes devant le
pape et nous trouvâmes toute la grande salle où la controverse
devait avoir lieu tapissée de soie de diverses couleurs et là
soixante-dix sièges pour les cardinaux, évoques et archevêques,
qui étaient tous habillés de vêtements brodés d'or. 11 y avait aussi
là des personnages romains, des habitants du lieu et des grands
d'Espagne au nombre de près de mille personnes, en sorte que
noire cœur en fut troublé; mais nous récitâmes néanmoins la
bénédiction : Béni soit Celui qui donne quelque chose de sa majesté
à ses créatures » (Chébet Yehouda).
Voici le commencement du procès verbal (Ms. Vatican), qui
expose la thèse à soutenir dans la séance d'ouverture :
Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Messie. Amen. L'an de
l'avènement du Seigneur 1413, le septième jour de février, la dix-
neuvième année du pontificat du très saint Père en Christ et Seigneur
Benoît XIII, par la divine Providence Pape, la première du règne du très
illustre et sérénissime roi d'Aragon, Don Fernand, se sont réunis en la
ville de Tortose, par ordre de notre seigneur le Pape susnommé, tous les
principaux docteurs et rabbins des aljamas dudit royaume, pour qu'ils
renoncent, en présence de Sa Sainteté et de toute sa curie, aux
erreurs en vertu desquelles ils s'éloignaient jusqu'à présent des vérités
relatives au Messie, principalement à ces erreurs qui nient la venue du
Messie. Et pour prouver l'accomplissement de cet avènement qui s'est
déjà produit il y a longtemps, on leur a présenté cette conclusion très
certaine, à savoir que Notre Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu et rédemp-
teur de tous, est le vrai Messie, promis par Dieu et annoncé par les
Prophètes, et qu'en lui s'est accompli tout ce qui a été dit prophéti-
quement par ces derniers concernant le vrai Messie fils de David.
Dans une courte allocution à l'assemblée, le Pape adressa les
paroles suivantes aux Juifs présents :
Vous qui êtes les plus savants parmi les Hébreux, ayez présent à l'esprit
que je ne suis pas ici- et que je ne vous ai pas réunis en ce lieu pour
discuter sur la question de savoir laquelle des deux religions est la
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 81
véritable, si c'est la nôtre on celle que vous professez. Je suis fermement
assuré que ma religion est la seule vraie. La vôtre a été vraie autrefois,
mais maintenant elle est abrogée. Vous n'avez pas été appelés ici par un
autre que par Jérôme, qui a promis de prouver que le Messie est déjà
venu il y a longtemps et il vous le démontrera par le Talmud lui-même,
que vos maîtres, plus savants que vous, ont rédigé autrefois.
Et aussitôt, se tournant vers Jérôme de Sainte-Foi, il lui dit :
« Commence, toi, à discuter et qu'ils te répondent! »
Ces paroles sont reproduites presque textuellement dans le
Chébet Yehouda, qui termine seulement l'allocution du pape aux
Juifs par ces mots : « C'est pourquoi ne parlez donc pas devant
moi si ce n'est sur cet unique sujet. »
Jérôme s'avança en s'inclinant profondément devant le pape
Benoît, demanda la permission de parler et, se tournant vers les
rabbins, les apostropha en s'appropriant les paroles du prophète
Isaïe (i, 18-20) : « Venez et plaidons, dit le Seigneur. Si vos péchés
sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ;
s'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la
laine. Si vous avez de la bonne volonté et si vous êtes dociles,
vous mangerez les meilleures productions du pays, mais si vous
résistez et si vous êtes rebelles, vous serez dévorés par le glaive,
car la bouche du Seigneur a parlé. »
Au sujet de la réplique de Don Vidal Benveniste et de Don
Samuel ha-Lévi, qui, d'après le récit du Chébet Yehouda, auraient
protesté contre les paroles prononcées par Jérôme, ou de la
réponse que quelque autre personne du côté des Juifs aurait faite,
le procès-verbal latin ne dit rien.
« ' La première chose que Jérôme de Sainte-Foi s'efforça de
démontrer fut que les paroles de la sainte Ecriture ont deux signi-
fications, l'une littérale, intelligible pour tous, et l'autre spirituelle
ou morale, cachée pour la majeure partie de ceux qui lisent le
texte sacré. Il y a eu quelques savants rabbins, entre autres Rabbi
Abraham Aben Ezra etMaïmonide, qui admettaient deux sens dans
les paroles de l'Ecriture Sainte. Aben Ezra compare le sens littéral
au corps et le sens moral à l'âme, comparaison que Jérôme
repousse comme inexacte et peu conforme à la vérité. Le même
en fait une autre en disant que le sens littéral est comme le corps
et le sens moral et spirituel comme lame.
1. Sauf indication contraire, les citations entre guillemets sont traduites de l'es-
pagnol du manuscrit du Vatican.
T. LXXV, n° 149. 6
82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
L'auteur exposa les points sur lesquels les chrétiens aussi bien
que les juifs sont d'accord, à savoir : qu'il faut prêter une foi
complète et sincère à la loi de Moïse et aux paroles des prophètes
et que le Messie qui devait venir pour sauver le genre humain
serait descendant de David. »
Continuant son discours, Santa-Fe présenta la proposition sui-
vante : « Ce personnage appelé Jésus de Nazareth qui naquit à
Bethléem d'Ephrata, alors que le roi Hérode régnait en Judée, qui
fut crucifié et qui est mort quarante ans avant la destruction du
second Temple, est le vrai Messie promis par les Prophètes. Celui
en qui se sont accomplies toutes les prophéties relatives au Messie
est le Messie véritable; dans le Christ elles se sont accomplies.
Par conséquent le Christ est le vrai Messie. »
Quatre rabbins objectèrent : « Je nie la mineure. Il est faux que
dans le Christ se soient accomplies toutes les prophéties dites du
Messie promis. »
Mais on leur opposa le contraire en le leur tirant, à rencontre
du Talmud, des paraphrases chaldaïques, spécialement de celles
d'Onkelos et de Jonathan ben Ouziel et des écrits de quelques
rabbins (tout à fait comme dans le Sépher ha-Pikkourim, chap. i).
Aux paroles d'un orateur juif :
« Pourquoi donc, depuis la fondation du christianisme, a-t-on
déployé tant de zèle pour persécuter la religion juive, sans inquiéter
les autres peuples infidèles ou du moins en les traitant avec une
considération relative, bien que chrétiens et juifs aient entre eux
plus de points de contact et que les liens les plus intimes les
unissent? »
Jérôme répondit :
Il y a, ici présents, plusieurs rabbins qui disent en leur cœur : ... En
somme, en cette affaire, de même que dans toutes les autres, l'Eglise
catholique ne fait pas autre chose qu'imiter la conduite de son divin
fondateur, qui, quand il envoya ses disciples prêcher l'Evangile, leur
dit : N'allez pas vers les nations étrangères, mais seulement aux enfants
d'Israël (Matth., x, 5-6). Et saint Paul, prêchant aux Juifs en certaine
circonstance, leur disait : Vous étiez ceux qui ont été premièrement
appelés à entendre la parole de Dieu, mais parce que vous n'avez pas
voulu l'écouter, nous vous abandonnons et nous nous en allons prêcher
aux Gentils, parmi lesquels nous espérons recueillir des fruits plus
abondants et meilleurs (Actes, xm, 46).
0 Juifs de nom seulement, ô incrédules, ô peuple à la tête dure!
Considérez et voyez de quelle grande miséricorde Dieu use envers vous
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 83
en vous communiquant gratuitement ses grâces abondantes, uniquement
par le très ardent désir qu'il a de vous attirer dans son troupeau. C'est
pourquoi il ne vous a pas envoyé un berger quelconque, ni un merce-
naire, mais le pasteur même de la bergerie, c'est-à-dire le plus grand
des pasteurs, notre très saint Seigneur le pape Benoît XIII, lequel, avec
une très grande charité et douceur et non par contrainte ni en vous
frappant sans compassion, vous dirige avec une suprême bonté vers les
pâturages abondants dont seules les brebis jouissent. Ce qu'il fait avec
vous, il le fait par pure miséricorde, non parce qu'il doit en résulter pour
lui quelque profit personnel, mais afin qu'unis étroitement avec les
fidèles de Jésus-Christ, vous chantiez ses divines miséricordes pendant
toute l'éternité.
Et devant conclure déjà cette longue conférence, je vous prie de tout
mon cœur de ne vous point éloigner de la connaissance de la vérité,
mais de suivre avec une entière fidélité le plan de la discussion proposée
et approuvée ci-dessus et de mettre de côté toute perversité et obstination.
C'est ainsi que se termina la première séance de ce colloque.
2. — Dans la seconde séance, du 8 février 1413, Jérôme apporta,
comme première preuve en faveur de la venue du Messie déjà
réalisée, le passage d'Aboda Zara, 9 a, et Sanhédrin, 91a : On lit
à l'école {studio) d'Elie : La durée du monde est de six mille ans;
deux mille ans pour l'idolâtrie, deux mille ans pour la Loi, deux
mille ans pour leMessie1. Ici se trouve donc indiquée, pour l'arrivée
de l'époque messianique, une date précise, qui est passée. « Etant
données ces prémisses si claires et circonstanciées, nous devons
en déduire qu'à l'expiration des quatre mille ans, en commençant
à compter à partir de la création du monde, le Messie devait venir;
c'est ainsi que, vers cette époque à peu près, Jésus-Christ est
venu ; donc Jésus-Christ est le vrai Messie promis à nos pères par
les Prophètes. »
Le premier à s'élever contre cette conclusion du côté des Juifs
fut R. Ferrer : « Jésus-Christ n'est pas venu au monde à l'expi-
ration des quatre mille ans exactement, mais bien deux cents ans
auparavant; par conséquent le Christ n'est pas le vrai Messie. >>
Jérôme fit alors observer : « Quand, dans l'Ecriture Sainte, on
met le nombre mille, même s'il manque cent ou deux cents pour
compléter ledit nombre, dès lors que l'on dépasse cinq cents, cela
se prend pour le mille suivant. »
A la question : est-on d'accord pour voir dans ce passage du
1. En latin dans le procès-verbal.
84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Talmud une allusion à la venue du Messie, le contradicteur juif
répliqua que tel n'était pas le cas, attendu que la conclusion de
ce passage est qu'à cause des péchés cette venue est retardée :
« Mais à cause de nos péchés, les quatre mille ans se sont écoulés
sans que le Messie soit venu. »
Jérôme contesta alors que ce passage soit aussi du prophète
Elie ; c'est un docteur quelconque qui l'aurait ajouté.
Un autre juif fit observer judicieusement que, dans le passage
en question, le Talmud n'a nullement conservé une prophétie
d'Elie et que ce qui nous est communiqué est simplement une
tradition d'école de la maison d'étude désignée sous le nom d'Elie.
Cependant, K. Salomon Isaac lui répliqua : « L'autorité alléguée
est vraie et authentique; mais il n'est pas dit dans ce passage que
les jours du Messie seraient de deux mille ans complets, mais
bien que, pendant le cours de ces deux mille ans, le Messie vien-
drait et régnerait et, par conséquent, jusqu'à l'expiration du terme
de deux mille ans, la vérité de la prophétie reste entière. »
Santa-Fe lui répondit :
Dans le passage allégué du Talmud il n'est pas dit que, durant le cours
des derniers deux mille ans, le Messie viendrait, mais que les derniers
deux mille ans seraient les jours du Messie. De même, lorsque la Sainte
Ecriture dit que les jours de Noé furent de 950 ans (Genèse, ix, 29), cela,
ne signifie pas que, durant cette période de 950 ans, Noé naîtrait, mais
cela doit s'entendre en ce sens qu'il vécut tout ce nombre d'années De la
même manière quand il est dit dans votre Talmud que les jours du Messie
seront les deux derniers mille ans, cela signifie que, durant toute cette
période, le Messie vivra dans le monde, non point matériellement, mais
spirituellement et moralement, comme nous voyons que cela se produit
actuellement.
Parlèrent encore ce même jour, d'après les sources juives, Don
Vidal, R. Zerahya ha-Lévi et R. Joseph Albo, dont on ne rapporte
qu'en partie les explications.
3. — Dans la troisième séance, du 9 février 1413, Jérôme cita,
à l'appui de sa thèse, un second passage de Sanhédrin, 97 b :
« Ainsi dit Elie à Rabbi Juda, frère de Rabbi Iala surnommé Bon :
Le monde ne compte pas moins de quatre-vingt-cinq jubilés, et
dans le dernier jubilé le fils de David viendra. » Et ledit Rabbi
Juda lui demanda : « Sera-ce au commencement ou à la fin du
jubilé? Il répondit : A la fin (!) ». »
1. En latin dans le procès-verbal.
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 85
Là-dessus Santa-Fe explique ce passage et fait le compte des
années qui composaient les quatre-vingt-cinq jubilés, au nombre
de quatre mille deux cent cinquante, et, comme il y a longtemps
que ce nombre d'années est écoulé, il s'ensuit que le Messie est
venu.
Gomme le pape donnait raison à son médecin, c'est alors que
R. Joseph Albo avec animation prononça les paroles déjà citées :
« En supposant que l'on me prouvât que le Messie est déjà venu,
je ne croirais pas pour cela devoir cesser d'être juif. »
Après cette interruption, R. Matatia dit, plus conciliant : « La
prophétie dit que le fils de David viendra dans le dernier jubilé,
mais qu'à cause des péchés d'Israël son avènement s'est trouvé
retardé et qu'il n'est pas encore venu. »
Jérôme lui répondit en soutenant ce qui suit : « Quand Dieu
promet un bien quelconque, il ne le retarde en aucune façon à
cause du péché des hommes. » Il appuya cette affirmation de cita-
tions d'Isaïe et de Jérémie.
R. Salomon Isaac commenta ainsi le passage : « Prise à la
lettre, cette prophétie prouvait indubitablement ce que se pro-
posait de démontrer Santa-Fe, à savoir que le Messie est venu;
mais elle ne pouvait pas s'entendre de cette façon, parce que le
mot « il viendra » doit se prendre au sens neutre, c'est-à-dire
qu'ici il ne s'agit pas d'autre chose que de la possibilité qu'il
vienne. Même prise en ce sens, elle ne prouve rien cependant,
parce qu'il existe une contradiction essentielle entre cette pro-
phétie et la précédente. »
Le pape s'interposa alors et dit : « Si, pour éviter la contradic-
tion, il est nécessaire de changer la lettre, il la faut changer le
moins possible, en disant que les deux derniers mille ans du
monde, dont la prophétie déclare qu'ils seront les jours du Messie,
peuvent s'entendre fort bien de la disposition que les hommes
avaient de le recevoir, et l'autre, qui dit que, durant le dernier
jubilé, le fils de David viendra, doit se prendre à la lettre, et de
cette façon on évite toute apparence de contradiction. Par consé-
quent il n'y a aucune espèce de difficulté à reconnaître que le
Messie est venu. »
R. Joseph Albo, contestant la conclusion, répliqua : « Bien que
l'on affirmât dans le passage cité que le fils de David viendrait
dans le dernier jubilé, il ne s'ensuivait pas que le Messie fût déjà
venu, car il fallait entendre par « dernier jubilé » non pas le
dernier des quatre-vingt-cinq, mais le dernier du monde. »
86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Le pape répondit à cela : « Chaque jubilé ne se composant que
de cinquante années, il était ridicule de supposer que le Messie ne
viendrait pas avant les cinquante dernières années du monde, car
alors on ne pourrait donner aucune explication de tout ce que les
Prophètes disent de la splendeur, de la renommée et de la prospé-
rité dont l'envoyé de Dieu jouirait sur la terre. »
Le procès-verbal rapporte que l'interprétation de R. Joseph Albo
fut expressément rejetée par ses compagnons. Cela mit fin à la
troisième séance.
4. — Dans la quatrième séance, du 40 février 1413, Jérôme
apporta un exemplaire du traité du Talmud Aboda Zara, qu'il
soumit à l'assemblée, pour montrer qu'au feuillet 9 a la conclusion
finale manquait : « Mais, à cause de nos péchés, les quatre mille
ans se sont écoulés et le Messie n'est pas venu. »
Là-dessus, il lut au traité Berakhot du Talmud de Jérusalem (5a),
la légende suivante : « 11 arriva à un juif qui était en train de
labourer qu'un de ses bœufs mugit, au moment même où un
arabe passait par là, et celui-ci, en entendant mugir le bœuf, parla
au juif de cette manière : 0 juif, fils de juif! ôte le joug de tes
bœufs et cesse de travailler, parce qu'on détruit votre Temple. Et
comme le bœuf mugissait une seconde fois, l'arabe dit : 0 juif,
attelle de nouveau tes bœufs à la charrue et continue à travailler,
parce que votre Messie est né. Le juif, en entendant une si heu-
reuse nouvelle, demanda plein de joie à son interlocuteur : Et où
donc est-il? L'arabe répondit : A Bethléem de Juda. »
R. Todros déclara renoncer à faire d'une légende fabuleuse
l'objet d'une plus longue discussion.
Cependant, Rabbi Astruc ha-Lévi d'Alcaniz attesta la véridicité
de la citation ; il déroula un vieux parchemin dont il lut la conclu-
sion : « Le juif qui labourait se mit à vendre des chaussures
d'enfant pour pouvoir découvrir par ce moyen quelle était la mère
du Messie. » La-dessus il fixa à vrai dire la naissance du Messie à
ce jour-là, mais sans admettre que ce dernier se fût encore mani-
festé au monde.
Alors le pape lui demanda : « S'il est vrai que le Messie est né
et n'est pas venu, où donc est il? »
Le rabbin lui répondit : « A Rome selon les uns et au paradis
terrestre selon les autres, mais bien que ces paroles, prises à la
lettre, disent que le Messie est venu et qu'il est à Rome, néanmoins
elles ont une autre signification. »
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 87
A la demande spéciale du pape d'avoir à indiquer le sens de ces
paroles, R. Àstruc ajouta : « Les juifs espéraient que le Messie
viendrait, non pas pour sauver leurs âmes, puisqu'alors môme que
le Messie ne devrait jamais venir, elles n'ont pas à être sauvées,
mais uniquement pour les combler de richesses temporelles et
délivrer leurs corps de l'esclavage où ils sont. »
A la question posée ^aux autres délégués pour savoir si l'inter-
prétation de R. Astruc leur paraissait exacte, R. Matathia et
R. Joseph Albo répondirent affirmativement, tandis que d'autres
s'y déclarèrent opposés.
Rabbi Salomon Isaac soutint ensuite que le mot nolad (il est né)
s'applique ici à une naissance non pas réelle, mais imaginaire1.
5. — Dans la cinquième séance, du 11 février 1413, jour de
sabbat, Jérôme posa aux Juifs trois questions, savoir : 1° puisque
le Messie est né, pourquoi ne s'est-il pas manifesté ? 2° quel jour
est-il né? 3° pourquoi est-il né si tôt?
R. Matatias fit cette réponse : « Le Messie, qui était déjà né,
était à Rome ou au paradis terrestre ; les péchés du peuple ont
été la cause qui l'a empêché de se manifester. Le jour même que
le Temple fut détruit, le Messie naquit et il naquit ce jour-là parce
que, au moment où l'homme reçoit une blessure, il a besoin du
médecin ou du chirurgien pour qu'il le guérisse. »
Jérôme répliqua : « Le chirurgien ne servirait de rien au blessé
s'il ne s'exerçait dans l'art de la chirurgie et ne donnait pas des
soins au malade; d'où l'on déduit que le Messie qui venait guérir
le genre humain, lequel était blessé à mort, dut se manifester et
s'exercer à relever l'homme déchu. »
Rabbi Astruc convint alors qu'il ne pouvait plus rien répondre
à cela.
6. — Dans la sixième séance, du 13 février 1413, Jérôme pré-
senta la prophétie de Jacob (Genèse, xlix, 10) :
Et bien qu'ils aient publiquement reconnu comme il est dit plus haut
que le Messie était né et avait été manifesté, cependant, pour que la
lumière luise plus clairement pour lesdits Juifs, j'essaierai de prouver
par d'autres autorités que le Messie est venu et en particulier par une
1. Dans le Vikouah Tortosa, ce sont aussi là les paroles du maître Salomon
Maïmon de Tortose. Dans le Chébet Yehouda, au lieu de t73"l"l "iaU3"in?3 iriN»
il faudrait donc plutôt lire "'NlDli:T,L3 *,3\2Jin?a THN-
88 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES
certaine prophétie dite parle patriarche Jacob à son fils Juda et écrite au
xlixc chapitre de la Genèse, verset 10. Elle est ainsi conçue : « Le sceptre
ne sera pas ôté de Juda, ni le chef sortant de sa race jusqu'à ce que
vienne celui qui doit être envoyé. »
Là-dessus il ajouta une preuve tirée du Bereschit Rabba de
R. Moïse Hadarschan {Pugio, p. 812) : « Quarante ans avant la
destruction du Temple, les Juges du gazit demeurèrent privés du
pouvoir qu'ils détenaient auparavant dans les causes criminelles. »
Un rabbin (R. Ramon) dit, commentant ce passage, qu'en ce
temps-là les soixante-dix juges qui composaient le Sanhédrin et
les anciens d'Israël, la barbe coupée, vêtus de sacs, sortirent dans
la rue en criant: «Hélas! malheureux que nous sommes! Pourquoi
le sceptre de Juda nous est-il ôté, alors que le fils de David n'est
pas encore venu? » Passage d'où Santa-Fe déduisit que le Messie
était venu et que c'était Jésus-Christ, puisque quarante ans avant
la destruction du Temple la passion de notre Sauveur eut lieu.
R. Astruc intervint ce jour-là, « alléguant des gloses et inter-
prétant la paraphrase chaldaïque d'Onkelos », ce que le Chébet
Yehouda rapporte également.
(A suivre.) Ad. Posnanski.
NOTES ET MÉLANGES
UN HYMNE HÉBRÉO-GREC
Parmi les artifices de versification dont les poètes ont usé de
tout temps pour donnera leurs compositions une forme attrayante,
il y a remploi des vers polyglottes, dont l'historique est encore à
faire. Quel que soit le mobile auquel les auteurs de ces composi-
tions hybrides ont obéi, ostentation linguistique, passion pour les
jeux d'esprit ou désir de rehausser, aux yeux du destinataire, la
valeur de leur hommage poétique, nous en avons de nombreux
exemples dans différentes contrées et à diverses époques. Sans
prétendre épuiser la matière, qu'il nous suffise d'en signaler
quelques-uns par ordre chronologique :
Le premier de ces tours de force littéraires dont l'histoire ait
gardé le souvenir est attribué à Samuel Ha-Naghid ou Ibn-Nagréla
de Grenade (993-1055), qui aurait dédié à Habous, roi des Ber-
bères, dont il était le vizir, un poème en sept langues.
Plus heureuses que ce poème, qui est perdu, sont les produc-
tions de Juda Halévi (1085-1140?), de Tolède, en hébreu et en
arabe, qui figurent dans son Dîwan, édité par M. H. Brody à Berlin
(t. I, 1895, p. 144-201, et III, 1903, p. 322-326).
Juda Alharizi, poète et voyageur espagnol du treizième siècle,
nous a laissé dans son Tahkémoni (ch. xi) une Qacîdah, dans
laquelle l'hébreu et l'araméen se partagent les deux hémistiches
de chaque strophe.
Dans un autre milieu et avec une mentalité différente de celle
des trois versificateurs précédents, voici un poète mystique
musulman, Sultan Veled Behà-ud-Dîn Ahmed (1226-1312), de
90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Qonya (Asie Mineure), qui, dans son Rebâb-Nâmeh, célèbre
mesnevi ou poème turc, a inséré trente-deux couplets en grec '.
Cette série est dignement close, comme elle a commencé, par le
Ghazel heptaglotte d'Aboû-Ishaq Hallâdj de Chirâz (mort en 1424
ou 1427), qui a été publié et commenté par M. Cl. Huart (Journal
Asiatique, novembre-décembre 1914, p. 629 et suiv.).
Frère cadet dans ce groupe et d'un souffle lyrique moins fort
que les autres est l'hymne bilingue que je présente ici, avec tra-
duction complète des stances et transcription de la partie grecque.
M. David H. Lévi, de Janina, qui me l'a envoyé en 1912, Ta accom-
pagné de cette note que je traduis de l'hébreu :
« Dans le recueil de poésies grecques, d'où cette pièce est tirée,
on lit ce qui suit, en grec :
« -to-pb aa "^aasap^a ">p ■wrra o^ra-ia» *? *na
Transcription :
Elç touç 7cevTaxo<70uç 8Éxa o^xco ttou vjjxetç |X£xpa[J.£.
ASàp xaï MàpTiç slxouve xat lxà£a|A£ va 7tioiï|X£.
Traduction :
« En (l'an) 518 que nous comptons (au mois de) Adar et (= c'est-
à-dire) Mars, c'était (la date) de notre séance pour boire (du vin en
pique-nique). »
L'auteur de l'hymne, qui probablement vivait en 5518 (= 1758),
date qui vient d'être indiquée, s'appelait Isaac Samuel, à en juger
par l'acrostiche des distiques hébraïques et, de plus, n'avait pas
d'enfants, puisqu'il en souhaite la naissance dans la troisième
stance. Voilà tout ce que l'on peut dire de la biographie du poète,
et voici son poème :
ittoip incarna iïï "prpos "pa o^âa "pE , vnan ym nrr nna 'n . 1
[^nan aa
(M'/jv à^iaeiç tyjv ^uy/jV p.ou o^ xbv xd<j[jt.ov va X^Tr)
(oco<r£(j.aç derman2) ïa»Tn oatt'Wi ,"jtta3 ^b» ,ïttm il ba
i. Gibb, History of ot. Poetry, I, 152-157, et G. Salemaon, Die Seldjukischen
Verse, Pétrograd, 1891, p. 240 suiv.
2. Mot turc.
NOTES ET MÉLANGES 91
id iy»« i«\s KïWtniB vttwa wxbiN , nw» van ba ^aiNit» pi^Ei n* . 2
[ifcObWPtt
(ô'Xa xà yu> 7reoa(7jX£va, i'va sivat tzov jie ^aXvàï.)
."m in b«
vj iToonp "puma ifisn "p^aa an , ÊOa^p bi» ania ia»nai ^ori .3
(otà vàjxSev yaÔY) o^ xbv x6ff|xo xb Si'xo [xou xb ovo^a.)
."i^n in bs
nu i^n nrci noipn it3D raTi , rrbDNJa ynattn irp&raa "pnmp .4
(Oéfxou 'axo otxo aou yépïj elvs rà xpia xà xXetSià.)
."•ai/n ba
iutib nu nibp vû "pa "iuiu ,rwm ris nnnsi mp* bipb nmù .5
[netû-in 173 nop^np vu N3
(Touxo elv(e) xb xXeiSi xb ^pcoxo va xb xpa£a> (Jt-é ovofxa.)
."m in ba
\rr*p irjo dn?3 oTrnâ in ,rjarun yw)& dn isb nnsn ■pamaS .6
[nais iJ3 lainiM oita
(Al êpo/èç [xaç 'crrbv xaipbv xouç và/pôouve Ïiai3 T3.)
."i3i ti bN
o^uiÊns in «b cnnNp ,ûainnap nN nnDN D^nttn mnn i^nï .7
2 [usa in» Tin nN
(Ka6a>; Xéyet 6 7cpo^TY|ç ûaa 'jnN TTH riN.)
."131 in bN
nia» "p n^sntin iu ma l'âTttip id , imnnai nioxm ha fTaîWa ^n . 8
[irpnN nu N3
(7TOu xaxéêv) 6/ xà oùpavià 8ev 'jx7copc5 va xà àpviôoo.)
."m in bN
wpudnp iDNini» "pu ibn i^in ,îribbrt -ittNii îaba» ^33>»b .9
[NiTnÊpb
(6é (/.ou àrco ttjv (/.epià <rou xapXÊpoujxe Xeuôeptà.)
• iNtnn onïï ion ,173nd ^btt , "pan-i in bN
1. Voir Yalkout, xvi, sur I Rois, xvn.
2. Ezéch., xxxvn, 12-14.
92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Traduction :
1. 0 Eternel, tu sais, mon désir t'est présent :
. Ne permets pas que mon âme disparaisse du monde !
(Refrain) Dieu vivant (et) clément, Roi fidèle, accorde-nous un remède !
2. Angoisse et détresse m'ont atteint toute ma vie, depuis ma jeunesse.
Je les ai toutes traversées : il en est une qui cause ma perte.
Dieu vivant, etc.
3. Que ta miséricorde me console par une postérité durable,
Afin que mon nom ne périsse pas du monde !
Dieu vivant, etc.
4. Je t'ai invoqué des profondeurs et de la terre des ténèbres,
Mon Dieu, en ton pouvoir sont les trois clefs.
Dieu vivant, etc.
5 . Tu as exaucé la voix de la (fem me) stérile et tu as fécondé sa matrice,
Voilà la première clef que je sollicite nominalement.
Dieu vivant, etc.
6. De ton ciel, ouvre-nous ton trésor précieux,
Que nos pluies viennent à temps, les eaux généreuses !
Dieu vivant, etc.
7. Et à l'époque de la résurrection, j'ouvrirai vos tombeaux,
Ainsi que dit le prophète : Je mettrai mon esprit en vous.
Dieu vivant, etc.
8. Je crois en Dieu, en Moïse et en sa Loi :
Je ne pourrai pas nier qu'il est descendu du ciel.
Dieu vivant, etc.
9. Par égard pour toi-même, délivre-nous et nous dirons : Allélouia!
Mon Dieu, c'est de toi que nous attendons l'émancipation.
Dieu vivant (et) clément, Koi fidèle, accorde-nous un remède.
Abraham Danon.
NOTES ET MÉLANGES 93
PLACE DE DANIEL DANS LE CANON
D'APRÈS LES RABBINS
Tandis que le livre de Daniel est placé par la Septante et les
autres versions à la fin des Prophètes, le texte hébreu le met
parmi les Hagiographes. Il est généralement admis qu'il n'y a pas
trace dans la littérature rabbinique d'une autre localisation du
livre. J'ai l'impression cependant qu'au début de l'ère vulgaire, il
y avait une vive discussion à ce sujet, dont un écho nous parvient
dans le Talmud.
Dans un passage bien connu de Meguilla, 3 a, nous apprenons
que Jonathan ben Ouzziel, après avoir composé le Targoum des
Prophètes, entreprit une version analogue des Hagiographes. Le
Talmud ajoute qu'une voix céleste s'y opposa, parce que les
Hagiographes contiennent la détermination de l'âge messianique :
muîtt yp ïra m&n ûto» xnyu -^ ym ib rra&o bip na rtnarv
Ceci ne peut se rapporter qu'au livre de Daniel, à l'exclusion de
tout autre hagiographe. Il semble donc plus probable que Jonathan
b. Ouzziel avait l'intention d'adjoindre le livre de Daniel à ceux
des Prophètes et qu'il s'attira par là de la part de ses contem-
porains cette vive opposition qui ressort du texte talmudique. Ce
point de vue jette une nouvelle lumière sur la discussion ulté-
rieure rapportée dans la même page, où le Talmud s'efforce de
marquer la différence entre Daniel, qui n'était pas considéré
comme un prophète, et les prophètes contemporains Haggaï,
Zacharie et Malachie. Cette discussion semble en l'air et sans rap-
port avec ce qui précède. Mais si notre hypothèse est exacte, elle
est tout à fait à sa place et donne la raison de l'opposition faite à
Jonathan ben Ouzziel, corrélation qui n'était plus sentie par le
compilateur du Talmud. Car la tradition concernant le dessein de
Jonathan b. Ouzziel de traduire Daniel comme un des livres des
Prophètes a été par erreur considérée comme un projet de tra-
duction de tous les Hagiographes.
Bien entendu, on peut objecter que l'opposition à la traduction
des Hagiographes est attestée par ce fait que Rabban Gamliel
l'Ancien et son petit-fils après lui ont écarté un Targoum sur Job,
94 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES
comme nous rapprenons par la Tosefta Sabbat, XIII (XIV), 2,
éd. Zuckermandel, p. 128. Mais il n'est pas question de ce passage
de Jonathan b. Ouzziel, et il n'est pas invraisemblable que Rabban
Gamliel ait trouvé à redire à cette traduction pour certaines
raisons intrinsèques que nous ne pouvons même conjecturer,
tandis que le second LGamliel s'est conformé à l'avis de son
grand-père sans autre examen.
Notons incidemment que, dans les mots attribués à Jonathan
b. Ouzziel dans le passage précité : "•ro^b abus -pasb *rm "nba
mpnbntt na-p «bra Trw friMb «ba aa^ ma Tiaab abn wb*
barwa, seule l'expression ^mu)* 'piaab aba imu» "masb abtt)
peut être originale. Ce ne sont pas seulement les mots ma maab «bi
aaa qui se sont glissés là du texte bien connu de BabaMecia, 58 6,
comme l'a déjà remarqué Bâcher1, mais aussi la phrase abta
b&niu^a mpibrra 13T, qui ne peut s'employer que par rapport à des
divergences d'ordre légal comme dans les cas cités par Bâcher.
A propos du Targoum sur les Prophètes, cette expression n'a pas
de raison d'être.
Alexander Marx.
1. Aggada der Tamiaïten*, p. 20-21, n. 4.
BIBLIOGRAPHIE
REVDE BIBLIOGRAPHIQUE
ANNÉES 1920-1922
i. Livres.
Abraham (Aron). Die Schiffsterminologie des A. T. Kulturgeschichtlich
und etymologisch untersucht (Dissert.), Berne, 1920, 58 p.
Allé vi (Luigi). La proprietà in Israele (extrait de la Rassegna Nazioîiale),
Rome ; in-8° de 13 p.
Auerbach (Elias). Die Prophétie. Berlin, jùd. Verlag, 1920 : in-8° de 124 p.
Ball (G. J.). The book of Job. A revised text and version. Londres, 1922,
Oxf. Univ. Pr. ; in-8° de 486 p.
Bamberger (Selig). Raschi's Kommentar zum Pentateuch... ins Deutsche
iibertragen. Hambourg, G. Kramer, 1922; in-8° de vin -\- 541 p.
Bauer (H.) et Leander (P.). Historischê Grammatik der hebrâischen Sprache
des A. Testamentes. T. I. Einleitung. Schriftlehre. Laut-und Formen-
lehre, fasc. 1 et 2, Halle, Niemeyer, 1918-1919, de xv + 272 et
iv + 273-512 p.
Bauer (Jules). Notre livre de prières. Paris, Durlacher (1921) ; in-8° de 71 p.
Expose, sous une forme populaire et attrayante, le contenu de la Tefilla, en
expliquant sou origine, sa composition, son esprit.
Bergstr'a'sser (G.). Hebràische Grammatik (29e éd. de la Grammaire de
Gesenius), mit Beitràgen von M. Lidzbarski. lre partie : Einleitung.
Schrift-und Lautlehre. Leipzig. 1918.
Breuer (Jos.). Die Piutim fur Rosch Haschana iïbersetzt u. erlâutert.
Francfort, Sanger et Friedberg ; in-8° de vin -f- 230 p.
Breuer (Jos.). Sepher Jecheskel. Das Buch Jecheskel i'ibers. u. erkl.,
Francfort, Sanger, 1921 ; in-8° de x -f- 412 p.
90 REVUE DES ETUDES JUIVES
Bernfeld (Simon). Die judisehe Literatur. I Teil. Bibel, Apokryphen u.
jùdisch-hellenistisches Schrifttum. Berlin, jiïdischer Verlag, 1921; in-8°
de 194 p.
Ce petit manuel, dépouillé à dessein de notes d'érudition, donne, avec
clarté et concision, une introduction à la littérature juive des époques biblique
et postbiblique jusqu'à Josèpbe. Pour la Bible, l'auteur résume les conclusions
qu'il a déjà proposées dans des articles de revues hébraïques, chapitres d'un
grand ouvrage en hébreu en préparation sous le titre de Héker kitbé hako-
desch. L'auteur adopte les conclusions les plus radicales de la critique
moderne, non sans les avoir soumises à un examen personnel. Il a tendauce
à opter pour les datations les plus récentes, et montre une assurance bien
tranchante en ces matières. C'est ainsi que, pour M. B., il n'est pas douteux
que les dix cornes mentionnées au cb. vu de Daniel désignent les dix Césars
romains de César à Vespasien. Le morceau serait dû à un juif du Ier siècle
exhortant ses frères pendant le siège de Jérusalem par les Romains !
Bloch (Chajim). Die Gemeinde der Chassidim. Berlin-Vienne, B. Harz, 1920 ;
in-12 de 352 p.^
Bloch (Chajim). Talmudiscbe Weisheit, altjùdische Wechselgesprâche.
Eine Auswahl fur die jiidische Jugend, Vienne, 1921, Verlag « das
Leben » ; in-16 de 44 p.
Browne (Lawrence E.). Early Judaism. Cambridge, Univ. Press, 1920 ;
in-16 de xiv -f- 234 p.
Buttenwieser (Moritz). The Book of Job. New-York, 1922, Macmillan ; in-8°
de xix + 370 p.
Gansinos-Assens (R.). Las bellezas del Talmud. Prôlogo, seleccion y tra-
ducciôn. Madrid, I. Pueyo, 266 p.
Cohen (A.). The babylonian Talmud Tractate Berâkhôt, with Introd., Gom-
mentary, Glossary and indices. Cambridge, Univ. Press ; in-8° de
xl + 460 p.
Excellente édition, qui répond aux exigences de la critique et de la philologie
modernes.
Cohen (Hermann). Die Religion der Vernunft aus den Quellen des
Judentums. Leipzig, G. Fock, 1919 ; in-8° de vi + 629 p.
Cruveilhier (P.). Les principaux résultats des nouvelles fouilles de Suze.
Paris, P. Geuthner, 1921 ; in-16 de ix + 154 p.
V. p. 48 et suiv., la comparaison du nouveau poème du juste souffrant
avec Job.
Delitzsch (Friedrich). Die grosse Tâuschung, Stuttgart u. Berlin, Deutsche
Verlags-Anstalt, 1920, in-16 de 150 p. Zweiter (Schluss =) Teil. Fort-
gesetzte kritische Betrachtungen zum Alten Testament, yornehmlich
den Prophetenschriften u. Psalmen, nebst Schlussfolgerungen, Ibid.,
1921 ; in-16 de 123 p.
Devine (M.). The Story of Job. Londres, Macmillan, 1922, in 8° de 312 p.
Dorison (L.) et Berman (D.). La Jérusalem des philosophes. Versailles,
publ. de « La Diane », 1922 ; in-8° de 58 p.
BIBLIOGRAPHIE 97
Driver (S. R.) et Gray (G. 13.). A cri ti cal and exegetical Commentary on
t lie book of Job, together with a new translation. Edinbourg, Clark,
19-21 ; in-8° de lxxviii, 376 + 300 p.
Duhr ;B.). Der Dckalog die Grundlage dcr Kultur. Fribourg-en-B.,
Herder, 31 p.
Dussaud (René), (antique des Cantiques. Essai de reconstitution des
sources du poème attribué à Salomon. Paris, Leroux, 1919; in-lG
de 128 p.
Ehrbnrbich (H. J.). nviyn "pa b«W\ Cens. Rom. Gruescu, Cluj., 1920;
in-8° de 24 p.
Eichrodt (Walter). Die Hoffnung des ewigen Friedens im alten Israël. Ein
Beitrag zu der Frage nach der israelitischen Eschatologie. Gutersloh,
Bertelsmann, 1920; in-8° de 196 p
Enelow (H. G.). A jewish view of Jésus. New-York, Macmillan, 1920 ;
in-12 de 181 p.
Ei'stein (J. N.). Notes on post-Talmudic-Aramaic Lexicography (extrait
de la Jewish Quart erly Review, t. XII, n° 3, p. 299-390). Philadelphie,
Dropsie Collège, 1922.
Flanter (E.). Im Strahlenglanz der Menorah. Ein neues Chanukkabuch.
Berlin, Lamm., 1920, 59 p.
Fleg (Edmond). Ecoute, Israël. Paris, Crès, 1921 ; in-16 de 244 p.
Sous ce titre, l'auteur avait publié déjà, en 1913, aux Cahiers de la Quin-
zaine, un premier recueil de poèmes juifs fort originaux, en vers libres,
puisant leur inspiration à la fois dans la Bible et dans le trésor de l'Agada. Ce
recueil reucontra le plus vif succès et fut promptement épuisé. Notre collabo-
rateur M. Liber a montré ici même, dans un pénétrant compte rendu [Revue,
t. LXVII, p. 308) le mérite singulier de ces compositions faites pour captiver
tous les fervents de poésie, mais d'une saveur particulière pour les lecteurs
familiers avec les Midraschim. Depuis 1913, M. Fleg avait donné, sous
l'influence des événements de la guerre, le Mur des Pleurs et le Psaume de la
Terre promise. Le présent volume est plus qu'une réédition du premier
recueil. De nouveaux poèmes sont venus l'enrichir, parmi lesquels on goûtera
particulièrement des morceaux tels que «la Victoire de Sliimmsbonn »,« le Rêve
de David», «la Vallée des Prophètes». « Ecoute, Israël » devient le titre général
de tout un cycle, qui comprendra sept livres de poèmes en vers et eu prose,
de contes, fables, romans, dialogues et drames, sous l'invocation des sept
grandes fêtes juives. 11 y aura, outre le livre de la Pàque et celui des Semaines
(contenus dans le présent volume), le livre de l'An nouveau, du Grand Jeûne,
des Cabanes, des Sorts, du Sabbat. On demandera peut-être pourquoi choisir
Pourim plutôt que Hanoucca. Mais il ne faut pas trop cbercher chicane à la
libre fantaisie d'un poète. Les livres promis ne tromperont pas, en tout cas,
l'attente du public mis en goût par ces heureuses prémices d'une véritable
« Légende dorée » du Judaïsme.
Fuazer (James George). Adonis, Etude de religions orientales comparées,
traduction française par Lady Frazer (t. XXIX de la Bibliothèque d'Etudes
du Musée Gnimet). Paris, P. Geuthner, 1921 ; in-8° de vu -\~ 312 p.
T. LXXV. V 149. 1
98 REVUE DES ETUDES JUIVES
Giesebrecht (Fr.). Die Grundziige der israelitischen fteligionsgeschichte,
3e éd. (préparée par Bertholel). Leipzig, Teubner ; in-12 de 128 p.
Gottsberger (Jolis). Die Gôttliche Weisheit als Persônlichkeit im Alten
Testament. Munster, Aschendorff, in-8° de 79 p.
Gunkel (Hermann). Das Mârchen im Alten Testament, Tiïbingen, Mohr,
1921 ; in-16 de 179 p.
Gùnzig (J.). Die « Wundermanncr » im jûdischen Volke. Ihr Lebcn u.
Treiben. Anvers, Déplace, 1921 ; in-8° de 140 p.
Hennessy (I. H.). Joël, Obadia, Jonah and Malachi. Cambridge, Univ. Press,
1919, in-8° de 124 p.
Horton (R. T.). The book of Proverbs. Londres, Hodder, 1920; in-8° de
418 p.
Husik (Isaac). A History of mediaeval jewish Philosophy. New-York,
Macmillan C°, 1918 ; in-8° de l + 462 p.
L'auteur a voulu par ce manuel combler une lacune : malgré bien des
travaux en toute langue sur la philosophie juive médiévale, il manquait aux
étudiants et, en général, aux lecteurs non spécialistes, un exposé complet,
mais clair et succinct, de ce mouvement d'idées. L'ouvrage de Neumark, dont
deux volumes ont paru, est trop considérable et d'ailleurs loin d'être achevé.
Le Daal Elohim de S. Bernfeld répond assez bien aux besoins, mais ne peut
rendre de service qu'aux hébraïsants. Sous les auspices de la Jewish Publi-
cation Society, M. Husik nous donne donc une histoire de la philosophie
juive au moyen âge. Ce titre appelle deux réserves. La première est faite par
l'auteur même. Il entend par philosophie juive le rationalisme, à l'exclusion
de la Cabbale et des théories du mysticisme, qui restent en dehors de son
exposé. La seconde, c'est que le livre de M. Husik est moins une histoire pro-
prement dite, — elle est esquissée toutefois dans l'introduction, — qu'une
série chronologique de monographies sur les principaux théologiens tant
Caraïtes que Rahbanites qui se sont adonnés à la philosophie religieuse.
L'auteur étudie tour à tour Isaac Israeli, David b. Merwan al Mukammaç,
Saadia, Joseph Al-Basir et Ieschoua b. Yehouda, Gabirol, Bachia, et Pseudo-
Bachia, Abraham bar Hiyya, Joseph Ibn Çaddik, Juda Halévi, Moïse et
Abraham lbn Ezra, Abraham Ibn Daond, Maïmonide, Hillel b. Samuel, Lévi
b. Gerson, Aaron b. Elie de Nicomédie, Crescas et Albo, en somme tout le
mouvement rationaliste depuis le ixe siècle en Babylonie jusqu'à son déclin
en Espagne et dans le sud de la France au xve siècle. Soucieux surtout de
vulgarisation, l'auteur s'est interdit l'appareil d'érudition, les citations
hébraïques ou arabes. L'exposition est néanmoins d'un savant qui possède
bien les sources originales. Une bonne bibliographie (ajouter aux études sur
Ibn Gabirol l'article de M. Loexvé sur sa Physique, Revue, XXXV, 161), des
notes et un index complètent ce consciencieux et utile manuel.
Jacobi (W.). Die Ekstase der Alttestamentlichen Propheten. Munich-
Wiesbaden, J.-F. Bergmann, 1920; in-8° de 62 p.
Jastrow (M.). The book of Job. Philadelphie, Lippincott, 1920 ; in-8°
de 369 p.
Jastrow (M.). The Song of Songs. Londres. Lippincott, 1922 ; in-8° de 246 p.
BIBLIOGRAPHIE 99
Kip (A.-L.), The prophecies of Daniel. New-York, Knickerbockcr, 1919;
in-8° de m + 244 P-
Kittkl (Rudolf). Die Religion des Volkes Israels. Leipzig, Quelle et Mayer,
192* ; in-8° de mi +• 210 p.
Kladsnir (Joseph). Geschichtc der neuhabraischen Literatur. Deutsch
tierausgegeben von Hans Kohn. Berlin, Jud. Verlag, 1921 ; in-12 de
94 p.
Kohler (K.). Jewish Theology systematically and historically eonsidered.
New-York, Macmiilan, 1918 ; in-8° de xiv + 505 p.
Kohler (L.). Amos, der alteste Schriftprophet. Zurich, Rascher, 1920; in-8°
de 51 p.
Kônig (Eduard). Genesis. Giitersloh, C. Bertelmann, 1919 ; in-8° de
vm -L- 784 p.
Ku.nk; (Eduard). Wie weit hat Delitzsch recht ? Berlin, Schwetschke
u. Sohn, 1921 ; in-8° de 39 p.
Kômg (Eduard). Théologie des Alten Testaments. Stuttgart, Ch. Belser,
1922 ; in-8° de vm + 348 p.
Krauss (Samuel). Vier Jahrtausende jùdischen Palastinas. Francfort,
J. Kauft'mann, 1922; in-8° de 175 p.
Lambert (M.). Le groupement des langues sémitiques (Bibliothèque de l'Ecole
des Hautes-Études, Sciences historiques et philologiques, 230« fasc,
p. 51-60). Paris, Champion, 1921 ; in-8°.
Landesdorfer (Simon). Die Bibel u. die sudarabische Altertumsforschung,
Munster, Aschendorff, 1920, 72 p.
Lewin (Benjamin). Voir Scherira Gaon.
Laqueur (Richard). Der judische Historiker Flavius Josephus. Ein Bio-
graphischer Versuch auf nouer quellenkritischer Grundlage. Giessen,
Otto Kindt, 1920 ; in-8 de vin -f- 280 p.
Lichtenstelx (Max). Das Wort nefesch in der Bibel. Eine Untersuchung
uber die historischen Grundlagen der Anschauung von der Seele u.
die Entwickelung der Bedeutung des Wortes nefesch. Berlin, Mayer et
Millier, 1920 ; in 8U de iv -f 100 p.
Lipman (Cl Armand). Les origines juives de TOraison dominicale ou Pater
Noster avec une introduction par Maurice Vernes. Paris, Fischbacher,
1921 ; in-8° de 46 p.
Meffkrt (Franz). Israël und der alte Orient. M. Gladbach, Volksverein-
Verlag, 2d éd., 1921 ; in-8° de 282 p.
Melamed (Raphaël liai). The Targurn to Canticles according to six Yemen
Mss. compared with the « Textus receptus ». Philadelphie, 1921 ; in-8°
de 117 p.
100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Menahem B. Salomon. ÎTVrQft rna (Le Commentaire de R. Menahem b.
Salomon (Meiri), de Perpignan (xme s.), sur le traité yebamot. Edité,
d'après l'édition de Saloniqne, 1794, avec notes par Ch. Albeck). Berlin,
H. Itzkowski, 1922 ; in-8° de vin + 465 p. -f- errata
Modona (Aldo Neppi). La vita pubblica c privata degli Ebrei in Egitto nell
età ellenistica e romana (estratto da Egyplus, rivista italiana di egitto-
logia e di papirologia, ann. II (1921), p. 253-275 e III (1922), p. 19-43).
Milan ; in-8°.
Dans cet article bien documenté qui utilise tous les renseignements fournis
jusqu'à ce jour par les littératures anciennes, l'épigraphie, la papyrologie,
l'auteur brosse un tableau très animé de la vie juive en Egypte, à l'époque
hellénistique et romaine. 11 étudie tour à tour l'histoire de l'immigration et
de l'établissement des communautés juives, leur statut juridique, la constitution
intérieure des synagogues, les relations avec les souverains, les courants reli-
gieux, les impôts, le service militaire, les charges publiques et privées, les
commerces et métiers, les contrats, les classes sociales, l'onomastique. On eût
attendu aussi un exposé de la vie intellectuelle des Juifs en Egypte. Mais
l'auteur passe rapidement sur cette question, qui a été souvent traitée.
Montefiore (Cl. G.). Libéral Judaism and Hellenism, and other Essays.
Londres, Macmillan, 1918.
Montgomery (James A.). The opportunity for American archeological
Research in Palestine (from the Smithsonian Report for 1919, p. 433-441,
avec 3 planches). Washington, Government printing Office, 1921, in-8°.
Mowinckel (Dr Sigmund). Der Knecht Jahwâs, Giessen, Tôpelmann, 1921 ;
in-8° de 69 p.
Mlïller (Ernst). Der Sohar and Seine Lehre. Einleitung in die Gedan-
kenwelt der Kabbalah, Vienne-Berlin, R. Lôwit, 1920 ; in-8° de 83 p.
Naville (Edouard). La hante critique dans le Pentateuque. Réponse à
M. le Professeur Humbert. Paris et Neuchatel, Victor Attinger, 1921 ;
in-8° de 92 p.
Nielsen (Ditlef). Der dreieinige Gott in religionshistorischer Beleuchtung.
Gyldendalske boghandel-nordisk Forlag, 1922 (en dépôt à Paris, à la
librairie franco-scandinave F. Helms), tome I : Die Drei gôttliehen
Personen, avec 70 figures dans le texte ; in-8° de xv + 472 p.
Nirel (Jean) Die Pentateuchfrage (Biblische Zeitfragen, 10 Folge, Heft
1-3) Munster in W., Aschendorff, 1921 ; in-8° de 83 p.
Ossowski (S.), m fini m D^rwtt ^"ibn (Les différences de rites entre les
académies de Sora et de Poumbadita). Jérusalem, Heilprin, 1922 ; in-8°
de 35 p. (tir. à part de mnn).
Ossowski (S.), mnmrt nmpb Lekorot ha-rabbanout (Histoire du rabbinat
en Allemagne, Pologne et Lithuanie), tirage à part des Rechoumot,
Tel-Aviv, 1922 ; in-8° de 46 p.
Pieper (Aug.). Jesaias II. Commentai- ùber Is. 40-46. Milvvaukee, Northw.
Publ. House, 1919, in-8° de 40, lv + 681 p.
BIBLIOGRAPHIE 101
Plbssis [Joseph). Etude sur les textes concernant Istar-Astarté. Recherches
sur sa nature et son culte dans le monde sémitique et dans la Bible.
Paris, l\ Geuthner, 1921 ; in-8°, autographié, de iv -}- 301 p.
Recherche dans les documents assyro-bahyloniens les renseignements sus-
ceptibles d'éclairer les textes bibliques relatifs au culte d'Astarté. Etude bien
conduite qui met en relief ^ch. iv) l'attraction exercée en Israël, à certaines
époques, par le culte d'Istar-Astarté et la véhémente campagne des prophètes
contre une influence difficile à déraciner. De bons index complètent le livre.
Praetorius (F.). Die Gedichte des Deuterojesaias. Berlin, Reuther, 1922;
in-4* de v -f- 115 p.
Publications of the American Jewish historical Society, T. XXVIII, 1922 ;
in-8° dexu -f 377 p.
Contient les articles suivants :
D. Philipson : Moses Jacob Ezekiel [statuaire renommé, né en 1844, à
Richmond] ;
G. Deutsch : Heinrich Graetz the Historian : On the Centenary of bis Birth,
oct. 31 1917;
Max J. Kohler : Educational Reforms in Europe in their Relation to Jewish
Emancipation, 1778-1919 ;
H. Friedenwald : Jewish Physicians in Italy : Their Relation to the Papa,
and Italian States;
L. M. Friedman : Gabriel Milan, the Jewish Governor of St. Thomas;
H. Korn : Receipt Book of Judah and Moses M. Hays, 1763-1776.
Press (Jesaias). Paliistina und Sudsyrïen Reisehandbuch, mit vier Bildern
von E. M. Lilien, 3 Karten, S Plànen o. 2 Grundrissen, B. Harz, Jéru-
salem, Berlin, Vienne, éd. allemande, vin -j- 367 p.; le même ouvrage
en hébreu, 408 p.
Ces deux guides publiés sous les auspices de la Palestine Express Comp.,
sont composés avec soin et élégamment présentés. Ils rendront des services
aux visiteurs actuels de la Palestine qui y trouveront tous les renseignements
pratiques désirables.
Rathjens (Cari). Die Juden in Abessinien. Hambourg, W. Geute, 1921 ;
in-8° de 97 p.
Report of the Commission appointed by the Government of Palestine to
inquire into the affairs of the orthodox Patriarchate of Jérusalem by
the Commissioners Sir Anton Bertram and H. Charles Luke. Oxford,
Humphrey Milford, 1921 ; in-8° de vu -f 336 p.
Riggan (G. -G.). The song of the vineyard : a study of Isaiah's book, Boston,
Badger, 1920 ; in-8° de 67 p.
Rivli.n (Eliézer). Rabbi Samuel Abou-Hacira (hébr.), tirage à part de
Hatour, Jérusalem, I, Heilprin, 1922 ; in-16 de 20 p.
Rosenthal (L.). Ueber den Zusammenhang, die Quellen u. die Entstehung
der Mischna. Berlin, 1918.
Saadya. dhs mDTTû mm™ rrn» ïtw* izjbta «vro. Traduction
hébraïque du Commentaire de Saadya sur les treize règles d'interpré-
102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
tation par Nahum Ha-Katan, édité d'après un ms. d'Oxford par H.-J.
Ehrenreich, Cluj-Klausenbùrg, Kaufmann, 1922 ; in-8° de 24 p.
Sabsovich (Katharine). Adventures in Idealism. A personal record of the
life of Professor Sabsovich, New-York, privately printed, 1922; in-8° de
vin + 208 p. (avec illustrations).
Biographie du fondateur de la colonie et de l'école agricoles de Woodbine
(New-Jersey) (Baron de Hirsch-Fund).
Sanders (Frank-K.). 0. T. prophccy. New-York, Scribner, 1921 ; in-16
de vin + 102 p.
Scheil (V.). Recueil de Lois assyriennes. Texte assyrien en transcription
avec traduction française et index, Paris, P. Geuthner, 1921 ; in-4°del25p.
Premier déchiffrement d'un texte tiré des trois tablettes exhumées dans les
fouilles allemandes de Assur (Qalat Chergat) et éditées en fac-similé par
E. Schroder dans les Keilschrifl texte ans Assur verschiedenen Inhalts
(1920).
« On peut dire sans exagération, écrit le savant éditeur, que depuis la
trouvaille du Code de Hammurabi publié et traduit en 1902, rien de compa-
rable n'a été mis au jour en matière de législation antique. »
Scheftelowitz (I.). Die altpersische Religion u. das Judentum. Unter-
schiede, Ubereinstimmungen und gegenseitige Beeinflùssungen.Giessen,
A. ïôpelmann, 1920 ; in-8° de vm + 240 p.
Scherira Gaon. fiatt N"P"iiZ5 3"l m^N in der franzôsischen und spanischen
Version unter Benùtzung aller Handschriften mit erklarenden Noten,
herausgegeben von Benjamin Lewin. Haifa (Palastina), Selbstverlag
des Verfassers, 1921 ; in-8° de lxxii -j- 136 +32 + 8 p.
Edition du célèbre document qu'on peut qualifier de définitive.
Sellin (Ernst). Das Zwôlf prophetenbuch ùbers. u. erkl. (Kommentar
z. A. T. 12). Leipzig, Deichert ; in-8" de ix + 568 p.
Skinner (J.). The book of the Prophetlsaiah. Cambridge, University Press,
1915-1917 ; 2 vol. in-16 de lxxxv + 314 et lxxiv + 289 p.
Smith (Sir George Adam). The book of Deuteronomy. Cambridge, University
Press, 1918 ; in-16 de cxxn + 396 p.
Sola (Juan-M.). La profecia de Daniel. Lecciones Sacras. Barcelone, Gili,
1919 ; in-4° de xxvm + 722 p.
Szeruda (Johann). Das Wort Jahwes, Eine Untersuchung zur israelitisch-
jiidischen Religionsgeschichte, Lodz, Manitius, 1921 ; in-8° devin + 87 p.
Schaeffer (E.). Drei Hauptprobleme in der Auseinandersetzung zwischen
Judentum u. Christentum. Gutersloh, Bertelsmann ; in-8° de 68 p.
Tobac (Ed.). Les prophètes d'Israël. Etudes historiques et religieuses.
I, Lierre, 1919; in-8" de xvi + 312 p. ; II— I II : Isaïe, Jérémie, Ezechiel,
six petits Prophètes. Malines, Dessain, 1921 ; in-8" de in + 616 p.
Torczyner (H.). Das Buch Hiob. Eine kritische Analyse des ûberlieferten
Hiobtextes. Vienne, Lôwit, 1920 ; in-8° de îx + 343 p.
BIBLIOGRAPHIE 103
Volz (P.). Dcr Prophet Jeremia ùbcrs. n. crkl. (Komm. z. A. T., 10).
Leipzig, Deichert, l(.>-22; in-8° de lui -f- 445 p.
Wachsikin (Dr Bernhard). Zur Bibliographie der Gedàchtnis-und Trauer-
vortraege in der hebràischen Literatur, Vienne, Selbstverlag der Bibl.
dcr Israël. Kultusgemeinde, 1922 (avec titre hébraïque D"HDonîi nnstt);
in-8° de xvi -f- 72 p.
Wood (Percival). Moses the founder of préventive Medicine. Londres,
Soc. f. G. K., 1920 ;.in-8° de xi + 116 p.
Woskin-Nehartovi (M). Wl^b, livre de lectures hébraïques avec dessins
par R. Cliamizer. Leipzig, W. Kaufmann ; gr. in-8° de 107 p.
Zeitlin (Solomon). ïhe last days of Jérusalem (tir. à part du Jewish Forum,
avril 1918) ; in-8° de 12 p.
Zlocisti (Theodor). Moses Hess. Der Vorkâmper des Sozialismus und
Zionismus. Eine Biographie, 2e éd., Berlin, Welt, 1921 ; in-8°de 441 p.
Zorn (B-M.). Die Psalmen. Zwickau, Schriftenverein, 1921 ; in-8<> de
xn -f- 755 p.
2. Périodiques.
The American Journal of Semitic Languages and Literatures
(Chicago, trimestriel), t. XXXVII, no 1, janvier 1921. = = Charles C.
Torrey : The Chronicler's History of the Retnrn under Cyrus. — Th. J.
Meek : Some religions origins of the Hebrews. — Critical notes :
M. Sprengling : Daniel, in, 21-24. — J. Bloch : The printed texts of the
Peshitta Old Testament. — W. F. Albright : Ivory and apes of Ophir. —
H. C. Ackermann : The principle of differentiation between « The Word
of the Lord » and « the Angel of the Lord ». — I. W. Slotki : a Study
of ûsn. = = N° 2, avril 1921. = = Critical notes. I. M. Powis Smith :
Some textual suggestions : I. Micha n, 12; II. Hab., n, 17; III. Ezék.,
xx, 39. — D. H. Corley : Isidore in Iewry. = = N° 3, juillet 1921 == =
J. Morgenstern : The Elohist narrative in Exodus, ni, 1-15. — E. Day :
The réminiscences of the Psalter. — M. Seidel : A as an old plural
ending of the hebrew féminine noun [croit trouver dans la Bible des
vestiges d'un ancien pluriel des noms féminins en a, p. ex. Ex. i, 10 :
rranb» n:&npn "O], == T. XXXVIII, janvier 1922. == Ioshua Bloch :
A critical examination of the text of the Syriac Version of the Song of
Songs.
Biblica (Sous-titre : Commentarii edili a Pontificio Instituto Biblico).
Cette nouvelle revue, consacrée à l'Ancien et au Nouveau Testament,
paraît depuis le 15 janvier 1920, à Rome, à raison de quatre fascicules
par an. Elle publie des articles de fond (commentationes), des notes
(animadversiones), des bibliographies et des recensions. Les articles
104 REVUE DES ETUDES JUIVES
sont en latin, italien, français, anglais, espagnol. La connaissance des
articles de fond est facilitée par un sommaire rédigé en latin et placé
généralement en tête. Les listes bibliographiques sont très abondantes;
les périodiques d'un grand nombre de pays y sont dépouillés, ce qui
rendra grand service aux chercheurs. La position est, bien entendu,
celle de l'orthodoxie catholique. Mais les rédacteurs jouissent d'une
grande liberté dans la critique textuelle. Signalons les articles sui-
vants : Vol. I, 1920. Fasc. 1 : E. Power : A study of the hebrew expres-
sion « Wide of heart » sb atn. — Fasc. 2 : A. Fernandez : La Gritica
récente y el Pentateuco [admet l'utilisation de sources par Moïse ou ses
secrétaires, la possibilité d'insertions légères « salva substantialiter
authentia et integritate Pentateuchi »]. F. 3 : L. Heidet : Voyage de Saùl
à la recherche des ànesses de son père, 1 Sam., ix, 1-10, 14, (suite au
f. 4; fin, t. II, f. 3). — P. Joïion : Notes de morphologie. = = Vol. II,
1921. Fasc. 1 : A Kleber : The Chronology of 3 and 4 Kings and 2 Para-,
lipomenon (cum tabula chronologica) [Nouvel essai d'harmonisation
des chronologies bibliques et profanes et d'établissement d'une chrono-
logie continue] (suite fasc. 2). — P. Joùon : Sur le nom de « Qoheleth »
[l'homme de l'assemblée populaire]. — A. Fernandez : Jud., v, 12. —
A. Deimel: Sumer = n^DU:. — A. Vaccari : Su un preteso uso délia
particella 1. — F. 2 : A. Médebielle : Le symbolisme du sacrifice expia-
toire en Israël (fin au f. 3). — A. Fernandez : El profeta Ageo, n, 15-18,
y la fundacion del segundo Templo. — F. Zorell : Vaticinium messia-
num, Is., ix, 1-6 hebr. — A. Vaccari : Ez., vu, 23 [sur le sens du mot
pinn]. — P. Jouon : Notes de syntaxe hébraïque. — F. 3 : L. Murillo : El
« Israël de las promesas » o Judaismo y gentilismo en la concepcion
Paulina del Evangelio. — P. Joùon: Etudes de sémantique hébraïque.
— G. Lattey : A note on the.Misna: Passover, 7, 9s. —A. Vaccari:
ïlohç aceoex, Is., xix, 18. — F. Zorell : Davidis de Saùl et Jonathan
nenia. — F. 4 : A. Vaccari : Versioni arabe dei profeti. — A. Fernan-
dez : Epoca de la actividad de Esdras. = = Vol. III, 1922. F. 2 : A.
Fernandez : Aspetto morale de la conquista de Canaan. — H. Hôpfl :
Das Ghanukafest. — G. Meyer : Zur Entstehungsgeschichte des Bûches
Judith. — P. Joùon : Quelques hébraïsmes de syntaxe dans le premier
livre des Macchabées. — Ex. de Vaiv omis dans le texte Massorétique.
— F. 3 : A. Tricot : La prise d'Aï (Jos., vu, 1-8, 29). Notes de critique
textuelle et d'histoire biblique [conclut que le grec de ces chapitres
offre un meilleur texte que l'hébreu]. — E. Power: Sion or Si'on in
Psal., cxxxiii. — P. Joùon. Les temps dans Prov., xxxi, 10-31 [doivent
se traduire au passé ; il s'agirait de l'éloge d'une défunte].
The Jewish Quarterly Review, N. S., t. XI (Philadelphie, trimestriel),
1920-1921. No 1, juillet 1920. = = Gritical notices : J. Kohn : An expia-
nation of Abot, vi, 3. — H. Hirschfeld : The author of the Yigdal hymn.
— M. Hyamson : Husband's « Prosecution of Jésus ». — A. Marx :
BIBLIOGRAPHIE 105
Hebrew [ncunabula. — M J. Kohler : Wolfs notes on the « Diplomatie
history of the jewisli question ». = = Nn 2, octobre 1920. = =
I). Sassoon : Inscriptions in the Synagogue in Kai-Fung-Foo. —
K. Kohler : The Essenes and the apocalyptic Literature. — J. Z. Lauter-
back : The name of the Mekilta. — S. A Hirsch : Isaiah 14, 12
[~rro p b'mn désignerait le soleil]. = = N° 3, janvier 1921. = =
J. A. Montgomery : The religion of Flavius Josephus. — Cri ti cal notices :
L. Finkelstein : Récent hellenistic Literature. — S. N. Greenstone : The
Religion of Israël. — M. J. Kohler : Baron's « The jewish Question at
the Congress of Vienna. » = = N° 4, avril 1921. ===== i. Mann : I. The
last Geonim of Sara. II. A Fihrist of Sa adya's Works. III. Abraham b.
Nathan (Abn Ishâk Ibrahim b. 'Atta) Nagid of Kairowân. — J. Mann :
Addenda to « the Responsa of the Babylonian Geonim [as a source of
Jewish History ». — Critical Notices : J. Hoschander : Biblical Literature.
— S. S. Cohen : Jewish Medicine. — I. Davidson : Some notes to Mahzor
Yannaï. = = T. XII, 1921-1922, n° 1, juillet 1921. = = M. Vishnitzer.
A Jewish Diarist of the eighteenth Century [étude sur le ms. de Ber
Bolechower, conservé à la bibliothèque du Jew's Collège, et publié
parle Dr Brawer;'ce ms. renferme des renseignements variés sur la
condition intellectuelle et sociale des Juifs de Pologne au xvme s.]. —
I. Eitan : Light on the history of the hebrew Verb. — S. Daiches :
Exodus, v, 4-5. = = N° 2, octobre 1921. = = J. Mann : A polemical
work against Karaite and other Sectaries. — J. Reider : Récent biblical
Literature. — J. Kohn : A. Kohut. = = N° 3, janvier 1922. = =
J. Mann : A tract by an early Karaite settler in Jérusalem [Un des plus
anciens Caraïtes établis à Jérusalem invite ses coreligionnaires à l'y
rejoindre pour fonder une communauté et joint à cet appel des instruc-
tions de caractère théologique (fragment Bodl. 2776 5)]. — J. N. Epstein :
Notes on post-talmudic-aramaic Lexicography. — I. Davidson : A
hitherto unknown term in mediaeval Hebrew Prosody [le mot 11735
serait non un nom hébreu, mais un dérivatif de l'arabe djammara,
réunir, et indiquerait qu'une rime ou un couplet rassemble diverses
stances en un seul poème]. — J. Kohn : Oesterley's Sayings of the
Jewish Fathers. = = N° 4, avril 1922. = = B. Halper : Descriptive
Catalogue of Genizah Fragments in Philadelphia, (suite, i« juillet 1922).
J. Mann : Early Karaite Bible Commentaries. — Critical Notice :
I. M. Cazanowicz : Récent Works on the history of Religions.
The Journal of Palestine Oriental Society (Jérusalem, trimestriel),
T. I, N(,s 2-3 (1921). == W. F. Albright : A revision of Early Hebrew
Chronology. — A. Z.Itlelson : Hebrew Music with spécial référence to
the musical intonations in the Récital of Pentateuch. — E. J. H. Mackay :
Observation on a megalithic Building at Bet Sawir (Palestine). —
E. N. Haddad : Blood Revenge among the Arabs. — E. Ben Yehudah :
The Edomite Language. — C. C. Me Cown : Solomon and the Shula-
106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
mite. — J. P. Petcrs : Notes on Locality in the Psaltcr. — D. Yellin :
The Use on Ellipsis in « Second Isaiah » — F. M. Abel : La Maison
d'Abraham à Hébron. — S. Raff'aeli : A recently discovered Samaritan
Charm. = = T. II, N° 2 = = G. Orfali : La dernière période de l'histoire
de Capharnaùm. — L. Sukenik : The ancient City of Philoteria [Beth
Yerali). — VV. F. Albright : Palestine in the earliest historical Period.—
T. Canaan : Byzantine Caravan Hontes in the Negeb. — Tolkowsky :
Aphek. A study in Biblieal Topography [étude snr la bataille de l'arche
(I Sain., iv, 1) ; celle de Gilboa et celle entre Achab et Ren-Hadad].
Monatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Juden-
tums (Breslan, trimestriel) = = 64e année, Nos 1-3, janvier-mars 1920
— = M. Brann : Jacob Gntlmann [nécrologie dn président delà Gesell-
schaft znr Forderung der Wissenschaft des Judentums. Guttmann laisse
d'importantes études snr l'histoire de la théologie juive au moyen âge,
snr Abraham ibnDaond, Ibn Gabirol,Maïmonide,etc.,et snr les rapports
delà théologie juive avec la scolastiqne an xin9 siècle. Quelques-unes
de ces études, Guillaume d'Auvergne et la littérature juive, Alexandre
de Haies et le Judaïsme, ont paru dans notre Revue. Guttmann colla-
borait au Corpus tannaiticum et à la Germana judaica]. — I. Heine-
mann : Philonslehre vom heiligen Geist u. der intuitiven Erkenntnis
(fin, nos 4-6). — A. Sehwarz : Der Segan. — J. Cohn : Wesen u. Bedeu-
tung des Dagesch,insbesondere desDagesch euphonicum (suite, n°* 4-6).
— F, Babinger : Die hebraischen Sprachproben bei Ritter A. von
Harff. = = Nos 4-6, avril-juin = = M. Freudenthal : Die beiden Moses
[le Moïse biblique et Maïmonide]. — S. Klein : Zur Ortsnamenkunde
Palastinas {fin, noï 7-9). — M. Brann : Ans H. Graetzens Lehr-u. Wander-
jahren. IV. ===== Ns 7-9, juillet-septembre. = = H. Laible : Ethische
Streiflichter auf Fr. Delitzschs « Grosse Tauschung » (fin, nos 10-12). —
J. Jacobson : Die Stellung der Juden in den 1793 u. 1795 v. Preussen
erworbencn polnischen Provinzen zur Zeit der Besitznahme (suite,
nos 10-12, 1-3 (1921), 4-6; fin, n08 7-9). — V. Aptowitzer : Anteilnahme
der physichen Welt an den Schiksalen des Menschen (suite, nos 10-12,
1-3 (1921); fin, nos 4.0). = = Nos 10-12, octobre-décembre. = =
I. Elbogen : Marcus Brann [Nécrologie/Le Dr Brann, historien réputé,
avait ressuscité la Monatsschrift de concert avec Kaufmann en 1893.]
I. Heinemann : Jacob Guttmann. == 65e année, Nos 1-3, janvier-mars
1921. = = A. Lewkowitz : Hermann Cohen : Die Religion der Vernunft
ans den Quellen des Judentums. — A. Grotte : Die Beudetung der
Galilaischen Synagogen-Ausgrabungen fur die Wissenschaft. — Josef
Caro : Altenglische poetische Bearbeitungen der Bibel. — J. N. Epstein :
Randglossen zu dem Aufsatze von Klein « Zur Ortsnamenkunde Palas-
tinas. » =2= Nos 4-6, avril-juin : N. M. Nathan : Das Feldgebetbuch
fur die judischen Soldaten u. Matrosen in d. englischen Armée u.
Marine.— I. Scheftelowitz : Ein Beitrag zur Méthode der vergleichenden
BIBLIOGRAPHIE ' 107
Religionsforschung. — S. Poznan ski : Der Ramer Al-Muallim (oder al-
Melammed) Fâdhil u. seine Bearbeiter. = = Nos 7-9, juillet-septembre.
= = S. Levi : Das franzosisehe Feldgebetbuch. — Selma Stern : S. M.
Dubnows h Neneste Geschichte des judisehen Volkes ». — S. Krauss :
Die galilaischen Synagogenruinen u. die Halakha. — J. Mieses : Zur
hebraischen Sprachforschung [explication de Bâté Hannéfesck, Is., m,
18-20 (sorte d'amulettes), Kîdor, Job, xv, 24 (destruction), Hadourim,
Is., \lv, 2, Rosch kéleb, n Sam., m, 8]. — I. Low : DerRuss. —S.Klein :
'/ai A. Grottes « Synagogen-Ausgrabungen. »
Revue biblique internationale (Paris, trimestrielle), 30e année. =====
N° 3, juillet 1921. = = R. P. Dhorme. L'emploi métaphorique des
noms des parties du corps en hébreu et en akkadien {suite, nos des
1er oct. 1921 et 1er avril 1922). — Mélanges : Dom. D. De Bruyne :
Notes de philologie biblique. — R. P. Vincent : La Cité de David,
d'après les fouilles de 1913-1914 [analyse et critique de l'ouvrage de
notre collaborateur R. Weill]. — Chronique : R. P. Vincent : Vestiges
d'une synagogue antique à Yafa de Galilée. — Les fouilles juives d'El-
Hammam, à Tibériade. — Le Sanctuaire Juif d'Aïn-Douq. = = N° 4,
1er oct. 1921 . ===== II. P. Vincent : La Cité de David (fin). — De Bruyne :
Notes de philologie biblique. — R. P. Dhorme : La langue des Hittites.
— L. H. Vincent et B. Carrière : La Synagogue de Noarah ; les inscrip-
tions. = == 31e année. N° 1, janvier 1922. = = E. Podechard : Notes
sur les Psaumes. — Psaume xnx. — De Bruyne : Le texte grec des
deux premiers livres des Macchabées. — Mélanges : R. Savignac : La
région de Ain Qedis [le Cadès biblique]. — L. H. Vincent : L'année
archéologique 1921 en Palestine. == N° 3, juillet 1922. == Mélanges :
R. P. Vincent : Néby Sainouïl [confirme l'opinion déjà émise en 1892
par le P. Lagrange que cette montagne portait le sanctuaire de Gabaon,
étudie les textes bibliques qui s'y rapportent, et termine par la déter-
mination archéologique des ruines et l'évolution historique du site]. —
R. P. Dhorme : Le Désert de la Mer (Isaïe, xxi) [est le « Pays de la Mer»,
la Babylonie du Sud ; l'oracle d'Isaïe fait allusion à la campagne de
Sargon (710-709)]. — R. P. Abel : la Géographie Sacrée chez S. Cyrille
d'Alexandrie. — Chronique : J. Creten : La Pàque des Samaritains
[description du repas sacré des Samaritains, dont l'auteur a été le
témoin oculaire le 11 avril 1922].
Revue de l'histoire des Religions. ===== T. LXXIX, 1919, nos 1-3.
= = R. Dussaud : Des fouilles à entreprendre sur l'emplacement du
Temple de Jérusalem. = = T. LXXX, nos 4-5. = = P. Humbert : Les
métamorphoses de Samson ou l'empreinte israélite sur la légende de
Samson. == T. LXXXI, 1920, n° 3. = = A. Causse : Les Jardins
d'Elohim et la source de vie. Essai sur l'évolution du Mythe paradi-
siaque dans la littérature biblique.
108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Hazofeh (Revue trimestrielle en hébreu, dirigée par L. Blau, Budapest).
[Nous traduisons ou transcrivons en français les titres d'articles]. = =
T. V., 1921, fasc. 1 : M. Weiss : fragments de la Gueniza (suite, fasc. 3).
— M. Guttmann : Exégèse et midrasch (suite, fasc. 2). — S. Hevesi :
Etude sur le livre de Job (suite, fasc. 2, 3, 4). — I. Duschinski : Biogra-
phie de D. Oppenheimer (suite, fasc. 2, 3, t. VI, 1922, fasc. 1, 2). —
L Blau : Correspondance entre S. Rosenthal et Eizik Euchel. — J. Patay :
Miginzè Oxford (vie et œuvres du poète Meschoullan Da Piera (xme s.)
(suite, fasc. 2; fin, fasc. 3;. — I. Goldberger : Notes sur VOçar Israël
[suite, fasc. 2, 3, 4, t. VI, 1922, fasc. 1,2).== F. 2 : M. Klein et A.
Mullner : Rabad historien (fin, fasc. 3). = = F. 3 : J. Szper : Contribution
à l'étude de l'histoire des Juifs de Pologne. — S. Poznanski : mor-
ceaux de la Meguillat Setarim. — A. Marx : Maamar schenat hagueoula
[d'après un ms. du Séminaire de New-York]. — S. Krauss : Les noms
du Messie à l'époque des Gueonim. = = F. 4 : A. Marmorstein :
Kiddousch Yerakim de R. Pinhas [curieux texte qui révèle, pour la
première fois, un ouvrage du païtan Pinhas, peut-être disciple de Kalir,
dont le nom seul nous était connu par Saaclya; intéressant pour l'étude
des usages religieux des Juifs de Palestine au vuie siècle]. — J. Mann :
Perek reïot Yehezkel. — I. Grunwald : Contribution à l'étude du Hassi-
disme hongrois. = — T. VI, fasc. 1 : I. Mann : Pioutim de la prison
[œuvre de Abraham-ha-Coheo, palestinien mis en prison en Egypte
pour dette à un Caraïte, en 1024, et non de Joseph b. Abraham comme
l'avait cru M. Marmorstein], — J. Szper : La prononciation du Kameç
chez les rabbins du Talmud; les Dorschè Reschoumot et les Dorschè
hamourot. — A. Freimann : Contribution à l'histoire de Schabbataï
Cevi et de la Secte des Frankistes à Prague. — A. Marmorstein :
Supplément à mon article le Kiddousch Yerahim de R. Pinhas. —
I. M. Elbogen : Vestiges de rituels de l'Aboda de Kippour. —
M. Grossberg : L'Exilarque Isaac. = = Fasc. 2. : I. Davidson :
Piyoutim anciens. V. [grand fragment d'un poème philosophique
d'auteur inconnu, d'après un ms. du Brit. Muséum. Ce poème, dont
quelques expressions rappellent la manière de Salomon b. Gabirol,
est remarquable pour les idées et de forme curieuse. Il avait
vingt-deux « portes » de vingt vers chacune. La dernière consonne de
ces vingt vers est toujours la même en suivant l'ordre alphabétique
(alef dans la première porte, bèt dans la seconde, etc.). Il reste un peu
moins de la moitié de cette curieuse composition heureusement mise
au jour]. — J. Mann (en mémoire de S. Poznanski) : Un Responsum du
Gaon Samuel ben Eli de Bagdad (xne s.). — R. B. Lewin : Notes sur les
Réponses de Saadya à Hiwi al-Balkhi.
BIBL10GKAPII1K 109
3. Notes et extraits.
z Dans un article de la Revue d'histoire et de littérature religieuse
(t. VII, mars 1921), M. P. Roussel étudie quelques documents nouveaux
relatifs au culte de Sarapis. Dans ces documents provenant de papyrus
récemment publiés et qui paraissent dater du ue siècle apr. J.-C., il est
question des miracles produits par Sarapis L'un de ces miracles a lieu
lors d'un débat entre Juifs et Alexandrins devant Trajan. Voici, d'après
M. R., le contenu de ce curieux texte (Papyr. Oxyr., t. X, n° 1242),
qui s'apparente à la catégorie de ces procès dont les papyrus nous ont
conservé le récit, plaides devant les empereurs Claude, Hadrien,
Commode, où, dans deux cas au moins, la cause du procès consiste
dans u ne ri vali té entre Juifs et Alexandrins (cf. Revue, xxvn, 10; xxxi, 162) :
« Une ambassade juive et une ambassade alexandrine se présentent à
Rome devant l'empereur : les uns et les autres ont apporté avec eux
leurs dieux... (sans doute s'agit-il pour les Juifs, ainsi que le présume
M R., des rouleaux de la Loi). L'empereur, que sa femme Plotina a
disposé en faveur des Juifs, traite durement les ambassadeurs alexan-
drins : au cours de la deuxième séance, le débat s'envenime entre
Trajan et Hermaïskos l'Alexandrin, qui lui reproche de remplir le Sénat
de Juifs et d'être l'avocat de ces impies (àvôaioi). Alors se produit le
miracle : le buste de Sarapis, porté par les ambassadeurs, se couvre
de sueur ; à cette vue, l'empereur est frappé d'étonnement ; peu après
il y a dans Rome du tumulte, des cris et tous s'enfuient sur les
collines... » La suite est mutilée.
= Dans le n° de juillet-octobre 1921 de la Revue archéologique, M. Ch.
Bruston étudie, d'après le récent ouvrage de R. Eisler [Die Kenitischen
Weihinschriften der Hyksoszeit, Fribourg, 1919) « les plus vieilles
inscriptions chananéennes ». Les photographies données par Eisler,
plus nettes que celles du Journal of Egyptian Archaeology publiées
en 1916 par A. H. Gardiner, permettent une meilleure interprétation
de ces documents. L'écriture de ces textes, où il est question d'ex-votos
à Tunit, à Hathor, au Soleil, à Baalat, a révélé un alphabet dont les
formes archaïques attestent une date antérieure aux plus anciennes
inscriptions phéniciennes, hébraïques, moabites ou araméennes. Ces
textes remonteraient à 1.500 environ av. J.-C. Ce ne sont donc pas
les Phéniciens qui auraient inventé et propagé dans le bassin méditer-
ranéen l'alphabet de vingt-deux lettres.
: Dans le n° de juillet 1922, de la Revue des Sciences philosophiques et
théologiques, le P. A. Lemonnyer, dans une étude sur le « Messianisme
des Béatitudes», interprète ce texte célèbre comme « un acte essentiel-
110 REVUE DES ETUDES JUIVES
lement messianique en relation étroite avec l'Ancien Testament ». Les
héros des Béatitudes et leurs privilèges religieux viennent en droite
ligne « de ce centre vital de la foi israélite que sont les prophètes et
les psalmistes ». L'auteur de l'article appuie sa démonstration de
rapprochements pour chaque phrase des Béatitudes avec des textes
correspondants des Psaumes, d'Isaïe, etc.
= Sous le titre de Ginzc Kédem, le I)r B. Levin vient de commencer la
publication d'un périodique en hébreu consacré à la période des
Gueonim. Le premier fascicule du t. 1 (Haifa, 1922, in-8° de vi-f- HO p.)
contient des Teschoubot ou fragments de Teschoubot inédites ainsi que
des commentaires talmudiques dus à Haï Gaon, Scherira, Hananel. La
plupart des articles sont dus au savant éditeur de Ylgéret R. Scherira.
Nous souhaitons bon succès à la nouvelle Revue.
== La Société « Dwir », à Berlin, annonce la prochaine apparition d'un
périodique trimestriel en hébreu consacré à la science du Judaïsme.
Il contiendra des articles de philologie hébraïque et sémitique, des
études sur la littérature biblique, talmudique et la littérature juive en
général, sur l'histoire et l'archéologie palestinienne, la philosophie
religieuse, le droit juif, des bibliographies, etc. L'appel à la collabora-
tion des savants de tous pays est signé S. Elbogen, J. N. Epstein et
H. Torczyner.
= La maison d'édition Rimon, à Berlin, fera paraître sous ce nom une
revue hébraïque consacrée à la littérature, aux arts plastiques, à la
musique dans le passé et le présent. Une place particulière y sera
réservée à l'art juif. Directeur : le Dr M. Vichnitzer.
= Notre excellent collaborateur, le Dr Jacob Mann, a été nommé profes-
seur d'histoire et de littérature juive au Hebrew Union Collège de
Cincinnati, en remplacement du regretté Dr Gothard Deutsch.
Julien Weill.
BIBLIOGRAPHIE 111
Die Palaestina-Literatur. Fine internationale Bibliographie in systema-
tisclier Ordnung mit Auloren and Sachregister, lierausgegeben von Peter
Thomsen. Tome III. Leipzig, Hinrichs, 1916.
Le Dr Peter Thomsen, infatigable bibliographe et palestinologue, nous
donne le troisième volume de sa Bibliographie internationale de tous les
travaux parus sur la Palestine pendant les années 1910 à 1914.
L'idée d'une bibliographie internationale de la littérature sur la Pales-
tine n'est d'ailleurs pas nouvelle1. Le Dr Thomsen a eu comme devan-
ciers T. Tobler, R. Roericht, A. Socin, K.-G. Jacob et J. Benzinger. Les
essais et les expériences des autres lui ont permis de nous donner une
œuvre bibliographique parfaite.
Il était bien souhaitable, en effet, qu'on partageât le travail entre
plusieurs spécialistes. C'est ainsi qu'en ce qui concerne la littérature de
1910-1914, rauteur a eu la collaboration, pour la littérature russe, de
H. von Griegen ; pour la littérature hollandaise, de J. de Groot; pour la
littérature hébraïque et sioniste, de S. Klein et W. Zeitlin. H. Fischer a
été chargé de la littérature proprement géographique et de la car-
tographie.
Ce volume, qui nous permet de prendre connaissance de 4.200 travaux,
de valeur inégale, possède encore un autre mérite : il a paru pendant la
guerre. Avouons-le : c'était faire preuve d'une grande puissance d'abstrac-
tion que de publier, pendant la grande tuerie, une bibliographie interna-
tionale, et pour ainsi dire complète, de la littérature concernant la
Palestine.
D'autre part, nous ne pouvons que nous féliciter de ce que la Commis-
sion sioniste pour l'exploration de la Palestine et la Société pour l'en-
couragement de la science du judaïsme aient tenu à aider à la publi-
cation de cet ouvrage, si nécessaire à ceux qui s'occupent d'études
palestiniennes.
L'ordre des matières reste le même que celui du deuxième volume.
Une seule innovation : on a placé la géographie historique et la topo-
graphie (IV) entre l'archéologie (III) et la géographie (V). Ainsi est réa-
lisée, d'après l'auteur, la liaison nécessaire entre ces deux groupes.
Dans le volume que nous avons sous les yeux, on n'a pas tenu
compte seulement des publications qui touchent spécialement à la
Palestine. Les frontières de la bibliographie palestinienne ont été repor-
tées très loin. Ainsi la littérature sur la Syrie est très soigneusement
dépouillée. La littérature hébraïque est assez bien passée en revue, ainsi
que la littérature sioniste. Nous en sommes redevables à MM. S. Klein et
W. Zeitlin.
1. Les recueils bibliographiques de M. Thomsen commencent avec l'année 189o.
112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
L'auteur tient parfois à expliquer un titre ou à nous donner de
brèves indications sur la partie du livre qui nous intéresse spécialement.
Nous ne demandons pas mieux, et Ton eût même souhaité que la
bibliographie ne fût pas simplement une liste de noms d'auteurs et de
titres d'ouvrages. Même des notes critiques sur la valeur de chaque
numéro seraient tout à fait les bienvenues. Nous voulons espérer que le
I)1* Thomscn reconnaîtra la légitimité de ce souhait. A la fin du volume,
on nous réserve une surprise : c'est le supplément, qui nous donne la
liste des manuscrits palestiniens publiés.
Nous ne pouvons nous retenir d'admirer le travail du Dr Thomsen
et de son épouse, qui nous offrent, à la fin du volume, un Index minu-
tieusement complet, ne comptant pas moins de 5.700 mots.
Il nous reste à souhaiter que le Dr Thomsen veuille bien entreprendre
une Bibliographie complète de la littérature palestinienne d'avant 1895.
Ses devanciers, avec tous les « Nachtrâge », sont restés incomplets.
A.-B. Duff.
Le Gérant : Julien Weill.
VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DU MAREGHAL-FOCH
LE
BAVISSEMENT DU MESSIE-ENFANT
DANS LE PUGIO FIDEI1
La version de l'histoire du ravissement du Messie-enlant, (elle
qu'elle se lit dans le Pugio fidei (p. 350) 2, pose un problème
d'histoire littéraire qui mérite d'être repris.
Voici ce texte, dont nous n'avions donné qu'un résumé et qui
est aussi étrange par le fond que par la forme :
-pi a *prrn 31U- "1"!:dt wba ï"^ nr^ °^s pna nn baïais -T'a
ma mttito npanx "bip nn a>7atzn WTpnrt ma annia dth imw
n« (ne) a-pnnb b"i imba ynwv ï"pa 'nai «amnb Nia-Hp Niznpw
rfa'p'n anb ~)72K paniTi vumrnzj on» m ni:wt *pn nbna»n ba
maiN i^ab i^:n mbanbi ima pn annnb !w*,i îwbia» ba» qisp
naa ûnb rtsn n-i^to bip na nnr na»is ma D^poia» ûn&o ûbna*n
anb maa ib h-iwn Rin p*wi nb -ton amora bswb ûnb ibis
nsai nn^n nno ba» naïav1 nmrno nnN nia** Nirrai *|bn ïrnn^
-ittN in ib nn»N mb"« p Tia nb -ien maeb bcaitti DTn ■jbab»
D*v»a naia abrra nan ib mwN ma bsnm ^banb^^u: ïa^ra n?a nb
xnn naa -n ip-nrm -h?:? ^na nb n»N ©Tpttn ma a-ina in TbirjiD
•JEn ib ^bm nman ia np^mm mny m» rp ba» nb*na nantr ûnb
mTana dn banvp b» a»"rç»73 na-ian *p« -ïttN o^ib ;attn nnxb d^id
rn»ia» ncNn K£?:n ^bn mien ^awbtt rnxna in bian» «m o^ab»
Bib *an nb ms« na»:: im» bffl îa^ta n?3 Tia nb -i»n nma fins ba»
«bi o*ipsn ma a-in: ia nbiaia ûTa iau: ibna an© Y5 vh^r
d^:tr nam ir^T ib ur o^an ^bnn i3"«ri ib ^ a^ba-i ib^sR na»
ma» pRa ban» «in nm nan?3 i:-«ri ib nr ns a»?aio i:pri nb «51
1. Voir fouue, LXXIV, p. 113.
2. Ibid.,\). 126.
T. LXXV, n° 150. 8
114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
bilan D^b lîwom Dbi*n m:e *a-iKB mi rb* nau» -mra aima
nn nnr ban»1' nanïp ma» "m -ittin p^si Sri*» tabm ■nnaa rnp
mai nra mN73 yan» «b« -nao nnN^a «b imbN nb mwai bip
nasî d^toidi n-np ">3a bsM lia? ïib*»a nsœ û*wai»i bvwn tra
.yp ny i* mbma mm» ba b* -pfn» û^ian nwoi wi b» Nnnsn
A propos des mots : l'ouïes les fois que les brebis s'échauffaient
(Gen., xxx, 41), R. Samuel, fils de Nahman, dit : Elie, d'heureuse
mémoire, étant en route le jour où fut détruit le Temple, entendit une
voix céleste qui criait : Le temple saint est condamné à la destruc-
tion, etc. {sic). A ces mots, il s'imagina que le monde entier allait dis-
paraître1. Continuant son chemin, il rencontra des gens occupés à
labourer et à ensemencer. Comment, s'écria-t-il, Dieu s'est irrité contre
son Univers, il a résolu de détruire son Temple et d'exiler ses enfants
parmi les gentils, et vous vous adonnez à des intérêts passagers ! La voix
céleste se fit alors entendre, disant : Laisse-les, un sauveur est né à
Israël. — Où est-il, répliqua Elie ? — A Bethléem de Juda. — Il se rendit
dans cette ville et trouva une femme se tenant à la porte de sa maison,
pendant que son fils était étendu devant elle, tout souillé de sang.
Ma tille, lui dit-il, est-ce là ton fils? — Oui. — Et pourquoi gît-il ainsi
couvert de sang? — Quel malheur ! C'est parce que le jour même de sa
naissance le Temple a été détruit. — Lève-toi et prends-le : par lui il y
aura un grand salut pour eux (Israël). — C'est ce qu'elle fit, et là-dessus
Elie s'en alla. Cinq ans après, il se dit : Je vais aller voir le Sauveur
d'Israël et me rendre compte s'il est élevé (ou grandit) comme un roi ou
sous la forme des anges. — Il trouva la femme à la porte de la maison.
— Ma fille, lui dit-il, qu'est devenu l'enfant? — Maître, ne t'avais-je pas
dit qu'il était venu au monde sous une mauvaise étoile*, puisqu'il était
né le jour même de la destruction du Temple? Ce n'est pas tout : il a
des jambes et ne marche pas, des yeux et ne voit pas, des oreilles et
n'entend pas, une bouche et ne parle pas ; il est inerte comme une
pierre. Sur ces mots, un vent souffla des quatre coins du monde et le
transporta dans la Grande Mer. Alors Elie déchira ses vêtements, s'ar-
racha les cheveux et dit en gémissant : Hélas ! le salut d'Israël a péril
Une voix céleste sortit, criant : Elie, ce n'est pas ce que tu penses; voici
ce qui en est : pendant quatre cents ans il séjournera dans la Grande
Mer, quatre-vingts ans dans la chambre fumeuse près des fils de Coré,
quatre-vingts ans à la porte de Home et le reste des années (sic) il cir-
culera dans les grandes villes, jusqu'au temps de la Fin.
A première vue, ce texte a tous les caractères d'une adaptation
mal faite.
1 . Traduction conjecturale, le texte étant corrompu.
2. Il faut lire ibt» 3H-
LE RAVISSEMENT DU MESSIE-ENFANT H S
Qu'il ne représente pas la forme originale, c'est ce que prouve
déjà la langue dans laquelle il est écrit, à savoir l'hébreu, alors
que la version du Talmud est en araméen ; or, c'est une règle
générale que, lorsque deux histoires sont contées dans l'un et
L'autre dialectes, c'est l'hébreu qui est secondaire.
La terminologie messianique de ce traducteur est plus chré-
tienne que juive. Il appelle le Messie barrer bra yrçn» « le Sau-
veur d'Israël », et, en particulier, dans une phrase qui est la
réplique exacte de Luc, n, il : « Un Sauveur nous est né », alors
que les rabbins le nomment baru « Libérateur ».
Son inexpérience de la langue va de pair avec celle des idées.
D'après lui, Elie demande si le Messie a l'apparence d'un roi
ou d'un ange. Un texte midraschique porte bien que le fils de
David sera plus grand que les anges S mais jamais les rabbins
ne le représentent autrement que comme un homme, même
quand ils le mettent en scène au ciel. C'est surtout dans le
rôle qu'il attribue au prophète qu'il étale son érudition trop
courte. Choqué du rôle que joue l'Arabe sorcier dans le texte
primitif, il lui substitue Elie, qui est le Deas ex machina dans les
cas difficiles et les circonstances tragiques. Mais il ne sait pas
qu'Elie est toujours l'annonciateur des événements à venir; en
possession d'une science souveraine, il n'a jamais besoin d'inter-
roger autrui. Or, ici, il a sans cesse recours à la voix céleste pour
satisfaire sa curiosité, à moins que ce ne soit à un humain même,
comme la mère du Messie. Bien plus, dans son ignorance, il s'aban-
donne au désespoir, déchire ses vêtements, s'arrache les cheveux.
Après cela, on ne s'étonnera pas des autres variantes étranges
qui distinguent cette version si suspecte à tant de points de vue.
Pour justifier l'amertume de la mère et peut-être sous l'influence
du ch. lui d'Isaïe, elle fait du Messie-enfant un pauvre être, gisant
comme une matière inerte, privé de ses sens. S'il est ravi par les
vents, c'est pour être jeté dans la mer, détail qui n'a son paral-
lèle dans aucun texte juif connu. Là, il reste quatre cents ans, le
traducteur confondant la durée de son règne, d'après tel docteur
ancien et le IV0 Ezra2, avec celle de cette aventure maritime
inédite. Il va ensuite dans la région occupée par les fils de Coré et
y séjourne quatre-vingts ans. Ici notre contrefacteur ajoute à
l'insuffisance de sa science sa méconnaissance de l'hébreu. En
1. Tankouma, Toldot, 14; Buher, I, 139; Arjadcd liereschit, 44.
2. Sanhédrin, 99 a; IVe Ezra, vu, 28.
116 REVUE DES ETUDES JUIVES
effet, il appelle cette région i©y rrb*7a, qui, dans la Mischna,
signifie « herbe produisant de la fumée ». Il a voulu dire, sans
doute, Xètage supérieur rempli de fumée, par une réminiscence
de deux textes qu'il a mélangés. En effet, il est dit, d'une part,
qu'un Arabe sorcier montra un jour le lieu de l'engloutissement
des ûls de Goré, d'où sortait de la fumée1, d'autre part, que la
bande de Coré, s'étant repentie, reçut pour habitation dans le
Gehinom un endroit élevé2. Enfin, si ces réprouvés méritent la
société de l'enfant Messie, c'est parce que l'Ecriture dit d'eux
qu'ils ne sont pas morts3 et que, pour cette raison, ils jouissent
d'un sort particulier '« , spécialement, ils sont de la seconde classe
d'hommes qui ressusciteront à l'arrivée du Messie h. Enfin, notre
auteur est seul à transformer le Messie en un autre Elie qui cir-
cule à travers Je monde, et cette nouveauté est due sans doute,
non seulement à la confusion du Messie avec Elie, mais encore au
souvenir des récits qui mettent ce dernier ou tel autre révélateur
de la Fin en présence du Messie à Rome6.
1. Sanhédrin, 110 a.
2. lbid.\ cf. j. Sanhédrin, 29 c; Samuel Rabba, 5.
3. Nombres, xxvi, 10-11.
4. Mischna Sanhédrin, xi ; Sanhédrin, 110«; Meguilla, iia; Tanh., Buber,
IV, 93 ; AboL de R. Nathan, 36 : Bemidbar Rabba, 18.
5. Zorobabel (voir Revue, LXVI11, 139; ; Pirké Maschiah, B. H., III, 72 ; Pirké
R. Yoschiahou, ib., VI, 115.
6. Il va sans dire que Samuel b. Nahman ne saurait avoir rapporté cette traduction
malencontreuse de la page du Talmud de Jérusalem, malgré l'affirmation de notre
texte. Voici, sans doute, l'origine de cette invention. Un peu plus haut (p. 349),
Raymond Martini cite ce passage de Bereschit Rabba prior : "J^IS::-; Dm 533
ia mon ibiWD am na —îttiN tins i^a» ITare *na Scott:: — ,"«
Ssn î^3"> t3Tj3 mb1 ^Tin tariaa 'aia Eî'ipTan f-pa ann tzr:
[anmo] n^ura rrbao non ^ s-intd yw V2 ^-dt ï-Ttaibnm : — tb
rn^p^VD n^i: tiwjj nbina bip -o 'ara rnbva ip^s ©ipnn ma.
« Sur Gen.. xxx, 41, Samuel b. Nahman dit : D'où sait-on que le jour de la
naissance du Messie fut celui de la destruction dn Temple? De ce verset : « Avant
d'être en travail, elle a enfanté ; avant d'avoir éprouvé les douleurs, elle a mis au
monde un mâle » (lsaïe, lxvi, 7)... » Or, ce passage est la transposition de ces
paroles authentiques de Samuel b. Nahman (Bereschit Rabba, 85) : bN173C 'H
np"»b pis? mn rmm ... maoroan na wn ^sa» ^ nns "j^n: na
N^-rr nara irrh rpussan *p>a bc m» Niiai poiy rm n"apm TOfc
-rbna iiTDMin nayiD» ibia «bta mip m'm b*»nn anaa nnrp tvi
"jnnNn bNia.». Juda était occupé à prendre femme (à épouser Tamar) et Dieu à
créer la lumière du roi Messie (c'est-à-dire le Messie, qui devait descendre de Péreç,
lils de Tamar et de Juda). C'est ce que confirme le verset d'Isaïe : « Avant d'être en
travail, elle a enfanté... », c'est-à-dire : « avant la naissance du premier oppresseur
(Pharaon) était né le dernier Libérateur. » On voit la déformation. Partant de là, le
même auteur fait rapporter par Samuel b. Nahman aussi l'historiette montrant le
Messie venant au monde en même temps que s'écroulait le Temple.
LE RAVISSEMENT DU MESSIE-ENFANT Ml
Devant un tel ensemble d'incongruités, on a peine à croire à
l'œuvre d'un écrivain juif. Aussi est-on d'abord disposé à imputer
cette page à la fantaisie de Raymond Martini lui-même. Mais cette
hypothèse doit être écartée par la simple raison que cet extrait du
prima Bereschit Babba se retrouve exactement dans le Bereschit
Babbati ms. (p. 84), qui est conservé à la bibliothèque de la
communauté israélite de Prague. D'après le regretté Abraham
Epstein, qui a étudié la question à fond, ce Bereschit Babbati ne
sciait qu'un abrégé du Midrasch Babba Babbati, dont il reste des
fragments et qu'a utilisé Raymond Martini, en l'attribuant, à tort,
à Moïse Hadarschan, de Narbonne *.
Mais, si le moine espagnol n'est pour rien dans la rédaction de
notre morceau, c'est donc au Midrasch Babba Babbati ou à sa
source que sont dues les particularités que nous avons relevées.
Est-il vraisemblable que ce Midrasch aurait accueilli des extraits
d'un ouvrage hébreu écrit par un chrétien? Ce ne pourrait être
vrai que d'un chrétien d'origine juive. Mais, outre que cette hypo-
thèse serait singulièrement hardie, elle se heurterait au fait que
ces'.extraits ne révèlent pas de visées polémiques ou apologétiques
nettement caractérisées. Or, tel devrait être le cas, si cet ex-juif
avait conçu le dessein d'utiliser ses lectures.
On en est donc réduit à supposer qu'à une certaine époque,
antérieure vraisemblablement au xie siècle, et dans une région où
le christianisme était répandu, il y avait des Juifs connaissant,
mais insuffisamment, la littérature talmudique ou midraschique, et
dont le vocabulaire comme les conceptions avaient subi l'influence
du milieu.
Or, c'est à une conclusion analogue que conduit l'étude de cer-
tains ouvrages du vme et du ixe siècles comme le Pirké B. Eliézer
et la Pesikta Babbati, avec cette réserve que les auteurs de ces
écrits, tout en ayant modifié la langue hébraïque employée par
leurs contemporains, étaient restés plus fidèles au style et à la
théologie de leurs prédécesseurs.
Israël Lévi.
P. S. — M. A. Kaminka ayant bien voulu copier pour moi la page du
ms. du Bereschit Rabbati dont il a été question plus haut, je puis indi-
quer les quelques variantes qui distinguent ce texte de celui du Pugio
fidei.
1. Bereschit Rabbati, dessen Verhàlniss zu Rabba Rabbati Moses ha-Darschan
zf. Pugio Fidei. Cf. Revue, XVII, p. 313.
118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Samuel ben Nahman est bien nommé, mais non en tète de la citation ;
l'histoire est ajoutée à son dire.
L. 2 de l'hébreu. La phrase araméenne n'est pas écourtée comme dans
Pugio :
•pam ND353 ^aa namnb KtD'np «anpTa ma
'aeo snbTa-iN -iraan Kabîan anna maffia
naïabaa ïimn nia naffli na-K
« Le saint Sanctuaire périra, les fils du Roi seront livrés à la captivité et
la femme du Roi restera veuve, comme il est écrit : Hélas, elle se tient
solitaire, elle est comme une veuve (Lament., i, 1). » Ces mots ne se
lisent ni dans le Targoum des Lamentations, ni dans Echa Babbali.
L'expression le saint Sanctuaire est insolite.
L. 3. Au lieu de a-pnïïb, il y a a^nnnb inyï ira, façon de parler qui
n'est pas celle des anciens textes.
L. l. Le ms. a en plus: soi "icaiapb 'paTOsn îïrabttb D"Haa nb irai
ûm7a*i bap?:i ns ^:n owbi ^att» ■«ba nb n»N bapb nnsn « Il lui
donna des vêtements pour l'habiller et des ornements pour l'en parer.
Gomme elle les refusait, il lui dit : Prends-les, quand plus tard je revien-
drai, tu me les paieras. » C'est le remaniement du texte du Talmud.
L. 16. Il y a bien ibna an, comme je le conjecturais.
L. 17. Au lieu de ib^N ny abi, qui est incorrect, il y a simplement
Jb. na*j?a aima Ti*, qui est également inusité, manque.
L. 4. de la page suivante : V«Z3a> itBJttaa (!).
L. 5. yp "pa iy.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE
JUIFS DU LÉMAN ET DE GENÈVE'
I. — PÉRIODE SARDE ET RÉPUBLICAINE.
La coquette petite ville de Carouge, située sur la rive gauche
de l'Arve, rattachée actuellement à la république et canton de
Genève, bien qu'elle ait existé déjà au premier siècle de notre ère2,
ne paraît pas avoir eu de Juiverie avant le xvnr3 siècle. Les Juifs, en
effet, durant tout le Moyen âge, habitèrent la grande ville voisine,
Genève3. Leur quartier était situé dans l'enceinte burgonde attri-
buée àGondebaut,au fond de la rue des Granges et du grand Mézel,
plathea judaica, cancellum judœorum, reserré entre les bou-
cheries, l'écorcherie et les maisons des filles de joie. Une porte
donnant sur le grand Mézel en commandait l'entrée : elle était
fermée la nuit, sitôt le retour de tous les Juifs. Ils étaient, pendant
le jour, les protégés des évoques, mais, durant la nuit, la juridic-
tion passait aux syndics de la ville.
Les Juifs de Genève possédaient aussi un cimetière; il était situé
sur le chemin de Châtelaine, au Bouchet, à côté d'une pièce de
terre, qui avait appartenu à la confrérie de Saint-Crispin ou des
Cordonniers '•.
Ils furent chassés de Genève, le 28 décembre 1490. Les vicaires
1. J'exprime ma profonde gratitude à MM. les archivistes d'Etat de Genève, P.-E.
Martin et Ch.-A. Roch, dont l'aide bienveillante a facilité mes recherches et m'a permis
de mener à bonne fin cette étude.
2. Claudius Fontaine-Borgel. Lancy, Recherches historiques sur Carouge. —
E.-H. Gaullieur, Notice sur Vorigine et l'accroissement de la ville de Carouge et ses
rapports avec Genève, t. VI du Bulletin de l'Institut national genevois, 1857. —
J.-L. Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du
Mont-Blanc et Léman. Chambéry, 1807.
3. J.-B.-G. GallifFe, Genève historique et archéologique, 117, 164-165, 167.
4. Voir Registre du Conseil; J.-B.-G. GallifTe, Genève historique, p. 167.
120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
épiscopaux et le chapitre de Saint-Pierre furent requis par le
Conseil de chasser tous les Juifs de Genève « selon la doctrine du
prédicateur moderne (sans doute quelque moine prêcheur et itiné-
rant'. Les vicaires firent des lettres par lesquelles ils ordonnaient
aux Juifs de se retirer de la ville dans le temps qu'il leur marque-
rait. Mais deux Juifs Meyrat et Aymon se présentèrent au Conseil
demandant, pour eux et pour les autres, terme pour se retirer. On
leur ordonna, et en leur personne à tous les autres Juifs, qu'ils
aient à se retirer dans dix jours avec leurs familles pour aller
demeurer ailleurs, sous peine de l'indignation de révoque et de la
confiscation de leurs biens, ce qui leur fut prononcé en Conseil
par le procureur épiscopal Lévrier { ».
Dès le xvie siècle, on ne trouve plus de Juifs — même de passage
— à Genève. La ville pourtant exerçait sur leurs esprits une cer-
taine fascination. Placée sur les grandes routes commerciales
reliant la Suisse, l'Italie et la France, elle offrait à ses habitants
des avantages nombreux pour les entreprises commerciales et les
Juifs percevaient quels bénéfices ils pourraient tirer de l'habitation
à Genève. Aussi est-ce sans surprise qu'on voit une colonie juive
d'Allemagne demander, en 1582, le droit d'établissement dans la
ville.
Voici le récit du chroniqueur2 :
Deux ans auparavant (année 1582) durant la guerre ditte de Raconis,
les Juifs estans sur le point d'estre chassés d'Allemagne, par l'organe du
1. (Ed.-Emile Rivoire), Registres du Conseil; G. Galliffe, op. cit., ne semble pas
avoir connu les détails de l'expulsion, dont il ne rapporte que l'incident du pré-
dicateur.
2. Nous devons copie de ce récit inédit à M. l'archiviste P.-E. Martin. Manuscrit de
la Bibliothèque publique et universitaire de Genève, M. h. g. 141, c. folio 239-ve.
Gautier, Histoire de Genève, t. V, page 307, a analysé ce document : il l'emprunte à
Jacob Spon, Histoire de Genève, édit. de 1730, t. I, p. 324, dont le texte est de David
Piaget (1582-1642), suivant P.-E. Martin. Mais, sans aucun doute, la source de ce
récit est l'œuvre de Simon Goulart, né à Senlis en 1543, converti au protestantisme et
devenu pasteur. V. Simon Goulart, par Léonard Chaster-Jones, Paris, Champion,
1917. Ce même récit se trouve dans Histoire de Genève depuis sa fondation jusqu'à
l'an W27, écrite par Pierre Perrin, Biblioth. publ. et univ. de Genève, Ms. M. h. g.
139, IV, f. 145. Les Registres du Conseil de l'époque ne contiennent aucune discussion
concernant l'admission des Juifs; par contre, les développements sont longs et
détaillés sur la tentative de messire Bernardin de Savoye, sieur de Raconis, qui
dirigea, au mois de mars 1582, une attaque contre Genève. L'Histoire de Genève et
des pais circonvoisins, 2e vol. de la Chronique de Savoie, Biblioth. publ. et univ. de
Genève, Ms. M. h. g. 139 a. c. f. 281, est également complètement muette sur la
proposition de Candolle.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 121
sieur de Candolle l revenant de ces quartiers là, par une requeste qu'il
apporta à Genève au conseil, s'offroycnt de venir à (ienève, au nombre
de 8 000, d'autres disent beaucoup d'advantage et de bastir leur demeure
à leurs despends, vers Saint-Victor ou Saint-Jehan, d'enfermer de
murailles tout leur circuit, y tenir garnison bourgeoise contre (?) eux à
leurs frais, se présentans les premiers au combat quand on les employe-
roit, de fournir annuellement une notable somme au public et subir
toutes les adrictions qu'on voudroit, leur suffisoit d'avoir la rettraite
du lieu propre pour leurs négoces à cause de Sion en Valey, de ïhurin
et le lac.
Aucuns trouvoyent bonne leur venue pour ce qu'ils apporteroyent de
grands moyens au public et qu'ils bastiroyent un lieu qui rendroit la ville
forte. Ne demendoyent rien sans argent, seroyent autant de bons soldats
pour le besoingqui ne cousteroyent rien. Hendroient la ville encore plus
marchande, et sur tout que nul ne s'en pouvôit formaliser veu qu'il n'y a
aucun commandement de les mettre à mort, qu'on les supporte bien en
Italie. Les contredisans alléguoyent que les Etats réformés le trouveroyent
mauvais, qu'on ne pouvoit pas se confier d'eux au besoing, qu'ils cause-
royent une grande cherté de vivres, qu'ils escumeroient par leurs usures
tous les meilleurs des citoyens, qu'on les avoitdesja chassés de France et
à présent d'Allemagne. Le dernier avis prévalut et eux pacifièrent avec les
allemands si demeurèrent en le lieu comme auparavant2.
Sans doute est-ce à cet attrait, à cette espèce de fascination
exercée par Genève, centre d'un commerce actif, qu'est dû réta-
blissement des Juifs à Carouge. Ne pouvant, malgré des tentatives
réitérées, entrer dans la ville, ils seTixèrent dans son voisinage le
plus proche, à Carouge.
Par le traité du 3 juillet 1754 entre la république et canton de
Genève et le roi Charles Emmanuel III, Carouge était devenue
sarde. C'était une modeste bourgade de quelques centaines d'habi-
tants, mais, dès 1775, le commandant militaire, M. de Chatillon et
1. Ce Candolle est Bernardin de Candolle, chanoine à Fortcalquier ; il adopta la
Réforme, fut reçu bourgeois de Genève en 1555, élu en 1562 au conseil des deux
cents. Il mourut en 1585. V. Eugène et Emile Haag, La France protestante , t. III, p. 691,
qui mentionnent le récit ci-dessus; cf. J.-A. GallifTe, Notice, t. Il, 2* édit., p. 587.
2. Nous ne savons pas de quels juifs d'Allemagne Me de Candolle fut le mandataire,
ni à quel fait de lhistoire juive se rapporte le récit du départ projeté et de la récon-
ciliation des juifs avec les Allemands. J.-B.-G. GallifTe, mentionnant après Gautier
l'événement, v. Genève historique et archéologique, a cru utile d'ajouter, p. 167 :
« Heureusement qu'ils purent rester où ils étaient et que leur proposition n'eut pas de
suite. Il ne nous aurait manqué alors que cette nouvelle complication. » Complication
peut-être, mais combien étaient plus clairvoyants les partisans de l'admission en 1582
et quelle importante ville marchande serait aujourd'hui Genève !
122 REVUE DES ETUDES JUIVES
le premier intendant mage, conseillés par Pierre-Claude de la
Fléchière, seigneur de Veyrier, conçurent le projet d'agrandir
Carouge, de transformer la bourgade en ville et de dresser victo-
rieuse, en face de la cité protestante, la ville catholique. Victor-
Amédée III, lors de sa visite en Savoie, reçut les plans de la ville
projetée : par redit du 2 mai 1780, il instituait Carouge en bourg et
en chef-lieu de canton, où depuis 1777 se tenaient un marché
hebdomadaire et deux foires annuelles, et il érigeait définitivement
Carouge en ville par décret du 31 janvier 1786. Les Juifs n'avaient
pas attendu cette époque pour s'y établir. Blavignac affirme leur
présence dès 1780. « A partir de 1780 quelques Juifs et plus d'un
protestant abjurèrent leurs erreurs sous les voûtes de la parois-
siale de Carouge '. » Nous n'avons pas trouvé d'apostat juif dans
le livre de paroisse, mais le comte Pierre-Claude de la Fléchière,
seigneur de Veyrier, qui s'intéressait fort à la prospérité et à
l'agrandissement de Carouge, ne semble pas connaître la présence
de Juifs en 1781. Pourtant, dans son petit manoir, blotti au pied du
Salève, ce gentilhomme s'est intéressé aux Juifs ; il est très averti
du mouvement en leur faveur commencé en France et poursuivi
en Allemagne parMendelssohn etDohm ; il sait combien serait pré-
cieux, pour les progrès de Carouge, le concours des Juifs. Dans sa
correspondance avec M. de Chatillon, seigneur savoyard, lieute-
nant-colonel de la légion de campement à Carouge, il indique son
point de vue en s'informant des effets de l'émancipation accordée
par Joseph II d'Autriche à ses sujets juifs : « Quelle sensation fait
à Turin cet édit de l'empereur Joseph II, annoncé par les nouvelles
publiques, qui tolère toutes les religions dans ses états, les admet
aux charges et en permet l'exercice? C'est un moyen de peupler et
d'enrichir son empire2 », mais il ne parle pas de Juifs établis à
Carouge.
Dans une lettre du 30 novembre 1781, il écrit : « Il court ici un
bruit que les Juifs établis à Mahon3 ont offert au roi de bâtir une
rue à Carouge, si on voulait les y souffrir. Pourquoi non? On les
souffre bien à Turin... Ce sont des hommes créés à l'image de
Dieu, dont la religion doit durer jusqu'à la fin des siècles, suivant
l'Ecriture sainte 4. » Il n'y a donc pas d'autres Juifs.
1. Biblioth. publ. et univ. de Genève, Blavignac, Ms. (non coté), chap. Le Roi, p. 45.
2. Gaullieur, Notice sur l'origine et l'accroissement de la ville de Caroube, p. 36.
3. V. Jewish Encyclopedia, s. v. Après la prise de l'île par les Anglais, les Juifs
qui l'ayaient défendue furent déportés.
4. Gaullieur, loc. cit.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 123
Mais le recensement de la population de Garouge daté de 1806
indique pourtant la présence d'un juif à Garouge en 1780, Paraphe
Polacre, de Hartscheville (Hartschviller?), Alsace '. Le recensement
du 7 frimaire 1798 donne les noms suivants : Treifoultz Moyse,
époque de l'entrée dans la commune, 1782; Treifoultz Julie, 1782 ;
Treifoultz Hélican, 1782; (le?) gros Jacob, 1783; Ulmann Moyse,
1783 ; Dugas Julie, 1783 -.
Le recensement de 1794 mentionne Lévi Samuel, négociant,
I7833.
Le 4 juin 1783, Jacques Dreyfus — sans doute le grand Jacob
cité — et Moyse Lévi demandèrent à habiter Garouge, mais l'auto-
risation leur fut refusée par le ministre, malgré la proposition de
l'avocat fiscal de Serraval de leur accorder un permis de séjour
provisoire de quatre ou de six mois4. Cette décision pourtant ne
leur fut pas appliquée par Foassa Friot.
Ainsi, dès 1782, il y a un embryon de communauté juive à
Garouge. En 1787, ils seront déjà une trentaine, avant même que
soit promulgué l'édit de tolérance provisoire accordé par le roi
Victor-Amédée III. Ce sont : Joseph Abraham, sujet anglais, fabri-
cant de cristaux de verres anglais ; Salomon Isaac, de Hambourg ;
Cerf, Hongrois ; ses deux ouvriers : Moyse Treyfus, Moyse Lévy,
Gaspard Treyfus, Spier, Oppenheim, Joseph Vigevano, originaire
de Livourne, marié à une Parisienne, Hélène Cerf, fabricant de
cire ; Leyn Leeps, Hollandais, et Jacob Valhaï, son domestique ;
Leyn (maison de M. Funny), le vieil Moyse Ulmann, Meyer Jacob,
Samuel Lévy, le grand Jacob, Lyon Meyer, Isaac Blum, Benjamin
Lucas (pour Ducas) ; Nathan Ulmann, fils de vieil Moyse ; Jacob
Valacli le cadet, Jacob Salomon, les frères Schemolle, Isaïe Bloch
et son frère, Sussmann Prage, David Lob, Mosès Ulmann de
Durmenach, Isaïe Ulmann, Moyse Ulmann d'Ouffheim, les trois de
Hagendal, Cerf Moyes, Salomon et Lob de Durmenach, Plissier 5.
Grâce à la bienveillance des autorités, les Juifs possèdent une
liberté complète et jouissent peut-être d'une situation sans ana-
logue dans toute l'histoire juive. En effet, le commandant militaire
1. Arch. de Carouge, 396, D. 4, recensement de 1806. La date est douteuse, car le
recensement de 1794 indique 1786.
2. Ibid., 203, D. 5, recensement du 7 frimaire 1789.
3. Ibid., 161, D. o, recensement, section de l'Egalité, commune de Carouge, date
douteuse.
4. Archives de Turin. Cité et province de Carouge. Paquet 4, n° 6. Pièces justif., I.
I). Archives du département de la Haute-Savoie, C. 33, pièce 124. Les noms sont
écrits d'après l'orthographe de chaque pièce.
124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
de Garouge, M. de Mesme de Loisinge et le premier intendant et
juge mage, Foassa Friot d'Asti, partageaient à l'égard des Juifs les
idées du libéral et généreux comte de Veyrier, auquel, d'ailleurs,
de Loisinge était apparenté par cousinage, et ils nourrissaient de
communs espoirs sur l'avenir de Garouge. La ville nouvelle, dans
l'esprit de ses partisans, devait être une concurrente commerciale
redoutable pour Genève, mais elle ne pouvait prospérer, suivant
eux, que par l'appui et le concours de ceux dont l'habileté et
l'activité avaient fait merveille en d'autres pays. Aussi ouvrirent-ils
la ville à tout juif et permirent-ils, sous contrôle, leur établisse-
ment. La population, d'ailleurs, était fort ! mêlée : elle donnait
quelques inquiétudes à Genève, qui sortait à peine — mais victo-
rieuse — de la lutte entreprise par Voltaire pour ériger Versoix
en ville et y transporter les fabriques d'horlogerie genevoises.
Des Franches, ministre résidant de Genève à Paris, exprimait ces
craintes en écrivant au gouvernement de Louis XVI le 3 avril
1784 : « J'envisage avec peine la manière dont la nouvelle colonie
est et sera composée, par le peu de soin qu'on se donne pour y
maintenir le bon ordre et la sûreté. Avoir à ses portes un repaire
de brigands ou de gens sans aveu, c'est un malheur qui peut
entraîner des suites fâcheuses. Si Garouge devient un cloaque
dont les malfaiteurs et une vile canaille puissent faire leur refuge,
ils porteront le trouble dans les états limitrophes 4. »
Sans doute le ministre des Franches comptait-il les Juifs parmi
les malfaiteurs et la vile canaille : il espérait provoquer une pro-
testation du gouvernement français. Celui-ci semble avoir dédai-
gné l'invite de l'ambassadeur genevois, mais la cour de Turin
s'émut et l'intendant général de Savoie demanda les raisons de
leur indulgence aux magistrats, civil et militaire, de Garouge.
De Mesme de Loisinge et le premier intendant Foassa Friot
répondirent que les motifs pour lesquels ils avaient cru devoir
« tolérer dans la ville un petit nombre de Juifs » est que, « les
seules bases sur lesquelles il est à espérer de faire prospérer cette
colonie étant l'industrie et le commerce, il est de l'intérêt du
gouvernement d'y tolérer les individus qui s'y présentent avec des
talens suffisans, propres pour en remplir l'objet, après s'être
assuré de leurs qualités personnelles 2 ».
L'intendant général ne s'opposa pas aux desseins de ses subor-
1. V. Gaullieur, op. c, p. 273.
2. Archives du département de la Haute- Savoie, C. 33, pièce 123.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 125
donnés ; mais, accordant une faveur aux Juifs, il en voulut faire
bénéficier les seuls Juifs déclarés et reconnus honnêtes. Confor-
mément aux ordres du gouverneur, les magistrats carougeois
firent donc un choix parmi eux et, le 19 juillet 1787, envoyaient
« la notte des Juifs qui, d'après les informations les plus exactes
prises sur leur conduite, nous ont paru être dans le cas d'être
tolérés dans cette ville et dont le commerce et les talens peuvent
être utiles à l'état, ainsi que la notte des Juifs qui ont été (devaient
être) expulsés tant parce que leur conduite nous a paru équi-
voque, malgré qu'ils n'ayent commis aucune fraude connue, que
parce que nous n'avons pas été certiorés de leur probité par des
preuves convaincantes ^ ».
L'arrêt d'expulsion atteignait Samuel Lévy, le grand Jacob,
Leyn Meyer, Isaac Blum, Benjamin Ducas, Nathan Ulmann, Jacob
Valach, les frères Schemolle, Jacob Salomon, Isaï Bloc et son
frère, Sussmann Prage, David Lob, Moyse Ulmann, Isaï Ulmann,
Moyse Ulmann d'Ulïheim, les trois de Hagenthal, Cerf Moïse,
Salomon, Lob, Plissier2.
Dans une lettre au gouverneur de la province, de Mesme de
Loisinge et Foassa Friot motivaient leur choix pour les Juifs
tolérés. Ils exposaient très longuement les aventures de Joseph
Abraham (v. au chap. Vie économique), dont la venue à Carouge
leur paraissait devoir apporter de grands profits au commerce
local et à l'Etat. Ils demandaient le maintien de Moyse ïreyfus,
Gaspard Treyfus, Moyse Lévy et Moyse Ulmann « tous négocians,
non seulement ils sont munis de certificat de bonne conduite
qu'ils ont tenu de l'étranger, mais nous sommes certiorés de celle
qu'ils ont tenue ici durant un séjour de plusieurs années3 pen-
dant lesquelles ils se sont fidellement abstenus non seulement
d'acheter tout effet suspect, mais ils ont fait plusieurs fois arrêter
les vendeurs et consigné, sans en être prévenus, des effets qui
ont été reconnus avoir été volés » *.
Ils demandèrent également le permis de séjour pour Joseph
Vigevano, Juif italien, fabricant de cire d'Espagne, « n'ayant
aucune mauvaise relation sur son compte », et ils intercédèrent
pour que fût rapporté l'arrêté d'expulsion prononcé contre Jacob
1. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 33, pièce 100.
2. Ibid., C. 33, pièce 124.
3. Preuve nouvelle de l'établissement des Juifs à Carouge avant redit de tolérance
d'août 1781.
4. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 33, -pièce 101.
126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Meyer, qui avait adressé une supplique au gouverneur de la
province et qui était indigent.
Le gouverneur semble avoir possédé quelques renseignements
défavorables sur Vigevano et il éleva à son égard quelques objec-
tions. De Mesme de Loisinge et Foassa Friot s'excusent alors de
leur décision : « Nous prenons la liberté de lui représenter que
Vigevano ne nous est absolument connu que sous ce rapport
(comme fabricant de cire) et que nous n'avons rien appris sur son
compte qui puisse le rendre suspect1 », et Vigevano put continuer
à habiter Garouge.
Dans leur lettre du 30 juillet au gouverneur de la Savoie,
de Mesme de Loisinge et Foassa Friot renouvelèrent les raisons
qui avaient déterminé leur conduite et leur choix 2 : « C'est la
connaissance de leur conduite qui a engagé les soussignés à les
proposer pour être tolérés dans cette ville où ils ne laissent pas
d'être utiles pour le commerce qu'ils y ont introduit et qui offre
aux habitans la plupart dévoués à un autre genre d'industrie, la
commodité de se pourvoir de plusieurs marchandises dans Carouge
même, sans être obligés d'aller à Genève. »
Le tri étant fait, le roi fut informé et daigna alors, en août 1787,
« permettre qu'on tolère, jusqu'à nouvel ordre de sa part, dans la
ville de Garouge, tant les juifs qui y sont actuellement que ceux
qui voudraient s'y établir dans la suite, pourvu que ce soit des
personnes industrieuses, qu'elles fassent conster de leurs bonnes
qualités et qu'on veille attentivement sur leur conduite 3 ».
L'arrêté d'expulsion, malgré la clause précise du décret royal,
ne fut pas immédiatement exécuté. Est-ce par réelle bonté envers
les Juifs, ou la maladie seulement empêche-t-elle de Loisinge de
mettre en application l'arrêt? Mais, en décembre 1788, le gou-
verneur de la Savoie s'étonna de la présence de ceux qui auraient
dû, et depuis plus d'un an déjà, avoir quitté Garouge, et tout
\ . Arch. dép. Haute-Savoie, C. 33, pièce 101.
2. Ibid., G. 33, pièce 123.
3. Arch. dép. Haule-Savoie, G. 33, pièce 123. Cette lettre, datée du 15 août 1187,
écrite par S. E. le comte Goste à S. E. le gouverneur général de Chambéry, semble
donc indiquer que l'édit de tolérance est au moins de cette date et non du 27 août,
ainsi que l'affirme Gaullieur, op. cit., sans indication de source. Le document (Arch.
dép. Haute-Savoie, C. 18, pièce 34) indique 20 août ; mais déjà, en avril 1791, on ne
sait plus si l'édit est d'août ou de septembre : malgré les recherches faites dans les
bureaux, on ne trouve plus trace de la décision royale (v. lettre à Tholozan, secrétaire
à l'intendance à Chambéry, Arch. de Carouge, 89, D. 5). Cet édit de tolérance était
provisoire. Gaullieur, Blavignac, Fontaine (op. c.) paraissent l'ignorer.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 427
particulièrement du séjour du hollandais Lyon Leeps. De Mesme
de Loisinge et Foassa Friot fournirent des explications au gou-
verneur général du duché et lui rendirent compte de leur nouvelle
décision •.
Cette lois, l'expulsion ordonnée fut exécutée. Les Juifs toïérés
— provisoirement — à Carouge et qui composèrent la première
communauté furent Joseph Abraham, natif de Londres, fabricant
de verres d'Angleterre pour montres; Josepb Vigevano, natif de
Livourne en Toscane, fabricant de cire d'Espagne et commerçant
en mercerie; Jacob Ducas, natif d'Haastaadt (Hattstadt), en Alsace,
marchand d'étoffes en soie, laine et mousseline; Moyse Lévi, natif
de Hegenheim, en Alsace, marchand de chevaux et en mercerie;
Moyse Treyfulz, natif de Sirenz, en Alsace, marchand mercier;
Paraph Polac, natif de Silesheim (Zilisheim), en Alsace, marchand
mercier; Benjamin Ducas, natif de Bedbourg, près de Cologne;
Jonas Cucanheim, natif de Hoarville (Orvilleur?), Alsace, mar-
chand drapier ; Samuel Lévi, né à Longeville (?), Alsace, marchand
mercier; Jacques Valich, natif de Riczeim (Rixheim), Alsace, mar-
chand mercier; Gaspard Ploc (Bloc), natif de Heigheneim (Hegen-
heim), en Alsace, marchand mercier; Gaspard Treyfulz, natif de
Houff-heim (Uffheim), en Alsace, marchand mercier; Lyon Isaac,
natif de Dermenac (Diirmenach), en Alsace, marchand mercier.
Lors de leur admission, de Mesme de Loisinge et Foassa Friot
leur déclarèrent qu'il leur était permis d'habiter la ville « à condi-
tion qu'ils continuent à nous donner des preuves de leur bonne
conduite et qu'ils nous informeront avec exactitude de la bonne
conduite des autres juifs qui seront reçus dans cette ville ou qui
viendront y habiter, afin qu'il ne s'introduise parmi eux aucun
mauvais sujet ou dont la conduite soit suspecte 2 ».
Pour mieux s'assurer de la bonne observance de leur recom-
mandation, les magistrats chargèrent deux Juifs de leur rendre
compte de tout ce qui se passerait parmi eux, et ces surveillants
furent surnommés syndics par leurs coreligionnaires3.
Mais aucune autre mesure spéciale ne fut prise contre les Juifs :
L'arrêté royal de 1770 relatif aux Juifs du royaume de Sardaigne
paraît avoir été ou ignoré, ou, ce qui est plus vraisemblable,
volontairement inappliqué par les magistrats carougeois4. Cet
1. Arch. dé]). Haute-Savoie, C. 18, pièce 34. Ce Leeps ne quitta pas Carouge.
2. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 18, pièce 33.
3. Ibid., c. 18, pièce 35. V. Pièces justificatives, II.
4. Ibicl., C. 33, pièce 101.
128 HUVUE DES ETUDES JUIVES
arrêté prescrivait le maintien d'une séparation entre Juifs et
chrétiens et l'institution d'un ghetto, interdisait certaines profes-
sions et contraignait à la pratique limitée du commerce avec
nécessité de tenue de registres de vente et d'achat. Défense était
faite d'acquérir des immeubles. Toute construction de nouvelles
synagogues était sévèrement condamnée, et dans les lieux de
prière, ordre était donné de ne pas exercer à grand bruit les
rites, mais de chanter d'un ton bas et modeste. Les Juifs de
Garouge ne connurent pas les rigueurs de cette législation anti-
juive. Le seul droit commun — fait exceptionnel — leur fut appliqué :
ils usèrent du permis d'habitation à leur guise, s'établirent à leur
fantaisie dans les divers quartiers de la ville; ils jouirent d'une
liberté qu'avec raison Blavignac qualifie d'illimitée et, sans
souffrir la moindre restriction, s'adonnèrent au commerce des
marchandises les plus hétérogènes. Ils pratiquèrent leur culte
au vu de la population et au su des autorités. Y eut-il réellement
une synagogue avant 1789 ? Blavignac affirme qu'elle fut ouverte
en 1787, conformément aux instructions royales du 27 août de
cette année. Nous verrons plus tard l'inconsistance de cette
affirmation.
Mais, malgré la protection des autorités, les Juifs furent sans
doute dénoncés au gouverneur général, le chevalier de Perron, qui
s'étonna de ces grandes libertés et de la violation de l'édit royal.
Il en écrivit à Goste, ministre à la Cour de Turin, qui répondit que
ces privilèges avaient été concédés aux Juifs conformément aux
ordres de feu le chevalier Tarin Impérial du 27 août 1787 et,
en exécution des ordres du roi, parle commandant de la ville,
qui « a permis aux susdits Juifs provisionnellement de tenir leur
synagogue privée dans la maison du juif Abraham, d'élire des
syndics ».
Comme les Juifs possédaient également un cimetière, il ajoute :
« C'est le conseil de Carouge qui a indiqué et permis au même juif
Abraham de faire enterrer un enfant qui lui était décédé (l'enfant
avait été atteint de petite vérole) sous une partie d'un vieux chemin
délaissé assez éloigné de la ville1. » Coste ajoute : tout ce qui a été
1. Blavignac, ms. cité, commet une erreur sur l'origine du cimetière. Il écrit, p. 16 :
« Le roi permit aux Israélites d'avoir un cimetière particulier. Jusqu'à nos jours, ce
cimetière a servi aux juifs des cantons de Vaud et de Neuchâtel, car, dans ces
contrées, les idées progressives du roi sarde ont eu beaucoup de peine à trouver de
l'écho. Il est bon de remarquer que, du temps des évêques, les juifs, nombreux à
Genève, avaient un cimetière à Châtelaine et qu'en 1582, sous l'influence huguenotte,
l'état genevois refusa d'autoriser l'établissement d'une colonie juive. » Chap. juif, p. 16.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAKOUGE 129
ainsi opéré, riant une conséquence de la tolérance provisionnelle
des Juifs à Garouge que S. M. a daigné autoriser, il suffira que l'on
se borne à veiller attentivement sur leur conduite, à ce que Ton
ne forme pas leurs assemblées religieuses en aucune chambre ou
salle particulière, et que tout ce qui se rapporte à leur culte se
passe sans publicité '.
Ce fut la seule alerte qui mit en émoi la communauté juive de
Garouge dans la période sarde. Les Juifs jouirent d'une vie pai-
sible, troublée seulement, curieux retour des choses, par les dis-
cussions et les disputes intestines, religieuses et commerciales
dont nous donnerons plus loin le récit, mais qui provoquèrent
l'intervention du gouverneur général et faillirent causer quelques
expulsions. Joseph Vigevano osa porter plainte contre quelques-uns
de ses coreligionnaires — sans doute à titre de syndic — et
demanda le retrait de leur droit d'habitation. De Mesme de
Loisinge et Foassa Friot, très équitablement, déclarèrent non
fondées les plaintes et dénoncèrent l'alliance italo -anglaise
contre les Allemands provoquée par la jalousie commerciale.
« Elles sont l'effet de la jalousie de quelques particuliers de leur
religion et particulièrement du juif italien, fabricant de cire
d'Espagne, qui dans plusieurs circonstances, a manifesté un esprit
de jalousie contre les Allemands et est tout particulièrement
lié avec l'anglais Abraham le seul qu'il exempte de ses persé-
cutions 2. »
Le gouverneur, ainsi averti, se désintéressa de ces Juifs : mais
le comte de Veyrier, de Mesme de Loisinge et Foassa Friot ne leur
ménagèrent jamais ni bienveillance, ni protection. L'attitude de
ces petits seigneurs savoyards, dans les manoirs desquels venaient
retentir en échos sympathiques les manifestations et les mouve-
ments judéophiles du xvme siècle, ne saurait être assez marquée :
ils furent parmi les premiers défenseurs des Juifs et ce nous est un
devoir de rapporter du comte de Veyrier ce mot qui l'honore : « Il
les faut accueillir ; les Juifs sont des hommes créés à l'image de
Dieu, dont la religion doit durer jusqu'à la fin des siècles, suivant
l'Ecriture sainte » et d'admirer la générosité, L'humanité de Mesme
de Loisinge et de Foassa Friot osant écrire que l'abaissement des
Juifs « c'est l'effet de leur misère et de l'abandon général dans
lesquels ils sont abbrutis ».
1. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 18, pièce 36. Pièces justificatives, M.
2. Ibid.. C. 34.
T. LXXV, n" 150. 9
130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
La population de Carouge semble avoir partagé bien vite les idées
et les sentiments de ses gouvernants. Lors d'une dispute entre
Juifs et chrétiens, justice très prompte fut rendue aux Juifs. Le
dimanche S mai 1789, Joseph Vigevano, sa femme et son enfant, se
promenaient en compagnie de Jacob Salomon. Voulant traverser
la rue des Prisons où jouait aux boules, avec ses camarades, le fils
du charpentier Louis Vignolet, les Juifs prièrent les joueurs de
suspendre leur jeu et des les laisser passer. Mais Vignolet répondit
par des injures, puis par des coups. La venue des soldats de
justice, Charles Carreras et Joseph Say, loin d'arrêter la querelle,
l'envenima : les soldats ne prirent pas seulement la défense de
Vignolet, mais s'armant d'un couteau, Carreras frappa Jacob
Salomon à la tête, puis l'arrêta et l'amena en prison. « Cette scène
s'était passée publiquement, ces jours de fêle pendant que beau-
coup d'habitants et de Genevois se promenaient dans cette ville et
à l'aspect peut-être de 500 personnes. » Informé par des témoins,
l'intendant Foassa Friot se transporta immédiatement aux prisons
et fit mander Carreras et Say. Mais ceux-ci s'étaient enfuis ainsi
que Vignolet : l'intendant fit mettre en liberté immédiate Salomon,
Jacob et incarcéra à sa place le fils Carreras, qui avait pris égale-
ment part à la dispute '.
En cette ville hospitalière, les Juifs purent donc se livrer au
commerce en toute liberté et rendre les services attendus par leur
présence. On les voit vendre, acheter, passer procuration, acquérir
des immeubles, entretenir avec les pays voisins et même éloignés
des relations commerciales 2. Mais, malgré le certificat de bonne
conduite accordé par le conseil de Carouge et les magistrats, toutes
leurs transactions furent-elles honnêtes? Quelques-uns auront
maille à partir avec la justice. Mais sous ce régime de liberté
absolue, ils passent sans grand étonnement au rang de citoyens,
quand Carouge en 1792 se donne à la France et instaure le gouver-
nement républicain, et, sans heurt, ils participent à la vie publique
dont les pratiques leur étaient déjà familières, grâce à leur commu-
nauté d'existence antérieure avec leurs concitoyens. Par contre,
Genève, elle, continuait à appliquer impitoyablement ses règle-
ments aux Juifs.
Durant le xvme siècle, et à maintes reprises, ils essayèrent de
rentrer dans la ville, mais dans sa séance du °27 août 1783, la Noble
1. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 19, pièce 5.
2. Voir plus bas, chap. Activité commerciale.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAHOUGE 131
Chambre, ayant appris par le commissaire de Chapeaurouge que
M. le syndic avait accordé des permissions de séjour à des
marchands juifs, pria ce dernier de ne délivrer aucune autorisation
« aux individus de cette nation, ou pour des termes très courts »,
parce qu'il fallait empêcher autant que possible « l'établissement
de cette nation redoutable aux commerçants par leur offre de
marchandises à bon marché, concurrente de la fabrique établie
en ville et prêteurs sur gage * ».
Les nobles seigneurs de Berne intervinrent, eux aussi, auprès du
conseil, pour qu'il maintînt dans toute sa rigueur l'arrêt d'exclusion
des Juifs. Le samedi 1er mars 1788, noble Rigaud, seigneur conseil-
ler, donna communication d'une ordonnance du petit et du grand
conseil de Berne qui défendait aux Juifs tout trafic sur les terres
de LL. EE. Cette mesure générale était la conséquence d'une
affaire délicate traitée à Berne en 1787, à l'occasion d'un jugement
rendu contre quelques Juifs d'Alsace, par l'un des tribunaux de la
république. L'ambassadeur de France à Soleure était intervenu par
voie de réclamation en faveur desdits Juifs, comme étant sujets
de S. M. T. C. : il avait demandé une communication officielle du
procès au Sénat, et la cour de Versailles paraissait vouloir donner
suite à l'affaire. Berne avait donc, en représailles, arrêté ces
mesures de défense contre les Juifs. La noble Chambre de Genève
obéit aux injonctions de Berne et Genève demeura fermée aux
Juifs 2.
Tout contrevenant était incarcéré, fustigé, condamné à l'amende
et mis hors de la ville par les chassegueux. Jacob Bass, juif de
religion, de Metz, ayant transgressé les ordres du syndic Rilliet, fut
condamné « à être amené céans — devant la chambre — pour être
censuré de sa désobéissance dont il demandera pardon à Dieu et à
la seigneurie, aux prisons et aux dépens », et reçut défense de
rentrer dans la ville et les terres, dont il fut mis dehors parles
chassegueux, sous peine de châtiment corporel 3.
Même peine fut infligée à Nathan Ullmot de Cirens « prévenu de
faire métier d'acheter et vendre dans cette ville des effets suspects »
et d'avoir contrevenu « aux règlements qu'il connaissait ;< ».
1. Archives de Genève. Registre de la Noble Chambre des domiciliés établi par
Fédit de 1782. Al. Le livre des étrangers ne porte pas mention de juifs.
2. Archives de Genève. Registre du Conseil 1788, p. 148. Nous ne possédons pas
encore les documents relatifs à cette affaire de Berne.
3. Arch. de Genève, Registre du Conseil, 1788, p. 205.
4. Ibid., R. duC., 1788, p. 992.
<32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Gaspard Bloc de Eigenheim (Hegenheim), prévenu en février 1788
de s'introduire dans les maisons particulières pour y acheter et
vendre des effets en violation des défenses, est condamné aux
peines précédemment rapportées '.
Ce Gaspard Bloc habitait Garouge, et les Juifs de ce lieu ne
manquaient point de transgresser les défenses et de pénétrer dans
Genève. Plusieurs fois, le Conseil se plaignit au gouverneur général
de Savoie de leur présence maudite. Contraint pourtant par les
nécessités commerciales de ne pas clore hermétiquement les portes
aux Juifs carougeois, le Conseil avait traité avec le commandant
militaire de Garouge et décidé d'admettre, durant la journée, les
Juifs munis d'un billet signé du commandant et de l'intendant, qui,
d'ailleurs, ne remirent pas une seule de ces autorisations. Mais un
juif nommé Léon de Carouge — est-ce Leeps? — ayant été accusé
d'avoir recelé quelques effets volés à Genève, fut arrêté et mis dans
les prisons de la ville. Les magistrats genevois usèrent de cette
occasion pour interdir avec de nouvelles sévérités l'entrée de la
cité 2.
Toutefois, en l'an 1792, il s'en fallut de peu que Genève, à l'instar
de Carouge, devînt française et que les Juifs y obtinssent tous les
droits civils et politiques. Mais si Genève conservait son indépen-
dance, la Révolution française n'avait pas été sans avoir de réper-
cussion dans la ville, devenue, durant le xviir3 siècle, le centre où
se formaient et se développaient les diverses doctrines philoso-
phiques et politiques. Voltaire, de Ferney, et Rousseau, par son
origine genevoise, exerçaient une influence qu'essayait en vain
de combattre le gouvernement aristocratique de la république :
celui-ci fut entraîné dans la tourmente du soulèvemeut populaire
du °28 décembre 1792 et, les aristocrates défaits, le pouvoir passa
au souverain, le peuple. Aussitôt, à l'imitation des partis français,
des clubs furent créés : club fraternel, club del'écu, club révolu-
tionnaire de la Montagne 3, etc. On y discuta avec passion le projet
de constitution élaboré par le gouvernement nouveau. Un des
premiers articles contestés fut celui qui déterminait les conditions
d'admissibilité à la bourgeoisie genevoise.
Le projet provisoire de la constitution disail en son article 1er :
1. Ibiâ., R. du G., 1788, p. 94.
2. Archives de Garouge, 89, D. 5.
3. Marc Péter, Genève et la Révolution; les comités provisoires, Genève, Kun-
dig, 1921.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGË 133
il û'y a dans la république genevoise que des citoyens et des
étraugors; art. 2: sont citoyens de la république, s'ils sont de la
religion réformée ou protestante, ceux, etc. Catholiques, Juifs, tous
les membres d'une confession autre que la réformée ou protestante,
étaient donc exclus des avantages de la nationalité genevoise.
Le secrétaire de l'Assemblée nationale, Isaac Salomon Anspach,
pasteur, dans un discours prononcé à l'assemblée, le 19 sep-
tembre 1793, s'éleva contre cet ostracisme. Reprenant la thèse des
philosophes du xvme siècle et pour les Juifs, en particulier,
quelques idées exprimées à la tribune de l'Assemblée nationale de
France, il professe qu'une religion déterminée n'est point une
condition du pacte social. « Il s'agit de savoir, dit-il, s'il faut, dans
un état, établir la profession d'une religion dominante comme
condition de l'exercice des droits du citoyen ». Or il est pasteur : il
veut faire triompher la (sa) religion, mais, pour la décharge de sa
conscience, il doit adopter cette attitude et s'élever contre tout
maintien d'une religion d'état. »
Anspach, après avoir signalé les effets coutumiers d'une telle
institution, l'intolérance, les persécutions, en vient aux Juifs, dont
il demande l'admission et, reprenant le reproche habituel d'inso-
ciabilité et d'incompatibilité : « Plusieurs de ces sectes, dit-il,
sont inconciliables avec l'état de notre société »..., « l'une ne
remplit pas ses devoirs sociaux » ; il ajoute que « tout ce qui
contredit le pacte social doit être repoussé ».Ce pacte exige l'ordre
public et l'uniformité de vie sociale; en conséquence, un Juif ne
pourra pas fêter publiquement le samedi « parce que la loi. qui
règle la police des cultes, établira l'uniformité pour conserver
Tordre extérieur ».
Il conclut donc à la radiation des mots « s'ils professent la
religion réformée et protestante », et il ajoute la nécessité de
salarier, indistinctement, les ministres de tous les cultes 4;
Le discours et l'attitude du pasteur Isaac Salomon Anspach
provoquèrent émoi et scandale dans les milieux conservateurs,
réformés et protestants genevois, qui considéraient, sans doute,
comme un crime de lèse-divinité l'admission des catholiques et
des Juifs à la bourgeoisie et comme une impureté, leur entrée
dans la ville, si jalousement gardée par des règlements inflexibles.
Mœurs, caractères, esprit, traditions sacrées et salutaires, le
bonheur, la prospérité même de Genève ne seraient-ils pas
1. Archives de Genève. G. 189, p. 25. Bibl. publ. etuniv., B. G.,Gf. 315, V, 59,161.
134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
compromis et ne courraient-ils pas le risque de périr par la
destruction des privilèges séculaires et l'institution d'une politique
libérale qui, faisant fi des avantages de la constitution éprouvée
des pères, ouvrait la cité à tout venant ?
Ce furent ces idées que le jour de Noël, dans l'église de Saint-
Germain, un des orateurs les plus réputés de la compagnie des
pasteurs fut chargé de défendre. Le citoyen Mouchon, pasteur,
prononça un long discours 1 composé d'un discours préliminaire
et du discours proprement dit sur la question discutée âprement
par tous les citoyens, car on approchait du jour de la consultation
du peuple. Après des attaques directes contre Anspach, il démontre
qu'un état se devait soucier seulement du bonheur du peuple ;
que ce bonheur était conditionné par la morale, dont la dépen-
dance avec la religion est absolue. Il fallait donc chercher la
vraie religion, à savoir le protestantisme, qui exclut toute autre
confession et n'admet pas l'égalité des religions ni la liberté
des cultes. On ne saurait donc accepter les Juifs.
Sur ce point, Mouchon relève les contradictions d'Anspach :
« car enfin, pourquoi, malgré la liberté des cultes, demande-t-il
l'expulsion des Juifs par exemple 2? Parce que les Juifs ne pour-
raient pas fêter publiquement le samedi. Et pourquoi cette prohi-
bition ? Parce que la république aura consacré le dimanche. »
Celle-ci intervient donc pour permettre ou défendre, ou condi-
tionner l'exercice du culte ; il y a donc contradiction avec la liberté
des cultes, surtout si les ministres sont salariés par l'état : ils
deviendront fonctionnaires et soumis, en toute dépendance, au
gouvernement.
Mais, en note, Mouchon prouve qu'il est moins sensible à la
logique qu'à des mobiles moins avouables : « il est une autre raison
très forte d'écarter les Juifs, c'est le coup mortel qu'ils auraient le
talent de porter à notre commerce en l'attirant à eux. Dans le
siècle dernier, une société de Juifs fit demander au gouvernement
l'habitation dans Genève, en lui offrant de fortifier la ville à leurs
frais, de payer la garnison, et de bâtir un quartier qu'ils habi-
teraient 3. »
Dans le sermon il peint à larges traits l'action de la réforme à
1. Sermon prononcé le jour de Noël, dans l'église de Saint-Germain, sur la
nécessité d'une religion nationale, par le pasteur Mouchon, Genève, 1793. Archives
de Genève, G. 191. Sermon Mouchon Pierre. Bibl. publ. et unir. B. G., Gf, 30, 723.
2. Auspach n'a pas demandé l'expulsion (t. sa réponse).
3. V. affaire de Candolle. Mouchon fait erreur sur la date de 1582.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 135
Genève. Elle lui a donné son caractère, elle entre dans sa consti-
tution politique et morale : la république lui doit son existence,
sa conservation, sa prospérité : il établit que le législateur aie
droit de conditionner l'admission dans la société sans qu'il y ait
atteinte à la liberté de pensée. En conséquence, il faut se sauver de
la perdition en excluant toute religion et tout étranger dont
l'admission altérerait le caractère national et les mœurs.
Au discours de Pierre Mouchon Anspach répondit dans le
Journal de Genève*. Après les compliments de rigueur, il se plaint
que Mouchon, par mauvaise foi ou ignorance, le cite mal. Il
reprend alors sa thèse de l'inutilité et des dangers d'une religion
dominante, précise que les concepts de nation et de religion sont
indépendants, et se défend d'avoir voulu exclure les Juifs : « j'ai
dit seulement : un Juif ne pourra pas fêter publiquement le
samedi, parce que la loi qui règle la police du culte établira
l'uniformité pour conserver l'ordre extérieur » (la nuance est
subtile : en fait les Juifs seraient reconnus citoyens, mais l'exer-
cice de leur culte serait interdit le samedi, véritable atteinte à la
liberté, Mouchon a raison sur ce point). Il subventionnera tous
les cultes, mais ce traitement égal, loin de réduire les prêtres au
fonctionnarisme, leur assurera une indépendance complète dans
l'exercice de leur ministère et une complète égalité aux yeux des
citoyens auxquels on n'a pas le droit d'imposer une religion,
môme bienfaisante à la cité : qui sait si des sectes nouvelles
n'assureraient pas plus le bonheur des citoyens ?
Ce combat des prédicateurs, la lutte entre la chaire et la tribune,
avait un écho retentissant dans les clubs. A la demande du club
fraternel au temple neuf, lors de l'anniversaire de l'Escalade, le
12 décembre 1793, le pasteur Pierre Dejoux prêcha sur les vertus
patriotiques des ancêtres et les proposa à la reconnaissance et à
l'imitation des Genevois, laissant ainsi entendre les dangers de
l'admission des étrangers à la qualité de citoyens 2.
Dans la déclaration des citoyens antianarchistes de Genève, du
6 janvier 1794, J. A. du Roveray, ancien procureur général, qui
avait dû fuir de Genève, réclame l'ordre dans la cité, et il assure
le gouvernement de son dévouement : « nous l'invitons à compter
1. Numéro du 16 janvier 1794. «L'attitude de ce journal a singulièrement changé. »
2. Archives d'Etat de Genève, G. 192, n° 2. Sermon prononcé à l'anniversaire de
l'escalade de la ville de Genève, au temple neuf, le douze décembre, par Pierre
Dejoux, pasteur, imprimé à la réquisition du club fraternel, dédié à la patrie. Prix :
huit sous.
136 UEVUE DES ETUDES JUIVES
sur notre dévouement à la patrie, à sentir ce qu'il doit à la portion
nombreuse et respectable des Genevois dont nous exprimons le
vœu..., mais surtout à sentir ce qu'il doit à la république entière
dont la volonté bien connue est de demeurer chrétienne, réformée,
indépendante et neutre 4. »
Les membres du cercle de l'Ecu de Genève font remettre à
l'assemblée nationale, le 8 janvier 1794, un cahier d'observations
rédigé par Béranger : « Citoyens, on nous assure qu'il est question
d'effacer de nos lois la condition d'être protestant pour devenir
citoyen de Genève. Plus nous aimons notre patrie, plus nous
désirons son bonheur, et moins nous pouvons adopter cette propo-
sition..., et si la loi, qui éloignait de la qualité de citoyen tout
homme qui n'était pas protestant, n'a eu qu'une influence utile,
si elle a donné une paix d'un siècle à Genève, si elle l'a sauvée
même dans ses agitations, pourquoi l'abandonner pour les idées
spéculatives qui peuvent être trompeuses, et qui probablement le
sont ». « On voudrait aujourd'hui que tout dissident chrétien, tout
juif, tout musulman, tout sectateur de Foé pût devenir citoyen ! »
Mais ces nouveaux citoyens juifs, catholiques, devraient-ils
contribuer à l'entretien du culte protestant? «La naissance ou
l'adoption nous donneront des citoyens juifs ou catholiques
romains et ceux-là devront-ils payer notre culte ? Non. Avoir un
seul culte est un bonheur : pourquoi donc admettre ces religions
étrangères, dangereuses et menaçantes pour nos mœurs et
notre physionomie nationale d'autant plus qu'elles sont inso-
ciables : dans leurs principes religieux (elles) se feraient un scru-
pule de conscience de faire partager à leurs enfants celle d'édu-
cation publique) que vous donneriez aux vôtres. » La population
suffisante de la ville et sa situation prospère n'autorisent pas
l'octroi des droits de citoyen aux étrangers 2.
Toutefois, une opinion contraire s'était manifestée dès le début
de la discussion 3. Julien Dentand, dans le Journal de Genève, sub-
stituait à la rédaction du projet le texte suivant : « On reconnaîtra
pour citoyens tous ceux qui, ayant légalement joui de cette qualité
(c'est-à-dire âgé de vingt ans, solvables et ayant prêté serment de
fidélité à l'assemblée), n'en seraient déchus par aucun acte juridique,
tous leurs descendants légitimes, et les étrangers qui ayant obtenu
1. Archives de Genève, G. 191.
2. Archives de Genève, G. 191. Bibliothèque publ. et univers., B. G., Gf, 315,
t. 59, p. 61-62 ; t. 69, p. 72. Voir Catalogue Riyoire.
3. Journal de Genève, S août 1793.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAHOUGE 137
la permission d'habiter dans la ville ou sur son territoire, auraient
été admis pendant dix années consécutives à faire le service
militaire et à paver ses impôts comme tons les Genevois. »
Mais la campagne en faveur du projet fut vigoureusement menée
et quand le peuple fut appelé à se prononcer, le mercredi
29 janvier 1794, sur cette question « le souverain approuve-t-il
la clause de l'art. 2 qui impose au citoyen la condition d'être
de la religion réformée ou protestante? », il y eut 2.808 oui et
382 non '.
Sans doute on pavoisa à Genève, mais dans un discours prononcé
à Saint-Pierre par le citoyen J. Dentand, président du comité
provisoire, le jour où le projet de constitution fut porté à la
sanction de l'assemblée, après un éloge de la constitution nou-
velle, il ne se fit pas faute d'ajouter : « Cependant, citoyens, il ne
faut pas se dissimuler que quel qu'ait été le zèle patriotique,
les talents et les lumières des membres de l'assemblée, il est
possible, vraisemblable même, que cette constitution n'ait point
encore le degré de perfection dont elle est susceptible, mais les
germes de la perfectibilité. »
Ce vote provoqua les railleries du frère Montagnard au fils
Duchesne2.
D'autres citoyens eurent plus de courage et surtout plus de
franchise que le Bonhomme, qui, sous son libéralisme, sait à
merveille user des restrictions mentales. JohannoL, genevois 3, qui
devint président de l'administration du Haut-Rhin et fut membre de
la Convention et du Conseil des Cinq Cents, écrivit cette lettre au
Club fraternel des révolutionnaires de la Montagne de Genève7'.
Lettre à Anspach, citoyen de Genève. Paris, le 1er ventôse an II de la
République une et indivisible.
Recevez, mon ami, l'expression de mes regrets et de ma douleur sur
l'article de la constitution genevoise qui prononce aux yeux de la France
libre et de l'Europe attentive la violation des premiers principes de la
morale et de la justice, je veux dire la non liberté de conscience et du
culte.
1. Journal de Genève, 3 février 1794.
2. V. Le lionhomme, n° du frère montagnard au fils Duchène. Bibl. publ. et univ.
de Genève. B. G., Gf. 315, 48 ; v. Catalogue Kivoire.
3. Voir E. Ghapuisat, De la terreur à l'annexion ; Genève et la République
française, 1793-1798.
4. Archives de Genève, G. 191. « Le club fraternel des révolutionnaires de la
Montagne de Genève a arrêté l'impression des deux lettres ci-après le 3 mai 1794,
l'an 3" de l'égalité genevoise. »
138 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES
Alexandre Bousquet ne se contenta pas de désapprouver le vote,
il refusa d'être membre du comité exécutif, et le 6 floréal an IIe
de l'ère républicaine, il informait de sa décision le président du
Club fraternel.
Mais la conséquence du vote ne se fit pas attendre. La législation
anté-révolutionnaire fut remise en vigueur contre les étrangers
et, le 14 février, on décrétait que nul étranger ne pouvait séjourner
plus de huit jours à Genève sans déclaration à la police et sans
permis de séjour. Si les Juifs de Garouge avaient, une seule
minute, nourri quelque espoir dans l'obtention de la bourgeoisie
genevoise, ils eurent donc prompte désillusion ; il leur fallut
attendre l'annexion de Genève à la France pour avoir tout droit
d'entrée et de séjour dans la ville devenue chef-lieu du département
du Léman.
Pourtant ils dédaignèrent ce dernier avantage, si convoité dans
le passé. Ils continuèrent à demeurer à Garouge, où, devenus
français et citoyens, ils avaient goûté, après l'administration sarde,
le bonheur d'une tranquillité constante, la possession du droit
commun.
Leur nombre s'était accru. Demeurés quinze, après la procla-
mation de l'édit de tolérance d'août 1787, ils étaient déjà trente-
neuf en 17941. Nous ne retrouvons plus le juif anglais Joseph
Abraham, fabricant de verres de montre, ni l'italien, fabricant de
cire, Joseph Vigevano, époux de la parisienne Hélène Cerf et de ses
enfants, Dorinne, née à Modène, Rose et Esther, nées à Garouge :
ni Saint-Michel Mort d'Amsterdam, marchand drapier; ni Maliard
Lévy, marchand en drap et soieries, originaire de D'ambard
(Dambach) en Alsace ; ni Mayer Goguenin, aussi marchand, de
Gharleville 2.
En 1798, ils sont soixante-quinze, dont les plus anciens sont3 :
Bloc Gaspard, entré dans la commune en 1788.
Bloc Lyon, — — 1788, sa femme : Fachelele
Magdeleine; ses enfants :
Hélène, Mathias, Marx.
Treifoultz Moyse, — 1782.
Treifoultz Julie, — — 1782.
1. Archives de Carouge. Recensement de la section de l'Egalité, 161, D. 5. Recen-
sement de la section de la Liberté, 161, D. 5.
2. Arch. de Garouge, 48, D. 5. Registre de consignation des habitants du quartier
confié à Me Etienne Burdallet, maison Lambusquin. Recensement des habitants, 1789.
3. Archives de Carouge, 203, D. 5. Recensement de 1798.
HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE
139
Treifoultz Hélican, entré dans la commune en
Dugaz Rosette, — —
Treifoultz Théodore, — —
Dugaz Joseph, — —
Treifoultz Rosette, — —
Meyer Schoul, — —
Lemm Charlotte, — —
Mayer Isaac et Brunette, —
Mayer Jeannette? — —
Gros Jacob '? — —
Bloc Gaton, — —
Paraphe Polacre, — ' —
Paraphe Jeannette,
Ulmann Moyse,
Weil Mayer,
Serf Moyse,
Abraham Joseph,
Lévi Samuel.
1782.
1787.
1787.
1787.
1787.
1787.
1787.
1785.
1778,
1783,
1788.
1786,
1786.
1783.
1788.
1789,
1786,
1783,
cabaretière.
tailleur.
sa femme Sarah Mayer
et enfants.
instituteur, femme et
enfants,
cardeuren coton (est-ce
le fabricant de verres?)
sa femme Dugaz Julie.
Ils seront, d'après le recensement de 1807, treize familles
comptant soixante-onze membres1.
(A suivre.]
E. GlNSBURGER,
1. Archives de Carouge, 396, D. 4. V. la liste ainsi que celle du recensement de
1810 aux Pièces justificatives, IV. Leur nombre ne dépasse pas 91. V. plus loin l'in-
terpellation de Gosse.
CATALOGUE D'ACTES
POUR SERVIR A
L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON
SOUS LE RÈGNE DE JAIME II
(1291-1327)
(suite1)
2447. — P. de Foresia (ou de Faresia), en suite de l'information qu'il
a instruite contre les meurtriers de Salamon Alaceff, argentier, tué dans
la grange (alcheria) de Farna, reçoit l'ordre de l'infant de saisir les biens
des inculpés et de les garder en sa main jusqu'à nouvel avis. — Valence,
21 juin 1292.
Archives de la couronne d'Aragon, reg. 86, f° 142.
2448. — L'infant aux adénantades de l'aljama des Juifs de Valence.
Juceph Abinçunaria se trouvait endetté à l'égard de son beau-frère Samuel
Abenvives. Le créancier, ayant livré son titre à un tiers, G. de Bosc,
citoyen de Valence, avait encouru la çuna ou tacane de la communauté
juive de la ville. Samuel devra donner satisfaction à la plainte de Juceph.
— Valence, 23 juin 1292.
Reg. 86, t'° 144.
2449. — L'infant mande à P. de Faresia de lui envoyer incontinent le
texte de son enquête sur le meurtre de l'argentier Salamon Aliselî, si cette
procédure est terminée, et de saisir les biens des Sarrasins incarcérés à
ce sujet, afin qu'il puisse en finir avec cette information avant son départ
de Valence. — Valence, 27 juin 1292.
Reg. 86, f° 147.
1. Voir Revue des Études juives, t. LXX1II, p. 193.
ACTES POUH L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 14!
2450. — Le Juif Abraham Alayg, sur le point de se rendre à Eylx
(Elche . s'était obligé à R. Eseorna, baile général du royaume de Valence,
sous peine de 200 morabotins, de revenir tel jour a Valence. L'infant
mande au lieutenant du baile de Valence de contraindre le voyageur et
Pharou Aben vives, son répondant, à payer l'amende encourue. — Jâtiva,
12 juillet 1292.
Reg. 86, P 157 v°.
2451. — L'infant a B. de Cas te lie t et P. Marzen, de la maison royale.
Il avait enjoint à Jona Sibilli. Samuel Abincrespin et Samuel Abinçaprut,
ailénantades de l'aljama juive de Valence, de choisir quatre secrétaires.
Les trois notables juifs ne s'étant pas accordés sur ce choix, Castellet et
Marzen, par ordre de l'infant, avaient nommé Jahuda Abenfacen, Juceph
Ablecrenay, Naçan Lobel et Jacob Habu. Cette nomination avait déplu aux
adénantades et à leur communauté. L'infant mande à Castellet et Marzen
de contraindre l'aljama a reconnaître leur choix sous peine de cent mora-
botins. — Jâtiva. 12 juillet 1292.
Reg. 86, r« 151 v°-lo8.
2452. — L'infant a appris que plusieurs Juifs de Jâtiva, se trouvant
sous le coup de contraintes, pour non payement d'impôts, de la part de
leur coreligionnaire Jahuda Habez, s'étaient éloignées de leur résidence
et hésitaient a y revenir par crainte de poursuites. Jahuda agissait par
représailles de l'alatma que sa communauté avait lancée contre lui. Or,
les fugitifs demandaient a retourner à Jâtiva et l'aljama s'engageait a les
absoudre de leur départ. L'infant mande donc à Jahuda Habez de renoncer
a son instance, puisqu'aussi bien l'aljama doit retirer la sienne vis-a-vis
de ce dernier; de cette façon, les fugitifs pourront rentrer dans leurs
maisons. — Jâtiva, 20 juillet 1292.
2453. — L'infant informe son cher F. Ballester qu'il lui confie la mis-
sion de définir l'enquête ouverte contre les meurtriers de Salamon Alacef,
argentier juif de Valence. — Valence, 24 juillet 1292.
Reg. 86, f° 170 v°.
2454. — L'infant concède à Rabi Jacob et à sa femme, Juifs de Tara-
zona, qu'ils puissent parler et faire la paix avec Sol, leur fille, et Içmaei
Levi leur gendre, nonobstant leur serment de cesser toutes relations
avec le jeune ménage. — Tarazona, 11 août 1292.
Reg.
2455. — L'infant mande a Juçeph Alphanel et Salamon Avenlaeemi,
Juifs de Huesca, de surseoir à leurs poursuites dans le procès pendant
142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
devant eux, entre l'aljama juive de Barcelone et celle de Saragosse, en
raison de certaines dépenses qui furent supportées par les communautés
juives de la couronne à la suite de la mort de David Mascharan. — Sara-
gosse, 30 août 1292.
Reg. 86, f° 187.
2456. — L'infant a appris par Jahuda Almeredi que son frère Alatzar
Almeredi, Juif de Saragosse, avait juré de ne plus entretenir de conver-
sation ni de relations avec leur oncle Alatzar Abubfach. Il mande à son
fidèle Alatzar Almeredi qu'il le délie de ce serment. — Saragosse, 12 sep-
tembre 1292.
Reg. 86, f° 194.
2457. — L'infant a été avisé par le Juif Ferrer Bonafos que Mosse
Biona, locataire de plusieurs maisons à Arbôs, refusait malicieusement
de répondre devant la cour de Villafranca à la plainte que Ferrer y avait
introduite au sujet d'une somme d'argent, bien que Mosse tînt son domi-
cile principal, avec sa femme et ses enfants, à Villafranca et non pas au
lieu d'Arbôs. Le baile d'Arbôs reçoit l'ordre de ne pas s'opposer à ce que
le justiciable récalcitrant réponde en justice devant la cour de Villafranca;
bien plus, de veiller à ce que l'affaire soit dévolue à ce dernier tribunal.
— Barcelone, 14 octobre 1292.
Reg. 87, f» 10.
2458. — Le procès qui s'était élevé entre l'aljama juive de Villafranca
et les Juifs de Sabadell-Martorell au sujet de quêtes, tailles et autres
exactions avait été confié par le roi à P. de San Clémente, baile général
en Catalogne, et à B. de Palaciol, jurispéritde Barcelone. L'infant rappelle
aux adénantades et secrétaires juifs de Villafranca la défense royale à eux
faite de ne pas exercer de contrainte vis à vis de leurs coreligionnaires
de Sabadell et Martorell jusqu'au règlement du conflit ; il leur mande, en
outre, de la part du roi et de la sienne, de ne pas grever de ce chef les
Juifs d'Arbôs. — Barcelone, 23 octobre 1292.
Reg. 87, f° 12.
2459. — L'infant don Pedro concède à tous les Juifs qui sont venus ou
viendront peupler son lieu d'Arbôs les mêmes statuts que ceux dont jouis-
sent leurs coreligionnaires de Sabadell touchant le paiement du tribut et
autres contributions. Il mande au baile et à tous les habitants d'Arbôs
de se conformer à la présente concession. — Barcelone, 23 octobre 1292.
Reg. 87, f° 12.
2460. — L'infant fait connaître à l'alcaide, au justice et aux jurés d'El
Frago que, dans le différend survenu entre les héritiers de feu P. Pardo,
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COUROiNNE D'ARAGON 143
seigneur de La Costa, sa femme et ses hommes, d'une part, et les Juifs
royaux d'El Frago, leurs créanciers, d'autre part, il a fait accepter la
transaction suivante : remboursement de la créance à raison de 400 sols
par an pendant quatre années consécutives et de 300 sols ensuite jusqu'à
complète extinction de la dette. Don Pedro mande à ces fonctionnaires
de ne pas user de contrainte à l'égard des débiteurs ci-dessus; il veut,
toutefois, que leurs créanciers reçoivent en paiement les gages ou la
valeur des gages déjà saisis sur les habitants de La Costa. — Huesca,
9 novembre 1292.
Reg. ST. f* 16.
2461. — Ordre au sobrejuntero de Huesca de procéder en justice
contre les auteurs de l'agression et du vol perpétrés au préjudice de
Çulema de Bonavida et Rabi Açar, Juifs de Calatayud, sur le chemin
public, près du lieu de Vialada. — Huesca, 10 novembre 1292.
Reg. 87, f<> 16.
2462. — Mandement à l'alcaide d'El Frago de ne pas enlever d'usten-
siles à des Juifs de sa localité, contre leur volonté. S'il arrive que des
Juifs aient été appréhendés pour maléfices ou à la suite d'une plainte, il
ne devra pas leur réclamer le droit de carcelage, mais seulement ce qui
est exigé des autres détenus. — El Frago, 30 novembre 1292.
Reg. 87, i'° 19.
2463. — L'infant a appris par Samuel Abinaftia, Samuel Abenvives,
Jahuda Alazar et Vidal Astruch Desparus, Juifs de Valence, qu'ils avaient
reçu procuration de leur aljama en vue d'obtenir confirmation des privi-
lèges royaux et que, de ce fait, ils avaient assumé des dépenses person-
nelles. 11 mande au baiie général du royaume de Valence de les leur
faire rembourser. — Huesca, 3 décembre 1292.
Reg. 87, f« 19 v.
2464. — L'infant a été avisé qu'lzmael Avencrespin, adénantade, et
Juçeph Ablaterren, secrétaire de l'aljama juive de Valence, n'étaient pas
à la hauteur de leur mission, qu'ils n'étaient pas peytiers du roi pour
leurs biens, à cause de quoi ils ne pouvaient pas pourvoir commodément
à l'observance des droits du prince ni au bon fonctionnement de leur
communauté. Mandement au baile général de Valence de rechercher si
les deux notables incriminés sont insuffisants et, dans l'affirmative, de
les remplacer par de plus capables. — Huesca, 3 décembre 1292.
Reg. 87, f° 19 f.
2465. — L'infant don Pedro reconnaît devoir aux secrétaires de
l'aljama juive de Huesca 200 sous de Jaca qu'ils lui ont prêtés pour les
144 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES
dépenses de sa maison et qu'ils ont versés à son dépensier P. Esquerit.
11 leur en donne assignation sur le produit du premier tiers de mai de la
boucherie juive de Huesca. Les collecteurs des droits sur la viande sont
avisés de cette retenue. — Huesca, 28 décembre 1292.
Reg. 87, f°26.
2466. — La reine-mère ayant concédé à l'infant, son dis, et le roi
régnant ayant confirmé à son frère la recette de tous les revenus qu'elle
percevait dans la cité de Huesca, don Pedro mande aux adénantades et à
l'aljama juive de cette ville de ne répondre, pour leur tribut, qu'à lui ou
son mandataire. — Huesca, 28 décembre 1292.
Reg. 87, f°26.
2467. — L'infant avait mandé à B. de Gastellet, jurispérit de Valence,
et à P. Martçen, son rcpositaire, de nommer les secrétaires de l'aljama
juive de leur cité, puisque les adénantades ne parvenaient pas à se
mettre d'accord sur le choix de ces fonctionnaires. Furent nommés :
Jahuda Abenhaçen, Juçeph Ablerronay, Naçan Bobel et Jacob Habu. Les
adénantades s'étant montrés mécontents de ce choix, l'infant leur enjoi-
gnit de procéder eux-mêmes, pour un an, à la nomination de leurs
secrétaires. Don Pedro mande à P. de Libian, baile général, et aux
autres offîciaux du royaume de Valence de faire exécuter les ordres ci-
dessus, mais de surseoir à l'instance ouverte contre l'aljama par Samuel
Abenaffia, Samuel Abenvives, Vidal Parus et Jahuda Alaçar jusqu'à ce
qu'ils aient entendu les comptes des secrétaires et adénantades sur le fait
des tailles perçues et des dépenses engagées. — Valence, 16 janvier 1292 3.
Reg. 87, f" 34.
2468. — Le roi Jaime II a écrit, le 11 janvier, à l'infant au sujet de
feu noble Didaco Lopez de Pharo, qui avait engagé au Juif de Téruel
Alatzar de Vidales, avant la guerre d'Aragon et de Gastille, l'aidée d'Egea
sise dans le terroir d'Albarracin. L'engagiste ayant été dépouillé violem-
ment de son gage, le roi avait mandé à son frère de contraindre les
spoliateurs à restitution de l'aidée, au remboursement de la créance ou
à complément de justice. En notifiant cette lettre à Lope de Gorrea,
alcaide d'Albarracin, don Pedro l'invite à faire remettre Alatzar en
possession de son gage ou à comparaître par devant lui, infant, dans le
délai de quinze jours. — Téruel, 26 janvier 1292/3.
Reg. 87, f° 40 v°.
2469. — Les portiers et autres offîciaux collecteurs des cènes et
autres services exigibles des Juifs de Téruel reçoivent l'ordre de ne pas
user de contrainte à l'égard de leurs prestataires, si ce n'est comme cela
se pratique vis-à-vis des Juifs de Galatayud et de Daroca, c'est-à-dire par
sou et par livre, selon leur tribut. — Téruel, 26 janvier 1292/3.
Reg. 87, P 40 v°.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COUROiNNE D'ARAGON 145
2470. — L'infant a appris que, malgré Tordre royal de faire arrêter
par un alguazil P. Navarro et le Juif Mossé pour vol commis au préjudice
de Bellice, Sarrasine de Ricla, le justice de ce lieu, après avoir reçu en
prison les deux inculpés des mains de l'alguazil, les avait remis en liberté
illégalement. Ordre est donné au justice de réincarcérer les deux pré-
venus et de procéder contre eux juridiquement. — Saragosse, 4 mars 1292/3.
Reg. 87, f° 47.
2471. — L'infant, informé que des Juifs et des Juives venus des par-
ties de France avaient été arrêtés à Bielsa avec leur argent et leurs
bagages, a dépêché trois de ses fidèles pour faire délivrer les captifs. Il
mande au justice, aux jurés et au conseil de Bielsa de remettre les voya-
geurs entre les mains de ses représentants. — Huesca, 11 mars 1292/3.
Reg. 87, f° 50 v°.
2472. — L'infant mande au justice et aux jurés de Bielsa de remettre les
Juifs de France à ses alguazils et autres délégués. — Huesca, 16 mars 1292/3.
Reg. 87, f° 53 v°.
2473. — L'infant a appris que les secrétaires de l'aljama juive de
Villafranca poussaient par alatma Mosse Biona et Astrug Garavida, Juifs
d'Arbôs, à déclarer leurs biens après leur transfert de domicile dans cette
localité et à contribuer avec leur nouvelle communauté pour les quêtes,
services et autres impositions. Le baile d'Arbôs devra s'opposera ce qu'il
soit usé de contrainte à l'égard des nouveaux venus. — Arbos, 24 mars
1292/3.
Reg. 87, f° 57.
2474. — L'infant a été avisé que, le vendredi avant la Pàque de
Résurrection, des habitants de Girone, après avoir dressé des ponts et
des poutres entre des maisons chrétiennes et des maisons juives, s'étaient
précipités sur ces dernières, la. torche et l'arbalète à la main, volant
l'argent et les chartes, blessant même quelques Juifs. Don Pedro mande
au juge ordinaire et au baile de Girone de faire arrêter les coupables et
indemniser les victimes. — Barcelone, 5 avril 1293.
Reg. 87, i'° 60 v°.
2475. — L'intendant mande au baile de Barcelone d'infliger une
contrainte judiciaire aux hommes des bailies de Galdas, Tarrasa, Garicich,
Vilamajor et autres bailies foraines qui sont obligés au principal, ou
comme caution à Gresches Zarch, Juif de Barcelone, et qui ont décliné
le for desdites bailies pour embrasser celui de la bailie de Barcelone. Il
n'entend pas par le présent mandement qu'il soit dérogé à l'avenir à la
juridiction barcelonaise. — Barcelone, 5 avril 1293.
Reg. 87, f» 61.
T. LXXV, n° 150. 10
146 REVUE DES ETUDES JUIVES
2476. — Malgré leur assurance idoine de faire au pouvoir de l'infant
complément de justice à leurs plaignants, Astruch Caravida et Mosse
Biona, Juifs d'Arbôs, se trouvent inquiétés dans leur personne et dans
leurs biens. Don Pedro mande à la cour de Villafranca et aux autres
officiaux ou sujets du roi de protéger les assurés, leurs familles et leurs
biens. — Vallmoll, 13 avril 1293.
Reg. 87, f- 65.
2477. — L'infant, avisé des tracasseries dont les Juifs Astruch Cara-
vida et Mosse Biona étaient l'objet de la part de Bartolomeo de Mans,
lieutenant de la cour de Villafranca, interdit à ce fonctionnaire de
molester les deux justiciables précités. — Vallmoll, 13 avril 1293.
Reg:. 87, f 65 v°.
2478. — Le jurispérit G. de Socarrats est chargé d'informer sur place
au sujet de l'attaque dirigée par des chrétiens contre la juiverie de
Girone. Les agresseurs poursuivirent de malheureux juifs jusqu'à l'inté-
rieur de la cathédrale, qu'ils violèrent. Des fraudeurs profitèrent même
du trouble pour emporter de la ville des marchandises prohibées et les
expédier aux ennemis du roi. L'infant enjoint à l'enquêteur de lui faire
parvenir sa procédure sous son sceau, afin qu'il puisse engager des pour-
suites contre les émeutiers. — Prades, 15 avril 1293.
Reg. 87, f- 65 v-66.
2479. — L'intendant notifie aux adénantades et secrétaires de Faljama
juive de la cité et du royaume de Valence d'avoir à obéir à R. d'Orchau,
qu'il vient de nommer lieutenant de procureur pour le royaume de
Valence. — Lérida, 18 avril 1293.
Reg. 87, f° 67.
2480. — L'infant, ayant appris par Izmael Avinbevet, Juif de Sara-
gosse, que le justice, les jurés et le conseil d'Alcover refusaient, sous
prétexte de moratoire royal, de rembourser leurs dettes audit Juif,
mande aux débiteurs de s'acquitter incontinent vis-à-vis de leur créan-
cier. — Saragosse, 27 avril 1293.
Reg. 87, f° 70.
2481. — Lettres de créance délivrées par Jaime II à son familier et
fidèle Bondavin Alfaquim, chargé d'une mission secrète auprès d'Abu-
çahir, roi de Tlemcen [Tirimçe). — Barcelone, 23 mai 1293.
Reg. 252, i° 53.
2482. — Instructions en langue catalane remises au plénipotentiaire
Bondavin. Ce dernier devra commencer par saluer le roi de Tlemcen de
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LÀ COURONNE D'ARAGON 147
la part du roi d'Aragon et dire de lui le plus de bien qu'il pourra. —
Même date.
Reg. 232, f° 53.
2483. — Jaime II mande à tous ses officiaux et sujets de ne pas
entraver le voyage de Bondavin et de sa famille vers le royaume de
Tlemccn. — Barcelone, 23 mai 1293.
Reg. 252, f» 53 v°.
2484. — L'infant confie à Sancho Munyoz aîné, habitant de Daroca,
l'examen du procès qui avait été entamé par Jaime de Costa contre
Juceff Abulex, Jahuda Paçarel, Juifs de Daroca, et plusieurs autres de
ses créanciers au sujet du reliquat du prix de vente qu'il lui restait
devoir des maisons ayant appartenu à feu Jaime de Costa. Cette somme
a été placée au pouvoir de Gilbert Bruno et, par sentence du juge de
Daroca, il a été décidé que remise en serait faite au vendeur. — Daroca,
25 mai 1293.
Reg. 87, f° 82.
2485. — Il a été écrit à P. Sancho, justice de Calatayud, au nom de
l'infant, d'obtenir par sommation ou contrainte que Rodrigo Gonçalbi,
châtelain de Fariza, restituât au Juif de Ségovie Abraham un roucin, un
mulet, des draps et tout l'argent qu'il lui avait extirpé. Le serviteur
d'Abraham qui avait subi le même sort que le convoi devrait également
être remis en liberté. — Huesca, 28 mai 1293.
Reg. 87, fo 83 v<\
2486. — Jaime de Oblicis, sur ordre royal, avait placé sous sa sauve-
garde Me Marcos, Juif des parties de Navarre, et lui avait donné asile
dans sa maison d'Urrea. Or, l'infant a appris qne Juan Jimenez d'Urrea,
se plaçant à la tète des chevaliers et des fantassins de son entourage
(familia), s'était porté à l'attaque de la maison hospitalière. Le Juif
Navarrais avait été arrêté, ses livres, ses vêtements et son argent
emportés. Très étonné de cette agression, don Pedro mande à noble
Jimen d'Urrea, frère de l'assaillant, de faire remettre Marcos en liberté
et de le ramener à Urrea. — Huesca, 28 mai 1293.
Reg. 87, f° 84 v°.
2487. — L'infant a été informé de la part de jVidal Avintal, Juif de
Lérida, que noble Artaldo de Alagôn lui avait fait saisir, près de Sari-
nyena, sept voitures d'agneaux, sous prétexte qu'elles n'étaient pas passées
par Pina. Bien plus, les domestiques que Vidal avait dépêchés à Pina pour
arranger l'affaire avaient été arrêtés. Don Pedro requiert noble Artaldo
de restituer tout ce qui a été confisqué. — Saragosse, 23 septembre 1293.
Reir. 87, f° 113 v°.
148 REVUE DES ETUDES JUIVES
2488. — Accablée de coups et de blessures par son mari Juceph, fils
de Mohal, détestée par lui, la Juive Ori Abli, pour éviter la mort ou
la mutilation, a quitté le domicile conjugal. Elle entend consommer
cette séparation en remettant, selon la çuna, les arrhes de ses fiançailles.
L'infant, qu'elle a saisi de sa plainte, mande au juge de l'aljama juive de
Calatayud de ne pas contraindre la plaignante à retourner avec son mari,
si la çuna ne lui en fait pas obligation, bien plus, de révoquer la peine
qu'il lui a infligée. — Saragosse, 8 octobre 1293.
Reg. 87, f° 118 v°.
2489. — L'infant, ayant appris qu'à l'unanimité, les jurés et le conseil
de Daroca avaient décidé de poursuivre les meurtriers des époux Salamon
Dalbin, récemment tués dans la juiverie de Daroca, requiert et prie
lesdits conseillers d'ouvrir une enquête. — Saragosse, 9 octobre 1293.
Reg. 87, f° 118 v°.
2490. — L'infant a été avisé que le justice de Çuffar avait mis Achac
Aliahen, fils de feu Açach, Juif de Saragosse, en possession de maisons et
vignes ayant appartenu à Miguel de Pradella, habitant de Çuffar, débiteur
récalcitrant. Don Pedro mande au justice, aux jurés et au conseil de
Çuffar de maintenir le créancier en possession des fonds saisis. —
Saragosse, 25 octobre 1293.
Reg. 87, f° 127.
2491. — Il a été écrit à Juân Perez de Vera de relâcher Achac Açmel,
Juif de Borja, qu'il avait emprisonné. — Saragosse, 11 novembre 1293.
Reg. 87, F 133 v°.
2492. — L'infant notifie au justice, aux jurés et au conseil de Tauste
qu'il a condamné à 4.000 sous de Jaca Salamon Davencoro, Juif de
Tauste, qui s'était rendu coupable de plusieurs crimes et excès. Gil Gharin,
mérine de Saragosse, a reçu l'ordre de vendre incontinent les biens du
condamné jusqu'à concurrence de l'amende infligée. Don Pedro mande
aux conseillers de Tauste de faire publier que tous les débiteurs et obligés
de Salamon devront s'acquitter envers le mérine et que, d'autre part,
les créanciers du condamné pourront se faire rembourser sur la masse
disponible par le même fonctionnaire. — Saragosse, 13 novembre 1293.
Reg. 88, f° 139.
2493. — L'infant confie à Miguel Perez Romero, jurispérit de Huesca,
le règlement du procès pendant entre Ferrand Bonanat, habitant de cette
ville, et Mosse Avinçayt, Juif de Huesca également, au sujet de certaine
diffamation portée par le second contre le premier devant les jurés de
Huesca. — Huesca, 19 décembre 1293.
Reg. 88, f° 119 v°.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON U9
2494. — Malgré l'ordre royal, noble Artaldo de Alagôn refusait de
restituer les sept charretées d'agneaux et le roucin que son alcade de
Pina avait saisis, pour non payement de leude, aux frères Vidal et
Jesues Avincayn, juifs de Lérida. Or, juifs et chrétiens de Lérida se
trouvent affranchis par privilège royal de tout droit de leude. Pour la
deuxième fois, l'infant prie Artaldo de restituer son larcin, sans quoi il
le fera poursuivre, lui et ses hommes. — Huesca, 19 décembre 1293.
Reg. 88, f 150.
2495. — La veuve et les héritiers d'Alfonso de Gastellnou voulaient
contraindre les Juifs de Barbastro au remboursement d'une créance de
300 sous de Jaca, sans tenir compte de la dette de 1.000 sous contractée
par le défunt à l'égard desdits Juifs. Saisi de la plainte de ces derniers,
l'infant mande au baile et au justice de la cité de Barbastro de ne pas
favoriser cette contrainte, bien plus, d'obliger les héritiers débiteurs à
verser la différence, soit 700 sous. — Monzôn, 21 décembre 1293.
Reg. 88, f- 151 v».
2496. — Don Pedro ordonne aux mêmes d'inviter Pedro Castellôn,
chevalier, qui avait reçu des Juifs de Barbastro une coupe en gage de
200 sous de Jaca, à rendre la coupe contre remboursement de sa créance.
— Même date.
Reg. 88, f° 151 v°.
2497. — L'infant a bien reçu les lettres par lesquelles le baile de
Sabadell l'informait de l'infanticide commis et avoué dans cette ville par
une Juive dénaturée. Il lui mande de se rendre à Barcelone, d'y prendre
l'avis des jurispérits et prud'hommes, puis de procéder en conséquence
contre l'inculpée. — Monzôn, 23 décembre 1293.
Reg. 88, f° 152 v°.
2498. — Dans le procès qu'Açach Avinayn et Mosse Avindurant, Juifs
de Huesca, avaient intenté à leur débitrice Estebania Godita pour non
paiement d'une créance de 200 sous de Jaca, le Justice de Barbastro, qui
a été chargé de départager les contestants, devra poursuivre l'examen
jusqu'à la sentence définitive. — Monzôn, 23 décembre 1293.
Reg. 88, f- 153 v°.
2499. — L'infant a été informé que noble Berengon de Entonça avait
fait emprisonner le Juif Azach à Borja par Gondsalve Gili. Au témoignage
de Juceph Abolbacha, Juif de Huesca, père du prisonnier, et de l'avis des
jurés, prud'hommes de cette ville, cette arrestation était absolument
arbitraire. Don Pedro mande au justice, aux jurés et au conseil de Borja
d'enlever Azach aux mains de Berengon et de le garder en leur pouvoir
jusqu'à nouvel ordre du roi. — Monzôn, 27 décembre 1293.
Reg. 88, f- 154.
150 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES
2500. — Malgré des sommations réitérées, noble Artâldo de Alagôn
n'avait pas encore restitué les sept charretées d'agneaux et le roucin
confisqués sur Jesuas Abencayl, Juif de Lérida. L'infant mande au çalmé-
dine de la cité de Huesca de saisir les biens dudit noble à Alcover et
autres lieux jusqu'à concurrence des pertes subies par Jesuas. — Monzôn,
27 décembre 1293.
Reg. 88, f° 154.
2501. — L'infant reçoit sous la sauvegarde royale et la sienne
Salamon Mailloart, marchand de Saragosse, sa femme et ses enfants,
ainsi que leurs marchandises et tous leurs autres biens. — Monzôn,
l»r janvier 1293/4.
Reg. 88, f« 155 \°-156.
2502. — Don Pedro mande au çalmédine et aux jurés de la cité de
Saragosse, sous peine de corps et de biens, de protéger le marchand
Salamon Mailloart et sa famille. — Même date.
Reg. 88, f° 156.
2503. — Le justice, les jurés et le conseil de Borja, de Magallon, de
Gastellar, de Çuffaria et d'Almudebar sont invités à conduire, sous bonne
escorte, le prisonnier juif de noble Berengon de Entencia, de Borja à
Magallon et, de là, à Gastellar, Almudebar et Huesca, où il sera remis
aux mains de l'infant. — Même date.
Reg. 88, f° 156 v>.
2504. — Il a été écrit au çalmédine de Saragosse de maintenir en
droit les trois frères juifs de cette ville, Açach, Juceph et Jahuda Abena-
fora. — Monzôn, 3 janvier 1293/4.
Reg. 88, f° 157.
2505. — Sauvegarde royale octroyée par l'infant à Salamon Aben-
remoch, Juif de Monzôn, à sa femme, à ses enfants et à leurs biens, ainsi
qu'à Astrugue, fille de feu Açach Amnaxech. — Monzôn, 4 janvier 1293/4.
Reg. 88, P 158 v°.
2506. — Don Pedro réitère l'ordre au baile de Sabadell de tirer un
châtiment corporel de la Juive infanticide de Sabadell, après consultation
des prud'hommes de la ville. — Monzôn, 11 janvier 1293/4.
Reg. 88, P 153.
2507. — L'infant informe Arbert de Mediona, procureur de sa terre
en Catalogne, qu'à son avis, la Juive infanticide de Sabadell mérite un
châtiment corporel et que le viguier de Barcelone ni tout autre ne
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 154
pourront procéder contre le baile de Sabadell, qui a été chargé du règle-
ment de l'affaire. — Monzôn, 13 janvier 1293/4.
Reg. 88, f° 153.
2508. — Sauvegarde de l'infant au Juif Abrahim Abnaxach et notifi-
cation de cette mesure au baile des Juifs de Monzôn. — Même date.
Reir. 88, f° 158 v°.
2509. — Il a été écrit à lalcaide, au justice, aux jurés et prud'hommes
de Borja de remettre le prisonnier juif de noble Berengon de Entencia à
P. Garces de Nuce ou à son procureur. — 18 janvier 1293/4.
Reg. 88, fo 161 vn.
2510. — Lettres de non préjudice accordées par l'infant à l'aljama
juive de Monzôn pour le don gratuit qu'elle a bien voulu lui consentir
en vue de solder les dépenses du séjour (hostagii) qu'il avait été obligé
de faire pour le roi à Monzôn. — Monzôn, 23 janvier 1293/4.
Reg. 88, f° 114.
2511. — Don Pedro, ayant appris que les hommes de Benabarre
retenaient en prison Açach, Juif de Monzôn, inculpé de vol et autres
méfaits, mande au viguier de Ribagorza de lui remettre le prisonnier
pour qu'il informe, s'il y a lieu, contre lui. — 19 janvier 1293/4.
Reg. 88, f° 174 v°.
2512. — David Avinfamit, Juif de Lérida, s'est plaint à l'infant de ce
que son baile G. de Redorta lui réclamait une amende de 100 sous pour
un acte de parjure, tout en se refusant à admettre de lui des répondants
et à lui assigner un juge qui pût connaître de l'acte incriminé. Don Pedro
mande au baile de Lérida de laisser David fournir caution et de lui
donner un juge idoine. — 3 mars 1293/4.
Reg. 88, f° 181.
2513. — Samuel Alfaquim est chargé de mission par devers le roi de
Grenade. — Barcelone, 6 mars 1293/4.
Reg. 252, fOÏ 80 v°-81, en langue catalane.
2514. — L'infant donne quittance à Salamon Avincoro, Juif de Tauste,
de 3.300 sous à valoir sur l'amende de 4.000 sous de Jaca à laquelle ledit
Juif avait été condamné pour crimes et maléfices. Quant au solde de
700 sous, il devra être versé au mérine de Saragosse. — 21 mars 1293/4.
Reg. 88, f 188 v°.
2515. — Après avoir examiné la procédure que le justice de Barbastro
avait dressé touchant le procès entre les Juifs de Huesca Açhac Avinayn,
152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Mosse Avindurant et. Estebania Go die a, dame de Barbastro, pour une
somme de 200 sous de Jaca, l'infant, que retiennent d'autres affaires, lui
retourne le dossier en le priant de prendre le conseil d'experts (sapien-
cinm) et de rendre lui-même la sentence. — 21 mars 1294.
Reg. 88, f° 193 v°.
2516. — Comme Juceffint Çatich Aveniafia, Jahuda Avenanfora,
Azmel Azdrelo, Açach, fils de Rabi de Tarazona, et Çulema Avenpesat,
Juifs de Saragosse, qui se rendaient avec leurs marchandises vers les
parties de Gastille, passaient à Daroca, une Sarrasine qu'ils emmenaient
dans leur caravane déclara être de la paix du roi. Bien qu'ils eussent
exhibé l'acte d'achat de cette Sarrasine, le justice de Daroca la leur
enleva et les appréhenda au corps avec leur chargement et tous leurs
biens. L'infant mande au justice de remettre les marchands en liberté et
de leur rendre ballots et Sarrasine. — Huesca, 25 avril 1294.
Reg. 88, f° 206.
2517. — Inculpé d'adultère avec une chrétienne, Barzelay, fils de feu
Açach de Maheger, avait vu tous les biens de ses frères et de sa mère
Oro saisis par le mérine de Jaca, qui au surplus le menaçait d'arrestation.
Mais la famille du délinquant remontrait à l'autorité qu'il n'y avait eu
en l'occurrence ni plainte ni accusation de quiconque. Aussi l'infant
enjoint-il au mérine Jaime de Luch de recevoir caution suffisante de la
famille Maheger et de lui restituer les biens saisis ; qu'il ne grève pas
injustement Barzelay et lui adresse les pièces du procès, don Pedro se
réservant de procéder lui-même en cette affaire. — Huesca, 25 avril 1294.
Reg. 88, f° 207.
2518. — Jaime II, ayant appris que des Juifs delà cité de Majorque
avaient fabriqué et fait usage de fausse monnaie, ordonne à son fidèle
P. de Focs, dépensier de sa maison et son procureur spécial, de ne pas
laisser un si grand crime impuni et de lancer un mandat d'arrêt contre
les faussaires. — Barcelone, 8 mai 1294.
Reg. 252, f° 193.
2519. — Si les Juifs faux-monnayeurs veulent composer, Jaime II
donne plein pouvoir à P. de Focs de leur fixer un chiffre. — Même date.
Reg. 252, f° 193.
2520. — Salamon Abenzeyt, qui avait révélé les actes de faux-mon-
nayage commis par ses coreligionnaires majorquins, courant le risque
d'être déclaré « malsim » par l'aljama juive de Majorque, Jaime II lui
donne l'assurance qu'aucune poursuite ne pourra être engagée de ce
chef contre lui sous peine de 100 morabotins d'or. — Barcelone, 10 mai 1294.
Reff. 252, f»« 193 V-194.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE La 153
2521. — L'infant avait appris qu'en représailles des sommes
des habitants de Martorell par A. de Bastida, citoyen de Barcelor,
baile de Martorell avait confisqué sur Abraham de Navarra, Juif de
Barcelone, une charretée de marchand.- ftétfteni a déclaré
qu'il s'agissait en l'espèce d'une dette royale et qu'à ce titre, aucun
Barcelonais ne pouvait être frappé de saisie. L'infant mande donc au
baile de restituer le chargement. — Barcelone. 10 juin 1294.
Reg. 88. P221 v.
2522. — L'infant fait appel au concours financier des adénantades et
du groupe juif d'Uncastillo. — Barcelone. 1er juillet 1294.
Reg. 88, f° 225.
2523. — Lettres royales de sauvegarde délivrées par don Pedro a
Abraham, Juif du village de Lexars aux confins des montagnes de Pr
et à sa sœur Ester, du village de Prades. — Barcelone. 1er juillet 1294.
Reg. 88, f» 240 f.
2524. — Lettre de Jaime II au roi de Maroc Abenjacob. Il lui accu —
réception du message qu'il lui a adressé par l'entremis h El
Judio. Il croit en avoir compris tout le contenu, mais, pour plus de
sûreté, il lui en envoie la traduction. Considérant qu'entre
dynasties, il y eut toujours concorde et amour, le roi d'Aragon charg
fidèle interprète ^alfaquin Samuel de déclarer au roi de Maroc qu'il lui
plairait beaucoup qu'entre ce dernier et le roi de Castille, beau-père de
Jaime II, régnât aussi la paix et la concorde. Il l'en remercie vivement
d'avance. — Barcelone, 8 juillet 1294.
Reg. 252, f 92. en langue castillane.
2525. — Lettres de créance touchant la mission de l'interprète
Samuel, notifiées par Jaime II a noble Abdulhac, algnazir du roi Aven-
jacob. — Même date.
- . P 92.
2526. — Accusé de réception au roi de Grenade de la lettre transmise
par l'interprète Samuel et prière d'accorder créance à la nouvelle mi —
[mandaderia) de ce dernier. — Même date.
- 252. P 92 v°.
2527. — Jaime II fait connaître à doua joe don
Samuel a pour mission de redresser les faits du roi de Cash/.
njacob et du roi de Grenade. Il veut que son interprète effectue la
traversée sur un navire bien armé et, comme il n'a pas d'argent en ce
moment pour se le procurer, il pria dame Maria de lui en faire l'avance.
— Même date.
Reg. 252, f 92 v°.
154 REVUE DES ETUDES JUIVES
2528. — Açinel Azdrell s'étant porté garant au pouvoir de l'infant
qu'il tenait à son service l'esclave sarrasine (voir n° 2516) et qu'il ferait
aux plaignants complément de justice, don Pedro mande au justice de
Daroca de restituer la Sarrasine à son maître. — Huesca, 19 juillet 1294.
Reg. 88, f° 206.
2529. — L 'infant donne quittance aux adénantades et à l'aljama des
Juifs de Huesca de 1.000 sous de Jaca en suite de l'instance qu'il avait
introduite contre eux pour n'avoir pas retenu leur coreligionnaire
Abrahim Abingavet, inculpé d'avoir craché à la face de Martin Père,
converti de la loi hébraïque à la foi catholique. — Huesca, 29 juillet 1294.
Reg. 88, f°252 v°.
2530. — L'infant a appris par Astruch Caravida, Juif d'Arbos, que les
secrétaires de l'aljama juive de Villafranca lui tenaient rigueur, le
menaçant même de prison et de saisie, de ce qu'il n'avait pas contribué
à la quête. Or, le plaignant a fourni caution suffisante à l'infant pour
faire droit. Don Pedro mande à Bartolomeo de Mans, régent de la cour
de Villafranca, de ne pas permettre qu'Astruch soit incarcéré ni saisi.
— Lérida, 9 août 1294.
Reg. 88, f° 259 v°.
2531. — Astruch Caravida avait transféré son domicile à Arbôs, mais
il avait laissé sa femme Aster à Villafranca. Cette dernière avait demandé
au régent de Villafranca de contraindre son mari à lui servir une pen-
sion alimentaire, à quoi Astruch se montrait disposé, pourvu que sa
femme consentît à le rejoindre dans sa nouvelle résidence; en cas de
refus de l'intéressée, c'est au baile d'Arbés qu'il appartiendrait de régler
le différend. Malgré l'attitude conciliatrice du mari, le juge délégué par
le régent de Villafranca l'a déclaré contumace, ce qui est inadmissible,
puisque le prévenu fait partie dorénavant de la juridiction d'Arbôs.
L'infant mande à Bartolomeo de Mans, régent de la cour de Villafranca
pour Gaucerand de Canells, de ne pas forcer Astruch Caravida à nourrir
sa femme tant qu'elle n'aura pas rejoint le domicile conjugal. — Lérida,
10 août 1294.
Reg. 88, f« 259.
2532. — L'infant reconnaît devoir à Astruch Caravida, Juif d'Arbôs
700 sous barcelonais pour un palefroi, par ce dernier fourni, trois années
auparavant, à dame G., et lui en donne assignation sur les revenus
royaux d'Arbos, à partir du 1er janvier suivant. — Lérida, 11 août 1294.
Reg. 88, f° 259 v°.
2533. — Attendu que Bonanat Escapat, Juif de Villafranca, a encouru
une amende de 500 sous barcelonais pour ne pas avoir exécuté les
ACTES POU» L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 155
clauses du contrat touchant la dot et le douaire de sa sœur Ester, femme
d'Astruch Caravida, Juif d'Arbôs, l'infant mande à B. Texidor, baile de
ce lieu, de prélever les 500 sous sur les biens de Bonanasch à Arbôs. —
Lérida, 11 août 1294.
Reg. 88, f 269 v°.
2534. — Astruch Caravida avait porté plainte devant la cour de Villa-
franca contre P. de Pinu, qui s'était porté garant, vis-à-vis de lui, d'un
sien débiteur, procureur de Doucette, femme de Çullam Adret, Juif de
Barcelone, lequel se trouvait être créancier d'Astruch. Le régent de la
cour ayant refusé de contraindre P. de Pinu et condamné Astruch à
rembourser sa dette au procureur de Doucette. L'infant mande à Barto-
lomeo de Mans, régent de Villafranca, d'annuler sa sentence et d'obliger
P. de Pinu à satisfaire son créancier. Si on a à se plaindre d'Astruch,
c'est devant son juge territorial, le baile d'Arbôs, qu'il aura à en
répondre. — Lérida, 12 août 1294.
Reg. 88, f° 260.
2535. — G. Alegre, habitant de la Febrer, affirmait que ses créanciers
juifs Abraham Monçen et Abraham de Torre lui réclamaient un intérêt
supérieur à 4 deniers pour livre. L'infant mande au baile des montagnes
de Prades de contraindre lesdits Juifs à produire leurs comptes et à
restituer, le cas échéant, les intérêts usuraires. — Prades, 17 août 1294.
Reg. .88, f° 263 v°.
2536. — L'intendant donne quittance aux secrétaires et à l'aljama
juive de Barcelone-Villafranca de 266 sous, 8 deniers barcelonais (savoir
Barcelone 200 sous et Villafranca 66) pour les cènes de l'année courante.
Cette somme a été versée à Vidal Caravida, Juif de Villafranca, pour prix
d'un mulet par lui fourni au roi. — Barcelone, 26 août 1294.
Reg. 88, f° 266.
2537. — Don Pedro reconnaît devoir à Vidal Caravida, Juif de Villa-
franca, 233 sous, 4 deniers barcelonais pour solde d'une mule de 500 sous.
Assignation est faite de ce reliquat sur les revenus d'Arbôs. — Même date.
Reg. 88, f° 266.
2538. — L'infant, considérant que toutes les familles juives établies
dans la cité de Vich étaient placées avec leurs biens sous le guidage
spécial de ses prédécesseurs, seigneurs de Moncada, reçoit à son tour
sous son guidage tous les Juifs, habitants actuels et futurs de Vich, à la
condition qu'ils lui fourniront à lui ou à son baile, chaque année à la
Toussaint, la maçmondine mine d'or de cens qu'ils avaient coutume de
payer. Don Pedro garantit à tous les coutumes, grâces et privilèges dont
156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
jouissaient les Juifs de Barcelone et de Catalogne, notamment la testï-
monialité par juif et chrétien. - Vieil, 15 septembre 1294.
Reg. 89, f° 7.
2539. — Il a été mandé au viguier d'Ausone de faire exécuter la
sentence pour dettes rendue entre Bonmancip, Juif de Vich, et plusieurs
habitants du territoire du château de Gurb, entre autres, F. de Postayes.
— Vich, 17 septembre 1294.
Reg. 89, fo 9 v°.
2540. — L'infant, considérant les services à lui rendus par Mosse
Castellan, Juif de Barcelone, le reçoit dans sa maison. Il mande au
viguier, au baile, aux conseillers et prud'hommes de cette cité de pro-
téger ledit Mosse avec sa famille et tous ses biens, et de ne pas permettre
qu'il subisse d'injure ni de dommage. — Barcelone, 2 octobre 1294.
Reg. 89, f° 16 v°.
2541. — Il a été écrit au baile de Gervera de faire observer l'obliga-
tion souscrite par R. A. de Gastellon aux Juifs David Portell et Vidal
Cervera sur les revenus de l'infant à Gervera. — Cervera, 5 octobre 1294.
Reg. 89, f° 19.
2542. — L'infant a appris par Salamon de Bellforat et ses cinq frères
Gualit, Juçeph, Salamon jeune et Açach, Juifs de Saragosse,que le mérine
de cette ville leur réclamait une taxe royale qu'ils avaient déjà payée,
sous le règne de Pedro III, au mérine alors en fonction, Galacian de
ïarba (dont quittance) et que, pour ce motif, il les avait frappés d'une
saisie. Don Pedro mande à Gil Garini, mérine de Sâragosse, de surseoir
aux poursuites jusqu'à son arrivée, sous peu de jours, dans cette ville. —
Huesca, 13 octobre 1294.
Reg. 89, f° 21.
2543. — Jaime H autorise Jucef Golfe, fils de Salamon, Juif de Majorque,
à construire un four à pain dans sa boutique du call judaïque (quartier
qu'on est en train de réédifier) de la cité [de Palma], pourvu que cette
création ne porte pas de préjudice à autrui et que le nouveau four soit le
four unique du call juif. Cette concession est faite à charge d'un cens
annuel de 10 morabotins d'or fin, droit poids; elle comporte le droit de
vendre, aliéner le domaine utile, sauf à chevaliers, ecclésiastiques et
saints. — Tortose, 14 octobre 1294.
Reg. 194, f° 93 v°.
2544. — Il a été écrit aux habitants d'El Frago et à l'aljama juive de
ce lieu d'envoyer cinquante béliers pour la cène. — Huesca, 15 octobre 1294.
Reff. 89, f° 23.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COUUOiNNE D'ARAGON 157
2545. — Mandement au justice, à l'alcaide et à Lope de Vall, rnérine
de Çuffar, d'instruire avec diligence le procès pendant entre les Juifs de
Saragosse et leurs débiteurs chrétiens. — Çuffar, 17 octobre 1294.
Reg. 89, f° 23 v°.
2546. — Jaime II continue les privilèges octroyés par ses prédéces-
seurs à l'aljama juive de Tortose. — Tortose, 17 octobre 1294.
Reg. 194, 1'° 95.
2547. — David Alatzar, Juif de Saragosse, assigné par sa communauté
pour non paiement de sa quote-part des peites, hihets et autres taxes
royales, avait juré que, pendant cinq ans, il n'habiterait pas à Saragosse.
L'infant décrète que, malgré ce serment, il n'aura pas à sortir de cette
ville pour habiter ailleurs. — Saragosse, 19 octobre 1294.
Reg. 89, f° 24.
2548. — L'infant donne quittance à Gil Carini, mérine de Saragosse,
de l'amende de 4.000 sous de Jaca à laquelle Salamon Avincaro, Juif de
Tauste, avait été condamné pour crimes et maléfices. — Saragosse,
20 octobre 1294.
Reg. 89, f° 24.
2549. — Pendant la trêve entre les royaumes de Navarre et d; Aragon,
des Navarrais ont enlevé une mule, un roucin, du cuir et d'autres objets
à Juçeph, fils de Bon, et Juçeph, fils de Sulema, Juifs d'Uncastillo. Saisi
de la plainte de ces derniers, l'infant mande à Rodrigo de Figeroles,
sobrejuntero de Jaca, de représenter au gouverneur de la Navarre d'avoir
à restituer la prise faite par ses administrés ; en cas de refus, licence
sera donné d'user de représailles à l'égard de tout Navarrais. — Saragosse,
22 octobre 1294
Reg. 89, f° 26.
2550. — L'infant a appris qu'à rencontre du sursis royal, Blas Jimén
de Ayerbe contraignait l'aljama juive d'Egea à verser de l'argent au roi.
Il lui mande de surseoir à toute contrainte. — Saragosse, 27 octobre 1294.
Reg. 89, f° 29 v°.
2551. — Lettre de Jaime II à la reine de Castille. lia reçu sa missive
sur le cas de Salamon Gonstanti. Il ne serait pas bon que ce Juif conti-
nuât à exercer les fonctions de juge ou de « rap » de tous les Juifs
d'Aragon comme au temps des rois Pedro III et Alfonso III; cette pro-
longation porterait un grave préjudice à ses coreligionnaires. La reine
ne doit pas vouloir que, pour un Juif, Jaime II perde tous les autres. Il
la prie donc de l'excuser. — Barcelone, 27 octobre 1294.
Reg. 252, f° 50, en langue castillane.
158 KEVUE DES ETUDES JUIVES
2552. — Jaime II prie le roi Abenjacob, seigneur de Maroc, l'émir
Amuinlemi, fils de Abenjucef, seigneur de Maroc et l'émir Amuinlemi
d'accorder créance à Samuel Alfaquim. — Barcelone, 13 novembre 1294.
Reg. 252, f° 110, en castillan. — Semblable notification est faite au roi
de Grenade et à Bomip, seigueur de Geuta.
2553. — Izmael de Portella, au temps où il était dépensier de l'infant,
avait ordonné aux faubouriens {aldeanos) de Calatayud de s'obliger à
Abrahim Pazagon et à son frère Azmel, Juifs de la ville, qui devaient en
répondre à leur tour à l'infant, suivant acte dressé par leur tabellion
Rabi Mayr. Maintenant, Izmael réclame la somme aux frères Pazagon.
Don Pedro mande à P. Sanche, justice de Calatayud, au sobrejuntero de
Tarazona et aux autres officiaux de Calatayud d'interrompre la contrainte
jusqu'à ce qu'lzmael vienne lui rendre ses comptes. — Daroca, 18 no-
vembre 1294.
Reg. 89, f- 40.
2554. — L'infant avait mandé au justice de Murviedro de lui envoyer
Juçeph Bonet, Juif de cette ville, qui s'était rendu coupable d'un faux au
préjudice de son prétendu débiteur Ogero de Cervet. Revenant sur cet
ordre, il lui enjoint de procéder lui-môme directement contre le faus-
saire, selon le droit et for de Valence. — Valence, 11 décembre 1294.
Reg. 89, f° 47 v°.
2555. — L'infant don Pedro ordonne aux adénantades des Juifs de
Valence de rapporter la sentence d'excommunication qu'ils ont pro-
noncée contre leur coreligionnaire Ester, fille de Nabeyla, puisqu'aucune
plainte n'a été portée contre elle. L'excommuniée se trouvait exclue
pour dix ans de la juiverie de Valence et défense lui avait été faite
d'entretenir désormais des relations avec les Juifs de sa communauté.
Don Pedro fait remarquer aux adénantades qu'ils n'ont pas le droit, si
aucune plainte ne s'est produite, d'excommunier personne sans le
consentement du roi ou de l'infant. Il se réserve, au surplus, de corriger
l'abus de pouvoir par eux commis. — Valence, 13 décembre 1294.
Reg. 89, f° 49.
2556. — Jaime II, considérant que Jahuda, fils d'Astrug Bonsenior,
Juif de Barcelone, sait établir des actes de prêt en langue arabique et les
faire comprendre aux Sarrasins, lui accorde licence d'instrumenter en
arabe dans la cité et territoire de Barcelone. Pour avoir force légale, ces
actes devront être écrits et souscrits de la main de Jahuda, qui aura
aussi le monopole des actes hébraïques à Barcelone. — Barcelone,
13 décembre 1294.
Reg. 194, f° 108 v°.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LÀ COURONNE D'ARAGON 159
2557. — Jaime II, ayant égard à la pauvreté de l'aljama juive d'Egea,
lui consent une remise de 1.500 sous de Jaca sur le tribut de l'année
courante. — Barcelone, 20 décembre 1294.
Reg. 194, f° 109 v°.
2558. — Feu Salomon Abençaprut avait tué la femme et la sœur de
Salomon Alfayat, Juif de ïéruel, épousé son autre sœur après l'avoir
ravie dans la maison de sa mère. Alfayat, ayant dénoncé ces turpitudes,
s'était trouvé exposé aux menaces de plusieurs Juifs de Téruel qui lui
avaient rendu le séjour de cette ville intolérable. Informé par Alfayat de
celte situation, l'infant mande au justice et au juge de Téruel de protéger
le plaignant, pourvu qu'il se déclare prêt à faire droit devant leur
tribunal; Alfayat devra pouvoir rentrer à Téruel et y séjourner en toute
sécurité. — Valence, 31 décembre 1294.
Reg. 89, fo 48:
2559. — Ordre aux adénantades de l'aljama juive de Valence de laisser
Ester, fille de Na Beyla, aller et venir librement dans leur juiverie et se
mêler à l'existence des autres Juifs, nonobstant l'alatma lancée par eux
contre elle. — 3 janvier 1294/5.
Reg. 89, f» 55 v°.
2560. — L'infant reçoit Mosse Abenrodrich, Juif de Murviedro, sous
la sauvegarde du roi et sous la sienne. — Même date.
Reg. 89, f° 55 v°.
2561. — G. de Santa Maria, jurispérit de Murviedro, est chargé de
connaître des différends entre Jucef Avinçaprut, d'une part, Açach
Passareyl et l'aljama juive de cette ville, d'autre part. — 4 janvier 1294/5.
Reg. 89, f° 54.
2562. — Le lieutenant du procureur du royaume de Valence a pro-
mulgué la sentence par laquelle l'infant avait confirmé celles rendues
par A. Scribe, alors justice de Valence, et G. de Vernet, assigné juge par
ce dernier, contre Jaime de Puig Palamerio, accusé par le Juif Juçeph
Maxefon d'avoir tué son fils Vidal Maxefon. Don Pedro mande au justice
et aux jurés de Valence de faire exécuter la sentence promulguée. —
Valence, 13 janvier 1294/5.
Reg. 89, f° 56.
2563. — Jaime II a appris que le baile chargé de recueillir les cha-
longes des Juifs de Téruel pour noble B. G., sans attendre la décision des
officiers royaux touchant la taxation de ces chalonges, contraignait de
multiples façons lesdits Juifs à lui en verser le montant. Il lui mande de
160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
ne rien exiger avant le prononcé des sentences. — Barcelone, 13 jan-
vier 1294/5.
Reg. 194, t'o 113.
2564. — Jaime II, voulant travailler au développement et à la prospé-
rité de la ville de Figueras, décide, par grâce spéciale, que les Juifs qui
viendront la peupler seront affranchis, pendant les dix premières années
qui suivront leur établissement, de toutes quêtes et services, pourvu
qu'ils ne soient pas encore inscrits au rôle de la collecte ou du tribut
royal. — Même date.
Reg. 194, f» 115.
2565. — Ordre aux adénantades de l'aljamâ juive de Valence de
procéder contre les Juifs de cette ville inculpés d'excès par le Barcelonais
Me Haron, Juif de la maison du roi et de l'infant. — Valence, 18 jan-
vier 1294/5.
Reg. 89, f° 57 v°.
2566. — Le Juif Juçeph Avinçaprut avait reçu de feu Jaime Ier une
assignation de 120 sous par an sur le tribut des Juifs de Murviedro.
Or, profitant d'un acte de vente, qu'il savait pourtant fictif, Açach
Passareil s'était substitué frauduleusement à l'assignation et, depuis
huit ans, procédait lui-même au prélèvement de l'assignataire. L'infant
mande à P. Mir, baile de Murviedro, de contraindre l'usurpateur à res-
tituer les annuités induement perçues par lui, puisqu'aussi bien Passareil
a confessé, sous la prestation du serment, que la vente à lui consentie
par Avinçaprut avait un caractère fictif. — Valence, 18 janvier 1294/5.
Reg. 89, f° 57 v°.
2567. — L'infant informe les adénantades et le groupe juifs de
Majorque que l'aljamâ juive de Barcelone a concédé charte testimo-
niale à Avigata, veuve d'Astruch, Juif Barcelonais, pour lui permettre
d'acquérir un immeuble dans leur juiverie et l'aider à y marier sa fille,
qu'elle ne pouvait marier ailleurs. Gomme la veuve d'Astruch se pro-
pose de retourner à Majorque pour y marier sa fille, don Pedro mande à
la communauté juive de cette ville de n'apporter aucun obstacle à la
réalisation de ce projet. — Valence, 26 janvier 1294/5.
Reg. 89, f° 60 v°.
2568. — Il a été écrit à P. de Libian, grand baile du roi à Valence, de
rechercher s'il était vrai que Jacob Abnuda et Jahuda Abenvives eussent
prononcé frauduleusement sur le fait des 400 morabotins de Castille que
réclamait Abrahim Abenmuyel à Samuel Mohendin. Dans l'affirmative,
cette sentence devrait être révoquée et Samuel serait tenu de remettre
ACTES POUR LM11ST01BE DES JUIFS DE LA COURONNE D ARAGON 461
les 400 morabolins à Abrahim selon le jugement rendu, l'année précé-
dente, par les adénantades de L'aljama juive de Valence. — Valence,
26 janvier 1294 5.
aeg. S!), f» (il) \".
2569. — Quittance aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de Tarra-
gone de 250 sous barcelonais, qu'ils ont versés h P. Esqnerit pour la
cène de l'année courante. — Tarragone, 8 février 1294/5.
Heu. 89, t'° 63 v\
2570. — L'infant prie les adénantades et l'aljama juive d'El Frago de
lui envoyer 300 sous de Jaca pour lui permettre de célébrer, avec
quelques « ricos hombres », les réjouissances qui seront données aux
prochaines fêtes de Pâques à Huesca. — Huesca, 30 mars 1295.
Reg. 89, f° 75.
2571. — L'infant mande à Enego Lopez de Jassa, baile de Huesca, de
donner satisfaction à son concitoyen juif Moçe, fils de feu Vidal Abla-
croner, qui affirmait avoir coutume de recevoir chaque année un salaire
de 100 sous de Jaca pour la perception des tributs et cens de Huesca. —
Huesca, 3 avril 1295. t
Reg. 89, 1° 76 v°.
2572. — L'infant, ayant chargé Muça Ablacromer, Juif de Huesca, de
faire des réparations au palais royal de cette ville, mande au baile Enego
Lopez de Jassa d'imputer les dépenses qui seront engagées de ce chef sur
le budget de la cité. — Huesca, 10 avril 1295.
Reg. 89, 1° 79 v°.
2573. — Quittance de l'infant à Açach Fehuçal, Juif de Huesca, de
153 sous de Jaca, à valoir sur les 460 qui lui incombent pour la tein-
turerie ou étuve (de tintoraria sive calderia) de Huesca. — Même date.
Reg. 89, f» 80.
2574. — L'infant transmet à Miguel Pedro Romer, ju ris périt de Huesca,
la plainte déposée par dame Constance de Béarn contre des Juifs de cette
ville, qu'elle accusait de réclamer à ses hommes, de Lienas et d'Apiés,
des créances déjà soldées et des intérêts usuraires. — Huesca, 12 avril 1295.
Reg. 89, f» 80.
2575. — L'infant ordonne à l'alcaide, au justice et aux jurés d'El Frago,
d'examiner le compte des sommes dues par les chétiens aux Juifs de
cette localité et de les leur faire acquitter en trois annuités. Quant aux
intérêts, don Pedro y pourvoiera. — Penaflor, 18 avril 1295.
Reg. 89, f° 85.
T. LXXV, n» 150. 11
162 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES
2576. — Jaime II informe les secrétaires de l'aljama juive de Barcelone
qu'il affranchit les époux juifs Jacob de Caldas de Montbuy et Vidale,
leur vie durant, avec réversibilité au dernier mourant, de toute quête,
peite et exaction royales. — Barcelone, 18 avril 1295.
Reg. 194, f« 136 v°.
2577. — Lettres de franchises accordées pendant quatre ans par
Jaime II à l'aljama juive de la cité de Jaca pour peite, quête, subside,
chevauchée, à l'exception du tribut annuel et de la cène, qui s'élève à
200 sous de Jaca. — Barcelone, 30 avril 1295.
Reg. 194, f° 137 v°.
2578. — L'infant reçoit sous la sauvegarde du roi et la sienne les
familles et les biens d'Açaeh, Juceph et Jahuda, Juifs de Saragosse, fils de
Vidal Abenaçfora, de la maison royale. — Saragosse, 9 mai 1295.
Reg. 89, f° 96 v°.
2579. — Ordre à l'alcaide et au justice de Guffaria de contraindre tous
ceux des habitants de cette ville et des hameaux (aidées) environnants
qui se trouvent obligés pour dettes aux Juifs de Saragosse, de payer leur
quote-part d'une créance de 560 sous de Jaca. — Saragosse, 10 mai 1295.
Reg. 89, f° 94 v°.
2580. — L'infant mande a Sancho Gili, mérine d'Egea, de définir les
deux procès que le Juif Juceph Cesson a intenté, le premier, à Blas Jimen
de Ayerbe pour non-paiement du prix de vente d'une vigne, le second, à
Ferrand de Oblitis pour une dette non acquittée. — Saragosse, 13 mai 1295.
2581. — L'infant, compatissant à la pauvreté de Mosse Huellan, fils
de feu Abraffim Huellan, Juif de Saragosse, ramène à 700 sous de Jaca
(dont quittance) l'amende de 200 morabotins d'or, par lui encourue, pour
avoir infligé une saisie à son coreligionnaire Salomon Mené, à raison de
la tacane de la peyte faite par l'aljama juive de la ville. — Saragosse,
13 mai 1295.
Reg. 89, f° 97 v».
2582. - L'infant, ayant appris par Juceph Cesson que ce Juif avait été
frappé de saisie par son aljama d'Egea pour non -paiement de peyte,
mande aux juges de l'aljama juive de Saragosse d'obliger la communauté
d'Egea à compter avec Cesson et a lui rendre ce qui lui revient. —
Saragosse, 15 mai 1295.
Reg. 89, f° 98.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 163
2583. — L'infant a appris par la plainte de Bites, fils de Juçeph
del Tarral, que ce Juif avait été dépouillé par la justice d'Egea de
certaines voitures [redas) qu'il détenait en gage, ainsi que d'un héritage
provenant de feu Rodrigo Açner et de sa femme. Don Pedro mande aux
jurés et au conseil d'Egea de faire remettre Bites en possession des biens
saisis. — Saragosse, 18 mai 1295.
Reg. 89, f° 100 v°.
2584. — L'infant mande aux viguiers et juges de Besalu et Camprodôn
de recevoir le témoignage des chrétiens et Juifs, que certain chevalier et
sa femme se proposent de leur faire entendre dans le procès pour dettes
qu'ils ont intenté à [çach Mayr, Juif de Camprodôn. — Saragosse,
23 juin 1295.
Reg. 89, f 110 v°.
2585. — L'infant confie aux juges de l'aljama juive de Saragosse
l'examen des procès intentés, pour dettes et injures, par Salamon Avin-
toro, Juif de Tauste, à Juçeph et Samuel Darraveyl, Juifs de Tauste, ainsi
qu'à d'autres de leurs coreligionnaires de Tauste et d'Egea. — Saragosse,
3 juillet 1295.
Reg. 89, f» 116 v°.
2586. — Jaime II concède au Juif Samuel Abenvives que, le jour où
la couronne aura recouvré le lieu de Vall de Alfandech de Maneryo,
détenu présentement par son amie l'impératrice des Grecs, ledit Samuel
recevra l'office de la bailie de Vall, en percevra les revenus et en rendra
compte au baile général du royaume de Valence ; il lui sera alloué le
même salaire qu'à ses prédécesseurs. — Valence, 6 juillet 1295.
Reg. 194, f° 159.
2587. — L'infant, ayant appris que le statut ou règlement établi par
les adénantades et l'aljama juive de Saragosse relativement au choix des
juges de leur communauté avait reçu des additions frauduleuses, mande
à Gil Carini, mérine de Saragosse, de procéder contre les faussaires. —
Saragosse, 29 juillet 1295.
Reg. 89, f° 121 v°.
2588. — Arnaldo Almerigo, alcayde de Saragosse, ayant arrêté des
Juifs inculpes de relations adultères avec des chrétiennes, le çalmédine
les lui avait enlevés par la violence, alors que ces prévenus devaient
bien être remis au pouvoir de l'alcayde. Informé de ces faits par ce der-
nier, don Pedro mande au çalmédine de restituer les prisonniers juifs à
l'alcayde compétent. — Huesca, 5 août 1295.
Reg. 89, f° 124 v".
164 KEVUE DES ETUDES JUIVES
2589. — Jueeph Abenatia, s'étant plaint à l'infant d'avoir été dépouillé
indûment, lui, sa femme et ses enfants, par les adénantades et laljama
des Juifs de Galatayud de plusieurs maisons sises dansla juiverie de cette
ville, l'infant mande aux spoliateurs de remettre le plaignant en posses-
sion de ses immeubles. — Huesca, 5 août 1295.
Reg. 89, f° 125.
2590. — L'infant informe le bai le de Girone qu'il a remis aux deux
sœurs juives de cette ville, Salèdina et Aster, la chalonge on peine qui
leur était réclamée parle baile en raison de la récente pendaison de leur
frère Bonjuha (suspensus). — Girone, 30 septembre 1295.
Reg. 89, f° 135.
2591 . — Noble Lope Ferrench de Luna et Içmaell de Porlella, ayant à
se plaindre de Durand Astrug, marchand juif de Barcelone, l'avaient
arrêté à Daroca et refusaient de le remettre en liberté sous caution, ce
dont l'infant s'étonne beaucoup. Puisque Durand se déclare prêt à faire
justice à Lope Ferrench au pouvoir du justice d'Aragon et à Içmaell au
pouvoir des juges juifs de Saragosse, don Pedro requiert noble de Luna
de rendre la liberté à son prisonnier. — San Estebân (?), 6 octobre 1295.
Reg. 89, f° 136 v°.
2592. — Interdiction aux Juifs de Perpignan de jouer aux dés pen-
dant leurs fêtes, ni les jours de noces, ni en aucune autre circonstance,
sans permission spéciale du bailli royal qui devait se la faire payer ;
dans aucun cas, ils ne devaient jouer avec des chrétiens. — 21 octobre 1295.
Archives de Perpignan, livre l«r des « Ordinacions » de la cour du bailli
de Perpignan, f° 1 v°. — Iindiq. : P. Vidal, Les Juifs de Roussillon
et de Cerdagne, Paris, 1888, in-8° (extrait de la Revue des Études
juives, t. XV et XVI), p. 29.
2593. — Ordonnance d'En Vidal Griman, baile de Perpignan, enjoi-
gnant aux Juifs de ne point sortir sans cape. — 21 octobre 1295.
Archives de Perpignan, livre Ie' des « Ordinacions », f° 7 v°. — Indiq. :
P. Vidal, Juifs de Roussillon, p. 30.
2594. — L'infant mande à Berenguer de Argentona, baile de Castell-
vell de Panades et d'Arbôs, de ne pas faire de paiements sur les revenus
de sa bailie, mais de répondre à Escapat Malet, Juif de Barcelone, et à
certains autres qui ont reçu des assignations là-dessus. — Perelada,
31 octobre 1295.
Reg. 89, f° 139.
2595. — Bartholomeo de Mans avait confisqué du poivre « encame-
ratum » à Rossello Vidal et Bonafeu Ferrer, Juifs de Barcelone. Or,
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LÀ COURONNE D'ARAGON 165
Tintant s'est assuré que les deux Juifs jouissaient d'une bonne réputa-
tion et qu'ils n'étaient pas présumés coupables iïencaramcnto. D'ailleurs,
Iîaimundo de Angolera est intervenu en leur faveur auprès de l'infant.
Don Pedro mande donc à Bartholomeo, de la part du roi et de la sienne,
de restituer le poivre aux deux Juifs, bien qu'une sentence ait été rendue
à ce sujet. — Barcelone, 18 novembre 1295.
Reg. 89. f° 143.
2596. — L'infant reconnaît aux adénantades et à l'aljama des Juifs de
Monzôn qu'ils n'ont jamais accoutumé de fournir la cène. — Barcelone,
21 novembre 1295.
Reg. 89, f° 141 v°.
2597. — L'infant mande à ses officiaux et sujets de seconder Açach
Avincema, Juif de Monzôn, qui a obtenu licence de Pedro A. de Cervera,
viguier de Ribagorza et Pallars, de saisir les biens des hommes de
Castellroig pour non paiement de dettes. — Barcelone, 21 novembre 1295.
Reg. 89, f» 141 v».
2598. — Il a été mandé à Berenguer de Argentona de payer à Mosse
Caravida, Juif de Villafranca, 233 sous 4 deniers pour solde d'un mulet
de 500 sous, que ce dernier avait fourni contre assignation de pareille
somme sur les revenus d'Arbôs. — Arbôs, 29 novembre 1295.
Reg. 89, f° 144 v».
2599. — Jacob Çuri, Juif de Lima, s'est plaint à l'infant que les adé-
nantades et l'aljama de sa juiverie lui avaient infligé une saisie pour
fausse déclaration de biens à raison de la peyte, bien que ce contri-
buable se fût offert à observer son serment selon la çuna. Don Pedro
mande à l'alcaide, au justice et aux jurés de Luna de faire restituer à
Jacob les biens qui lui ont été saisis, puisqu'il se déclare prêt à faire
droit selon la législation hébraïque. — Huesca, 27 décembre 1295.
Reg. 89, f» 148.
2600. — Jaime II charge de la garde du château de Montclus son
écuyer Juân de San-Martin. Outre 700 sous de gages par an, le roi lui
accorde une redevance annuelle de 133 sous de Jaca à prendre sur le
tribut des Juifs de Montclus. - 1295.
Indiq. : J. Miret y Sans, Le Massacre des Juifs de Montclus en 1320.
Episode de Ventrée des Pastoureaux dans V Aragon ; étude parue
dans Revue des Études juives, LUI (1907), 257.
2601. — Mayr Avensenyor a comparu devant l'infant, le mardi après
la Circoncision, pour soutenir sa cause contre P. Navascuas, qui lui
166 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES
contestait la possession d'un héritage; il a attendu son adversaire pen-
dant trois jours, mais sans le voir venir. De ce défaut de l'une des par-
ties, il doit être dressé lettre testimoniale. — Huesca, 5 janvier 1295/6.
Reg. 89, f° 151.
2602. — Il s'était produit rixes, coups et blessures entre Açach Bonet,
Bonet, son fils, Janton Çapit, Açach, son fils, et d'autres Juifs de Sara-
gosse, leurs parents, notamment Mosse et Menasse, iils de Salomon
Aheni. Sons prétexte de manquement à la loi jurée, le mérine de Sara-
gosse avait engagé des poursuites contre les Bonet et les Çapit, pères et
fils. Saisi de la plainte de ces derniers, l'infant mande au mérine de ne
pas procéder contre les quatre plaignants, puisqu'auenne plainte n'a été
déposée contre eux. — Saragosse, 13 janvier 1295/6.
Reg. 89, f° 154.
2603. — Obligation souscrite par l'infant à Açach Arrêt, Juif deCala-
tayud, maintenant fixé à Fariza, de la somme de 100 sous que le second
avait prêtée au premier. — Fariza, 9 février 1295/6.
Reg. 89, f° 156.
2604. — L'infant mande a P. Esquerit de payer à Jahuda Almeredi,
Juif de Saragosse, 200 sous de Jaca pour un voyage à cheval (equitatura)
qu'il lui avait fait entreprendre. — Saragosse, 25 février 1295/6.
Reg. 89, f° 159.
2605. — En remboursement de la créance de 2.700 sous de Jaca
souscrite par dame Urracha de Pomar aux Juifs d'El Frago, le terroir de
Sinago avait été engagé aux créanciers et donné à cultiver à des labou-
reurs jusqu'à extinction complète de la dette, tout intérêt cessant.
L'infant mande à Drogo Jimén de los Fayos, alcaide d'El Frago, de faire
restituer les saisies qui ont pu être infligées à dame Urracha ou à ses
hommes. — - Huesca, 9 mars 1295/6.
p,eg. 89, f" h;:;.
2606. — L'infant a appris qu'à l'instance du Juif Jessuas, le sobrejun-
tero de Huesca avait frappé de contrainte des Sarrasins de Blecua, débi-
teurs de Jessuas, bien qu'ils eussent donné leur parole d'ester en droit à
ce sujet au pouvoir du çavalaquem de Huesca, conformément à la çuna
de la législation sarrasine. Don Pedro mande au sobrejuntero de renoncer
à toute contrainte à leur égard. - Huesca, 12 mars 1295/6.
Reg. 89, (° 167.
2607. — L'infant, seigneur de Moncada et Gastellvell, procureur du roi
Jaime II, considérant les bons services que le Juif de Huesca Samuel,
ACTES POUR L HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 167
chirurgien à Egea, lui avait rendus, ainsi qu'à divers membres de la
famille royale, mande à fous ses officiaux de faire observer le privilège
par lequel l'eu Aifonso III avait exempté la maison de Samuel du loge-
ment des -eus de cour et de la réquisition d'ustensiles de ménage. —
Huesca, 14 mars 1295 6.
Reg. 89, f° 169.
2608. — A la supplication d'Ismacl de Portella et d'Açach de Portella,
ce dernier tils de feu Mu ça, Jaime II leur confirme l'absolution de toute
poursuite, faite ou à faire, par A. de Bastida, maître comptable de la cour
royale, contre Ismael, Açach, Aljofar, femme de Muça, Abrahim et Salo-
mon, fils de Muça, Dolsa, veuve d'Abrahim de Portella, Açach, fils de ce
dernier, Oro, veuve de Salomon de Portella, Açach, Açmael et Abrahim,
iils de Salomon, et Jucef de Portella, frère de Muça. — Daroca, 15 mars
1295/6.
Reg. 194, f° 208.
2609. — Lettres de guidage délivrées aux fils de Jncef de Portella,
à Issach, fils de Salomon, médecin, à Açach, fils de Perfayt, gendre de
Muça et aux autres parents de ce dernier, qui avaient quitté Tarazona à
la suite de la mort de Muça. Ce passeport leur est accordé pour leur
permettre de rentrer dans les terres royales. — Daroca, 15 mars 1295/6.
Reg. 194, t°» 208 v-209.
2610. — Feu Aifonso III avait cédé à Antoine de Bastida toute l'action
qu'il aurait pu exercer sur les biens de feu Muça de Portella, de sa femme
et de toute sa parenté, contre la promesse de partager la plus-value de
ces biens, s'ils dépassaient 30.000 sous de Jaca. Jaime II, considérant que
Bastida a transigé avec les intéressés, le délie de toute obligation et
piomesse. — Même date.
Reg. 194, f 209.
2611. — Jaime II mande au baile général du royaume d'Aragon de
mettre Ismael de Portella, Açach de Portella, Aljofar, veuve de Muça,
ainsi que ses enfants, frères, neveux et cousins, en possession du lieu dit
Albachar (sis dans le circuit du château de Borja), qu'il leur a donné pour
le peupler, l'habiter et se le partager entre eux, après avoir pris l'avis du
baile. — Même date.
Reg. 194, P 209 v°.
2612. — Ordre à l'alcaide du château de Borja de permettre au baile la
susdite mise en possession. — Même date.
Reg. 194, P 209 v°.
168 REVUE DES ETUDES JU1VKS
2613. — L'infant, ayant appris que Muça Ablacren, Juif de Huesea,
chargé de recueillir les tributs et cens de cette cité, se comportait moins
bien dans l'exercice de ses fonctions, mande h P. Esquerit de commettre
à sa place un chrétien digne de foi, qui recevra pour sa peine le salaire
accoutumé. — Huesea, 19 mars 1295/6.
Reg. 89, f° 170.
2614. — L'infant avait ordonné récemment aux Juifs d'El Frago de se
préparer, avec des armes et du pain pour quatre mois, à suivre une
expédition en Castille ; mais, considérant que cela leur serait pénible et
coûteux, il les autorise à se faire remplacer par des fantassins et à se
racheter de l'expédition au prix de 800 sous. — Même date.
Reg. 89, f» 170 v.
2615. — L'infant informe Hamet del Carrai, Abraffim Démina, Hamet
de Aara, Mahomet el Serano et plusieurs autres Sarrasins de Villafeliche
qu'à sa prière, leur créancier Juçeph Dabehalau, Juif de Calatayud, voulait
bien les autoriser à se libérer de leur dette de 1.500 sous de Jaca en trois
annuités de 500 sous, exigibles, chaque année, au mois d'avril. — Cala-
tayud, 4 avril 1296.
Reg. 89, 1° 176 v.
2616. — Défense à tout Juif baptisé de conserver aucune relation avec
ses anciens coreligionnaires, de les fréquenter et même de leur parler.
Défense d'entrer dans le call des Juifs et de s'asseoir à leur table pour
boire et manger. Celui qui contreviendra audit mandement sera passible
d'une amende de 20 sous à chaque contravention ; s'il est insolvable, il
prendra 20 assois, et ses complices juifs payeront 100 sous. Le dénon-
ciateur recevra le tiers de l'amende. Quelques jours après, le baile de
Perpignan, En Vidal Grimau, défend à tout chrétien d'aller vendre des
comestibles dans la juiverie. — Perpignan, 21 avril 1296.
Jndiq.: P. Vidal, Juifs de Rous&illon, p. 31 et 52, note.
2617. — Donation entre vifs, sous réserve d'usufruit, consentie par
dame Joyes et son mari Josué llallevi, fils d'Isaac, demeurant àTarragone,
à leur tils Zerahya, d'une maison a Girone, sise au « Call ample », avec le
terrain et les maisons contigiïes, ainsi que le cens de ces maisons, plus
de la moitié d'une vigne, sise a Girone, au lieu dit Balnovas, plus de cinq
livres de Moïse, premiers et seconds Prophètes et Hagiographes, valant
500 sous barcelonais. Témoins : Samuel tils de Hanninaï, Heuben fils de
Moïse. — 1296, 3 juin à 2 juillet (en tammuz de l'an 5056).
Publ. : Is. Loeb, dans Boletin de la real Acudemia de historia de
Madrid, VI, 47-8 (traduction française) et 48-51 (texte hébraïque).
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 169
2618. — En récompense de services rendus, Jaime II affranchit pen-
dant cinq ans, Jueef Chofe, de tous services, cènes, subsides et autres
redevances royales, à l'exception de sa quote-part du tribut et du mon-
nayage de l'aljama de Tortose. — 29 août 1296.
Reg. 194, f» 249.
2619. — A la requête de Mosse Aventure!, Juif de Murcie, qui a fait
preuve de dévouement dans l'exercice de ses fonctions, Jaime II lui
confirme l'exemption de peyte, portage, dîme (diegmo), roulage (rodua),
que lui avait déjà accordée feu Alfonso, roi de Gastille. La quote-part de
Mosse, à ces impositions, sera inscrite par les collecteurs au compte du
roi. — Valence, 4 septembre 1296.
Reg. 194, f°250 v°.
2620. — Jaime II, accédant à l'humble supplique de l'aljama juive de
la cité de Murcie, l'autorise à appliquer pendant cinq ans l'ordonnance
convenue entre le conseil de cette cité et les Juifs touchant les prêts qui
seront consentis par ces derniers à des chrétiens. — Valence, 6 septembre
1296.
. Reg. 194, fo 251 v°.
2621. — Jaime II, à la suite de Pedro III et d'Alfonso III, confirme à
l'aljama des Juifs de Galatayud le privilège que leur avait concédé feu
Jaime Ier touchant la preuve de testimonialité par chrétien et juif. —
Valence, 18 septembre 1296.
Reg. 194, f° 272.
2622. — A l'instance de l'aljama juive de Lérida, Jaime II décrète que
tous les Juifs des lieux rattachés à la collecte de cette aljania bénéficie-
ront des privilèges concédés par les rois d'Aragon aux Juifs de Lérida.
Valence, 21 septembre 1296.
Reg. 194, f 258.
2623. — Jaime II accorde aux Juifs de l'aljama de la cité de Majorque
les franchises suivantes : 1° la communauté fera choix chaque année
pour adénantades de trois prud'hommes idoines ; 2° qu'entre Juif et Juif
le jugement soit au pouvoir des adénantades, sans que les parties puissent
être frappées de chalonge par le roi ou un simple particulier, si ce n'est
dans le cas d'homicide, ainsi qu'il a été concédé à l'aljama juive de la cité
de Valence par feu Jaime Ier ; 3° que les adénantades puissent expulser
du call judaïque et même de l'île les Juifs ou Juives de mauvaise vie,
réputation et fréquentation ; 4° que, si un Juif tombe d'un mur ou dans
un puits, ou bien reçoit sur son corps une pierre ou une poutre, chute ou
1"0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
coup entraînant la mort, l'aljama ne soit pas rendue responsable de cet
accident; 5° qu'enfin les Juifs majorquins bénéficient de la sauvegarde
royale et du guidage. — Valence, 1er octobre 1296
Reg. 194, f 266.
2624. — Les Juifs de l'aljama de Majorque se sont plaints au roi de ce
que les religieux chargés de leur prêcher la foi chrétienne les entraî-
naient dans les églises des chrétiens et autres lieux de réunion périlleux
pour les Juifs. Par suite de la multitude de gens assemblés, un grand
scandale pouvait être suscité aux auditeurs juifs et un péril les menacer.
Jaime II, considérant le bien fondé de cette requête, attendu que, sous
l'action des prédicants, les esprits pouvaient facilement entrer en ébulli-
tion, mande au procureur du royaume, au baile et au viguier de la cité
de Majorque de ne pas permettre que plus de dix prud'hommes chrétiens
assistent aux prédications qui sont faites à un auditoire juif. Ces réunions
ne pourront avoir lieu que dans le périmètre du call judaïque. — Valence,
3 octobre 1296.
Reg. 194, f° 267.
2625. — Jaime II affranchit Samuel Abenvives, sa vie durant, du ser-
vice appelé en arabe «almagram», que ledit Samuel était tenu de lui
fournir pour une demi-jovade de terre de Talchière d'Igebalcobra, dans
le val d'Alfandec. Feu Pedro III avait consenti donation de ce bien-fonds
à Samuel sous prestation du service précité. — Valence, 7 octobre 1296.
Reg. 194, f» 271 v°.
2626. — Confirmation par Jaime II de la cession faite par feu Pedro III
à Samuel Abenvives, le 5 mai 1280. — Valence, 10 octobre 1296.
2627. — Lettres de rémission octroyées par Jaime II à tous les Juifs
de l'aljama et collecte de Tortose, pour délit d'usure, moyennant la
composition de 4.000 sous barcelonais. — Barcelone, 5 novembre 1296.
Reg. 194, f05 300 v°-301.
2628. — Jaime II nomme Garcias Martin de la Figera alcaide des
aljamas, juive et sarrasine, de la cité de Tarazona, avec pouvoir de
recouvrer les chalonges et autres droits ressortissant à l'office d'alcaidie.
Il mande aux deux communautés d'obéir au nouveau titulaire.— Barcelone,
10 novembre 1296.
Reg, 194, f° 301 v°.
2629. — Feu Pedro III avait autorisé les aljamas de Catalogne à se
constituer, chaque année, deux à sept prud'hommes, chargés de connaître
des procès entre Juifs et Juifs, pour coups, injures, sottises, maléfices,
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 171
Conformément au droit hébraïque, sous La réserve de dénoncer les peines
aux bailes royaux. Or, Jaune II a été avise par les adénantades et L'aljama
des Juifs de Lérida qu'à chaque élection des deux à sept prud'hommes,
la discorde s'élevait dans leur communauté. Il décrète en conséquence
le règlement suivant : les adénantades, un mois après leur élection,
s'adjoindront trois prud'hommes, qui, avec eux, devront [choisir les deux
à sept prud'hommes annuels. Les adénantades auront la faculté de
promulguer des tacanes, constitutions, établissements, alatmes, vêts ou
excommunications pour la perception des quêtes, tailles et tributs
royaux, ainsi que pour la levée des taxes propres à leur communauté.
Ces règlements une fois établis, les adénantades ne pourront les abroger
sans le consentement du baile royal de Lérida. Tous les Juifs devront
verser la quote-part qui leur aura été fixée par les adénantades. Si
quelque contribuable allègue quelque excuse frivole à l'endroit de sa
contribution, il ne sera pas écouté. Bien plus, il sera contraint de
l'acquitter par les adénantades, tout appel cessant. En outre, les deux à
sept prud'hommes seront tenus de remettre aux bailes les Juifs appré-
hendés au corps et les bailes exécuteront les sentences des prud'hommes.
Ces derniers ne pourront adoucir les peines encourues. Du reste, les
bailes auront le droit de procéder sans intervention des prud'hommes
contre les Juifs récalcitrants. — Lérida, 5 juin 1297.
Reg. 195, f° 44.
2630. — Jaime II ordonne aux leudaires et péagers de Mequinenza de
ne pas s'obstiner à exiger de leude des Juifs de Lérida, quand il arrive à
ces derniers de passer par Mequinenza et le fleuve d'Ebre, puisque leurs
personnes, leurs biens et leurs marchandises se trouvent exemptés de
toute leude, péage, portage, usage, pesage, mesurage, tolte, dans toute
l'étendue du royaume. — Même date.
Reg. 195, f°45.
2631. — liemise aux Juifs de Barcelone de 40.000 sous barcelonais sur
les 100.000 de leur subside. — Camarasa, 6 juin 1297.
Reg. 253, f° 2.
2632. — Remise à l'aljama juive de Huesca de 3.000 sous sur les 6.000
qui lui ont été fixés pour sa contribution au subside. — Même date.
Reg. 253, f<> 2.
2633. — Sur le rapport de son fidèle Azmael de la Portella, Juif de
Tarazona, Jaime II a appris que le baile d'Estella molestait le gendre du
plaignant, Mosse Avensoher. Le roi mande à Alfonso de Roboray, gou-
verneur de Navarre, de ne pas permettre ces tracasseries. — Torms,
6 juin 1297.
Reir. 253, f» 2 v°.
172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
2634. — Jaime II rappelle à ses officiaux et aux aljamas juives de
Tarazona et Borja qu'il a exempté de toute peite et contribution royale,
pendant cinq ans, Ismael de Portella et les autres membres de sa famille,
qui, en suite de la mort de Muça de [Portella, avaient quitté Tarazona
pour peupler le lieu dit Albatar, dans la chàtellenie, franche et libre, de
Borja. Il leur mande maintenant de considérer comme affranchis de
l'impôt royal, pendant la même période, les Juifs qui cohabitent ou
cohabiteront Tarazona et Borja. — Même date.
Reg. 253, f 4.
2635. -Jaime II mande au baile et au çalmedine de Huesca de ne pas
permettre que les jurés et prud'hommes de cette ville puissent contraindre
les Juifs de l'aljama de Huesca à contribuer avec eux aux taxes muni-
cipales. Notification de cet ordre est faite aux jurés et prud'hommes. —
Camarasa, 6 juin 1297.
Reg. 253, f<" 41 et 41 v°.
2636. — Remise au Juifs Majorquins de 20.000 sous sur les 50.000 de
leur tribut. — Vilanova de Meya, 7 juin 1297.
Reg. 253, P 2 v».
2637. — Jaime II mande au viguier et au baile de Villafranca de
contraindre les débiteurs de l'aljama juive de cette ville à payer leurs
dettes. — Sort, 10 juin 1297.
Reg. 253, P 3 v°.
2638. — Ordre aux secrétaires de l'aljama juive de Barcelone de
pousser les aljamas de Barcelone et de Villafranca à rembourser à leurs
délégués les dépenses qu'ils avaient faites pour obtenir du roi remise
partielle du subside. — Même date.
Reg. 253, P 3 v°,
2639. — Ne pas permettre que les Juifs de l'aljama de Barbastro
soient contraints de contribuer avec la communauté de Barcelone aux
dépenses communes. — Vall d'Espot, 16 juin 1297.
Reg. 253, P 12.
2640. — Les bouchers juifs de Barbastro avaient coutume de vendre
de la viande sur leurs étaux à tout venant ; mais les jurés de la ville
avaient fait un règlement portant interdiction aux chrétiens d'acheter de
la viande aux Juifs sous peine d'amende. Sur la plainte de l'aljama,
Jaime II mande aux jurés de Barbastro de rapporter leur prohibition. —
Vall d'Espot, 16 juin 1297.
Reg. 253, f» 12.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LÀ COURONNE d'àRAGON 173
2641. — Jaime II fixe à 200 sous de Jaca la somme que l'aljama juive
de Barbastro aura à verser par mois pour le tribut. — Village d'Estaix,
18 juin 1297.
Reg. 195, f 29 v°.
2642. — Remise à L'aljama des Juifs de Téruel de 2.500 sous de Jaca
sur les 4.000 de leur subside. — Au siège de Castell de l'Ort, 20 juin 1297.
Reg. 253, f° 20 v°.
2643. — Quelques jours après avoir vendu à Abraffim Toledano en
« almoneda » publiquement les salines d'Archos, Pedrot de Mora avait
voulu revenir sur les conditions du contrat et exigé un prix plus élevé
que la prestation convenue de 450 « fanechas » de sel. Jaime II prie
Pedrot de s'expliquer la-dessus et de lui en écrire tonte la vérité. —
Au siège du château de l'Ort, 22 juin 1297.
2644. — Sous le règne d'Alfouso III, un arbitrage avait réduit d'un
tiers la somme que les habitants d'El Castellar, bénéficiaires d'un sursis
royal, devaient à Abrahim, Salamon, Issach, Jucef et Jahuda Golluf, ainsi
qu'à Cecrin Avembelit et à d'autres Juifs de Saragosse. Les deux tiers de
la créance devaient être remboursés en deux annuités, sans adjonction
d'aucun intérêt. Jaime II, qui ignorait cette sentence arbitrale, avant que
les créanciers vinssent lui apporter leurs doléances sous les murs de
l'Ort, mande au justice d'Aragon et au justice de Castellar de contraindre
les débiteurs a s'exécuter. — Même date.
Reg. 253, f« 34.
2645. — Jaime II informe son vice-chancelier R. de Gabrero qu'il
vient d'annuler la charte de sursis concédée précédemment aux habi-
tants d'El Castellar. Il serait déraisonnable qu'après avoir perdu le tiers
de leur prêt, les Juifs créanciers supportassent une nouvelle réduction
par le fait d'un second moratorium. — Au siège du château de l'Ort,
23 juin 1297.
Reg. 253, f» 21 v».
2646. — Jaime II a prescrit, deux fois et plus, aux jurés des aidées
de Calatayud de payer leurs dettes aux Juifs de cette ville. Il mande au
procureur d'Aragon de désigner un prud'homme, digne de foi, qui sera
chargé de faire exécuter par la contrainte les ordres royaux. — Même date.
Reg. 253, f° 34.
2647. — Jaime II rappelle au viguier, aux bailes et autres officiaux
de Girone et Besalû qu'il a déjà dispensé les Juifs de Girone de Pobliga-
174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
tion de comparaître pour usure devant quelque délégué du siège aposto-
lique. Il entend que cette dispense s'applique également aux Juifs de
Besalû et à tous ceux de la collecte de Girone, dont mention n'avait pas
été faite expressément dans la première grâce. — Même date.
Reg. 253, f° 37.
2648. — Ordre au baile de Majorque d'autoriser 1'aljama juive de cette
ville à promulguer des ordonnances ou tacanes, s'il le juge profitable à
l'intérêt de la communauté israélite et du pouvoir royal. — Au siège du
château de l'Oit, 27 juin 1297.
Reg. 253, f* 24.
2649. — A la requête de l'aljama juive de Saragosse, Jaime II mande
au mérine de Saragosse d'observer le for et les privilèges de cette com-
munauté, toutes les fois qu'il lui arrivera de procéder contre elle ou ses
membres. — Même date.
Rep. 253, f° 43.
2650. — Les Juifs de Saragosse se sont plaints au roi qu'à leur détri-
ment et pour leur honte, des baptisés prêchaient sur les places en
excitant le peuple contre les Juifs, qu'à la fin il pouvait en résulter du
scandale et même des dommages au préjudice des non chrétiens. Jaime II
mande au mérine de Saragosse de s'opposer à de pareilles prédications.
Il veut cependant que les baptisés et les prêcheurs puissent disputer
avec les Juifs dans leurs synagogues sur la foi catholique. — Même date.
Reg. 253, f° 43.
2651 . — Octroi d'un sursis d'un an à l'aljama juive de Saragosse pour
le remboursement de ses dettes. — Au siège du château de l'Ort, 3 juil-
let 1297.
Reg. 253, i° 43 v°.
2652. — A la requête de l'aljama juive de Saragosse, Jaime II mande
au justice et aux jurés de Çufaria de ne pas exiger de péage des Juifs qui
passent sur le pont de cette localité, si cette redevance ne s'applique pas
indifféremment aux chrétiens et aux juifs, c'est-à-dire à tout le monde.
— Même date.
Reg, 253, f° 44.
2653. — Jaime II mande au mérine de Saragosse de ne pas permettre
que son lieutenant molesle les Juifs Jucef et Habrahim Handalo, fils de
Salamon, contre leur for et leur çuna. — Au siège du château de l'Ort,
5 juillet 1297.
Reg. 253, f° 44.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 175
2654. — Jaime II interdit à son procureur royal d'Aragon d'exiger la
cène, à raison de son office, des Juifs de l'aljama de Daroca. — Même date.
Reg. 253, f° 51.
2655. — Remise à l'aljama juive de Daroca de 2.000 sous de Jaca sur
les 14.000 de son subside. — Au siège du château de l'Ort, 6 juillet 1297.
Reg. 253, f 33.
2656. — Jaime II mande au justice, au juge et aux jurés de Daroca
de ne pas conduire les Juifs dans leur prison, mais dans celle du baile
royal, et de ne pas exiger d'eux, pour le carcelage, davantage que des
chrétiens. — Même tfate.
Reg. 253, f° 33.
2657. — Juceff Handalo, Juif de Daroca, avait remis en gage, l'année
précédente, à un chrétien, juge de cette ville, deux clamides pour le
carcelage de deux Juifs détenus par ce dernier. Bien que Juceff eût
acquitté ensuite le droit de carcelage, le juge lui avait encore réclamé
un supplément et refusé de rendre les deux clamides. Informé de cette
plainte, Jaime II mande au justice de Daroca de contraindre le juge à
restituer le gage, si le Juif a payé le carcelage au même taux que les
chrétiens. — Même date.
Reg. 253, f° 51 v°.
2658. — Remise aux Juifs de Montclus de 1.000 sous de Jaca sur les
1.500 sous qui leur ont été fixés pour le subside. — 9 juillet 1297.
Reg. 253, f° 54 v°.
2659. — Açach de Fierro, Juceff del Rap, Samuel, son fils, et d'autres
Juifs de l'aljama de Montclus, qui s'étaient établis dans la juiverie de
Barbastro, avaient pris l'engagement par acte public de contribuer pen-
dant quatre ans avec leur nouvelle communauté aux peytes, quêtes et
autres impositions. A l'expiration de ce terme, ils étaient retournés à
Montclus. Malgré cela, les collecteurs voulaient les maintenir aux rôles
de Barbastro. Informé de ce fait par l'aljama juive de Montclus, Jaime II
mande aux collecteurs des tributs et autres taxes de l'aljama juive de
Barbastro de ne plus considérer les Juifs partis comme leurs contri-
buables. — Au siège du château de l'Ort, 9 juillet 1297.
Reg. 253, f° 55 v°.
2660. — Jahuda Avenhalaut, Juif de Calatayud, ayant eu son père
Açach mortellement blessé par un écuyer, rendait responsable de ce
meurtre Açach del Calvo, Mosse, Jucef et Jahuda, ses fils, Jahuda, fils de
Jucef del Calvo, et Mosse, fils de Jahuda del Calvo. Instruit de cette
176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
plainte, Jaime II mande au juge de la cour canoniale de Tarazona d'exiger
une caution des personnes incriminées et d'ouvrir ensuite contre elles
une enquête diligente. — Au siège du château de l'Ort, 11 juillet 1297.
Reg. 253, f» 60.
2661 . — A la requête de l'aljama juive de la cité de Valence, Jaime II
édicté qu'à l'avenir aucun Juif ne pourra être nommé secrétaire ou adé-
nantade de cette communauté, s'il n'en est pas contribuable pour un
capital de 30 livres réaux, monnaie de Valence, au moins. — Lérida,
29 juillet 1297.
Reg. 495, f° 46.
2662. — Jaime II mande au baile général du royaume de Valence
d'accéder à la requête de l'aljama juive de la capitale, qui suppliait le roi
d'imposer sur elle le tribut de la même manière que les autres subsides.
— Même date.
Reg. 195, f* 46.
2663. — Jaime II décrète que, chaque année, après l'élection des
nouveaux adénantades, les adénantades sortants de l'aljama juive de
Lérida devront s'adjoindre cinq prud'hommes, avec le concours desquels
ils procéderont au choix d'autres adénantades. Il annule toute excom-
munication lancée par l'aljama à ce sujet. — Lérida, 6 août 1297.
Reg. 195, f°51 v».
2664. — Jaime II renouvelle la décision ci-dessus. — Lérida, 13 août 1297.
Reg. 195, f° 55.
2665. — Remise aux Juifs de Lima de 800 sous de Jaca sur les 1.000
de leur tribut. — Luna, 8 septembre 1297.
Reg. 254, f° 10.
2666. — Jaime II, par compassion pour la pauvreté de l'aljama juive
d'Egea, lui consent une remise de 1.500 sous de Jaca sur le chiffre de
2 500 qui lui avait été fixé pour le tribut de l'année courante. Il mande
donc à Blasco Jimen de Ayerbe de n'en exiger que 1.000 sous. — Sara-
gosse, 14 septembre 1297.
Reg. 195, f° 70 v°.
2667. — A la requête de Jueefif Handalo, fils d'Açacb, et de ses frères,
Jaime II mande au justice d'Aragon de faire exécuter la sentence arbi-
trale condamnant leurs débiteurs sarrasins d'Almonacid à payer leurs
dettes aux termes convenus. — Ferreruela, 19 octobre 1297.
Reir. 254, f° 76 v°.
ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 177
2668. — Sursis royal d'un an à un habitant de la ville aragonaise de
Calatayud pour dettes souscrites à Mosse Madaya, Jueef Avenhalaut et
autres Juifs de cette ville. — Montblanch, 22 octobre 1297.
Reg. 254, f° 82.
2669. — Sur Les prières du prieur et du couvent des Frères Prêcheurs
de Jâtiva, Jaime II affranchit Yom Tob, Juif de cette ville, ainsi que tous
ses biens meubles et immeubles, pendant tout le temps qu'il exercera la
fonction de maître en hébreu de la maison des Prêcheurs, de toute peite,
quête, service, subside, ost et chevauchée, et autres impositions royales.
— Valence, 22 novembre 1297.
Reg. 195, f* 94.
2670. — Hèglement sur les nouveaux convertis : 1° que tout Juif ou
Sarrasin qui veut recevoir le baptême puisse le faire sans empêchement,
conserver ses biens et jouir des mêmes privilèges que les chrétiens;
2° que personne n'ose traiter le nouveau converti de renégat ou « tor-
nadre », sous peine de la sanction prévue par les « Usatges » de Barce-
lone ; 3° que les infidèles écoutent sans bruit les prédications qui leur
sont faites par les Frères Prêcheurs, répondent à leurs questions et déli-
vrent copie de leurs livres ; 4° que, si un néophyte néglige d'observer les
avertissements des Prêcheurs, il puisse y être contraint par les bailes et
officiers royaux, nonobstant le privilège de Jaime I0f portant interdiction
de pousser les Juifs à écouter la parole de Dieu. — Valence, 15 décembre
1297.
Reg. 195, f° 108.
2671. — A la suite de feu Alfonso III, Jaime II confirme le privilège
par lequel feu Jaime Ier avait accordé à l'aljama juive de Tarazona une
remise perpétuelle de 100 sous de Jaca sur les 700 sous de tribut impartis
à cette communauté. — Château de Jérica, 16 décembre 1297.
Reir. 195, f°s 113 v°-U4.
2672. — Jaime II, voulant récompenser Jimén Sancho de Girerola des
services qu'il lui a rendus, lui concède les maisons confisquées sur le
rebelle juif Jucef Abenamias dans la cité de Murcie et la paroisse de Saint-
Laurent. — Valence, 27 décembre 1297.
Re£. 195, f<> 108 v\
2673. — Rémission royale a Açach Puch, juif de Lérida, qui avait tiré
du couteau contre son coreligionnaire et concitoyen Benvenist Sanega.
— Valence, 30 décembre 1297.
Reg. 195, f° 111.
T. LXXV, n° 150. 12
178 UEVUE DES ÉTUDES JUIVES
2674. — A la prière de l'aljama juive d'Alacant, Jaime II mande à tous
ses offieiaux et sujets de ne pas entraver le voyage de Nathan El Homan
et de Mahir El Costal, son gendre, qui se proposent de transférer leur
domicile des parties de Castille au lieu d'Alacant. — Au siège du château
d'Alhama, 23 janvier 1297/8.
Reg. 256, f» 1 v°.
2675. — Jaime II décide que les Juifs fixés à Alacant et tous ceux qui
viendront y habiter des royaumes étrangers jouiront des mêmes fran-
chises que les indigènes. — Alacant, 28 janvier 1297/8.
Reg. 195, f° 120.
2676. — Les registres financiers ne se trouvant pas présentement dans
les archives de la chancellerie, Jaime II ne peut contrôler la déclaration
de l'aljama juive de Lérida, qui affirme ne pas être assujettie à la cène.
Il mande donc à son fidèle Domingo de Roda, de la maison royale, de
surseoir à la perception de la cène jusqu'à Pâques. — Au siège du château
d'Alhama, 29 janvier 1297/8.
Reg. 256, f° 23 v°.
2677. — Sur la plainte de l'aljama juive de Lérida, Jaime II ordonne
des poursuites contre deux habitants de cette ville qui pratiquaient l'usure
à l'égard de leurs concitoyens juifs. — Même date.
Reg. 256, f° 23 v»,
2678. — Les époux Baffia Migero et Craila, Juifs de Lérida, se trou-
vaient obligés, à l'égard de leur coreligionnaire Açach Ataç par actes
hébraïques, à la suite d'une sentence arbitrale rendue par Jucef Salomon.
Un conflit s'étant élevé entre eux et lui, Açach en fit part au roi. Jaime II
mande à la cour de Lérida de procéder contre les débiteurs. — Même date.
Reg. 256, f« 25.
(A suivre.)
Jean Régné.
SUR
LES « CHAPITRES » DE BEN BABOÏ
La très importante publication des Chapitres de Ben Baboï,
faite par M. Jacob Mann dans cette Revue \ appelle quelques com-
pléments et quelques observations de détail.
D'abord, il convient de rétablir l'ordre des fragments reconnus
jusqu'à présent. Le fragment de Petrograd, Antonin 195, trouvé
par Harkavy (Haggoren, IV, 71-74; Mann, p. 139-143) et qui se
compose d'un feuillet double à l'intérieur duquel il manque plu-
sieurs feuillets — au moins deux 2 — ne provient pas du même
exemplaire que les fragments T. -S. 8 F 2 et Laon 97, car il n'a pas
les mêmes dimensions : dans les fragments de la collection T. -S.,
le nombre des lignes varie entre 27 et 29 3, tandis qu'il est de
21 ou 22 dans le fragment Antonin 4.
Or, le morceau T.-S. 8 F 2, folio oa-b (Mann, p. 143-146)
se place entre les deux feuillets du fragment Antonin. Donc,
après Antonin, folio 2 (en réalité folio 1) verso, vient le texte
Mann, p. 141, 1. 20 et suiv. : ï'Wtt •pa h^ym ton^ Ssk
♦5û[!-ïj nain ab nwi dis bas 'i3i rm ûb-^a Nba ûin b?
n["0*ra] aiz^b -rcnb an ûao .ri7n dbi*a aba di« b* "p^tt ■ps.
Ici se plaçait sans doute toute la citation de Sota, 21 a sur la
« protection » des miçvot jusqu'aux mots n"n ï-jî a*ion an n^N
rirn» û"m que notre auteur développe et explique dans le morceau
T.-S. 8 F 2, fol. 5 recto (Mann, p. 143 en bas) : mxy na [6 -idieid]
'■on n"n rjT -ie« pn:r> na )Km an 'Yn nm» iy (sic) î-mrnb.
Le résumé du morceau Antonin, folio 2 verso, ne vient que dans
1. T. LXX (1920), p. 113 et suiv.
2. Harkavy dit (p. 71) : tTDT nr» "H G m !tb»ïl Û^DIÎl p31.
3. A l'exception du folio 5 verso, qui a 26 lignes, et du folio 6 recto, qui en a 24.
4. Voir Harkavy, /. c; il D'indiqué pas la longueur des feuillets de son manuscrit.
C'est ainsi qu'il faut lire.
6. Je restitue ce mot d'après p. 144, I. 13. — Au lieu de n^irV"!, il faut lire
rmmb.
180 REVUE DES ETUDES JUIVES
T. -S., folio 5 verso, 1. 19 : '-on ïitïi ûbi*a mit» "CM T73b s-rna p-w
(p. 145), après quoi viennent les lignes 21 et suiv. (p. 145-146) :
'•Di rirn ûbi23 aba rwn -de i^i [rv^fyjn» mitToa bYW *jb i«i
aba d^^n i^a m»Tpi maanp ^-97373 mataa bma *|b [/parc] toi
[Dbi3>]a. Ici il devait y avoir quelque chose comme rmn baa
ann nbum nin ûbva wwa, à quoi ferait suite Antonin, folio 1
(en réalité folio 2), Mann, p. 141-143 : izîa[73 nbawaj (la Tora) arm»
['131 Mira] bto. Ensuite seulement suivrait le texte T. -S. folio 6,
ce qui est fort possible, bien que les folios 5-6 forment un feuillet
double, puisque, comme nous l'avons dit, ils n'appartiennent pas
au même exemplaire.
Peut-être cette lacune pourra-t-elle être comblée un jour par la
publication du fragment Scliechter [Festschrift Hoffmann, partie
hébraïque, p. 262). M. Mann a dû se contenter de reproduire les
premières lignes de ce fragment, qui comprendrait tout un cahier
(Scliechter dit o^aaip). Où se trouve actuellement ce fragment si
important? On se demande quels droits de priorité s'opposent à la
publication intégrale des « Chapitres ».
En attendant, je suis en mesure de faire connaître un nouveau
fragment de cet ouvrage. Le Catalogue des manuscrits hébreux
de la Bodléienne (II, p. 81) décrit ainsi le n° 2680 (heb. d. 34), 19,
fol. 95 : « A ritual treatise; the following passage occurs :
tnp73n i» ab ûm msrb "prmn banur» *pa rmuînbu: ow rmaan
nrabnn 173 abi rT3^73n 173 abi, Span. (?) Rabb. char.; 8° vellum. »
Grâce à cette citation, qui se retrouve dans le fragment Harkavy,
p. 74 (Mann, p. 140-1), j'ai reconnu dans ce feuillet un morceau
des « Chapitres » et, grâce à l'aimable entremise de la rédac-
tion de cette Revue, que je tiens à remercier ici, j'ai pu en
obtenir une reproduction photographique. /
Le feuillet est d'une écriture carrée ancienne. Le recto n'est
écrit qu'à moitié, jusqu'au milieu de la ligne 14. La fin de cette
ligne et le bas de la page (6 lignes environ) sont remplis par un
griffonnage de mots hébreux. Le verso est complet et a 29 lignes,
comme le fragment T. -S. Laon 97 (Mann, 131-136) ; il appartient
probablement au même exemplaire. Pour cette raison et aussi
parce qu'il offre un texte meilleur et plus complet, je vais le
reproduire en entier. Il correspond à Harkavy, p. 73, 1. 22
('73Dn -isima Kiri nn) — p. 74 /. /'., et à Mann, p. 140, 1. 1 (11) —
p. 141, 1. 15(24). Comme la transition continue à manquer avec
T. -S. 8, F. 2 (Mann, p. 143, fol. 5), il semble qu'un feuillet entier
nous fait encore défaut.
SUR LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 181
BODL., HEB. D. 34, FOL 95.
Recto
'itb ppan bz rrcmni n^a rrarnn bon utw «in rm
œan naiy "[D rrenj? u»iw »o ^ai n^an m*6i n^a
nyt^a nar ^ pan pm:o piw njao aitra nn« niTay
1 nni» kto nnai ma on nraa «in» rroi irm p^iat^
^arotp nnan un* pKOBoi vhy onaiy D'^ntri ^maa
intp /in*o natra b*b »im isy ^r on ;,^b:ï nat^a^ia «in
n^po orrèy pa»mr ma*6a maaa jm natra ^maa nmtû
njtpn tr*n patr riatrai ai» ora pjynotf ^aœai
J g pa p«tt> w aiia dt nn«i p#tn ara dv nn« omean dt^>
g- ^Ptt ban iat^ "pt? na^a naa pomn^ *6>« ptPK"£ w
u ai .toi/ii .m/iatp nwn *6 na nnn a™ nman maa
an ow ^oo nann p mon *6n i*6 *una ni rrap «aa
4 ^^ 3it3 nr n« nnn kto nnan maa ait^ai im« upm ban w
u
t
'nain ja non *6n m6
G
10
«^ p^n 1^ p« Tîoa ^nna nm« ntpm nat^a 5jvjyna attn»n ^ai
nav ma .T^na ha -pt^ «an o^ny^ «h nrn ubwz
iT^na iai« nxia dki «an d^ij£ jwi nrn n^iya na
^a piDo iroaa aina nm natra naaca n^iy mto >o
>a k^k wa .T^na ^»a« nmaai 70)nar na^a(:)ia ntwn s
1. bmD3 nm'J , « colle ou enduit au mur », de l'araméen NTIlû , en syriaque
et dans l'araméen de Babylone (p. ex. Guittin, 69 6). Mais, en hébreu, on emploie
toujours, avec bn"D, des formes de ni £3, comme dans Houllin, 109 6 : bm^a inêû ;
Yeb., 54 a : bniDD rrtonb ; Gen. r., 20 4 Theodor : brïD3 llDfin mû», etc.
Mais si Ben Baboï considère (voir ligne 7) bniDD nmtt comme un rDfiÔfà DN,
il pense sans doute au travail de 3>3i2£, Sabb., vu, 2, et confond ïlHtO avec ma 1
« badigeonner ». Ou bien pense-t-il au m72?3 de Saôô.,75 6?
2. Ou bi»[5]t
3. Oubsi:?
4. Le reste de la ligne est écrit de la même plume que le griffonnage de la dernière
ligne de la page et rempli de répétitions : ...Tri "J72 "non tfbl INb 131H ";73.
Je ne sais s'il manque quelque chose pour rattacher ce passage au verso.
■ '<■ rPDSTQ est ajouté au-dessus de rûttja.
6. fctb est ajouté en marge.
7. Les mots T3 et ri73T manquent chez Harkavy.
10
4 82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
bp ivb nnw bm nm« niw n:we w«»
owkti o»o3m dwm ima waptf s«3 nwno noim
DVD 315; TJ? 315?» 0»03t Dfll 0^3 ^W ^ 1™ ^P1
n3t£>3 3K3 ywn piut^ai rrwai n^3«3 tidki onioan
p 13 pjwi ib>3 in ptaw /i3# lia ^bo ï3 'frm on
p i6 ona btiA prn W» pt mwnhw uw rvw
porw >o *6* ■n£«i p *6i na»on p «^ «Ton
mew ^do mm min rto p» 'porr w*w nai wno
pbnt? jwji w mw pmpa «^ prp* nanwi '0*
nawn ppao *&•« nswn vbz oia qt«o tfpso p* 15
CPTI D3WÏO ttltf 13W A3 "pt? 0*310 OTW
aay»rï ba û^an -û\d
ra«ïi nN wm m ha ^a» nawn «b loi^n *6 on îotwi «^ ta
bmai «dit n3tî>3 jihot »te o»pon ^3 'ban wi 'ai "pnaam >% ^
bbw rurnsi ji»i ai norfcooi rwo *3W rvwio pteo fera
obusn hth ^3« dwi na* >a dwi vn^a» wo *io*n ta "p^ m.tA* 20
ma-n Nnn m^ aw ferui wn rinya «^« ma ^ prao p« JW« D1*
rrnzj»n mv jiw rwri p^koi jruanp ^« anpoo w *rn«
-piû a an nbnarbi
*«ah D*ïpV"~âW ntn û^jn 3«^k on» ^ po nroxoi nain
oi« ^>y p'oo p«i naiis «^ nain *6 rwro ow ^a«
h b« ri3tt>3 "iwid aa^ ioA on» «3 ori mn otopa ato 25
ih yv^p r\ivi jvwna aœrn ^3 mot p »or i oi^o 6pnr
«n irai
n3^n r\& wby p^no» n»^n «in n? *« 7b3n i^n^B ^m
1 C'est bien ce mot qu'il faut et non •pawm, comme chez Harkavy ; entendez :
comme s'il y avait imN YTlVl, « on ajourne le jeûne ». Même argument dans Haï,
Consultatioyis Schaaré Teschouba, § 64, et dans Ibn Guiat, I, 44. Sur cette question,
voir, outre les textes cités par M. Mann, p. 120 et p. 141, n. 7 : Mordekhai, Rosch-
Haschana I § 708 (au nom de R. Nahschon) ; Schibbolé ha-Léketh, § 284, d'après
« le Commentaire de R. Saadia sur Ezra >» (éd. Mathews, Oxford, 1882, sur Néh.
vm, 10, p. 28; éd. Berger, p. 31-32) et Ginzberg, Geonica, II, 263.
2. Harkavy a yen.
3. Mot effacé par le copiste.
4. Même observation.
5. Ici s'arrête le fragment Harkavy.
6. Berachot, 31 b. Les Halachot Guedolot ont aussi le nom de Yohanan (éd.
Venise, 21 d ; éd. Berlin, 120). Cf. Dikd. Sof.
7 R Hananel, cité par les Tossafot, ad toc, et par RABN, § 179, f 44 d, dit :
tt-main ï^p. Alfasi, Sabbat, I, § 283 (Roscb, § 24), a : -Jim nb ^©-|DM
Ûlbn mS*na. De même, Salomon b. Adret sur Berachot, au nom de R. Haï Gaon
SUR LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 183
nvb Kvrroi nvra vby xviw oi^m din naît? pas
m^oj pDD bv r\iw 'pWnov mtr v^j? bf?n^ imo mso
Voici maintenant un certain nombre de remarques de détail sur
le texte édité par M. Mann :
P. 129, 1. 5, lire : bi3">tZ5 ■<» fnnr ■»■*»].
Ibid., 1. 9-10 : 'i3i w Nb3 bbii I73ia;i bsi, voir Sa£6.; 118 6 :
'131 m *ti dv b3 3 bbn tmpn.
P. 130, 1. 1 et suiv. du verso, jusqu'à p. 134, 1. 18. Cette consul-
tation de l'école de Yelioudaï sur la défense de faire des interca-
lations dans la Amida est celle à laquelle font déjà allusion les
Halachot Guedolot, éd. Venise, 6 c : 13 3*1 1^p3i25 ab terrai
ii3î pis b3i p-nEN Nb p733 D^nb i3-n3T VrnsKi '172(1)3?» WHb
D^i233 '3^-inN û^n 1DD31 baa '-nwN «b a-Hi733 ^023 «51331 ^nni
i3i3nn ^3 rrb mm mu52 rj3i73U) inb ip^boi dibra. Par contre, le
passage du même ouvrage qui se lit p. 2 g? de l'édition de Venise
(p. 42 de celle de Berlin) se rallie à l'opinion de Rabin dans
Berachot, 21 a, en permettant d'écouter en silence : **y*n ^m
T-nrrn '-«1738131 nsp ri32 Nbi 273125 -173 n73ai wnn3 -rçy &*bi p-mai
■■32 «b 'hd2 n3i73U53 vp^o* 131 133*1 i^mna pi mmbxb nn
131 tzîiip, ce qui est contre Ben Baboï, p. 130, 1. 8 et suiv. Il est à
remarquer pourtant que Raschi cite ce dernier passage des Hal.
Gued. au nom de Rab Yehoudaï en disant (Soucca, 38 b) :
mbi-n rvobrt b23 iiau ■wivn 31 io"1 131, par où il faut sans
[cf. maintenant le fragment du Commentaire de R. Haï sur Ber., ibid., éd. Mann, dans
Hazofé', VI, p. 194]. L'explication résulte de Sabb., lia (Taan., 12 6). Les Tossafot
citent le Midrasch Tehillim, mais le passage ne se trouve pas dans nos textes, voir
Buber, Introduction, p. 69.
1. Môme motif dans Or Zaroua, II, § 407, p. 165 a.
2. Le 173773 — c'est ainsi qu'il faut lire (v. Zunz, Synag. Poésie, p. 78, note a, et
Rapoport, Kérem Hémed, VI, 247) — est un piout ou une série de pioutim intercalés
dans les trois premières bénédictions de la Amida, comme dans le Séder R. Amram,
éd. Varsovie, 47 6 en bas (un peu plus loin, 48 6, on a l'équivalent !1311p). C'est
aussi ce que Ben Baboï entend par le 173273 et les 111173273 par quoi les Pales-
tiniens remplaçaient la prière du matin (p. 133, 1. 1 et 2 du verso ; le terme a été
mal compris par M. Mann, p. 123 et note 3). Ce maamad ne se disait pas seulement
les jours de jeûne (v. Elbogen, Der judische Gottesdiensl, 226); nous trouvons des
maamadot pour certains sabbats, p. ex. Uro 2731Z5'11 173273, "H31 n3tf5 173273,
1J33© 173273 (ms. BodL, 27106, f, h, i ; cf. 2705i3, 2712i8 et 27149 ; Cat., II, p. 121),
On3D '11 inn 173273 (Bodl., 2159; v. Marmorstein, on3D ^311 D^rTP ffiYTp,
Budapest, 1921, p. 3, n. 19 = Hazofé, V) et de même pour des fêtes, p. ex.
ni213\25n an 173273 (Bodl., 2159).
iU REVUE DES ÉTUDES JUIVES
doute entendre — quoique certains rabbins français attribuent
nos Hal. Gned. à Yehoudaï — les Ilalachot Pesoukot de ce
gaon S d'où pourrait provenir ce texte des H. G.
Au sujet du Piout dans laTeflla, notons encore que R. Natronaï,
qui l'autorisait partiellement (Hemda Guenouza, n° 50 ; Schibbolé
ha-Léket, n° 28), a rencontré beaucoup d'adversaires parmi les
gueonim de Soura, comme on le voit par cet intéressant passage
d'un commentaire des Scheèltol parR.Yobanan d'Ochrida (Bulgarie)
(Ms. Berlin, Or. oct. 333, f°124a) : anrrnttn [ana] 1i»na an baa
•p*n] "pa-i irpm mb-w» bba îawn ab pan nd-w nna baa[i]
y-n^ -jîn nasan mab (124 6) ■po'srna r^1 ava N'-1 [••• Nb TWi»
i-rttbn d^nid DES* [by] '*ivn *jrs a^iwa noDarî mai by»b
pa nttbna '^an 'end n^w û^ras naa ya Qta"ay 2n '73tn ™5n
■m abn ^73 »îîn 'wan «nn«b 'pvbW "W [ ] DT»a
(1. «aa-Onai NSN-n riras am n^b pipboa 'man ft]*aew «onb
ûinai nanTûi nbsna '^an lyaurc yaia» by Epoin» niai: mbœ '»«
•nwab ^yantti ann -nTa na. Ce texte provient sans doute du
Séfer Haïttim, section (perdue) de Berachot, auquel l'auteur se
réfère p. 252. Mais comme ce commentaire a utilisé aussi les
Halachot d'Ibn Guiat et celles de Samuel ibn Nagdila (101a),
notre passage pourrait aussi avoir été pris à un de ces ouvrages.
P. 132, 1. 19-20, lire : (ou «npn) ui-npn njbran -rcnb ^a nrabi aa
'nai m ipbna 'an nraa, c'est-à-dire : on discutait pour savoir
si (*«a) l'on doit dire ©ïipn n;btti-j. Les mots Wi-\?n n;btt nraab
sont une dittographie, sans que l'on puisse dire si la leçon pri-
mitive est w-nprj ou EYipfi (cette dernière est tout à fait inconnue
par ailleurs), car plus loin, p. 133, Fauteur, citant les opinions
de R. Joseph et de Raba, lit unpn n;bra et «Tpn *jVwi. La discussion
porte donc sur une leçon qui correspond à celle du ms. d'Oxford
(Beth Nathan) : il s'agit de savoir si l'on doit lire -jbta ou n;bran ;
en tout cas, le débat ne porte pas, comme le croit M. Mann, p. 132,
n. 16, et p. 133, notes 2 et 3, sur le point de savoir s'il faut lire
iBYip OU iDYlp •
P. 133, 1. 27, et p. 145, 1. 21 : ^b \m\ de même p. 144, 1. 3 :
mn« twi, et 1. 10 : snv 13». Il ne faut pas corriger en -ps ou W.
L'orthographe "jn pour fa est constante dans le fragment de la
1. Voir Jahrbuch der Jildisch-Literarischen Gesellschaft, XII, 97.
2. Le texte porte 'pwb ec à la marge : ywb-
3. Le manuscrit a ITTI-
SUK LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 185
Mischna édité par Ginzberg, Jerushalmi Fragments, p. 44-51, de
même que dans d'autres fragments publiés dans cet ouvrage :
p. 155, I. 16; p. 161, 1.24(10*0; P- 164> 1- 21, 22,24; p. 105, 1.4,9
(-QK), 12, 14, 15; p. 166, 1. 6; p. 242, 1. 6, 15, 17; p. 244, 1. 3, 30,
31, 33, etc. C'est aussi l'orthographe constante du palimpseste de
la Mischna Oxford 2663 (Anecdota Oxoniensia, Semitlc Séries,
vol. I, part, v, Oxford, 1893) et d'autres textes.
P. 135, 1. 18 : }a n'est pas non plus une faute pour *pn; c'est
une autre orthographe ; elle se retrouve dans Ginzberg, op. cit.,
p. 95, 1. 6, etc.
P. 136, l. 15 : fan abtt n'est pas une faute, mais équivaut à ab "•».
Ib id., 1. 28 et suiv. : t^nptt "«bh r-iabrr EPTra "pa t^r^m
'n moro sram mz)*»b 'bn ib -itpid n* 'nsi ns»» "«bïï (rDbîi)abn.
Le ms.lt. et le nwn n"> ont : nrabn "»Btt abi nsu:^ ^bïï ab nabn p^nb ^n.
Nos textes du Talmud ont ensuite rwyab ïiabrj "ib -in^^n baia
îjwn *]b\ ce qui manque chez Ben Baboï.
P. 139, II, 1. 1. Le début naT»n *np... est peut-être le reste
d'une derascha sur les mots du Lévitique, i, 15 : b* m ïTOtti)
(naTEïi Tp, qu'elle comparait au sang de la circoncision.
Ibid., 1. 8 et suiv. Sur l'usage babylonien de faire la circonci-
sion au-dessus d'un bassin rempli d'eau, tandis que les Pales-
tiniens la faisaient au-dessus du sol ', il est à noter que cet usage
juif est déjà mentionné dans le Sidra R., I, 224, 11 : armm won
■p-iNa l'PNBaNai araoeo «rai, « ils prennent le sang de la cir-
concision et Veau et versent sur leur visage », ce qui corres-
pond tout à fait au témoignage des Hilloufin, § 17 : mt» ■rçaaa
ûmsB b* Fanw ûroa 'pbm» (Muller, Ha-Schahar, VII, 583 ; cf.
Consultations des Gueonim, éd. Harkavy, 395).
P. 142, 1. 1-2 du verso. Si M. Mann a raison de restituer
rnobna n naimaai vapni bina ïrrro] d'après p. 135, 1. 27, la suite
doit être complétée de même : abia nan "itriN t-nn abi] 'onnai
rsuî72b robn ^a[» (?)™*Eb robjs-j (ia-i) *nvbv [îan] ■'Btt 2 y[?:u5
'^31 m»*tt[y robn ib rmin] ^dïï; voir plus haut, sur p. 136, 1. 28.
1. II. Yehoudaï, qui le permet [Schaaré Cédek, 22 b), ne peut guère être un autre
que le maître de notre auteur : la formule ^73T "PB1B pour indiquer la décision lui
est particulière (Consultations, éd. Lyck, 45). 11 n'est pas nécessaire que Ben Baboï
soit toujours de la même opinion que lui.
2. La lettre y, que Harkavy complétait. par y[lï5irP], a été simplement omise par
M. Mann.
186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
P. 143, 1. 12 : bl tnabt» nsi û'na ^wa b^aum. Les Hilloufin,
§ 30 (Harkavy, /. c, 396), qui attribuent aux Babyloniens une
opinion moins rigoriste, ne doivent probablement pas être l'objet
d'une interversion ou d'une autre correction. L'usage qui y est
relaté comme babylonien concorde avec Ab. Z., 38 a; Scheèltot,
n° 141, et Hal. Gued., éd. Venise, 133 c/ (éd. Berlin, p. 557) et,
comme elle n'est pas à sa place dans Ab. Z., cette halacha a
probablement été empruntée dans les Hal. Gued. aux Hal. Pes.
de Yehoudaï. D'autres Gueonim se sont prononcés dans le même
sens (Geonica, p. 26 et p. 224, 1. 15 et suiv.).
Pour les û'na ^bnura, les Hilloufin (apud Harkavy, 395 en bas)
relatent aussi une opinion moins rigoriste des Babyloniens :
•p-ioiN bania^ yna m D^aan "pi ima di-pria d^ia ipbtttt bis a"a
riDl ^noa bia "ppbiD ppan?]^ dm ima. Les Hal. Gued., éd.
Venise, 122 c (éd. Berlin, p. 583), décident comme les Babyloniens :
nam n® viVo "^*nm ^pa "pas ap^uja û"na ^a?*n nvbp -«am
'•Di iaai, fèves et pois chiches, ce qui équivaut à biD. On voit
que les Palestiniens étaient, en général, plus rigoristes sur ce
point que les Babyloniens, il est donc peu probable que Ben Baboï
combatte ici les Palestiniens. — Anan, éd. Harkavy, 3 (cf. J. Q. R.,
1922, p. 380, Addenda, 11°), défend tout ce qui a été préparé par
des païens et ne permet que l'eau crue, la farine, le miel, les
plantes (ûviï) et les truffes (srm?, sic).
Ibid., 1. 18 : msnab n'est pas une faute de copiste. On trouve la
même ortbographe, entre autres textes, dans Kélim, v, 8, éd.
Lowe ; Tos. Beça, m, 20, éd. Zuckermandel; Halachot Keçoubot,
dans Toratan schel Rischonim, I. 21 et 22; Hal. Gued., éd. Berlin,
p. 184 en bas, etc.
P. 145. 1. 16, lire : totb terra aina ^pti), et non tûrra[a].
Comparer la vieille formule "patû frirai ftz»* tarra dans Hal.
Gued., éd. Berlin, p. 9 en baut et p. 15; Tor. schel Risch., I, 44,
et la pbrase finale des différentes azharot (comp. S. Saclis,
û^ira^p û^naa *v ntD*ra, p. 99).
J. N. Epstetn.
LE COLLOQUE DE TORTOSE
ET DE SAN MATEO
(7 FÉVRIER 1413 — 13 NOVEMBRE 1414)
(suite 1)
7. — Dans la septième séance, du 45 février 1413, le procès-
verbal décrit un grand incident soulevé par Bonastruc Dezmaestre :
Comme il en avait déjà l'habitude, Santa-Fe commença par citer en
témoignage un livre que l'on n'avait pas sous la main, et les juifs,
n'ajoutant pas foi aux paroles de leur adversaire, demandèrent que, si
l'on devait continuer, on cherchât premièrement le livre cité pour voir si
Santa-Fe disait la vérité. Notre seigneur le Pape donna l'ordre d'aller
chercher le livre en question, mais de continuer à discuter en attendant
sur certains points obscurs des jours précédents. A ce propos Bonaslruch,
juif de Gérone, dit que si le témoignage était produit, les juifs répon-
draient, mais qu'il était intimement persuadé qu'il ne le serait jamais,
de même que n'avaient jamais paru d'autres témoignages allégués
comme authentiques par Jérôme de Santa-Fe. Le médecin de Benoît XIII
ne put contenir sa colère, sauta comme un lion que l'on blesse cruelle-
ment et dit :
« Je vous fais savoir à toi et à tous les juifs que je n'ai jamais cité une
autorité qui ne puisse être prouvée et si vous n'avez pas trouvé mes
preuves, ce sera pour l'une de ces deux raisons, ou bien par votre
paresse et votre négligence à les chercher ou parce que vous ne pos-
sédez pas les livres que j'ai cités ; apportez les livres et je vous ferai
voir, moi, que tout ce que j'ai cité, tout ce que je cite présentement ou
ce que j'aurai à citer à l'avenir est authentique, et je m'engage à vous le
citer textuellement, si c'est nécessaire, ici en présence de tous. »
1. Voir Revue des Etudes juives, t. LXX1V, p. 17 et 160, et t. LXXV, p. 74.
188 HEVUK DES ÉTUDES JUIVES
Les Juifs commencèrent à dire que la prophétie de Jacob 1 les favori-
sait davantage que les chrétiens, car le mot iy signifiait « éternel,
toujours » et par conséquent la véritable interprétation doit être :
« Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, jamais, car celui qui doit être
envoyé viendra. » Santa-Fe lui répliqua en disant que l'on doit prendre
le mot iy dans le sens que lui-même avait proposé : premièrement, à
cause de sa ponctuation ; secondement, parce que c'est en ce même sens
que l'interprétaient les maîtres dans les écoles et troisièmement, parce
qu'on le lisait ainsi dans les synagogues.
En outre, il ajouta : « S'il est certain que le sceptre ne doit jamais
disparaître de Juda, d'après ce que vous dites, comment se fait-il que
vous constatiez son absence au milieu de vous? » A cela d'autres Juifs
répondirent que l'on pouvait fort bien aussi interpréter le mot *iy dans
le sens de « pour toujours » et alors il faudrait traduire ainsi : « Le
sceptre ne sera pas ôté pour toujours de Juda, car celui qui doit venir
viendra, et il fera en sorte que le sceptre revienne aux mains d'où il avait
disparu. »
8. — Dans la huitième séance, du 16 février 1413, Garcia Alvarez
de Alarcon se présenta et fit observer à propos du même passage :
Quand le mot iy veut dire « toujours », il porte un point-voyelle
appelé kamets, accompagné en même temps de quelque préfixe, comme
lyb « perpétuellement » ; mais il n'en est pas ainsi quand il se trouve
comme dans le texte ; il est alors écrit avec patah iy et, lorsqu'il porte
cette voyelle en même temps que l'accent yetib, il ne signifie jamais
autre chose que « jusqu'à ce que ».
A la fin de cette séance, Sancbez Porta prit part à la discussion,
et confirma tout ce qu'avait dit Alarcon au sujet du mot ny2.
9. — Dans la neuvième séance, du 17 février 1413, le pape dési-
gna, pour le cas où il serait empêché, le supérieur général des
Frères prêcheurs, Juan de Podionucis, pour présider les séances
et, en cas d'absence de ce dernier, le maître du sacré palais San-
chez Porta, en leur enseignant expressément de veiller à ce que
les débats se poursuivent sans passion.
i. Il s'agit toujours de l'interprétation du verset de la Genèse, xlix, 10.
2. L'explication du mot *73? dans le sens de *jyb « perpétuellement, car Schilo
viendra » est due à Salomon ibn Adret, qui Ta donnée dans la lettre par lui adressée
à Lérida (Consultations, éd. Wilna, 1881, IV, n° 187) : « Le mot iy est mis en cet
endroit pour "j^b, c'est-à-dire : Le sceptre ne sera pas ôté de Juda pour toujours, car
Schilo viendra. Nous trouvons, en effet, iy mis pour "jyb, car il est écrit : « Il dure
éternellement et son nom est saint », "7 y "p"1tt) (Isaïe, lvii, 15), au lieu de lyb "pTŒ.
Et c'est ainsi qu'a traduit le Targoum (N7ûby *iy). » Voir mon Schiloh, p. 215.
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 189
Là-dessus 11. Moïse Abenhabec sollicita du pape Benoît XIII,
pour lui et ses compagnons, une audience privée, qui lui fut gra-
cieusement accordée.
10-12. — Du 17 au 19 de ce même mois de février les débals se
poursuivirent au sujet de la prophétie de Jacob.
Après que Jérôme eut de nouveau présenté l'ensemble de ses
arguments, le général des Dominicains prit sa place à la tribune
et adressa aux Juifs présents une véhémente allocution par laquelle
il les mettait en demeure de se soumettre ou de répondre.
R Moïse Abenhabec l'interrompit en s'écriant : « On a répondu
suffisamment aux raisons de maître Jérôme, il n'est donc pas
nécessaire de répondre davantage. »
A cela le dominicain répliqua avec violence que les Juifs soute-
naient une infinité de contradictions, de perfidies manifestes et
d'opinions erronées, et qu'après avoir accepté les arguments de
Jérôme prouvant que le Messie était déjà venu, ils revenaient sur
leurs aveux.
Un murmure, d'abord sourd, mais qui alla en augmentant de
plus en plus, s'éleva alors parmi les Juifs, lesquels contestaient
qu'ils eussent jamais accordé que le Messie fût déjà venu. Ce que
voyant, le pape ordonna que la discussion fût recommencée à
nouveau, avec cette différence toutefois que les deux parties ne
pourraient plus comme précédemment la diriger à leur guise,
mais qu'elles devraient rédiger par écrit leurs explications et les
remettre au notaire pontifical Nicolas Camill, qui les soumettrait,
en vue de la réponse, aux participants du colloque, cardinaux,
prélats, clercs et laïques, ainsi qu'à tous les Juifs présents. Cette
ordonnance du pape en date du 19 février 1413 figure dans les
actes.
Ainsi se termina cette séance.
13. — La douzième séance n'eut lieu que le 6 mars 1413. Elle
commença par la lecture du document rédigé par les Juifs. Jérôme
insista sur la preuve tirée par lui du passage du Talmud {Aboda
Zara, 9 a)4 concernant les six mille ans de la durée du monde,
attendu que le temps prédit par Elie pour l'accomplissement est
déjà passé. Mais les Juifs répondirent qu'Elie n'avait rien affirmé
en désignant l'époque, mais qu'il avait seulement fait une suppo-
1. Voir plus haut, p. 83.
190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
sition, en sorte que le Messie pouvait être attendu au commence-
ment des derniers deux mille ans, mais que cependant sa venue
a été retardée à cause des nombreux péchés de son peuple. On
pourrait dire de la môme manière : « Notre Seigneur le Roi
devait être à Tortose au milieu de février, mais il a retardé son
arrivée en raison de la quantité d'affaires qu'il a entre les mains. »
Ils expliquaient ensuite les degrés de mérite et de démérite dans
lesquels se trouvent tous les hommes ; les uns ont plus de mérites
que de fautes, ils sont au premier degré ; d'autres ont autant de
fautes que de mérites, ils sont au second degré; d'autres, enfin, ont
plus de fautes que de mérites, ils sont au dernier degré, et ce fut
celui dans lequel se trouvaient les Juifs à la fin des quatre mille ans.
Santa-Fe leur demandant quels péchés avaient commis leurs
ancêtres pour que Dieu les châtiât si terriblement par la captivité
de soixante-dix années et quels péchés ils avaient commis eux-
mêmes à leur tour pour s'attirer la nouvelle captivité qui semble
n'avoir point de fin, ils répondirent que leurs pères avaient sup-
porté la captivité de Babylone à cause des nombreux et exécrables
crimes qu'ils avaient commis dans le premier Temple et que leur
descendance continuait encore à les expier.
A quoi Santa-Fe répliqua :
Il est certain que les péchés commis par vos pères dans le premier
Temple ont été nombreux et très grands, mais ils ont satisfait pour ces
péchés à la divine justice par la captivité de Babylone, qui dura soixante-
dix ans, après lesquels ils reçurent l'autorisation de retourner dans leur
patrie pour construire le second Temple, époque durant laquelle il y eut
un très grand nombre de justes en Israël, comme les dix rabbins dont il
est dit dans le Talmud que, pour ne pas abandonner un iota de la Loi,
ils furent martyrisés l. A cette époque-là vécut aussi cette femme forte
appelée Hanna avec ses sept fils, qui, se refusant à adorer les faux dieux,
furent mis à mort par Adrien (!), l'un après l'autre2. S'il suffisait de dix
justes pour que Sodome ne fût point détruite, ainsi que Dieu le dit à
Abraham (Gen., xvm, 32], à bien plus forte raison y a-t-il lieu de croire
que, pour sauver Israël et le délivrer du cbàtiment que méritaient ses
anciens péchés, un si grand nombre de justes dut suffire. Il est indubi-
table qu'au moyen de la captivité de soixante-dix ans la colère divine
s'apaisa et que le peuple élu recommença à jouir des faveurs du Ciel. Il
s'ensuit que la captivité postérieure ne peut pas être la peine des péchés
commis sous le premier Temple, mais de quelque autre péché beaucoup
1. Echa r., n, "2.
2. II Macch., vu.
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 191
plus grand commis à l'époque du second. Ceci est confirmé davantage si
l'on tient compte de ce que disent la paraphrase chaldaïque et le
Talmud, à savoir que cette captivité ne durerait pas plus de quatre
générations et celle que vous subissez présentement dure depuis plus
de quatorze cents ans; par conséquent il n'est pas douteux que vous
subissez la captivité présente pour n'avoir pas voulu reconnaître le vrai
Messie. En niant cette conclusion, vous devez avouer que vos péchés
sont beaucoup plus graves que ceux que commirent vos pères, que vous
oftensez Dieu par des formes d'idolâtrie, des homicides, des adultères
beaucoup plus exécrables, et, s'il en est ainsi, la terre devrait s'engloutir
sous vos pieds et les Chrétiens ne pourraient point vous permettre
d'habiter parmi eux. Mais non, tout autre est la raison pour laquelle
vous souffrez. Quelle est-elle donc? Si, pour les exécrables péchés que
vos pères ont commis sous le premier Temple, ils ont été châtiés d'une
captivité de soixante-dix ans, vous autres qui êtes déjà depuis plus de
quatorze cents ans en exil, qu'avez-vous fait? Quel péché avez-vous
commis pour que vous soyez si durement châtiés? Auriez-vous l'audace
de vous croire innocents? Ah! non, vous ne commettriez pas de péché
plus grand en supposant Dieu injuste !
Après ce discours, le procès-verbal ajoute eu termes tout à l'ait
solennels la liste de dix convertis 4.
14. — A la fin du procès-verbal de la quatorzième séance se
trouve une autre liste relative à un semblable acte de baptême :
Le même jour (15 mars 1413) vinrent de Saragosse, d'Eurolès (?) et
1. Ladite diète étant achevée, la divine grâce qui illumine tout homme qui vient
en ce monde se manifesta d'une manière magnifique en soufflant miséricordieusement
sur dix Juifs notables, à savoir cinq de la aljama de la ville de Monzon, deux de la
aljama de la localité de Falset (au nord de Tortose), un de la aljama de Mora (près de
Tortose), et un distingué étudiant talmudiste de la aljama de la ville d'Alcaniz qui ne
s'était jamais écarté des leçons du Talmud qu'il entendait continuellement depuis son
enfance dans la maison paternelle et à l'école, et aussi un certain jeune homme de la
ville de Calatayud, lesquels, tous les dix ensemble, se prosternèrent avec grande
dévotion et humilité, fléchissant les genoux devant le marche-pied de notre très saint
seigneur le pape Benoît XIII en faisant unanimement la confession suivante : « En
effet, nous voyons et nous reconnaissons clairement que les raisons de Maître Jérôme
sont vraies et que les réponses des Juifs rabbins n'ont absolument aucune valeur.
C'est pourquoi, béatissime père et très clément Seigneur, nous supplions Votre
Sainteté et lui demandons avec une très grande dévotion et en toute humilité qu'elle
nous fasse miséricordieusement baptiser, afin que nous puissions acquérir le salut de
nos âmes. » Considérant cela pieusement et diligemment et voyant la dévotion très
ardente avec laquelle les dix Juifs susdits venaient également à la foi orthodoxe,
notre très clément seigneur le Pape les fit honorablement et solennellement baptiser
et, grâce aux efforts de ces convertis, leurs femmes et leurs familles, au nombre de
trente personnes et même davantage, furent purifiées de la lèpre judaïque sur les
fonts du baptême. — (En latin dans le procès-verbal, 28 v°.)
192 REVUE DES ETUDES JUIVES
d'Alcaniz quelques Juifs, en disant qu'ils avaient eu connaissance par des
relations faites dans leurs localités des réponses très faibles que don-
naient leurs rabbins et que, pour cette raison, ils avaient résolu de se
convertir à la foi catholique. Notre seigneur le Pape ordonna de leur
donner le saint baptême. Et ils furent au nombre de treize, tous hommes
notables. Et par la suite tous ceux qui avaient été ainsi baptisés étant
de retour dans leurs demeures firent baptiser leurs femmes, leurs
enfants et toute leur famille.
15. — Le 22 mars dans la dix-septième séance, Jérôme présenta
le compte chronologique : « Le Messie a dû venir à l'expiration de
quatre mille deux cents ans de la création du monde » ; ce serait
cinquante-cinq ans avant 1ère chrétienne.
Sur quoi on demanda aux Juifs s'ils se déclaraient d'accord avec
la thèse soutenue par Jérôme, question à laquelle ils firent cette
réponse : « En aucune façon, attendu que les témoignages cités par
maître Jérôme devaient s'interpréter non pas littéralement, mais
au sens figuré. »
Le pape alors leur demanda de dire quelle était la figure à
laquelle se rapportaient, d'après eux, les autorités citées et quels
docteurs les entendaient en ce sens-là, sans les obliger toutefois à
répondre au même instant, mais seulement quand ils auraient bien
réfléchi sur la matière.
16. - Dans la dix-huitième séance, huit jours après, un rabbin
répondit à ce qui précède :
« D'après lui il était évident que le Messie n'était pas venu, car les
conditions assignées par les prophètes à la personne du Messie et à
l'époque où devait se produire sa venue n'étaient pas encore remplies.
En outre, les autoriés alléguées par maître Jérôme ne concordaient pas
entre elles et ne devaient pas non plus s'interpréter à la lettre. On
y avait aussi recours à des fables d'une nature telle qu'un Juif ne se
voyait obligé de leur accorder aucune espèce de créance du moment
qu'elles ne se trouvaient point en conformité avec l'article fondamental
de la doctrine juive. Il ajouta que son intention n'était pas d'être le
moins du monde désagréable à maître Jérôme, mais simplement d'obéir
aux ordres du bienheureux père Benoît XIII. Et, poursuivant ses expli-
cations, il exposa dans quel sens on doit prendre les autorités talmu-
diques alléguées par Santa Fe, citant à l'appui Maïmonide, Kimhi et
divers autres talmudistes, et il conclut en disant : Pour toutes ces
raisons, le Juif croit, sans qu'on lui puisse objecter son ignorance et son
insuffisance, que maître Jérôme n'a point démontré sa proposition, a
savoir que le Messie est venu au monde. »
LK COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 193
17. - Trois jours après, dans la dix-neuvième séance, Santa-Fe
analysa les arguments apportés on dernier lien contre lui et qu'il
réduisit à douze points particuliers, en sorte que le contradicteur
se vit obligé de reconnaître qu'il ne pouvait; plus fournir d'autre
réponse et que, pour le moment, il ne trouvait plus rien à répondre
« à cause de son insuffisance, de la faiblesse de son intelligence el
de son ignorance ».
18. — Le 5 avril 1413, dans la vingtième séance, Jérôme cita le
passage du prophète Tsaïe (ix, 5) : « Un petit enfant nous est né,
un fils nous a été donné et son empire s'étendra. »
Il exposa ici pour sa démonstration, comme dans le Sépher ha
Pikkourim, ce qui suit :
Que cette prophétie s'applique au Messie, les Juifs no peuvent moins
faire que de l'admettre, puisque R. José le Galiléen l'affirme clairement
dans le préface de la grande Lamentation * ; et dans le Talmud lui-même,
traité Sanhédrin, dernier chapitre2, R. Tanhoum demande : « Quelle est
la raison pour laquelle tous les mem de ce texte sont ouverts, tandis
que seul celui du mot lemarbé (multiplicabitur) est fermé tout en se
trouvant au milieu du mot ? » On lui répondit : « C'est que Dieu voulut
taire du roi Ezéchias le Messie et alors se présenta à lui la Justice com-
mutative, qui lui dit : Maître du monde ! à David qui a composé tant de
cantiques et chanté tant de louanges en ton honneur, tu n'as pas accordé
la qualité de Messie et tu ferais une grâce si extraordinaire au roi Ezé-
chias qui n'a rien composé de tel, en dépit des nombreux miracles que
tu as faits pour lui ? » Alors Dieu ferma cette lettre et en même temps
on entendit une voix du ciel qui disait : Mon secret est à moi ! Mon
secret est à moi !
De ce commentaire Santa-Fe tire trois conclusions : 1° que le Messie
est Dieu lui-même ; 2° que le Messie devait naître de la Vierge Marie et
c'est pour cela que fut mise la lettre mem fermée (û), alors qu'elle eût
dû être ouverte (72) d'après les règles constantes de l'écriture hébraïque;
et 3° que la lettre mr.m fermée (o) fait connaître de façon évidente
l'époque où devait venir le Messie, car cette prophétie fut prononcée
la quatrième année du règne d'Achaz et depuis lors jusqu'à la destruc-
tion du Temple, qui eut lieu la onzième année du règne de Sédécias,
cciit cinquante ans se sont écoulés; en ajoutant à ce nombre les
soixante-dix années que dura la captivité de Babylone et les quatre
cent vingt de l'époque du second Temple, on arrive au total de six
cent quarante. Si de ce nombre nous retirons quarante ans, ce qui est
i Pugio, p. 529.
1. V" 94 a.
T. t.XXV. V 150. 13
194 REVUK DES ÉTUDES JUIVES
l'année de la mort du Messie, il nous en reste six cents ; c'est précisé-
ment la valeur numérique de la lettre mem fermée (û) et c'est le nombre
d'années qui s'écoulèrent depuis que la prophétie fut prononcée jusqu'à
la mort du Christ, et c'était là le secret de Dieu que le prophète ignorait.
19. — Quelques jours s'écoulèrent ensuite sans que le congrès
se réunît. Ce n'est que le 15 avril 4413 qu'eut lieu la vingt-unième
séance, dans laquelle fut discutée la question relative aux soixante-
dix semaines de Daniel, i.\, 24.
20. — Dans le procès- verbal de la vingt-deuxième séance se
trouve de nouveau la relation du baptême de plus de deux cent
cinquante Juifs *.
21 . — La vingt-troisième séance, qui n'eut lieu que le 4 mai 1413,
commença par un long discours {arengà) de Jérôme, pour lequel il
prit comme texte le verset de Jérémie, ni, 22 : « Convertissez-vous,
enfants, et je guérirai vos infidélités. »
Puis, il posa aux Juifs douze questions tirées du domaine de la
théologie catholique :
1° Existe-t-il quelque lieu désigné pour la naissance du Messie?
2° Sa naissance doit-elle être miraculeuse ou naturelle comme celle
de tous les autres hommes?
3° Sera-t-il homme seulement ou, au contraire, sera-il Dieu et homme
tout ensemble ?
4° Sa venue aura-t-elle lieu uniquement pour donner la vie spirituelle
aux âmes ou pour que les corps jouissent de biens temporels?
5° Le péché d'Adam a-t-il été pardonné avant la venue du Messie, oui
ou non ?
6° Le Messie devait-il souffrir la mort pour expier ledit péché?
7° En supposant qu'il en ait été ainsi, les peuples et races qui ont une
1. Mais durant le temps susdit, de nombreux Juifs venant chaque semaine et
chaque jour à la connaissance de la vérité et confessant publiquement la foi catholique,
il arriva que tantôt trois, tantôt quatre, tantôt un plus grand nombre reçurent le
baptême en présence de toute la sainte curie de notre seigneur le Pape, chaque
semaine de la présente année, sans compter les autres qui, en diverses parties du
royaume, étaient convertis à la foi, comme à Saragosse, à Calatayud, à Alcaniz et dans
les autres synagogues du royaume. En effet, ceux qui étaient présents entendaient et
répétaient aux autres les preuves si fortes, si remarquables, si transcendantes établies
par le susdit Jérôme contre les Juifs et alléguées scientifiquement, ainsi que les
réponses si faibles, si cauteleuses que faisaient en sophistiquant les rabbins des Juifs
en opposition avec la vérité, en sorte que, cet été-là, plus de deux cent cinquante
Juifs furent convertis.
LE COLLOQUE DE TOKTOSE ET DE SAN MATEO 49b
• autre origine qu'Israël seraient-ils appelés à jouir du bénéfice de cette
mort '.'
8° Le Messie devait-il se contenter simplement de racheter le monde
ou devait-il, en outre, établir une nouvelle loi fondée sur une doctrine
nouvelle ?
9° Après son avènement au monde, les sacrifices devaient-ils conti-
nuer aussi nombreux et sous la même forme, tels qu'ils avaient existé
autrefois?
10° Les antiques cérémonies devaient-elles, oui ou non, subsister?
11° Pour quel motif subissez- vous donc, vous autres Juifs, une capti-
vité si prolongée?
Enfin, 12J quand votre Messie viendra, retournerez-vous prendre pos-
session du même pays que vos ancêtres ont habité depuis la captivité
d'Egypte et de Babylone ou entrerez-vous en possession d'un autre pays?
22. Sur le feuillet 185 v° se trouve à cette place une note du
4 mai 1413, dans un exposé fait par Jérôme de baptêmes célébrés :
« En ce temps-là donc (4 mai 1413), sous l'inspiration de la grâce
divine, certain Juif noble, du nom de Todros Benveniste, médecin,
et sept autres Juifs avec lui présentèrent une requête personnelle
demandant à être baptisés. >;
23. — Dans la vingt-quatrième séance, du 17 mai, les Juifs
présentèrent un mémoire qui contenait la réponse aux douze
questions de Jérôme :
« 1° A la première demande ils répondirent qu'ils ignoraient complè-
tement qu'aucun lieu ait été désigné pour la naissance du Messie ;
2° et ils firent la même réponse à la seconde demande.
3° Ils soutinrent que le Messie devait être seulement un homme de
bien et un prophète, mais qu'il ne devait rien y avoir en lui de divin.
4° A la quatrième question ils dirent : Ce sera un grand personnage
qui délivrera Israël de la captivité temporelle et il s'ensuivra que le
peuple de Dieu pourra observer la loi de Dieu avec une plus grande
facilité et plus de perfection et parvenir à la vie éternelle.
5° Au sujet de la rémission du péché d'Adam avant l'avènement du
Messie, ils disent qu'il n'était pas pardonné, car, dans le cas contraire, on
ne verrait pas tant de peines et tant de misères parmi les descendants du
premier homme.
6° Ils nièrent absolument que le Messie dût mourir pour racheter
ledit péché.
7° Ils répondirent pareillement a la septième question que le Messie
délivrera uniquement le peuple d'Israël.
8° Ils ajoutèrent ensuite qu'il ne devait pas établir une nouvelle loi,
196 REVUE DES ETUDES JUIVES
ni enseigner aucune doctrine nouvelle, parce que celle de Moïse, qui est
immuable, perpétuelle, suffit.
9° et 10° Par conséquent, même après la venue du Messie, les sacrifices
et cérémonies continueraient en la même forme qu'auparavant.
11° En ce qui concerne la captivité que les Juifs subissent présente-
ment, ils croient qu'elle est due aux péchés que le peuple de Dieu a
commis autrefois et qu'il continue a commettre.
12° Ils assurent qu'un temps viendra où ils retourneront prendre
possession du même pays qu'ont habité leurs ancêtres. » (F° 52-59 a.)
24. Jérôme consacra douze jours entiers, du 27 mai au 12 juin
1413, et par conséquent un nombre égal de séances, à la réfutation
du mémoire présenté par les Juifs (f° 59-129).
La prophétie d'Isaïe, vu, 14, formait un point principal : « Voici,
la vierge concevra et enfantera un fils et il sera appelé Emmanuel.»
Les Juifs formulèrent ici trois objections :
« 1° qu'en hébreu le mot qui signifie « vierge » est le mot betoula
(ftbira) et non pas aima (nttb*) comme dans Isaïe ;
2° que cela ne pouvait constituer un signe pour le roi Achaz, puisque
l'événement ne devait se produire que plus de cinq cents ans après lui ;
et 3° que le fils de Marie ne s'appelle pas Emmanuel, mais Jésus.
Par conséquent, continuent les Juifs, la prophétie vise la femme
d'Achaz, qui donna le jour à Ezéchias, avec lequel Dieu fut, selon l'inter-
prétation du mot Immanouel (b&n3E3>), « Dieu avec nous ».
A ces trois arguments Jérôme répondit :
1" Vous êtes complètement dans l'erreur quand vous affirmez qu'il
n'y a en hébreu que le mot betoula pour signifier « vierge », puisque je
puis vous en citer trois qui ont le même sens, quoiqu'avec une petite
différence : nahara (m3>3), betoula (nbina) et aima (rmby). On nomme
nahara n'importe quelle jeune fille, sans s'inquiéter de savoir si elle est
vierge ou non, puisque le mot dérive de la racine naharout (rhl^S),
qui signifie «jeunesse, adolescence ». Betoula se dit d'une femme vierge,
qu'elle soit jeune ou vieille, car le même mot peut s'appliquer à une
jeune fille de seize ans ou à une femme de quatre-vingts ans. Du moment
qu'elle est vierge, on peut l'appeler et de fait on l'appelle dans la sainte
Ecriture betoula. Par contre, aima signifie bien vierge, mais non pas
une vierge quelconque ; il s'agit d'une vierge en état de contracter
mariage et ces deux conditions se trouvèrent merveilleusement réunies
au pied de la lettre dans la très sainte Vierge Marie. Il est certain, cepen-
dant, que les écrivains sacrés, en parlant au sens figuré, prennent très
souvent un mot pour un autre. Mais le prophète Isaïe, qui, en une affaire
de si grande importance, voulut s'exprimer très exactement et en même
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 197
temps avec un certain mystère, employa le mot aima qui était le plus
convenable pour indiquer ce qu'il voulait dire.
•2° La révélation ne fut point faite à Achaz, mais à la maison ou à la
descendance de David, attendu que ce roi, quoique invité par le prophète
a demander un signe plus prodigieux et plus admirable que les profon-
deurs de la mer, l'immensité et la hauteur des cieux, ne voulut rien
demander.
3° Il ne faut pas prendre matériellement le nom d'Emmanuel, mais au
sens spirituel, comme l'ont entendu les prophètes.
25. — Dans la trente-cinquième séance, du 12 juillet 1413,
Jérôme rechercha quelle pouvait hien être la cause de la présente
servitude des Juifs et, après avoir repoussé les autres explications,
il en vint à parler de Yodium gratis, odium sine causa *, à propos
de quoi il fit l'éloge de leur conduite les uns envers les autres.
Mais ils déclarent qu'il en est autrement, disant que cette haine gra-
tuite {odium gratis) n'est pas autre chose que la malveillance de l'un
contre l'autre et réciproquement. Voici maintenant comment ils sai-
sissent la vérité, parlant comme des aveugles qui palpent une chose et
ne la voient pas clairement, car, assurent-ils, une semblable haine
n'existe pas aujourd'hui entre eux de l'un à l'autre. C'est plutôt le
contraire et il n'y a pas une nation dans le monde qui fasse preuve de
plus de piété, de charité mutuelle que les Juifs n'en montrent entre eux,
soit en se visitant dans leurs maladies, soit en se secourant mutuelle-
ment dans leur détresse, en évitant de révéler les secrets de l'un à
l'autre, en s'arrachant l'un l'autre au péril, à tel point que si un Juif se
trouve poursuivi comme criminel par les chrétiens, tous les membres de
la communauté (aljama) le délivreront et le rétabliront en plus haute
considération et en possession de biens plus grands que le coupable lui-
même ne serait en état de l'apprécier pécuniairement. Donc les hommes
qui entretiennent entre eux une telle communion ne sauraient être
accusés de malveillance ou de haine et ne doivent pas pour cela être
punis si cruellement et d'une manière si prolongée, comme c'est le cas
dans cette captivité.
26. — La quarante-cinquième séance, du 30 août 1413, termina
la première série des conférences. Les rabbins ne se séparèrent
pas sans déclarer qu'ils ne se tenaient point pour convaincus par
la réfutation de Jérôme. Le principal travail fut ainsi terminé dans
les sept premiers mois, du 7 février à la fin d'août 1413, ce qui
demanda quarante-cinq séances. Là-dessus, la chaleur du climat
d'Espagne en été nécessita un repos de quelques mois.
1. D3n n«3?3 [Y orna. 9 6).
198 REVUE DES ETUDES JUIVES
Depuis le 27 février, date à laquelle on introduisit la procédure
par écrit, jusqu'au 30 août, on trouve dans les procès-verbaux, de
la dixième à la quarante-cinquième séance, vingt-quatre cédules
ou réponses enregistrées du côté des Juifs. Tous ces procès-
verbaux de la fin de février à la fin d'août 1413 furent vérifiés et
authentifiés durant la période de repos par trois notaires, en
présence de Sanchez Porta, maître du Sacré-Palais, et par huit
Juifs choisis à cet effet.
27. — A la reprise des conférences, dans la quarante-sixième
séance, le 30 novembre 1413, Jérôme répéta, sur l'ordre du pape
Benoît, d'une manière abrégée, quelques-unes de ses preuves
principales, attendu que les rabbins, trois mois auparavant, le
30 août, ne s'étaient pas avoués vaincus.
Avec cet exposé de Jérôme, qui occupa la quarante-sixième et la
quarante-septième séances, le 30 novembre et le 22 décembre 1413,
la première période du colloque prit fin.
VI. — Les séances du colloque a Tortose {Deuxième période).
1. — Le pape Benoît ouvrit la seconde période dans la qua-
rante-huitième séance, le 8 janvier 1414, par une allocution dans
laquelle il s'expliqua sur ses intentions et sur la suite qu'il enten-
dait donner au colloque.
Dans la dernière séance il avait entendu rapporter par maître Jérôme
comment, en l'absence de Sa Sainteté, il avait été procédé dans cette
même information et, attendu que quelques-uns des Juifs avaient dit que,
daus une telle cause, il devait être un juge suspect, il déclara qu'il donne-
rait un ordre de telle nature et si bref pour cette affaire que toute per-
sonne, fidèle ou infidèle, sans altérer la vérité, en se servant de sa seule
raison, pourrait connaître par elle-même quelle conclusion peut et doit
être tirée des susdits débats.
Car, bien que son intention ait été dès le commencement et fût encore
d'abréger la dite affaire, cependant cela ne se put faire, les Juifs eux-
mêmes y mettant obstacle; répétant à ce propos comment, dès le com-
mencement, la discussion avait été tout d'abord menée seulement avec
ceux de la résidence d'Alcaniz, ensuite, à leur demande, avec les autres
Juifs du susdit royaume d'Aragon. En premier lieu, en effet, cela avait été
sous forme de discussion verbale; ensuite ce fut par écrit, en raison des
variations des susdits Juifs et finalement il fallut insister sur celte affaire
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 199
et s'occuper d'examiner les écrits qui avaient été présentes des deux côtés,
atin qu'ils pussent être certifiés par la signature officielle des notaires et
tabellions. Toutes ces choses avaient été cause (Tune prolongation justi-
fiée, si toutefois il y avait lieu de le dire, dans l'affaire dont il s'agissait.
Car il ne fallait pas laisser dire, comme de fait disaient quelques-uns,
que Notre Soigneur lui-même, par l'intervention des Romains, étant pré-
venu par la mort, ne pouvait pas amener son désir à la réalisation, ainsi
que quelques-uns entendaient la chose et que d'autres opinaient à le
croire. De même aussi en Espagne, surtout au temps des Goths, beaucoup
de notables prélats avaient tenu avec les Juifs des conférences ou discus-
sions en les convainquant et avaient converti à la foi du Christ de très
nombreux Juifs, lettrés et autres.
Pour le moment, lui-même avait en vue principalement les trois choses
suivantes :
Premièrement, son intention était de chercher le salut des âmes;
secondement, d'abréger; troisièmement, de faire en sorte que les
conclusions tirées de cette discussion fussent amenées a exécution et
devinssent des ordres, et quatrièmement, il avait l'intention de faire cer-
taines choses, qu'il se réservait de faire connaître à la fin des discussions.
Et parce que quelques-uns des Juifs voulaient une copie des dernières
paroles prononcées par maître Jérôme et lui répondre, tandis que d'autres
ne demandaient pas de copie, mais désiraient seulement être renseignés;
attendu aussi que quelques-uns des dits Juifs prétendaient avoir des rai-
sons sérieuses qu'ils avaient omis de présenter, par suite de leurs subter-
fuges habituels, d'après ce qu'ils affirmaient du moins, notre dit Seigneur
voulant principalement que tous et chacun fussent entendus jusqu'au
bout, ordonna en conséquence que copie leur fût donnée de tout ce qui
avait été fait et qu'ils eussent à dire ce qu'ils avaient à dire sur ces choses
et tout ce qui se rapporte à la susdite discussion et qu'ils fissent connaître
leurs doutes, s'ils en avaient, dans les controverses précédentes, de
manière à recevoir là-dessus des explications suffisantes.
Alors Rabbi Joseph Albo,de Daroça,dit que tous ne devaient pas
être retenus à cause du petit nombre de ceux qui voulaient dis-
cuter encore.
Sur quoi, le pape, afin de mettre un meilleur ordre dans les
débats et de les abréger, députa les révérends pères et seigneurs
en Christ Dom Jean (Flandrinij, par la grâce divine évêque de
Sainte Sabine, cardinal, et Dom Didace, évêque de Plaisance,
Maître André Bertrand, grand aumônier de notre seigneur le pape
lui-même, et Gondisalve Garcias, son chapelain et auditeur des
causes du Palais apostolique, qui s'appliqueraient à établir l'ordre,
les moyens et la marche efficace de la discussion. Mais pour ce qui
concernait l'intervention dans les débats, il nomma les révérends
200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
pères en Christ Demi Pierre (Fonseca), cardinal diacre de Saint-
Ange, et l'évèque d'Avignon Lenez, et le frère Sancho Porta',
maître des écoles de théologie sacrée dans le susdit palais, et Loup
de Galdeo, pénitencier de notre seigneur le pape, de l'Ordre des
Frères Prêcheurs, professeurs maîtres en théologie, et le susdit
maître Jérôme.
Ensuite le pape ordonna aux Juifs qui voudraient seulement
discuter de le déclarer à haute voix en donnant leurs noms. Mais
pour cela il n'y eut plus que le rabbin Ferrer, le rabbin Metatia et
le rabbin Astruc2 qui se déclarèrent disposés à discuter encore;
les autres au contraire demandaient à être éclairés. Le pape les
interrogea en commun, leur demandant si quelques-uns voulaient
discuter encore, mais ils répondirent unanimement en s'écriant :
Non.
Reprenant la parole, le pape exposa les cinq points qu'il avait
en vue.
Premièrement et principalement, au sujet du livre communément
appelé Talmut, à cause des faussetés, des hérésies, et des abominations
y contenus.
Deuxièmement au sujet d'un crime d'usure qu'ils pratiquaient d'une
manière exécrable.
Troisièmement, au sujet de leurs synagogues, surtout de celles qu'ils
avaient établies récemment sans l'autorisation du Siège Apostolique ou
qu'ils avaient agrandies, embellies ou enrichies.
Quatrièmement, au sujet de leurs relations avec les catholiques.
Cinquièmement, au sujet des services publics qui ne doivent pas être
exercés par les Juifs parmi les chrétiens.
Et sur les choses qu'avec la grâce de Dieu il avait l'intention de faire
et tels règlements qu'il établirait encore concernant la louange, la gloire
et l'honneur de Dieu et l'honneur de toute la foi chrétienne.
Il ordonna enfin à tous les Juifs de se réunir pour s'entendre au
sujet du lieu où ceux qui désiraient être renseignés entendraient
les mêmes explications, soit dans la citadelle de la ville de Tortose,
soit dans la maison des Frères mineurs ou des Frères prêcheurs de
Tortose, afin que la discussion et l'information fussent disjointes et
faites séparément, de façon que tout trouble et toute variation
fussent complètement évités.
2. — Dans la quarante-neuvième séance, du 26 janvier 1414, on
1. Confesseur du pape Benoit depuis 1403.
2. R. Astruc ha-Lévi d'Alcaniz.
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 201
constata que R. Aslruc, après avoir remis son mémoire par écrit,
s'était éloigné de Tortose. Le pape donna des instructions pour
qu'on le ramenât. Il fit l'envoyer la discussion de son mémoire
jusqu'à son retour et, en attendant, voulut que les écrits de Ferrer
et de Malatia lussent lus et discutés.
Alors \{. Ferrer lut du haut de la tribune, en son nom et au nom
de son collègue, un mémoire dont le contenu tendait à justifier son
attachement persistant à la doctrine du judaïsme et à refuser le
caractère de Messie à Jésus de Nazareth.
3. — Jérôme employa trois jours complets, de la quarante-neu-
vième séance (26 janvier) à la cinquante-deuxième (lel février) pour
réfuter les arguments de R. Ferrer et de R. Matatia. Il les accusa
de manquer de logique en cherchant à démonter la conclusion
avant les prémisses. «La prémisse est, dans le cas qui nous occupe,
de savoir si, oui ou non, le Messie est venu et la conséquence,
quel est le vrai Messie, et vous vous attachez au second point en
omettant l'examen du premier. »
4. — Le 2 février 1414 eut lieu de nouveau une cérémonie de
baptême de 17 Juifs, au nombre duquel il y en avait de la famille
de la Gavalleria, de Saragosse 1.
0. - Dans la cinquante-troisième séance, du 15 févier 1414,
comparut R. Astruc ha-Lévi, d'Alcaniz, et il fournit les raisons
suivantes pour sa justification :
...La première est que nous sommes et avons été hors de nos demeures
depuis dix mois; 2° nos ressources sont diminuées et presque totalement
épuisées; 3° notre absence cause un grand préjudice à nos aljamas ou
communautés et il en résulte pour elles des pertes considérables;
4° nous avons perdu nos femmes et nos fils à cause de cette discussion;
5° pour beaucoup d'entre nous on a mal pourvu à notre nécessaire tant
en argent qu'en provisions, tant pour nous ici que pour ceux de nos
foyers, au point, hélas! qu'ils manquent de nourriture; 6° nous faisons ici
des dépenses extraordinaires. Donc des hommes qui supportent de tels
1. Alors, sous l'inspiration de la grâce divine, les Juifs les plus nobles existant dans
toute la communauté, tant parla science que par la naissance, savoir ceux qui étaient
de race militaire, c'est-à-dire de la Gavalleria, de la cité de Saragosse, comme on les
nomme communément, au nombre de dix-sept personnes, sans compter leurs femmes
«:t leurs domestiques qui furent nombreux, reçurent le saint baptême dans ladite ville de
Tortose, le second jour de février 1414.
202 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES
fardeaux, est-il raisonnable de les juger en tirant à bon droit des conclu-
sions contre eux à cause de leur ignorance, alors qu'ils discutent avec
ledit maître Jérôme et ses semblables, qui bien au contraire jouissent
tous d'une immense prospérité et de grandes douceurs ?
Gomment donc pourrait-on parler ici logiquement d'une victoire? « Si
un chrétien prisonnier au pays des Maures n'avait rien a répondre aux
raisons que ceux-ci invoquent en faveur de la loi de Mahomet, dirions-
nous qu'il se trouve pour cela convaincu de la fausseté de la religion
catholique ? En aucune façon ; tout ce qu'on pourrait dire de lui, c'est que
c'était un ignorant. Donc nous nous trouvons nous-mêmes dans le même
cas. Si nous ne savons pas répondre à vos arguments, traitez-nous, si vous
le voulez, d'ignorants; dites-nous que nous ne savons rien de la matière
que l'on discute. Mais vous n'aurez jamais le droit de dire que nous
sommes convaincus. Cela est expressément défendu dans la Sainte-Ecri-
ture à propos des articles de la religion, dans les paroles du prophète
David, au psaume xxxvn [xxxvi], 30, 31 : « La bouche du juste annonce
la sagesse et sa langue proclame la justice; la loi de Dieu est dans son
cœur, ses pas ne chancellent point. »
6. _ Jérôme consacra les séances suivantes, de la cinquante-
troisième (15 février) à la cinquante-huitième (2 mars), à la
réfutation de R. Astruc. Il déclara que les raisons alléguées par
celui-ci pour excuser l'ignorance des juifs ne méritaient pas d'at-
tention, puisque « pour la plus grande partie, c'était une question
d'estomac ».
Vous ne vouliez plus parler afin qu'il fut donné à entendre que vous
aviez suffisamment répondu, et, comm.e vous dites, que votre ventre est
plein de nouvelles réponses. Et vous, Rabbi Astruc, puisque vous vous
donnez pour un maître, vous devriez être pour les autres un exemple de
courage et vous ne devez pas vous laisser ébranler par votre femme ni
par aucune autre tribulation et, en supposant que quelque changement
se soit produit en vous pour un peu de temps à cause de la sensualité,
il n'eût pas dû persister, puisque la sensualité doit être vaincue par la
raison.
C'est ainsi que se termina la conférence le 15 février 1414.
7. — Deux jours plus tard fut tenue la cinquante-quatrième
séance, le 17 février 1414. On y traita de nouveau la question de
savoir si les passages du Talmud cités par Jérôme devraient être
pris au sens propre ou au sens métaphorique. Les Juifs refusaient
toute créance à ces preuves, en sorte qu'elles ne pouvaient pas
être apportées à l'appui de la question agitée.
LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 203
Contre cette allégation, Jérôme lit une exposition de la dialectique
du Talniud telle qu'il la comprenait, pour en tirer la preuve que les
Juifs étaient tenus d'admettre comme véridiqnes les paroles du
Talmud tout comme celles des Prophètes.
Les Juifs ont l'obligation de croire aux témoignages déjàcités avecautant
ou plus de foi qu'aux paroles des prophètes et, pour que tous comprennent
ce que je vais exposer à ce sujet, il convient que vous sachiez de quelle
façon s'est formé le corps de doctrine appelé par les Juifs Talmud, au
temps des Pharisiens, lesquels, pour leur malheur ou, pour mieux dire, à
cause de leur entêtement, n'eurent pas connaissance du vrai Messie, dont
l'avènement eut lieu alors ; tout au contraire, ils manifestèrent à son
égard une très profonde et injuste haine, nonobstant les grands miracles
qui s'accomplissaient journellement en son nom et qu'ils voyaient eux-
mêmes. Lesdits rabbins, quand ils virent que le Messie avait été crucifié et
était mort, firent en sorte qu'il ne fût fait acucune mention de lui ni de
sa doctrine. Mais voyant ensuite que celle-ci se répandait dans le monde
entier à cause de la prédiction des apôtres et disciples du crucifié et de
quelle manière ils exposaient la loi mosaïque et la faisaient observer
comme le fait présentement l'Eglise et que les cérémonies qu'ils tenaient
en si haute estime demeuraient abrogées, ils résolurent de mettre en
ordre toutes ces cérémonies et de les consigner par écrit. Tout cela
forma luMisna, qui équivaut à une seconde loi, et ils dirent que tout cela
fut dit oralement par Dieu à Moïse. Voyant en outre que la foi catho-
lique allait croissant de jour en jour de telle manière qu'une grande
partie des Juifs répandus à travers le monde s'étaient convertis, que
presque tout l'empire romain et, ce qui est plus admirable, qu'Hélène,
mère de lEmpereur, en avait fait autant, les chrétiens remplissant déjà
une grande partie de l'univers; voyant que, peu auparavant, saint Jérôme,
avec grande diligence et aidé du secours divin, avait réuni des divers
coins du monde différents exemplaires de l'Ecriture sacrée et les avait
traduits du chaldéen et de l'hébreu en latin, voyant toutes ces choses,
dis-je, lesdits rabbins commencèrent à les considérer attentivement et
se virent perdus, et, craignant que la doctrine qu'ils professaient fût
perdue aussi, ils crurent que celle qu'ils avaient jusqu'alors conservée
par tradition ne suffisait pas et ils la mirent en ordre à leur manière et
l'ajoutèrent comme il leur plut de le faire. De tout cela il résulta ce
que les Juifs appellent Talmud, dans lequel ils écrivirent toutes les
cérémonies jusqu'aux plus minutieuses et la manière de les observer
et ils déclarèrent que les anciens les avaient reçues par révélation. Ils
y mirent en outre un grand nombre de choses laides et malsaines et
d'autres iniques et horriblement coupables contre la sainte foi catholique
et contre notre Sauveur Jésus-Christ, de blasphèmes et d'insanités,
d'obscénités et d'impiétés contre la loi mosaïque et môme contre la loi
naturelle, toutes choses que je ne veux pas citer parce qu'indubita-
204 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES
blement elles seraient a nos oreilles une cause d'horreur et d'abomination.
Ils firent tout cela parce qu'ils voyaient que la doctrine évangélique
prospérait et s'entendait de toutes parts.
Et pour que ledit livre eût toute l'autorité possible, ils dirent que
Dieu donna à Moïse non seulement la loi consignée dans les cinq livres,
mais encore une seconde loi, celle-ci verbalement, et que cette seconde
loi était celle qu'ils avaient mise par écrit dans le Talmud. En nous en
tenant par conséquent à ce qu'ils disent, à savoir que cette seconde loi
sortit de la bouche même de Dieu, il résulte qu'ils doivent lui accorder
plus de foi qu'à la Sainte-Ecriture elle-même. Car si le Pape notre
seigneur m'ordonnait par écrit de faire une chose et m'en commandait
une antre de vive voix, il n'y a pas de doute que je dois faire les deux,
mais que l'ordre donné verbalement a beaucoup plus de force que celui
qui est donné par écrit.
Il serait digne et juste, ajouta Jérôme, que notre très saint seigneur le
Pape, que cela regarde, fît examiner chacun sur sa secte et sa croyance
et condamnât sévèrement comme très gravement coupables, assujétissant
à de lourdes peines, sans miséricorde, lesdits rabbins comme hérétiques,
comme agissant contre leur propre secte et croyance et comme des gens
qui ont enseigné et enseignent une fausse doctrine.
8. — En faveur de la foi juive R. As truc avait allégué les
nombreux martyrs que le judaïsme peut produire comme ayant
souffert pour la fidélité à ses croyances. A ces martyrs, Jérôme,
dans la cinquante-cinquième séance, du 19 février 1414, appliqua
les paroles du psalmiste (xxxiv [xxxiii] 22j: « Très mauvaise la mort
du méchant et les ennemis du juste sont châtiés.
Ce témoignage s'applique aux Juifs morts en haine de Jésus-Christ, le
juste par excellence dont parle David : en outre, il ne faut pas oublier
qu'aucun Juif n'est mort en défendant publiquement sa religion, mais
tous en cachette, en fuyant ceux qui les poursuivaient, chose qui ne s'est
pas produite avec les chrétiens, qui, eux, sont morts par milliers de tous
âges, sexes et conditions, la plupart en présence des multitudes en
proclamant tous d'une seule voix que Jésus-Christ est le vrai Messie. C'est
pour cette raison que le même David dit d'eux au psaume (cxvi [cxv] d5):
<( La mort de ses saints est précieuse aux yeux du Seigneur. » On n'a pas
non plus entendu dire que personne se soit converti au judaïsme en
voyant seulement le martyre des rabbins; par contre, il y a eu des multi-
tudes de conversions à la religion catholique, opérées uniquement par
la vue de la patience et de la joie que témoignaient les chrétiens au milieu
des tourments les plus cruels.
(A suivre.) Ad. Posnanski.
NOTES ET MÉLANGES
« NK FATS PAS DE MKN Al MÉCHANT »
OU LE LION INGRAT
Rien de plus banal dans la littérature midraschique que
l'adage : « Ne fais pas de bien au méchant, et le mal ne t'atteindra
pas1. » A en croire certains savants, il aurait pour auteur Jésus
ben Sira2, mais cette attribution est loin d'être fondée. Qu'on en
juge par le texte original de Y Ecclésiastique, vu, 1, auquel on se
réfère : sn *pw* bai an (■jb) ujjn ba « Ne fais pas de mal et il ne
t'arrivera pas de mal. » Le renvoi à xii, 3, se comprend mieux :
*Tin mrab ttara "p» « point de bien pour qui fait plaisir au
méchant ». Mais ce n'est pas de ces mots que dérive le proverbe
araméen en question : -jb ■>ato ab ^m *pa*n ab izrab aa, toute
ressemblance verbale manquant. Même observation pour le
verset 5 : rba ywi snanca S^n ^pnx t-i*a JPtzjn an tarais ^b
« Tu obtiendras double mal au temps de l'indigence, pour tout le
bien que tu lui auras procuré. » La pensée de Ben Sira est, d'ail-
leurs, elle aussi, très banale, témoin Théognis, 955-956 : « Du
bien qu'on fait au méchant résulte un double mal : on le retranche
à soi-même et l'on n'obtient pas de reconnaissance. » Si l'on a
attribué à notre auteur la paternité de la maxime, c'est sur la foi
du Midrasch Tanhouma et de X Alfabèta de Ben Sira. Or, pour
ce qui concerne le Midrasch Tanhouma, seule l'édition ordinaire
1 . Bereschit Babba, 22 ; Vayikra Rabba, 22, et Kohélet Rabba, S ; Tanhouma,
Iloukkat, 1 ; Tanhouma, éd. Buber, IV, p. ;»0 ; Alfabéta de Ben Sira.
2. Schechter, Jew. Quart. Revievj, 111, p. 694, n° 17 ; Neubauer, The original
hebrew of a portion of Ecclesiasticus, p. xx, n° x.
206 REVUE DES ETUDES JUIVES
contient ces mots ; dans les manuscrits (utilisés par Buber) il y a :
^itttt abntt « le proverbe dit ». C'est, d'ailleurs, avec cette intro-
duction que ce proverbe est cité dans les textes que nous avons
énumérés plus haut. Quant à sa présence dans l'Alfabéta de Ben
Sira, elle s'explique sans peine, sans rien prouver relativement à
son origine : l'auteur de cet opuscule, ayant voulu composer un
recueil de vingt-deux proverbes rangés par ordre alphabétique, a
butiné au hasard dans la littérature juive sans se préoccuper des
droits du Siracide à la propriété de sa cueillette.
Personne ne s'avisera de voir dans notre proverbe l'expression
de la sagesse juive. Ce serait attester son ignorance du caractère
de ces aphorismes populaires, qui n'ont pas de patrie, ou qui, s'ils
en ont eu une, l'ont perdue en se répandant à travers le monde.
Ils voyagent en se naturalisant partout, grâce à la part de vérité
qu'ils renferment.
S'il en fallait la preuve, il suffirait de considérer le conte dont
notre proverbe constitue la moralité. C'est celui qu'en France
La Fontaine a vulgarisé et qu'il a intitulé : Le Villageois et le
Serpent (livre VI, fable xm). Lui-même le qualifie de fable éso-
pique. On sait que, dans Phèdre, il a pour titre : Ne guis discat
prodesse improôis, termes qui répondent assez bien à ceux du
proverbe judéo-araméen. Pour s'assurer de la vogue de ce conte,
on n'aura qu'à consulter les notes d'Henri Bégnier, éditeur des
Fables de La Fontaine dans Les Grands Ecrivains de la France.
On lira aussi avec profit l'étude que lui a consacrée Emmanuel
Cosquin, le savant folkloriste décédé récemment \ étude qui tend
à démontrer qu'il a pour berceau l'Inde, comme le plus grand
nombre des contes.
Dans la littérature juive, voici sous quelle forme il apparaît :
Un homme qui montait de Babylonie [pour aller en Palestine], s'étant
arrêté en route, aperçut deux oiseaux qui se querellaient. L'un des
combattants étant mort, l'autre alla chercher une herbe et, l'ayant
déposée sur le cadavre, le ressuscita. L'homme se dit : Il est bon que je
prenne de cette herbe pour en ressusciter les morts d'Israël. Continuant
sa route, il vit un renard inanimé gisant sur le sol. Essayons, dit-il,
l'effet de l'herbe sur cet animal, et il le fit revivre. Il arriva ensuite à
l'échelle de Tyr ; là il vit un lion mort couché sur la route. Essayons,
dit- il encore, la vertu de l'herbe sur ce lion. L'animal, ayant repris vie,
se jeta sur l'homme et le dévora. C'est ce que disent les gens : « As- tu
1. Un épisode d'un Evangile syriaque et les contes de l'Inde, publié dans la Revue
biblique, janvier-avril 1919, et réimprimé dans Etudes folkloriques, 1922, p. 613.
NOTES ET MÉLANGES 207
fail du bieb au méchant, tu as mal agi : ne fais pas de bien au méchant,
et il D€ l'a r rivera pas de mal *. »
Ici le serpent est remplacé par un lion, mais cette variante se
retrouve dans certains contes indiens.
A côté du thème du serpent ingrat, il y a celui du serpent
reconnaissant. Cette variété se rencontre dans un texte juif, mais
combinée avec la première. Ce morceau, que j'avais signalé à
M. Gosquin, se trouve, à ma connaissance, dans un seul manus-
crit, celui du Midrasch Tanhouma (ms. de Rossi, 261) que Buber
a reproduit dans son édition de cet ouvrage, p. 157 de l'introduc-
tion. Il fait partie d'un commentaire de la Genèse emprunté à
un recueil tardif, que Buber suppose être de Moïse Hadarschan
(xi° siècle).
Celle-ci [la postérité de la femme] te visera à la tête, et toi [serpent],
tu l'attaqueras au talon (Genèse, m, 15]. Histoire : Un homme, portant
un pot de lait, se promenait dans la campagne. Il rencontra un serpent
qui criait, tant il était altéré. - Pourquoi gémis-tu? — Parce que j'ai
soif. Qu'as-tu donc dans la main? — Du lait. — Donne-m'en et je te
montrerai un trésor qui pourra t'enrichir. — L'homme lui en donna et
lui dit : Montre-moi le trésor que tu m'as promis. — Suis-moi. — Ils
arrivèrent à une grande pierre, et le serpent dit : C'est sous cette pierre
que se trouve l'argent. — L'homme souleva la pierre, creusa dessous et
découvrit le trésor. Il le prit et l'emporta chez lui. Que fit le serpent? Il
se jeta sur l'homme et s'enroula autour de son cou. — Pourquoi fais-tu
cela, dit l'homme? — Je veux te faire mourir, parce que tu t'es emparé
de toute ma fortune. — L'homme répondit : Viens avec moi au tribunal
devant Salomon. — Ils s'y rendirent, le serpent restant enroulé autour
de l'homme, et celui-ci poussant des cris. — Que demandes-tu, dit
Salomon au serpent? — Je veux le tuer, car il est écrit : Tu le viseras
au talo)i. — Descends de son cou, car tu n'as pas plus de droits sur lui
que moi, puisque vous êtes tous les deux devant le tribunal. — La chose
faite, Salomon l'interrogea à nouveau, et le serpent invoqua la parole de
Dieu : Tu le viseras au talon. Le roi dit alors à l'homme : « A toi Dieu a
ordonné de le viser à la tête. » Aussitôt l'homme se jeta sur le serpent
et lui fracassa le crâne. Voilà pourquoi nos Sages ont dit : Le meilleur
des serpents, il faut lui fracasser le crâne.
Il n'est, pour ainsi dire, pas un trait de cette fable composite qui
soit imaginé par le conteur juif. Le serpent enlaçant son sauveur
1 . Vayi/cra Rabba. 22 ; repris dans Kohélet Rabba, 5, sous sa forme araméenne
puis traduit dans Tanhouma (voir plus haut) avec quelques variantes (la première
expérience, qui parait inutile, a été écartée).
208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
appartient à la plupart des récits analogues1; il en faut dire
autant du procès qui se plaide devant un juge et du bon tour que
joue celui-ci au serpent pour le punir de son ingratitude; seule
diffère la malice dont fait preuve ici Salomon, malice d'un lecteur
malin de la Bible. Bien mieux, Salomon lui-même n'est pas un
personnage appartenant en propre à la forme juive du conte. On le
retrouve dans un conte roumain 2 et dans le Maasé Biich* '. Le rôle
du fils de David en la circonstance pourrait être l'indice de l'ori-
gine de cette variété du conte, car il révèle généralement la main
d'un musulman. Mais comme la préférence accordée à Salomon
pour trancher les cas litigieux ne heurtait en rien l'orthodoxie
juive, il est tout naturel que, sous ce rapport aussi, les conteurs
hébreux aient imité leurs rivaux arabes.
C'est un nouvel exemple du cosmopolitisme de ces fictions et du
pouvoir d'assimilation de l'imagination populaire, juive comme
non juive.
Israël Lévi.
1. La résurrection du lion a pour pendant, dans un conte du Laos, celle du tigre
par un ermite. — L'herbe qui, par son contact, réveille les morts joue son rôle aussi
dans le roman hébreu d'Alexandre que j'ai publié [Festschrift zum achtzigsten
Geburtstage Moritz Steinschneider's, p. 146 de la partie hébraïque). — Pline,
Hist. Nat., xxv, 14, et Nonnus, Dionys., xxv, 451-551, racontent une légende ana-
logue : Tylon ou Tylus, iils de la Terre, se promenant sur les bords de l'Hermus, est
mordu par un serpent et eu meurt. Sa sœur, Moire, a recours à un géant, qui tue
le reptile. Alors la femelle du serpent va cueillir une herbe, « la fleur de Zeus »,
et la pose dans la gueule du reptile, qui se ranime aussitôt. Moire, suivant l'exemple
de la bête, va cueillir la même plante et la pose sur les lèvres de son frère, qui
revient aussitôt à la vie (cité par Frazer, Adonis, p. 142, qui renvoie, pour des
guérisons analogues, à divers contes populaires ; voir ses notes sur Pausanias, II, 10,
t. 111, p. 65, de son édition, et l'appendice de son édition d'Apollodore, Bibliotkeca,
II, p. 363),
2. Gaster, Rumanian Bird and Beast Stories, n° cxn.
3. Voir M. Grùnbaum, Jûdischdeutsche Chrestomathie, p. 411. Ce conte repré-
sente une autre branche que celle du Tanhouma.
NOTES ET MELANGES 209
NOTES GRAMMATICALES ET EXÉGÉTIQUES
1 . Le pluriel en *n\m.
Le suffixe de la première personne pluriel ay ne se comprend
pas dans les mots ^nlna (II Sam., xxn, 34 = Ps., xvm, 34;
Hab., m, 19) et "•nia^a (Is., xxxvm, 20; Hab., m, 19). On doit donc
y prendre ay comme un renforcement de la transmission du
féminin pluriel ôt, ainsi que cela a lieu constamment devant les
suffixes personnels (ïpni-, yti1-, etc.), et Ton traduira « les hau-
teurs, la musique ». Pour vnTaa, le fait est, pour ainsi dire, évi-
dent, puisque l'état construit est *nwa (Deut., xxxn, 13, etc.).
2. Juges, iv, 20.
Ehrlich, Miqra kifschoato, ad /., s'étonne avec raison que le
texte porte «a*» ura un au lieu de ura nt1 aa et il supprime utn.
Il est plus naturel de croire que hpn était dans le texte primitif
après aa-», qu'un copiste, l'ayant laissé tomber entre Sai et ^bKïâi,
l'a noté en marge et qu'un autre a remis le mot dans le texte,
mais à une mauvaise place.
3. Jérémie, xnx, 3.
On est surpris que Hesbon, ville moabitique (Is., xv, 4, etc.;
Jér., xlviii, 2, etc.) doive gémir, d'après ce verset, sur la ruine
des Ammonites, et Gornill corrige liaian en \mop [il faudrait ib-^rr
11733» ^a !]. On peut donner de l'invocation à Hesbon une explica-
tion plus simple et qui ne nécessite aucune correction : la ville de
Hesbon est située au nord-est de Moab, donc à la frontière des
Bené-Ammon ; et l'on peut supposer que la ville appartenait
tantôt à l'un des peuples, tantôt à l'autre. C'est ainsi que Béthel
est tantôt attribuée à Benjamin, tantôt à Ephraïm et que Jérusalem
appartient tantôt à Benjamin, tantôt à Juda. Ce qui confirme l'idée
que la possession de Hesbon a dû être disputée par les deux pays
voisins, c'est qu'on considère dans Josué cette ville comme faisant
partie tantôt de Ruben (xm, 17), tantôt de Gad (xm, 26; xxi, 37).
Or, l'attribution du territoire à Ruben pour les temps anciens
correspond à la domination moabitique dans une période plus
moderne, et l'attribution à Gad correspond à la domination des
Ammonites, comme le verset xm, 25 l'indique explicitement.
T. LXXV, n° 150. 14
210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
4. Osée, vm, 1.
Les mots ncra *pn ba sont assez difficiles à comprendre, car
le cor ne se met pas au palais. Gomme l'idée de ce passage est la
même que celle du verset Isaïe, lviii, 1, à savoir l'exhortation au
repentir, il semble bien que les mots ncua *pn ba sont une
abréviation ou une altération de idiidd *7[t»]n[n] bs et que le texte
devait signifier, comme dans Isaïe : « (crie) sans ménagement,
comme le cor (élève la voix) ».
o. Miclia, iv, 6.
La fin de ce verset "w^n nio&n « et celle que j'ai maltraitée (?) »
cadre mal avec ce qui précède : » et je veux recueillir la (brebis)
boiteuse et réunir celle qui est égarée ». Peut-être le texte primitif
portait-il : )riy'i nmâan « et je ramènerai leur pasteur » ou quelque
chose d'analogue.
6. Habaqouq, i, M.
On explique généralement nrrbab iro it û»&o *n:n rm C|brt t«,
ainsi : « Alors passe (comme) le vent, traverse et se rend coupable
celui dont la force est son dieu ». Mais comme le verset précédent
parle de celui qui assiège et prend des forteresses, il ne s'agit pas
d'un ennemi qui passe comme la tempête, et la préposition
« comme » ne peut guère être sous-entendue. Nous laissons de
côté d'autres explications non moins forcées. Il nous paraît plus
simple de voir dans rm un souffle divin qui passe (cf. Job, iv, 15)
et détruit celui pour qui la force est le droit. Nous traduisons
donc : « Alors un souffle passe et traverse, et celui qui fait de sa
force son dieu est ruiné. » Dm a le même sens que dans Is.,
xxiv, 6; Ez., vi, 6, etc. Peut-être devrait-on lire dm*n « et
détruit » au M fil comme dn^sn (Ps., v, 11).
Mayer Lambert.
NOTES ET MELANGES 21 I
LES ÉLÉMENTS GRECS DANS LE JUDÉO-ESPAGNOL
On considère, avec raison, l'arrivée en Orient des Juifs expulsés
de la péninsule ibérique en 1492 comme un tournant dans l'his-
toire du judaïsme ottoman.
Dans la patrie adoptive, où ils cherchèrent un refuge et l'oubli
de leurs misères antérieures, les nouveaux venus trouvèrent, en
effet, un petit nombre de coreligionnaires, appelés Romaniotes (ou
Romanioles), organisés en communautés qu'ils s'assimilèrent avec
le temps en les absorbant, étant la majorité.
Depuis plus d'un tiers de siècle, notre revue Yosef-Da'at ou
El Progreso (1888), Y Essai sur l'histoire des Israélites de V empire
ottoman de M. Franco (1897) et Y Histoire judéo-ottomane (en
hébreu) de M. S.-I. Rosanès (t. I) ont successivement tenté de
retrouver les vestiges du judaïsme byzantin que le flot hispano-
portugais avait fini par submerger.
Plus tard, dans notre article sur les Juifs de Salonique au
xvie siècle [Revue, t. XL, p. 206 et suiv.), il a été question des us
et coutumes des Romaniotes au point de vue rituel et liturgique.
M. S.Krauss,sans citeraucune de ces tentatives de reconstitution
historique, a traité cette question, d'abord dans la Jewish Ency-
clopedia (s. v. byzantine Empire), puis, avec plus de développe-
ments, dans ses Studien zur Byzantinisch-jùdischen Geschichte
(annexe au XXI Jahresbericht der israelitisch-theologischen
Lehranstalt in Wien, 1913-1914).
La présente esquisse se propose d'apporter à cette vaste enquête
une modeste contribution linguistique dont nous avons incidem-
ment parlé dans notre communication sur la littérature gréco-
caraïte, faite au XVIe Congrès des Orientalistes d'Athènes (avril
1912) et résumée dans cette Revue, t. LXIV.
Il s'agit de réunir ici, dans un aperçu synthétique, les traces du
néo-grec dans le judéo-espagnol. Dans ce glossaire figure un petit
nombre — on pourrait facilement l'accroître — de vocables douteux
que l'on peut dériver également de l'espagnol ou du turc et qui
sont accompagnés d'un astérisque.
La partie la plus authentique de ce dépôt lexicologique se trouve,
il va sans dire, dans l'onomastique séphardite. Aux noms et
prénoms déjà indiqués par Franco [op. cit., p. 23-24) on peut
ajouter ceux de : Kala-ora, Kario, (P)salti, (P)salto, Roditi.
212 REVUE DES ÉTUDES JU1V1ÎS
A côté de ces débris byzantino-juifs, il nous reste des en-tête
de chants disparus, et dont les poètes hébraïques, en Turquie,
avaient fait des imitations littérales ou mélodiques. Après avoir
rappelé ailleurs les curieux hémistiches perdus espagnols (Recueil
des romances judéo-espagnoles chantées en Turquie, édit. A. Dur-
lacher, Paris, 1897) et turcs (Essai sur les vocables turcs dans le
judéo-espagnol. V. Keleti-Szemle, Budapest, 1904), notons ici les
commencements de poèmes grecs qui ont servi de titres, non
seulement aux odes d'Israël Nadjara (Revue, n° 116, octobre 1909,
p. 241 et suiv.), mais aussi aux hymnes du môme genre contenues
dans les Joncs, que j'ai autrefois fait connaître (Recueil des
romances, etc. Préface) et dont voici quelques spécimens, avec
indication des pages de mon manuscrit (écrit fin xvie siècle) et
accompagnés de leurs décalques hébraïques :
P. 18 6 : ""VlllÛÊnD lETUiîTPS (Trépane cppaYyouXta). H. WUr»
P. 48 6 : iriD 1Û ^yw "13NDK (à7r'àva> ax-^VY) xou 7rovou). H. Û*P
■wp wm ûv.
P. 87 b : 1U3 "«b^ÉttS 153 "TO^tWa (SJuvejjis tou (J.ocv8tiXi aou).
H. b? bN i-ttia ba ^ba».
P. 95 6 : ibnèilSÉna (xpiavTacpuXXuà). H. "D">D*n bab >b an inn.
Ces épaves échappées au naufrage du judéo-byzantin, sous
forme de noms propres et de restes de chants grecs, sont moins
nombreuses que les mots du même dialecte qui émaillent, à l'état
sporadique, le parler espagnol en Turquie.
En voici un répertoire succinct, où je place, à côté de chaque
vocable, son correspondant grec avec traduction et, parfois,
quelques remarques :
Abramila (àêpâpjXov) : prunelle (fruit).
Acrana (ôocpàvt) : cornouille.
* Agrà (àyoupiSa, ou l'esp. agraz) : verjus.
Amarat (àu.àpav6o; = incorruptible) : agile, diligent, habile.
Anakatoména (àvaxaxwjxsva) : pèle-mèle.
Anginara (àvxivocpa = xîvapa) : artichaut.
Argat (âpyotTY);) : ouvrier (eu turc : argad ou argat).
Arme (àppj = salure) : pot pourri (surtout aux oignons).
Aterina (àOepîvYj) : athérine (poisson).
NOTES ET MÉLANGES 2l3
Bina (7r0p = feu) : colère, emportement.
Birroto (7a»ptoTÔç = ardent, enflammé) : emporté.
Bizélia (TtiÇeXi) : petits pois.
Bogo (7rouYYi = bourse) : paquet, balle.
Botcha (êouxcri = êoùnç) : tonneau.
Boukino (êouxtvo l) : pipe.
* Carpoùz (xapiroùÇi, r. xapTrô; = t. karpouz) : pastèque, melon d'eau.
Carvountchiri (xapa6oxup7]ç = capitaine de vaisseau) : mauvais mari (sens
péjoratif).
Chalângo (cràXtayxaç) : limaçon, escarbot.
Colios (xoXta;) : sorte de maquereau (poisson).
Coucouvâïa (xouxovêdiïa) : chouette, chat-huant (par extension : écervelè).
* Coumecb ou coumach (xoijjwkji = t. koumès) : poulailler, basse-cour.
D
Dragani (xpayavî = xo^Spoç) : gros, volumineux.
* Escàra ou escâla (ècrxàpa = t. esqâra) : gril.
* Escombri (crxou7ipi = t. esqumroù) : maquereau (v. Colios).
Escoularitcha (axouXapixi) : boucle d'oreille.
Escoulatcha (ffxwXrjxàxia) : vermicelle, pâte alimentaire en iilaments.
Espoesser(r. 7i6a, Tzôt\ = herbe, gazon) : croître, pousser, se développer
Estrondjoûla (cf. <jtpoyyu>oç) • bonite (espèce de menu fretin ?).
Fakiola («paxtoXi2) : résille.
Fassoûlia (çacroOXt) : faséole, haricot vert, dolic.
Folâr (r. çœXeà = nid) : gâteau contenant un œuf que l'on offrait aux enfants
le samedi précédant la fête de Pourim.
Foûchka (<pou<rxa = <pu<rxr]) : ampoule, boule: boubou.
Frâgula (çpàyYouXa ?) : fraise.
1. Dans le Meïrat tEnaïm (M. dans les notes suivantes), E. Aféda-Béghi (voir
./. Asiatique, 1914) en fait la traduction de l'hébreu : ")D"IU3-
■2. Dans M., il traduit : Ep£, nD3iS73 et ÎTTDit.
214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
* Galâna (yaX^vyi, ya^vô; = serein ; ou : xaXàva).
Galètcha (yaXÉvxÇa) : sandale de bois pour les bains et les cours des maisons.
Giombo (xo^êo = nœud) : ruse.
Gomàto (cf. yejxàxov) : morceau de poisson (rarement : trancbe de viande).
Giiarésma (xwpiqxo; = séparation) : quarautaine, diète.
H
Hâho (/aya; = yàaxa;) : badaud, gobe-mouches.
I
Ilâria : poisson d'eau douce.
lstif (<m6oc = t. istif) : entassement, pile.
K
Kotch (xôtÇO : astragale du talon1.
L
Lapa (Xarcôc;) : bouillie.
Lâpata (/.àiraOov, XaTiaOa 2) : patience, oseille.
Liparida (r. Xiitapô;) : petit poisson (fam. scomberoïdes).
* Loufer (Xovçàpi = t. loufer) : thonite (poisson).
M
Makâre (u-axàpi) : plût au ciel, Dieu veuille, puisse.
Manà (pava ou u-àvva) : maman.
Màtatrès (méchilikéro), jeu de mots sur Maxaxoupiç3 qu'il analyse pour y
trouver l'idée de la locutiou rwmbn NaiZ^b *.
Mélôpita ((uXoTtixa) : gâteau de miel.
* Meldar (r. peXexw?) : lire. On pourrait, par métathèse, le dériver de *ttjb.
N
Nécotcherà (v')oïxoxupà) : bonne ménagère.
Niéfissa(vu[p]<ptT*a = t. guélindjik = petite épouse] : belette.
1. Dans M. - bail?-
2. Dans M. = milN-
3. Dans M. = yW.
4. La médisance qui tue trois personnes (= Mâta-très). Vayikra-Rabba (section
Emor, init., ch. xxvi).
NOTES ET MÉLANGES 215
O
Olà (ouïà = lisière) : ruban fleuri, liseré de résille orientale.
Palamida (7raXotfxioa) : sorte d'alose (poisson de mer).
Pâli (7tàXyj) : encore.
Patim (iràxoç = sol) : seuil.
Patiino (7rànr][JLa = pas) : démarche.
à Peringù (de Tispi-àywy^ = tour, circonvolution?) : à pied.
Pilikouria (7ctSixo0pi *) un tantinet, chose insignifiante.
Pilù (ïtr]).ô;) : argile (employé surtout dans les bains).
Pisma (Tzeïa\ia) : opiniâtreté.
Pita (îr^xa) : tourte.
Pitâgra = Pita (voir le précédent) âgra : pâte de fruits secs (prunes, abri-
cots, etc.).
Pitérina (Trtxeptoa) : pellicules, crasse farineuse de la tête.
en Podô, en Podô (de : ttoôi = pied? ou : TroSrjfxa = botte ?) : en se dandinant.
Prassa (7rpàdov) : poireau.
l'rassinâgùa (repaaivàSa = verdure) : herbes fraîches.
Prehitô (Trpe-xvxo ? : libation, offrande) : sorte de blanc- manger ; gelée de
farine de riz saupoudrée de poudre de cannelle (on en mange à la
Pentecôte).
Saudàq (oôvtexvo;, d'après S. Krauss, op. cit., p. 125, ce qui n'est plausible
que dans le cas où ce mot se serait introduit dans le bas-latin. Autre-
ment, on ne s'explique pas comment il a pris droit de cité dans la termi-
nologie liturgique du judaïsme universel).
Sarvidia : petit poisson.
Tâtara(-niéto) : arrière-neveu (de Texpa : quatre).
Ta(ta)ra(-papoû) : père de l'aïeul (Tsxpa, avec élimination d'un x).
Tavarella : déséquilibré, remuant, agité.
Tchamoûka (t. Tchamouqa) : variété de Atérina (v. s. v.).
Tchikrik (TÇi'xpixi = r. Kpixoç) : rouet (à filer la laine).
Tchinacop : espèce de bonite (poisson).
Tchingar (xÇiyxpa, xcrYiyap ') : dispute, querelle, noise.
* Tchiro (xÇipo; = t. Tchiros) : maquereau séché.
Tifla (xv?).x = cécité, aveuglément) : belle (sens péjoratif pour éviter le
mauvais œil).
1. Dans M. = D^aan.
2. Dans M. = bap, miB, TN, "lin^b.
216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
* Thïâki (Ônpiaxr) = t. Tiriaki) : grincheux, hargneux, maussade.
Tombanicas (xu^uavov *) : tambour, timbale.
Torobolôs (xavpoëoXoç) = Tavarella (voir ci- haut).
Trandâfila (TpiavxacpvXKià) : rose.
Trahané (TPaXavàç >) : semoule, pâte de la plus pure farine réduite en
petits grains.
Tripitô (xpu7CY)T6v) : passoire.
V
Voûlo (6ou>.Xa) : sceau, cachet, estampille.
Z
Zimarida : espèce de petit poisson.
Abraham Danon.
1. Dans M. = gpn.
2. Dans M. = tona.
BIBLIOGRAPHIE
Festschrift zum 50 jâhrigen Bestehen der Hochschule fur die
Wissenschaft des Judentums in Berlin, mit Beitràgen, von
Léo Baeck, Eduard Baneth, Ismar Elbooen, Julius Guttmann, Harry Torczyner.
Berlin, Philo Verlag, 1922, gr. in-8° de 297 p.
La « Hochschule fur die Wissenschaft des Judentums » de Berlin a
fêté, il y a quelques mois, le cinquantenaire, sinon de sa création qui
date de 1869, du moins de son ouverture, laquelle eut lieu le 6 mai 1872.
A cette occasion, elle a publié un recueil remarquable, fort digne d'une
institution fondée pour promouvoir la science du judaïsme dans l'esprit
de Zunz et faire revivre l'ancienne Yeschiba en l'adaptant aux exigences
de la recherche scientifique moderne. Le présent ouvrage se compose de
cinq amples dissertations de théologie, d'histoire religieuse, de science
talmudique et d'exégèse dues à la plume autorisée de rabbins et de
savants de haute culture tels que L. Baeck, E. Baneth, I. Elbogen,
J. Guttmann et H. Torczyner.
M. Léo Baeck, l'auteur apprécié d'un excellent ouvrage sur 1' « Essence
du Judaïsme » (Bas Wesen des Judentums, Berlin, 1905) dont une
deuxième édition a récemment paru, donne, sous le titre de Romantiscke
Religion (p. 1-48), la première partie du livre qu'il prépare sur la reli-
gion classique et romantique. C'est une étude très pénétrante des
caractères qui différencient du judaïsme, qualifié de religion « clas-
sique », le christianisme surtout paulinien, lequel, par la substitution
d'une foi mystique au légalisme éthique de la Tora, a instauré le
« romantisme » dans la religion. Déjà, dans son « Essence du Judaïsme »,
M. Baeck, mettant en lumière le caractère éthique des croyances du
judaïsme, son peu de goût puur l'ésotérisme et le mystère, l'impor-
tance qu'il donne à la conduite, à la discipline religieuse et morale,
avait suggéré cette antithèse, an moins ingénieuse, entre le « classi-
cisme » de la religion d'Israël et le « romantisme » des doctrines nées
d'elle, mais qui, secouant le joug de la Loi, ont accordé la prépondérance
218 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES
an sentiment et à l'imagination. M. Baeck développe ici tout au long
cette conception. Son étude est le fruit de lectures étendues et de la
plus sérieuse méditation des problèmes d'histoire et de psychologie
religieuse qu'il aborde. Il le fait, autant que nous en pouvons juger, de
façon très brillante. Les formules frappantes abondent sous sa plume.
Le développement toutefois est prolixe et gagnerait à être condensé.
L'argumentation de M. Baeck peut se résumer comme il suit. Le
romantisme, selon une définition de Schleiermacher, est du sentimental
habillé de fantastique. Est donc romantique toute religion qui exalte le
sentiment et fait intervenir les données mythiques ou mystiques de
l'imagination. Elle sera amenée à se mouvoir dans l'étrange et à dédai-
gner la règle. L'âme romantique manque de la ferme volonté morale de
maîtriser et d'ordonner la vie. Elle répugne à l'impératif catégorique.
Rien de plus opposé à la personnalité au sens kantien que l'individualisme
romantique. Au sens kantien et au sens judaïque, car, pour M. Baeck, le
judaïsme étant essentiellement le « monothéisme éthique », création des
prophètes d'Israël, il y a une similitude frappante de tendance et d'idéal
entre le kantisme et le judaïsme ainsi conçu. Or, qu'est-ce que le
christianisme, là où il diffère du judaïsme dont il est issu, notamment
chez Paul, le fondateur de la dogmatique chrétienne? C'est l'adaptation
au messianisme prophétique de vieilles conceptions romantiques em-
pruntées au paganisme gréco-oriental des environs de l'ère chrétienne.
Celui-ci enseignait déjà la croyance à un être céleste prenant forme
humaine, mourant et ressuscitant, à la vie divine duquel on pouvait
participer moyennant des rites mystérieux, et aussi la croyance à une
grâce d'en haut pénétrant l'homme pour le délivrer du péché et de la
mort et le conduire aux félicités éternelles. Le cosmopolitisme romain a
favorisé la diffusion de ces idées. L'œuvre de Paul, c'est d'avoir imposé
Jésus à la place de Mithra, Adonis, Attis, etc., sous l'influence de l'idéal
messianique juif et de la pensée, répandue dans la diaspora, qu'un terrain
d'entente existait entre paganisme et judaïsme. L'état des esprits dans un
monde en état de langueur, assoiffé de sentiment, explique cette poussée
victorieuse d'un véritable romantisme religieux. Tout ce qui caractérise
le romantisme se retrouve dans le paulinisme, et plus tard dans le
luthérianisme, qui n'est qu'un développement logique du paulinisme.
La foi devient l'élément non seulement prépondérant, mais exclusif. Le
judaïsme, lui, recherche Dieu, la conviction s'y conquiert et résulte de
la réalisation zélée de la volonté divine enseignée par la loi. Dans le
romantisme paulinien, le salut n'est pas acquis, ni ne peut s'acquérir, il
est donné. Le paulinisme aboutit au quiétisme. Le sens de la réalité et
de ses devoirs positifs s'oblitère. La conception de la vie présente ne
peut être que pessimiste : le travail humain perd de sa saveur, et la
moralité humaine de son prix. La religion est même, en toute rigueur,
à l'opposé de la moralité. L'homme n'est qu'un mode du péché ou de la
grâce. Comme il ne peut par lui-même mériter, la liberté morale s'éva-
BIBLIOGRAPHIE 219
non it- La lettre de Barnabas l'a dit, « les tables de Moïse sont brisées ».
M. Baeck n'élude pas l'objection tirée de tant de textes de Paul, où les
exigences morales sont an premier plan. Mais c'est une heureuse incon-
séquence. Paul reste ici, quoi qu'il en ait, sur le terrain du judaïsme.
Il n'a pu dépouiller tout le vieil homme, mais ce haut moralisme jure
avec le romantisme qu'il inaugure. De même plus tard, le protestan-
tisme passe pour avoir été le point de départ d'une rénovation morale
et sociale de la chrétienté. Mais, si l'on y regarde de près, ce n'est pas
à proprement parler la Héforme, mais la renaissance, la culture nou-
velle qui a été le ferment du progrès. Luther appartient encore au
moyen âge.
M. Baeck montre encore comment, par la logique interne de son
romantisme, le paulinisme qui a repoussé la Loi est forcé d'avoir recours
au mystère, au sacrement, comment il se confessionalise, aboutit,
malgré le libre examen, à des formules de foi, à des credos, source
d'intolérance, et, forcé de donner satisfaction à la conscience qui
réclame une éthique, n'a de choix finalement qu'entre l'exaltation
sentimentale et la casuistique. — Ce résumé ne peut donner qu'une
idée insuffisante d'un travail vraiment riche d'idées et d'aperçus pro-
fonds ou ingénieux. Il a les défauts de toute construction systématique
qui fait entrer dans son économie, bon gré mal gré, des faits qui la
contredisent parfois. Que le judaïsme soit un classicisme par rapport
au romantisme chrétien, c'est une thèse séduisante et vraie sous cer-
taines réserves. Il faudrait s'entendre sur le sens encore bien con-
troversé des mots de romantisme et de classicisme. Le romantisme
n'est-il pas souvent défini par une exaltation des puissances du moi,
plutôt que comme un abandon passif à la fantaisie déréglée. On peut,
il est vrai, résoudre cette contradiction en distinguant entre individualité
et personnalité, et en refusant le titre d'agent volontaire à qui n'est que
le jouet de ses tendances aveugles et de ses passions déchaînées. Autre
objection. Le judaïsme est, si l'on veut, le type de la religion « clas-
sique », à condition de ne considérer que l'aspect réputé classique du
judaïsme et de le définir. Mais on sait que l'histoire du judaïsme compte
aussi des chapitres « romantiques ». Et peut-être est-on fondé à trouver
du romantisme déjà même dans la religion des prophètes. Ici encore il
eût fallu commencer par définir. C'est peut-être ce que fera l'auteur dans
l'ouvrage dont nous n'avons que le début. Il est probable, d'autre part,
que les théologiens chrétiens n'accepteront pas que l'éthique ne soit
qu'un élément secondaire ou un heureux illogisme dans le paulinisme et
feront des réserves sur le romantisme d'essence passive et amorale qui
lui serait propre. La thèse de M. Baeck se ressent visiblement des
polémiques qu'il a soutenues contre les conceptions tendancieuses des
théologiens chrétiens. Mais nous n'avons voulu donner ici qu'un aperçu
d'une étude des plus suggestives et où il y a beaucoup à retenir, si même
on n'est pas toujours persuadé par l'argumentation de l'auteur. Et il faut
220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
assurément, pour asseoir un jugement définitif, qu'il ait livré, dans
l'ouvrage promis, sa pensée tout entière.
M. E. Baneth (p. 49-100) étudie les préoccupations sociales dans le
droit rabbinique, la manière dont, en des questions d'intérêt, les doc-
teurs se sont ingéniés à faire fléchir parfois la rigueur du droit par souci
d'humanité, dans un but de conciliation. Pour illustrer ce point, il se
livre à un examen des plus approfondis d'un des passages les plus diffi-
ciles de la Mischna, à savoir Ketoubot, X, iv, qui traite de la répartition
des biens à faire, après décès du mari, à ses trois épouses en possession
de douaires de valeur inégale. M. Baneth analyse successivement les
différents essais d'interprétation de ce texte obscur qu'offrent la Guemara
palestinienne et babylonienne, Saadya, Haï, Hananel, Alfasi, Abraham ben
David et les décisionnaires ultérieurs, et conclut que c'est Saadya qui
fournit la solution la plus satisfaisante, la plus rationnelle. Nous ne
pouvons entrer dans le détail de cette étude où se déploie la science non
seulement talmudique, mais arithmétique de M. B. Selon lui, les dispo-
sitions de la Mischna révèlent une véritable sollicitude pour les faibles
et, dans l'espèce, la tendance à faciliter le remariage de la veuve.
j
M. Ismar Elbogen (101-144) retrace avec une sûre érudition la naissance
et le développement de la « Science du Judaïsme », depuis Zunz, son
fondateur, jusqu'à nos jours. Il caractérise l'effort de ce pionnier et de
ses continuateurs, les Krochmal, Bapoport, Luzzatto, Munk, Geiger, etc.,
énumère les institutions qui se fondèrent successivement au siècle der-
nier, dans chaque pays où 1a culture juive fut en honneur, les sémi-
naires et facultés de théologie juive de Breslau, Londres, Budapest,
Vienne, Paris, New-York, pour en venir à la « Hochschule fur die
Wissenschaft des Judentums », en l'honneur de laquelle est écrite
cette notice. Non destinée à former des théologiens, la Hochschule a
répondu plus exactement à l'idéal scientifique de Zunz, sans toutefois le
réaliser pleinement. C'est pour M. Elbogen l'occasion de se demander
dans quelles limites doit se renfermer la « Science du Judaïsme ». Peut-
être devrait-on partager ici l'avis de Geiger qui ne croyait pas nécessaire
de définir ce qui, comme le Judaïsme même, échappe à toute définition
trop précise. M. E. aboutit, lui, à cette formule (p. 141) un peu grandi-
loquente : « La science du Judaïsme, c'est la connaissance du Judaïsme
vivant et se dressant, dans le flot de l'évolution, comme une unité socio-
logique et historique. » Il recommande toutefois, avec bon sens que cette
science ne s'éparpille pas à l'excès. Ce n'est pas parce que le Judaïsme a
été mêlé à la civilisation universelle que la science du Judaïsme doit
aborder, par exemple, tous les problèmes de l'anthropologie et de la
sociologie. M. E. espère que l'Université juive projetée à Jérusalem
apportera de nouvelles lumières sur la question des directions et des
buts à proposer à la science du Judaïsme. Signalons, à ce propos, la fon-
dation prochaine d'une École des Hautes Études juives à Jérusalem.
B1BL10GBA1M11E 221
Julius Guttmann, L'historien regretté de La philosophie juive médiévale,
consacre une longue étude (p. 145-216) au problème des rapports de la
religion et de la science dans la pensée du moyen âge et dans la philo-
sophie moderne. Selon lui, la philosophie religieuse est une invention
du moyen âge. Sans doute, l'antiquité grecque, de Platon au néo-
platonisme, s'occupe de religion, en est même imprégnée et étudie
L'origine des dieux, mais elle fait ainsi de la psychologie ou de la spécu-
lation historique et ne se pose pas le problème central de la vérité reli-
gieuse. M. G. s'en tient au moyen âge, sans remonter à Philon et aux
pères de l'Église. C'est, d'ailleurs, le domaine qu'il possède particulière-
ment. Il étudie donc la conception de la religion chez les philosophes
arabes et juifs, la notion de la révélation universelle dans la philosophie
arabe ; il compare la scolastique chrétienne avec la scolastique islamo-
juive et traite entin de la notion de révélation et de religion rationnelle
chez les penseurs modernes, en particulier chez Kant et Schleiermacher.
Il conclut en montrant que le vieux problème des rapports entre la
religion et la connaissance n'a pas perdu de son importance, mais a
revêtu une forme nouvelle, en raison, d'une part, des points de vue
nouveaux sous lesquels on aborde les phénomènes religieux et du fait,
d'autre part, que la philosophie contemporaine a délaissé la métaphy-
sique pour la théorie de la connaissance.
Julien Weill.
M. H. Torczyner (Die Bundeslade und die Anfànge der Religion Israels,
p. 217-297) examine le rôle de l'arche sainte et montre qu'il faut dis-
tinguer entre l'arche sainte proprement dite et le couvercle surmonté
des chérubins. Tandis que l'arche sert à conserver des documents, le
kapporèt avec les chérubins représente le char céleste sur lequel siège
la divinité dérobée à la vue par les chérubins. Les documents conte-
nus dans l'arche sont placés ainsi sous la garantie de la divinité. Tout
pacte était, en effet, rédigé en deux exemplaires, dont l'un était scellé
et enfermé, l'autre était découvert. Le char divin, lui, tire son origine
de l'orage et du volcan. C'est la colonne volcanique qui nous explique
le récit de la colonne de nuée en marche, devenant une colonne de
feu la nuit. La nuée où la divinité s'abrite est imitée par la Soukka,
qui est construite à l'époque où l'on demande à Dieu la pluie. Les
fêtes des Snukkot et des Maçot étaient, à l'origine, des fêtes équi-
noxiales et non des fêtes agricoles, et pouvaient être antérieures à l'éta-
blissement des Hébreux en Palestine. Ces thèses sont, en majeure partie,
très séduisantes et, surtout dans le problème de l'arche, M. Torczyner
paraît avoir trouvé une solution plus satisfaisante que celles qu'avaient
données ses prédécesseurs. Les détails de son exégèse des textes bibliques
sont plus sujets à caution, quoique certaines des interprétations et cor-
rections qu'il propose soient ingénieuses. L'explication de 'Hîab, Is., vin,
16, par « bandes, liens » est assez plausible. Nous approuvons d'autant
222 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES
plus la correction de biattb, Ps., xxix, 10. en *pbwb que nous l'avons déjà
indiquée dans la Revue, 1907, t. LIV, p. 268. Très justement, M.Torczyner
rapproche le verset Ps., lxviii, 18, de Nombres, x, 36 ; mais il est difficile
d'admettre la traduction de ce dernier verset par : « Assieds-toi, Y. des
armées, des milliers d'Israël. » A la fin de son travail, M. Torczyner
explique mfctaat ^ par le Y. des armées en donnant comme origine à Y.
l'onomatopée ivahivah, qui exprimerait le bruit du tonnerre, pris pour
le tumulte des armées célestes. Est-il vraisemblable que le chef des
armées ait tiré son nom du bruit que font ses troupes? L'idée que El
Chadday serait le dieu des Amoréens et que le tétragramme désignerait
celui de l'arche aurait besoin d'être étayée sur des arguments solides.
Mais ces critiques ne doivent pas empêcher de reconnaître dans le
travail de M. Torczyner des thèses intéressantes, suggestives et sérieuses.
Mayer Lambert.
Le Gérant : Julien Weill.
TABLE DES MATIÈRES
ARTICLES DE FOND
Aptowitzer (V.). — La création de l'homme d'après les anciens
interprètes 1
Bernheimer (Carlo). — Deux fragments d'un glossaire hébreu-fran-
çais du xme siècle 23
Epstein (J. N.). — Sur les « chapitres » de Ben Baboï 179
Ginsburger (E.). — Histoire des Juifs de Carouge, Juifs du Léman et
de Genève 119
Ginsburger (M.). — Arrêtés du Directoire du département du Haut-
Rhin relatifs aux Juifs (1er septembre 1790-19 brumaire an III).. . 44
Lévi (Israël). — Le ravissement du Messie-enfant dans le Pugio fideA. 113
Posnansri (Ad.). — Le colloque de Tortose et de San Mateo
(7 février 1413-13 novembre 1414 {suite) 74 et 187
Régné (Jean). — Catalogue d'actes 'pour servir à l'histoire des Juifs
de la couronne d'Aragon sous le règne de Jaime II (1291-1327)
[suite] 1 40
Sidersky (D.). — Le trois centième cvcle de l'ère du monde .... 16
NOTES ET MELANGES
Danon (Abraham). — I. Un hymne hébréo-grec 89
IL Les éléments grecs dans le judéo-espagnol 211
Lambert (Mayer). — Notes grammaticales et exégétiques 209
Lkvi (Israël). — « Ne fais pas de bien au méchant » ou Je lion ingrat. 205
Marx (Alexander). — Place de Daniel dans le Canon, d'après les
rabbins 93
224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
BIBLIOGRAPHIE
Duff (A.-B.). — Die Palaestina-Literatur. Eine internationale Biblio-
graphie in systematischer Ordnung mit Autoren und Sachregis-
ter, herausgegeben von Peter Thomsen 1U
Weill (Julien). - Revue bibliographique (années 1920-1922) 95
Weill (Julien) et Lambert (Mayer). - Festschrift zum 50 jàhrigen
Bestehen der Hochschule fur die Wissenschaft des Judentums
in Berlin, mit Beitrâgen, von Léo Baeck, Eduard Baneth, Ismar
ELBOGEN, JulillS GlJTTMANN, HaiTy TORGZYNER 2*7
223
Table des matières
VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DU MARÉCHAL-FOCH .
Il
fi
1
DS
101
U5
mm
t. 74-75
Revue des études juives;
historia judaica
s i
PLEASE DO NOT REMOVE
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET
•]
UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY